BRITISH MUSEUM — BROC
les jours de neuf à quatre heures, Le musée est fermé du 1** au 7 des mois de janvier, mai et septembre ainsi que les jours de fête, Consultez, outre les ouvrages cités, Synopsis of the British Museum (Londres, 1827, 44° édlit., 1544).
BRITOMARTIS, belle nymphe de Crète, fille de Jupiter et de Charmis, passionnée pour la chasse, fut, selon Pausanias et Diodore de Sicile, l’inventrice des filets, et en reçut le surnom de Dictynne (de ôtarv, filet). Plusieurs auteurs l'ont confondue à tort avec Diane, qui, selon d’autres, la fit mettre, après sa mort, au rang des divinités, sous le nom d’Aphea, et lui fit ériger des temples par les Éginètes et les Crétois. Quelques historiens ont prétendu aussi que le surnom de Dictynne lui vient de ce qu’elle se cacha dans des filets de pêcheur pour se soustraire aux poursuites de Minos, épris de sa beauté. Diodore de Sicile réfute cette opinion, qu’il qualifie d'erreur grossière, une déesse, fille du plus grand des dieux, n'ayant besoin d'aucun secours humain pour défendre sa pudeur , et rien d'ailleurs n’étant plus contraire à la réputation de sagesse et de justice dont jouit Minos que de lui imputer un dessein aussi impie.
BRIVES, chef-lieu d’arrond, de la Corrèze, près de la rivière de ce nom et sur le chemin de fer de Périgueux à Rodez, est une ville de 10,765 âmes (1872), à laquelle sa conduite dans les guerres du moyen âge avait fait donner le surnom de gaillarde ou brave. C'est la patrie du cardinal Dubois et du maréchal Brune. On y voit une belle cathédrale du douzième siècle, quelques maisons gothiques et de jolies promenades, Elle possède un tribunal de commerce, un collége, une petite bibliothèque, des filatures de coton, des blanchisseries de cire; on y fabrique des lainages et de la bougie. Il s’y fait un commerce actif de truffes et de dindes truffées , de marrons, de vins du pays, d’huile de noix, de bestiaux et de laines.
BRIZARD (JEan-Barrisre BRITARD, dit), né à Orléans, le 7 avril 1721, mort à Paris, le 30 janvier 1791, avait obtenu quelques succès dans la peinture, qu'il avait étudiée sous Carle van Loo, lorsque le goût au théâtre le jeta des troupes d'amateurs, où il s'était d’abord exercé, sur la scène du Théâtre-Français , où il débuta le 30 juillet 1757 dans l’emploi des pères nobles et des rois, et où il remplaça le fameux Sarrasin. Il avait reçu de la nature toutes les qualités physiques et intellectuelles désirables pour conserver aux personnages qu'il représentait la dignité avec laquelle nos auteurs classiques, et principalement le grand Corneille, les ont traduits sur la scène. Un avantage qu'il devait moins à l’âge qu’à un accident où il faillit perdre la vie, avait ajouté encore au prestige de son talent. En voyageant sur le Rhône, la petite barque qu’il montait ayant chaviré, il se saisit d’un anneau de fer des piles d’un pont, et y resta suspendu jusqu’à ce qu’on vint le secourir; mais son angoisse en ce suprême danger fut telle, que ses cheveux en blanchirent. Ce changement fut, du reste, très-favorable à son emploi, et quelques critiques ont répété qu'il devait une partie de ses succès à ses cheveux. La Harpe, qui lui attribua la chute de sa tragédie des Brames, fut le plus injuste de tous; et il faudrait bien se garder de juger l’artiste d’après l’opinion intéressée de l’auteur. Les contemporains de Brizard lui ont rendu plus de justice : tous ont reconnu en lui une énergique sensibilité, propre à rendre les passions de la tragédie, et à les lui faire deviner presque sans le secours de létude et de la méditation. Aussi, dispensé de préparer d'avance ses effets, et d'étudier le ton et l’accent à donner à ses rôles, n’avait-il besoin que de sa mémoire hors du théâtre et deson âme sur la scène ; son débit était une sorte d'inspiration. Toujours noble dans le pathétique, ce qui est bien plus difficile qu’on ne l’imagine, l’expression des plus grandes douleurs n’altérait jamais sa physionomie que pour la rendre plus intéressante, et il déchirat le cœur sans jamais déplaire aux yeux.
Pendant les vingt-neuf années qu’il resta au théâtre, il
créa plus de vingt rôles dans les tragédies nouvelles, et en remplit un grand nombre dans des comédies et des drames anciens; mais son plus beau triomphe fut le personnage: du roi Zear dans la tragédie de Ducis, qui a consacré une épitapheà son digne interprète, mort dans la retraite en 1794, et dont on voyait le tombeau au Musée des monuments français. Ajoutons un trait à la louange de Brizard : c’est qu'il ne fut pas moins estimé dans le monde pour ses qualités personnelles qu'aimé au théâtre pour son talent.
BRIZE , genre de la famille des graminées, connu par l'élégance de son port, et qui se rencontre dans les pâturages secs et calcaires, où il procure aux chèvres et aux moutons un fourrage assez recherché par ces animaux. II paraît que les anciens l’employaient aussi dans l’économie domestique, car Galien attribue au pain fait avec les semences de cette graminée une propriété narcotique à laquelle sans doute elle a dû son nom, tiré du verbegrec 6piçerv, qui signifie assoupir.
BRIZEUX (Juuiex-AuGusre-PÉLAGE). poête contemporain, naquit le 12 septembre 1806, à Lorient. Il fut longtemps connu sous le seul vocable de l’auteur de Marie. C’est un des caractères distinctifs du génie de M. Brizeux, d'avoir toujours recherché l'ombre dans sa vie privée comme dans sesécrits. Dans ces temps-ci, où chacun a si grand’soif des regards de la foule, ce fut à peine si, après dix ans de gloire anonyme, il permit à son éditeur d'écrire son nom sur la couverture de ses livres. Et s’il y consentit, c’est qu'il savait bien qu’en le faisant, l'éditeur n’apprenait plus rien au public. Tous ceux qui lisent les vers savaient son nom lorsqu'il parut imprimé. Il avait en effet déjà semé en avant sur sa route, dès 1828, avec Busoni, Racine, co-
-médie en un acte eten vers; en 1836, quelques lignes bretonnes intitulées : Barzonek pé Kanaouen ar Vrelona , et le poème de Marie, dont la troisième édition parut en 1840, et qu’il publia sous le titre modeste de roman,
Ce poeme se compose d’une suite de morceaux détachés, n'ayant d'autre liaison entre eux que les impressions générales de l’auteur au moment où il les composait : un même sentiment général, toujours exquis, du calme et du recueillement que lui inspire sa chère Bretagne. Ce poëme lui fit d’un seul coup toute la réputation dont il jouit. Du reste, cette composition n'avait pas absorbé tous les instants de M. Brizeux ; il travaillait en outre à un grand poëme sur la Bretagne : il avait aussi voyagé en Italie et préparé sa traduction de la Divine Comédie, qu’il publia plus tard.
En 1841 il donna les Ternaires ; ce fut encore un succès. Dans les Ternaires, livre lyrique, composé, comme Marie, de pièces détachées , l’auteur essaya un rhythme nouveau, quoi qu'en aient pu dire quelques détracteurs, ou, s’il n’était pas nouveau, tellement oublié au moment de sa résurrection, qu’il lai doit une vie nouvelle. M. Brizeux, qui avait professé vers 1832 un cours de littérature à l’Athénée de Marseille, a travaillé à la Revue des Deux Mondes , et la plupart des pièces de vers qu'il y a publiées ont été réimprimés dans ses œuvres. Son poëme, les Derniers Bretons, parut en 1816 et fut couronné par l’Académie française; elle lui accorda un honneur semblable pour ses Hisdoires poétiques {1855}, mais elle ne l’admit pas dans son sein. On doit encore à M. Brizeux un recueil de chants populaires en bas-breton (1853), une Poétique nouvelle (1854). et il travaillait à un Dictionnaire des noms de lieux de Bretagne, qui n’a pas vu le jour. La santé du poëte s’étant altérée il se rendit dans le Midi et arriva mourant à Montpellier, où il expira chez M. Saint-René Taillandier
le 3 mai 1858. Son corps fut rapporté à Lorieit et inhumé dans un tombeau de granit,
BROC, vase à anse fait ordinairement de bois, en forme de poire, garni de cercles de fer et axec un bec évasé, qui sert surtout à distribuer et à vendre le vin. Il y avait autrefois chez les princes et dans les maisons des riches des brocs d'argent destinés au premier de ces usages. Le broc ser
vait aussi de mesure, et sa valeur variait suivant les localités ; c'était ce qu’on appelait à Paris la quarte, et ailleurs le pot ; le broc contenait généralement environ deux pintes de Paris.
BROCANTEUR. Ce nom, presque toujours pris en mauvaise part, sert à désigner certains marchands d'objets d'arts et de curiosité, dont la valeur réelle est quelquefois trèsminime, tandis que la valeur fictive en est portée à un taux excessif, qui varie encore suivant les circonstances et le caprice des amateurs. Cette variation extrême dans le prix des objets que vend un brocanteur lui donne les moyens de faire des bénéfices considérables en échangeant des objets de nature bien différente, telle qu’une tabatière contre une pierre gravée antique, un tableau moderne contre une paire de pistolets ou une paire de bracelets. Le brocanteur seul est apte à apprécier avec justesse des objets de nature aussi variée, tandis que l'acquéreur ne sait donner une exacte évaluation qu’à celui vers lequel son goût le pousse. L’habitude aussi de faire des opérations hasardeuses met le brocanteur dans la nécessité de tenter de gros bénéfices ; et quelquefois la cupidité l'amène à se servir pour cela de moyens peu délicats. Le commerce de tableaux a quelquefois pour intermédiaires des peintres, et plusieurs l'ont fait honorablement ; mais souvent aussi, les tableaux passant par les mains des brocanteurs, il n’est sorte de supercherie et de fraude dont on n’ait le droit de se méfier. On en a vu faire avec adresse des copies d’un tableau de mérite, les placer dans d'anciennes bordures, et les offrir ainsi à la curiosité comme des originaux de Téniers ou de tel autre maître.
BROCARD , sorte de moquerie plus acérée que la raillerie, et qui participe de l’injure et de la bouffonnerie. Souvent douce, la raillerie n’attaque d'ordinaire que de légères imperfections de l'esprit et des manières; le brocard, toujours amer, poignant, entame jusqu’à l'honneur. En politique, où il enflamme les passions populaires, il assassine. En littérature, si plus d’un écrivain usa de cette arme contre ses rivaux, les victimes, heureusement , ne rencontrèrent que des rieurs et non des juges : Cotin et Pradon moururent dans leur lit. Néanmoins, lancé par une main habile, le brocard blesse mortellement et fait expirer jusqu’à la renommée la mieux accréditée; Chapelain l’éprouva : longtemps roi du Parnasse, lui, qui distribuait les réputations, perdit la sienne, immolée par les brocards de Boileau, Pompignan, harcelé par les si, les quoi, les car, qui pleuvaient sur lui de tous côtés, courut se cacher, en disant :
Je n’y puis plus tenir, de brocards on m’assomme,
Malgré Richelet, qui prétend que le mot brocard est rude et sonne mal dans le beau style, il a conservé tous ses droits dans le langage, mais non dans notre société nouvelle, 5ù sa puissance a beaucoup déchu; c’est que, dans nos gouvernements nouveaux, les petits défauts de l'individu s’anéantissent dans la lutte des intérêts généraux. Alors on calomnie, on déchire, on perce son ennemi, et, si l’on fouille dans la vie privée, c’est pour en tirer moins des ridicules que des accusations. Aussi le brocard ne règne-t-il plus que dans certaines localités de province , où le désœuvrement l'alimente. C’est là que dans un couplet il stigmatise la gaucherie ou désole la vanité, Dans les grandes villes il s’est réfugié dans les petits journaux, parce que la bouffonnerie y tient la place du raisonnement; encore à peine égaye-t-il plus d’un jour la malignité, Sainr-PROSPER jeune.
On qualifiait autrefois de brocards de droit les éléments ou les premières maximes de droit : tels sont ceux d’Azo, intitulés Zrocardia Juris. Vossius dérive ce mot du grec protarchia ( premiers éléments ); mais Doujat pense qu'il a été formé du nom de Burchard , évèque de Worms, auteur d'une collection de canons qu’on appelait Brocardia ; et comme son ouvrage était plein de sentences que l’on citait souvent, brocard signifia par la suite un bon mot, une maxime sentencieuse, un trait de raillerie,
BROC — BROCHAGE
BROCART. Ce mot, qui est devenu l’appellation com mune de toutes les étoffes de soie, satin, gros de Naples ou de Tours , taffetas ouvragés de fleurs et d’arabesques, etc., était originairement le nom d’une étoffe tissue d'or, d'argent, ou des deux ensemble, tant en chaîne qu’en trame, et avait été appliqué ensuite à celles où il y avait quelques parfilures de soïe pour relever les fleurs d’or,
BROCATELLE. On appelle de ce nom une étoffe de grosse soie ou de coton, faite à l’imitation du brocart.
C’est aussi le nom d’une variété de brèche.
BROCELIANDE, forêt merveilleuse de la petite Brefagne, où se trouvait une fontaine magique, si l’on en croit les romans de la Table-Ronde. Quand un chevalier assez imprudent ou assez confiant en son courage versait de l’eau sur le perron d’émeraude de cette fontaine, il y éclatait des prodiges que la voix humaine avait peur de raconter, Un affreux orage s'élevait; la pluie, la grêle, le tonnerre, succédaient tout à coup au calme le plus profond; puis, le ciel reprenant toute sa sérénité, les oiseaux les plus rares, au chant le plus mélodieux, couvraient les branches d’un arbre enchanté qui ombrageait la fontaine. Bientôt un chevalier aux armes brillantes, à la taille gigantesque, caracolant sur son grand cheval de bataille, s’avançait pour défier l'imprudent qui avait troublé son repos. Du premier coup de lance il le jetait sur l'arène, et s’éloïignait, emmenant avec lui le coursier du vaincu. Le roman du Chevalier au lion, celui de Tournoiement Antechrist, parlent de cette forêt, dont Wace voulut inutilement voir les prodiges,
La alai jo merveilles querre,
Vis la forêt et vis la terre,
Merveilles quis, mais n’es trouvai,
Fol m’en revins, fol i alai,
Fol i alai, fol m'en revins,
Folie quis, pri fol me tins. ( Roman du Rou. ) DE REIFFENBERG.
BROCHAGE , opération qui consiste à plier les feuilles d’un livre sortant de l'imprimerie, à les mettre dans leur ordre de pagination, à les coudre ensemble et à les couvrir d’une feuille unie ou portant le titre du livre. L'assemblage, qui consiste à mettre en ordre les feuilles imprimées pour en former des volumes, précède le brochage, et s’effectue de la manière suivante : sur une table longue sont autant de formes ({as renfermant chacun un nombre déterminé d’une même feuille imprimée) rangées de gauche à droite suivant l’ordre de leurs signatures (lettre ou chiffre placé en bas de la première page de chaque feuille); l’assembleur lève une feuille sur chacune de ces formes ainsi rangées, de sorte que la feuille A ou { se trouve sur la feuille B ou 2, celle-ci sur la feuille C ou 3, et ainsi de suite; cet amas de feuilles assemblées forme une pile; les piles étant réunies en corps, il ne reste plus qu’à plier les feuilles, et après que le brocheur en a collationné l’ordre on peut procéder au brochage proprement dit. Ë
Pour cela, on prend la première feuille et on la renverse sur une garde, feuillet de papier destiné à être cousu en même temps que la feuille : cette garde est repliée dans toute sa longueur d’une quantité moindre que la largeur de la marge intérieure, afin qu’elle ne couvre pas l’impression. Ayant enfilé une grande aiguille courbe, on en perce la feuille par dehors au tiers environ de sa longueur; on tire le fil en dedans, en le laissant déborder à peu près de cin{ centimèmètres, plus ou moins selon le format; on fait un second point au-dessous, du dedans au dehors, vers le milieu de la longueur de cette feuille, et on tire le fil en dehors sans déranger le bout qui passe, On pose ensuite la seconde feuille sur la première; et après l'avoir piquée de la même manière et aux mêmes hauteurs, on tend le fil et on le noue avec le bout que l'on a laissé passer, La troisième feuille étant posée sur la seconde, on opère de même, et on ne coud la quatrième que lorsqu'on a passé son aiguille entre le point
BROCHAGE — BROCHET
qui lie la première feuille avec ka seconde; par ce moyen, il se forme un entrelacement que les brocheuses nomment chaïnelte, et qui donne de la solidité à l'ouvrage. Arrivé à la dernière feuille, on ajoute une garde comme on l’a fait pour la première, mais placée en sens inverse.
Cette opération terminée, on passe avec un pinceau de la colle sur le dos du volume ainsi cousu ; on colle de même la feuille qui est destinée à le couvrir; on pose le dos du volume à plat sur le milieu de cette feuille encollée; on relève les deux côtés de la feuille sur les gardes en l'y appliquant légèrement, et on appuie fortement sur le dos pour que la couverture s’y colle bien. Il ne reste plus ensuite qu’à faire sécher le volume à l’air libre ou sous une pression convenable, puis à rogner et à ébarber s’il y a lieu. Si le livre doit être satiné, on fait passer préalablement les feuilles au satinage.
BROCHE. Ce mot désigne généralement un baguette de bois ou de métal. Mais on appelle spécialement broche la tringle de fer plus large qu’épaisse dont on se sert pour rôtir la viande, en la faisant tourner devant le feu. La broche, toujours pointue d’un bout, se termine ordinairement vers l'autre en manivelle qu'on tourna d’abord à la main, au moyen d’un bâton percé, ce qui permettait de se tenir à une certaine distance du feu; plus tard, un cluen, enfermé dans une roue à tambour, fut chargé de ce travail; enfin, les découvertes de l'horlogerie à roues dentées donnèrent lieu à l'invention des {ournebroches.
Pris dans sa première et sa plus générale acception, le mot broche reçoit dans les arts et métiers diverses applications qui se rapprochent toutes plus ou moins d’une même origine et de la signification d’outil, instrument, machine, de figure ou de forme longue et menue, et dont la fonction ordinaire est de traverser ou de soutenir d’autres parties. Ainsi, broche, en termes de serrurerie, est la pointe de fer qui fait partie d’une serrure et qui doit entrer dans le trou d’une clef forée; on appelle aussi broches rondes ou broches carrées des morceaux de fer ronds ou carrés dont les serruriers se servent pour tourner plusieurs pièces à chaud et à froid. En termes defilature, broche se dit de petites verges de fer qu’on adapte aux rouets, aux métiers à filer, et sur lesquelles le fil, le coton, la laine s’enroulent à mesure qu’ils sont filés. On évalue l’importance d’une filature d’après le nombre de broches qu’elle contient. Les escompteurs appelent broches des effets à ordre de mince valeur. En termes d’artificier, c’est aussi une petite verge ronde, conique, de fer ou de bois fort, tenant au culot du moule d’une fusée volante, pour ménager un trou de même figure dans la matière combustible dont on la charge. Les broches, en termes de balancier, sont de petits morceaux de fer ronds qui passent au travers de la virole du peson. En termes de marchand cirier, ce sont de petits morceaux de bois poli, en forme de cône très-pointu, avec lesquels on perce les gros bouts des cierges, afin de pouvoir les faire entrer dans les fiches des chandeliers. En termes de chasse, ce sont les défenses du sanglier, etl’on appelle aussi de ce nom la première tête ou le premier bois d’un chevreuil. Broche se dit encore de cerfaines aiguilles qui servent à tricoter des bas, à faire du ruban, du brocart et autres étoffes. Enfin on appelle broche un petit bijou dont la forme et la matière varient à l'infini et qui sert à attacher sur la poitrine un châle , une écharpe, un mantelet , etc.
BROCHER. Ce verbe est employé dans des acceptions diverses , et où l’on retrouve tour à tour les différentes significations du motbroche, d'où il a été formé. En termes du maréchal ferrant, brocher, c’est enfoncer à coups de brochoir les clous qui fixent le fer à la corne du sabot d’un cheval. Mais les acceptions de ce mot qui reçoivent l'emploi le plus fréquent sont celles qu’il tire du mot broche considérée comme aiguille. Brocher-a signifié d’abord en ce sens, et en termes d’ourdisseur et de passementier, passer de l'or, de l'argent, de la soie ou de la laine entre des bro-
ches ou aiguilles qui servaient à faire une étoffe nommée de là brocart. On l'a étendu ensuite à l’action ou opération qui consiste à enrichir une étofie de clinquant , de chenille, de fil d'argent, de canetille, etc., par le moyen de petites navettes nommées espolins. De là ce mot a été employé, par analogie, dans beaucoup d’autres façons de parler,
Brocher et brochant, en termes de blason, se disent des bandes, cotices ou bâtons et autres pièces, telles que lions, aigles, etc., qu’on fait passer d’un bout de l’écu l’autre, ou qui traversent sur d’autres pièces : on dit que des chevaux brochent sur des burelles, pour dire qu’ils passent dans l’écu sur des burelles ; on dit aussi d’une famille, d’un maison, qu’elle porte d’azur au lion d’er, à la fasce de gueules brochant sur le tout.
Brocher se dit enfin, dans son acception la plus usuelle, de l'opération qui constitue le brochage.
BROCHET, genre de poissons de la famille des esoces. Les brochets ont de très-petits os intermaxillaires au milieu de la mâchoire supérieure. Ces os , ainsi que le vomer, les palatins , les pharyngiens , la langue etles ares branchiaux, sont hérissés de dents en carde. Leur mâchoire inférieure est armée de longues denis pointues sur les côtés. Leur museau est obtus, oblong , déprimé ; la vessie natatoire très-grande. Le brochet commun (exos lucius) est très-connu; sa voracité est passée en proverbe. Ce poisson a été surnommé requin des eaux douces ; il ravage promptement les viviers et les étangs ; il n’épargne pas même son espèce, dévore ses propres petits, et ne dédaigne pas les restes des cadavres putréfiés. Il se nourrit aussi de grenouilles, et l’on a prétendu avoir trouvé jusqu’à des canards entiers dans de gros brochets. Lorsque ces poissons en saisissent d’autres dont les piquants pourraient les blesser, ils ont la précaution de les retenir quelque temps dans leur vaste gueule, afin de les tner et de pouvoir les avaler ensuite sans résistance et sans danger. Lorsque la proie est trop grande pour pouvoir être engloutie tout entière, le brochet n’en avale que la portion qui peut entrer, et pendant qu'il la digère, il attend patiemment que la fermentation putride du reste lui permette de l’ingérer. I1 ressemble sous ce rapport au boa.
Parmi les exemples de {longévité de ce poisson, le plus remarquable est celui du brochet de Kaiserslautern, qui avait six mètres de long, qui pesait 175 kilogrammes, et avait vécu au moins deux cent trente-cinq ans. On prétend que l’empereur Frédéric Barberousse lui-même lPavait jeté le 5 octobre 1262 dans l'étang où il fut pris en 1497, et que cet énorme brochet portait un anneau d’or qui pouvait s’élargir, et sur lequel était gravée l'indication de sa naissance. Son squelette a été conservé longtemps à Manheim.
Les pêcheurs et les marchands de poissons donnent les noms vulgaires de lançons ou lancerons aux jeunes brochets, de poignards aux moyens brochets, de carreaux ou loups aux vieux, de pansars aux grosses femelles pleines d'œufs, et de Zévriers aux mâles les plus allongés. Les plus petits brochets sont appelés brochetons.
On ne fait aucun usage en médecine des parties de ce poisson. On estime beaucoup sa chair, qui fournit une bonne nourriture, quoique ferme et un peu réfractaire à la digestion. Les brochets des grandes rivières et des lacs sont les plus estimés; on les sert sur les tables les plus somptueuses. Le brochet au bleu et le foie de ce poisson sont très-recherchés par les gourmands. Ses œufs provoquent souvent le vomissement et la diarrhée.
Une seule femelle porte jusqu’à 148,000 œufs. La fécondité n’a lieu qu’à l’âge de trois ans. Les plus jeunes femelles commencent la ponte au printemps; celles d’un âge moyen la continuent pendant toute la saison, qui se termine par k ponte des plus âgées, qu’on nomme grenouillettes ou grenouillées, parce qu’elles pondent à peu près à la même époque que les grenouilles. L'influence du soleil est nécessaire pour faciliter l’éclosion des œufs du brochet, placés peu profon-
dément sous l’eau. Les oiseaux, et surtout les hérons, qui mangent des œufs de brochet, sont purgés et les rendent sans altération. On prétend que lorsqu'ils les déposent dans des amas d’eau qui n’ont aucune communication entre eux, ils propagent ainsi l'espèce de ce poisson, qui est répandue dans toutes les eaux douces des zones tempérées et froides de l’ancien Monde. Sur les bords du Volga et du Jaïk, on fume la chair du brochet, en la séchant après l’avoir marinée dans upe saumure. Ce poisson abonde tellement dans ces contrées, qu’au dire de Pallas, on en pêche une quantité incroyable, On les réunit en tas énormes, que la gelée durcit et garantit de la putréfaction, et on les vend à un prix très-modique. On nomme rois des brochets les individus dont le corps parsemé de taches ou marbrures noires présente aussi de belles teintes jaunes. L. LAURENT.
BROCHETTE, diminutif de broche, petit morceau de bois ou de fer, long et pointu, qui, dans l’usage le plus ordinaire, sert à unir, à soutenir ou à rapprocher les parties dans lesquelles on le passe, et qui trouve des applications fréquentes dans les arts et métiers. On donne aussi le nom de brochette à une espèce de petite boucle en or et à jour, qui sert à passer à la boutonnière diverses croix ou décorations d'ordres. Enfin, l’on entend par le mot de brochette un petit morceau de bois mince, au bout duquel on donne à manger, ou, comme on dit généralement, la becquée, aux oiseaux que l’on a soustraits au nid de leur mère, et qui se trouvent ainsi privés deses soins. Par extension, on dit des enfants qui sont élevés avec beaucoup desoin et d'attention, qu'ils sont élevés à la brochette.
BROCHET VOLANT. Voyez ISTIOPHORE,
BROCHURE, réunion de quelques feuilles imprimées, qui dans leur ensemble ne peuvent composer un volume, et qui se vendent ordinairement non reliées. C’est le livre populaire par excellence. Il coûte peu, et ménage la bourse et le temps de celui qui l’achète, ce qui est une double économie. L'imprimerie et la Réforme donnèrent une grande impulsion à la brochure. Les premiers livres n’apparurent qu’en petit nombre et sous la forme gigantesque de l’in-folio, Enchaînés sur des pupitres, ils ne sortaient jamais du cabinet des “érudits ; il fallait les lire et les étudier sur place. Cependant, la diffusion des lumières produisit bientôt à cet égard un salutaire effet. L’in-quarto prit la place de l’in-folio, puis Alde l’ancien imagina l’in-octavo, qui permit de faire du livre un compagnon assidu au lit, au coin du feu, à table, en voyage. Cette heureuse modification multiplia les écrivains et les lecteurs, mais multiplia surtout les brochures, arme rapide et redoutable par sa légèrelé, pénétrant sans peine dans les masses et courant de main en main. La Réforme accrut encore cette avalanche, qui n’épargna ni le catholicisme dans ses dogmes, ni la royauté dans ses prérogatives. Les questions à l’ordre du jour furent agitées avec une hardiesse et parfois un talent remarquable, La politique s’en mêla. C'était le temps de la Satire Ménippée, qui est moins une brochure qu'un pamphlet, et qui fit plus de tort à la Ligue que toutes les victoires de Henri 1V. Nous
traiterons à part du pamphlet, qu’on peut définir la bro- ;
chure chargée à mitraille. La brochure est le rail-way de la pensée, le pamphlet en est le brülot.
Attaqué par les brochures et les pamphlets, excommunié
par Sixte-Quint, Henri III trouve des plumes ardentes pour le défendre. Enfin, la Ligue meurt d’épuisement. A ces dis- .cussions âpres, hardies, envenimées, succèdent le calme et l'indifférence. Le temps des brochures est passé, et le goût de la politique reste le privilége de quelques esprits d'élite, Dans le siècle suivant, la révolte des princes, les états généraux de 1614, les querelles de Louis XIII avec sa mère, avec son frère, les ministères de Richelieu et de Mazarin (voyez FRonpe et MazaniNAnes), font naïitre de nouveaux déchatnements, de nouvelles guerres de plume, plus terribles encore que celles d'épée. Les puissants se voient déchirer