BROCHURE — BROCKHAUS
saient pas à l’avidité des lecteurs; puis, la lutte s'étant engagée entre les partisans de la vieille monarchie et ceux des droits du peuple, Chateaubriand intervint encore. Ennerni des hommes d'État alors au timon des affaires, il se déclara pour le maintien des conquêtes légales de la révolution, et La Monarchie selon La Charte fut le fruit de sa conviction.
En même temps, un jeune garde d'honneur, à peine de retour de l’armée, M. de Salvandy, lançait courageusement à la face des etrangers qui inondaient Paris une brochure étincelante de verve : La Coalition et la France. Les hauts alliés se plaignirent avec menace de cette protestation de la patrie écrasée réclamant par une bouche de vingt ans, et délibérèrent s’ils ne devaient pas répondre avec toutes les armées de l'Europe coalisée au défi d’un enfant. D’autres publicistes, Bonald, Benjamin Constant, Fiévée, Montlosier, montrèrent, sous des bannières différentes, un falent remarquable, mais aucun n’égala Paul-Louis Courier, l’ancien canonnier à cheval, le célèbre vigneron, qui, plus qu’eux tous, juignait à la puissance du raisonnement le prestige d’un style plein de science et de bonhommie. Cependant une fois Montlosier obtint un succès non moins universel par sa Dénoncialion contre les Jésuites.
La polémique des brochures ne cessa de captiver exclusivement l'attention qu'au moment où les journaux conquirent enfin leur indépendance. Toutefois ce triomphe fut de peu de durée. La censure, rétablie en 1826, pesa lourdement sur les journaux , qui commencèrent à paraître avec de longues colonnes en blanc. Mais toutes les bribes abattues par les ciseaux des censeurs ne furent pas perdues : on en composa des brochures courageuses , brûlantes, qui se succédèrent coup sur coup et furent dévorées par le public. Dans cette guerre de plume, on retrouve M. de Salvandy, devenu rédacteur du Journal des Débats.
Sans parler du déluge de brochures républicaines , humanitaires, sacialistes, etc., etc., qui suivit la révolution de 1830 et surtout celle de 1848, on peut citer encore, après celles de Paul-Luuis Courier, celles que M. de Cormenin a publiées sous le pseudonyme de Timon. En résumé, cependant, lorsque les journaux sont libres, à moins de tourner au pamphlet ou au libelle, que peut révéler la brochure qui ne soit su d'avance? Que peut-elle enseigner qu’on n’ait appris déjà. Les brochures littéraires, frappées du même coup, se transforment en revues. Mais lorsque la presse périodique est muselée, la pensée comprimée éclate immédiatement en brochures. Le gouvernement issu du coup d’État du 2 décembre 1851 l’a si bien senti, qu’en soumettant les journaux au régime du double avertissement, il s’est bien gardé d'oublier de frapper d’un droit de timbre {oute publication au-dessous de dix feuilles. 11 est cependant des hommes qui, au risque d’avoir mains de lecteurs, préfèrent toujours exprimer leurs idées dans des brochures, parce qu’ils n’y sont point gônés par les besoins d’un livre ou d’un journal fait en commun. Et puis un homme d’esprit l’a dit, « Il faut au moins une idée pour faire une brochure : on peut faire un livre sans cela. »
Si nous tournons les yeux du côté de l’Angleterre, nous y verrons lauteur de Robinson expier par le pilori et une amende qui le ruina des opinions religieuses antipathiques au parlement; puis les brochures de l’auteur de Gulliver faire et défaire Les ministres et placer Swift au-dessus d’eux. Sous Georges 111, les Lettres de Junius foudroyèrent les mandataires du pouvoir et devinrent des Philippiques rivales de celles de Démosthène. Les brochures de Cobbett préparent les voies au chartisme anglais ; celles de Cobden ont par leur persistance enlevé d’assaut la liberté commerciale.
Parmi les autres peuples de notre hémisphère, les Russes n’osent pas encore penser, les Italiens n’osent plus penser, les Espagnols et les Portugais se disposent à penser. En Suède, en Danemark, en Pologne, en Allemagne, depuis les
DICT, DE LA CONVERS. == T, III
brochures de Heïne, la vie politique circule par cette voie, en attendant qu’elle puisse s’ébattre dans des journaux libres. Chez les Américains du Nord, les brochures, depuis celles de Franklin, sont les auxiliaires obligés du journalisme , qu'elles appuient et ne gênent pas. il en est de même de l'empire du Brésil et des autres républiques américaines.
BROCKREN ( Mons Bructerus, Melibocus), appelé aussi par le peuple Blocksberg. C’est le nom que l’on donne à la cime la plus haute du Harz. Situé dans le comté de Stolberg-Wernigerode, le Brocken s'élève à 1086 mètres audessus de la mer, et forme le centre d’une masse granitique qu'a percée l'argile schisteuse et le quartz mêlé de schiste et de mica, et qu’on appelle le Brockengebirge. Sur son sommet, arrondi et couvert de tourbe, sont dispersés de gros blocs de granit, qui semblent être les débris d’une pyramide granitique. Autour de cette espèce de dôme se groupent d’autres montagnes, aux pentes rapides vers le nord, mais se reliant, sur les autres faces, aux plateaux de Harz : les Brandklippen au nord; les Zeterklippen à l’est, avec le Petit Brocken, la Heinrichshæhe et les Hohneklippen, les Feuersteinklippen , les Schnarcherklippen, le Wormberg, l'Achtermannshæhe, le Kænigsberg et les Hischhærner au midi ; le Brockenfeld et l'Abbensteiner-klippe à l'ouest. Les
nombreux ruisseaux qui prennent leurs sources dans ces
montagnes ou qui s’échappent de leurs marais se rendent dans les bassins, soit de l’Elbe, soit du Weser, et se réunissent dans les principales artères, le Radau, lElker, lIsle, l’'Holzemme, le Kalten-Bode, le Warmen-Bode et l’Oder.
Des routes assez commodes conduisent d’Elbingerode et d’Ilsenbourg jusqu’au sommet du Brocken. A 125 ou 155 mètres au-dessous de la cime, on quitte les forêts d’arbres conifères pour entrer dans la région des pins des Alpes, qui disparaissent à leur tour, bien que le point culminant de la montagne offre encore des traces de végétation. Outre difrérentes espèces d’orchis, les botanistes y récoltent le lichen d'Islande, ou mousse du Brocken , que les gens pauvres ramassent pour le vendre, l’anémone alpine, ou fleur dau Brocken, et surtout la befula nana, plante rare, qu'on trouve encore quelquefois dans les environs du Langenwerk.
La montagne est ordinairement enveloppée de brouillards et de nuages, qui, tourmentés par un vent presque continuel, offrent à l'imagination Les plus bizarres tableaux, dans lesquels la tradition populaire veut voir des danses de sorcières, etc. ( voyez BLocksBErG). Le phénomène du spectre du Brocken fait une singulière impresssion : il consiste en la réflexion d’ombres d’hommes et de maisons sur un voile de nuages faisant face au soleil couchant. Lorsque le ciel est serein, on jouit d’une vueravissante sur une contrée de 125 kilomètres de circonférence, et avec une lunette d’approche on découvre le cadran de la cathédrale de Magdebourg,. En 1800, le comte de Stolberg-Wernigerode a fait bâtir sur la cime la plus élevée du Brocken un grand bâtiment à un étage qui offre toutes commodités aux étrangers et devant lequel s’élève une tour en bois d’où l’on jouit d'une magnifique perspective.
BROCKHAUS (FRÉDÉRIC-ARNOLD), célèbre libraire allemand, naquit à Dortmund, le 4 mai 1772. Malgré le penchant qu’il manifesta de bonne heure pour les lettres, son père le destina au commerce, et le mit dès 1788 chez un négociant de Dusseldorf. De retour dans sa tamïlle en 1793, il obtint la permission d’aller suivre pendant deux ans les cours de l'université de Leipzig; mais en 1795 il fut rappelé et mis, avec un de ses parents, à la tête d’un magasin de marchandises anglaises, qu’il abandonna en 1804, dans l’intention de se faire libraire. Il s’associa donc avec Robhloff, et établit à Amsterdam une maison de librairie. En 1806 il entreprit la publication du journal de Ster (l'Étoile), que ses tendances libérales tirent bientôt supprimer; lAmsterdamsch Avond Journal, qu’il publia ensuite, n’eut également qu’une
courte existence. La réunion de la Hollande à la France, en 1810, ayant porté le coup le plus rude à son commerce, Brockhaus retourna en Allemagne, et s'établit d'abord à Altenbourg, où il commença, en 1812, une réimpression du Conversation's-Lexicon, dont il avait acheté et terminé la première édition, commencée en 1796. Le succès prodigieux de cette publication, favorisé par le rétablissement de la paix en 1815, lui permit de donner le plus grand développement à ses entreprises de librairie.
De 1813 à 1816 Brockhaus publia la Feuille Allemande, dans un esprit de patriotisme qui ne resta pas sans influence sur l'opinion. En 1817 il transporta à Leipzig sa maison, à laquelle il joignit une imprimerie. Six éditions du Conversation's-Lexicon se succédèrent rapidement. Outre ce grand ouvrage, il a édité l'Urania, depuis 1810 ; le Manuel de la Littérature Allemande d’Ersch, depuis 1812; les Contemporains, depuis 1816; Hermès, depuis 1819; la Feuille de Conversations littéraires, depuis 1820; le Dictionnaire Bibtiographique d'Ébert, l'Histoire des Hohenstaufen de Raumer, etc. Les opinions libérales de Brockhaus et son admiration pour le gouvernement constitutionnel lui attirèrent souvent des persécutions de la part du gouvernement prussien , et l’exposèrent aux chicanes de la censure saxonne. Il mourut le 20 août 1823.
Son fils aîné, Frédéric Brockuaus, né à Dortmund, le 23 septembre 1800 , l'a remplacé à la tête de la maison qu’il avait fondée. Secondé par son frère Henri, né à Amsterdam, en 1804, il a donné à sa librairie et à son imprimerie un très-grand développement, et y a ajouté une fonderie de caractères. Avant qu'il quittât les affaires, en 1850, il avait publié trois nouvelles éditions du Conversation’s-Lexicon , et un grand nombre d'ouvrages importants. Le troisième frère, Hermann, né à Amsterdam, en 1806, professeur de littérature indienne à léna en 1839, et aujourd'hui à Leipzig, s’est fait connaitre par la traduction des cinq premiers livres du Kathü sarit sägara (en sanscrit et en allemand, Leipzig, 1839 ), une édition du Prabodha candrodaya, avec les scolies indiennes ( Leipzig, 1845), une édition de la traduction persane des Sept Maîtres sages (Leïpzig, 1845), une édition du Vendidad Sade, qu’il a enrichie d’un index et d’un petit glossaire de la langue zend (Leipzig, 1850). 11 a publié aussi un projet, à peu près généralement adopté, sur l'impression des ouvrages sanscrits en caractères lalins (Leipzig, 1441).
BROCOLI ou CHOU BROCOLI. Cette race de choux est très-voisine des choux-fleurs, dont elle ne diffère que par ses feuilles ondulées, par ses dimensions plus grandes et par ses couleurs. Lés variétés préférées du brocoli sont le blanc, le violet et le violet nain hdlif, tous les trois pommés ; il y en a aussi de rouges, de jaunâtres, de verts, les uns pommés, les autres sans pomme, Tous les brocolis pommes s’assaisonnent comme les choux-fleurs ; les autres se mangent en salade.
BRODEQUIN, sorte de chaussure en usage chez les anciens, laquelle couvrait le pied et la moitié de la jambe, Elle se composait du calceus et de la caliga. Le calceus, de cuir ou de bois, était la semelle; elle affectait la forme quadrangulaire ; la caliga, d'étoffe souvent précieuse, était l'espèce de bottine qui la surmontait et qui s’attachait plus ou moins haut sur la jambe. Le culceus était quelquefois si épais, qu'un homme de médiocre taille, chaussé du brodequin, pouvait paraître de la taille des héros. Les jeunes filles l’adoptèrent bientôt pour se grandir, puis les chasseurs et les voyageurs pour se garantir du sable et de l'humidité,
Des anciens le brodequin passa chez les modernes, Marot, dans une de ses notes sur une baïlade de Villon, appelle le brodequin une belle chaussure, une chaussure galante, et dit qu'elle consistait en une sorte de chausses semelres, dont la tige était faite d'une peau si fine, qu'elle se retournait comme le cuir d'un gant,