BERTRAND DE BORN — BERTRAND DE MOLLEVILLE
il joignit d’actives négociations; la paix fut rompue, et il chanta cet événement, mais ce fut son dernier chant. Ici l’histoire le perd de vue, et les biographes ne parlent plus de lui que pour nous dire qu’il mourut sous le froc, à Citeaux. à
— Son fils fut aussi {roubadour, et on lui attribue deux des cinquante-quatre pièces de vers qui composent le recueil de son père. Ayant fait hommage à Philippe-Auguste pour sa terre de Hautefort, il suivit ce prince à la bataille de Bouvines, et s’y fit tuer.
— Il y a eu, au treizième siècle, deux autres troubadours du nom de Bertrand, BerrranD d'Alamanon et BERTRAND de Gordon. Ce dernier n’est connu que par un dialogue poétique ({enson) dont l’idée est la même que celle dont Molière a tiré un si grand parti dans sa scène entre Vadius et Trissotin des Femmes Savantes. Il reste de l’autre, Bertrand d’Alamanon, quelques pièces de vers adressées à une tante de la célèbre Laure, tant chantée par Pétrarque.
Jean Aicarp.
BERTRAND DE MOLLEVILLE (ANTOINE-FRANçois, marquis pe), ministre de Louis XVI, fut l’un de ses plus maladroits serviteurs, comme l’un des adversaires les plus incapables de la révolution française. Né à Toulouse, en 1744, il fit son apprentissage à l’école du ministre Maupeou, fut nommé maitre des requêtes , puis intendant de la province de Bretagne , et reçut avec le titre de commissaire du roi la dangereuse mission de dissoudre le parlement de Rennes. I! n’échappa qu'avec peine, aïnsi que le comte de Thiars, aux bâtons de la jeunesse bretonne, qui s’arma pour défendre ses magistrats et ses franchises provinciales. À peine eutil été nommé ministre de la marine (4 octobre 1791) qu’une opposition très-vive éclata contre lui dans le sein de l’Assemblée législative, et cette opposition du côté gauche fut souvent soutenue par celle du côté droit, qui, voulant transiger avec la révolution et faire succéder au roi par la grâce de Dieu un roi constitutionnel, se défiait du zèle imprudent de Bertrand de Mollevil!e et des traditions du ministère Maupeou.
Le texte ordinaire de l'opposition violente, des accusations multipliées du côté gauche, ce fut l'expédition de Saint-
Domingue. On reprochait au ministre, tantôt de n’avoir
choisi pour cette expédilion que des aristocrates, tantôt de s'opposer secrètement à l'émancipation des noirs. J1 paraît en effet prouvé que Bertrand de Molleville, qui, dans un discours mieux accueilli que les autres par l’Assemblée 1égislative, avait attribué les maux de Saint-Domingue aux amis imprudents des noirs, ne sut point appliquer à ces
maux les remèdes qu'il avait indiqués et mériter par ses:
actions Papprobation qu’on avait accordée à ses paroles; et que ses intrigues administratives, ses ordres contradictoires,
+ mécontentèrent également et les amis des noirs et leurs en-
nemis. La perte de Saint-Domingue lui fut attribuée, sans doute avec quelque raison. L'Assemblée législative usa d’équité peut-être autant que d’indulgence en refusant de donner suite à l'accusation proposée à ce sujet contre le ministre de la marine. Celui-ci n’avait remporté que des suc-
cs fort négatifs, puisque son triomphe se bornail à n’avoi
été ni condamné ni même jugé; il fut même contraint, pour satisfaire l'Assemblée sur quelques points, de lui annoncer la destitution du marquis de Vaudreuil, l’un de ses principaux agents et l’un des plus fougueux ennemis de la révolution
Le lendemain mênie du jour où l'Assemblée l'avait absous, Hérault de Séchelles fut chargé par elle de faire sur la conduite de Bertrand de Molleville un rapport qu'on mit sous les yeux du roi, Celui-ci se déclara naturellement jour son ministre; et lorsque, cédant aux instances de ses collègues, Bertrand de Molleville"eut quitté le ministère dela marine, Louis XVI ni donna celui de sa police secrète, c’est-à-dire la direction du comité autrichien, comme on disait alors.