BROEK
eux. Quiconque se présente dans une maison sans venir de la part d’un ami bien intime, à moins qu'il n'ait quelque bonne affaire à proposer, se voit impiloyablement fermer la porte, comme il arriva, entre autres, à l'empereur Joseph IL. Le même écrivain ajoute en parlant de Broek : « Les pièces qui servent aux usages communs, telles que l’antichambre et l'office, sont resplendissantes de netteté. Il n’y a pas jusqu’à la cuisine qui ne soit remarquable sous ce rapport, et les nombreux ustensiles qui y sont placés, soit en fer, soit en cuivre, sont d’un éclat ravissant. Quelques-uns sont garnis d’étotfes de coton ou de laine fine aux endroits où la main doit les saisir, tant est grande l'attention des gens de cette contrée dans les plus petits détails. »
Notre voyageur ne dit pas tout. Cette cuisine qu’il décrit si bien, et qu'on ne peut se représenter que comme un magasin dorfévrerie, rest qu’une cuisine d'apparal ! ces ustensiles d'un éclat si ravissant, on ne les touche jamais que pour en raviver par de savantes frictions le poli qui se ternirait à la longue sans cette précaution; et il y a dans chaque maison, mais bien mystérieusement caché à tous les regards, un réduit dans lequel s’apprètent les mets destinés à l'alimentation 4e la famille, réduit dont l'habitant de Broek dissimule avec autant de soin l'existence que celle du cabinet où ce diable d’Alceste veut à toute force mettre le sonnet d'Oronte,
Écoutons encore parler M. Lepeintre-Desroches: « Maïs ce qui s’y voit de plus merveilleux peut-être, c’est la laiterie, c’est l’étable, qui ne sont pas moins éclatantes de couleur, de propreté et de clarté que tout le reste. On peut dire que la Hollande est le paradis des vaches; elles y sont logées beaucoup plus agréablement que la plupart des bourgeois de nos villes. A Broek surtout, les nourrisseurs semblent avoir redoublé d'attention pour elles : ils les ont placées de mauière à ce que chacune a son cabinet séparé, bien verni, bien peint, bien frotté ; elle-même est soigneusement épongée et nettoyée; ses pieds posent sur un plancher bien lavé, et pendant que sa tête s’allonge dans une mangeoire de bois bien ciré, sa queue est retroussée artistement et attachée au plafond par le bout avec un cordon... »
Une seule chose nous étonne, c’est que les habitants de Broek n’aient pas encore songé à entourer d’une serviet{e le cou de leurs vaches quand elles prennent leur nourriture, ainsi qu’on a grand soin de le faire chez Franconi au cherul gastronome.
BROEKIU YSEN ( Jax van), plus connu sous le nom,
de Janus Broukusius, poëte et philologue hollandais distingué, né le 20 novembre 1649, à Amsterdam, appartenait à. une famille considérée, et fut élevé au collége de sa ville nalale, où il composa, à l'occasion de l'installation d'un nouveau bourgmestre, un poëme dont les heureuses pensées et la latinité d’une remarquable pureté firent grande sensation. Encouragé par les éloges qui lui en revinrent de toutes parts, Broekhuysen voulait se consacrer dorénavant à la culture des lettres ; mais ce projet fut contrecarré par son tuteur, qui avait décidé dans sa sagesse qu'il ferait de lui un apothucaire. 11 se soumit d’abord, résigné, aux volontés de cet esprit positif; cependant peu de temps après il désertait l'officine du pharmacopole chez lequel il avait été mis en apprentissage pour s'engager au service de son pays. En 1674 il partit avec le grade de capitaine-lieutenant à bord de l'escadre aux ordres del’amiral Ruyter pour les iles des Indes occidentales; mais ni les orages ni les tempêtes ne purent lui faire oublier la poésie. C’est ainsi qu'il se trouvait à la hauteur de l'ile Saint-Dominique quand il traduisit en vers latins le 44° psaume de David, et composa son Céladon ou le Désir de revoir sa patrie. Revenu dans l'automne de la même année à Utrecht, il eut occasion d'y nouer des relations avec plusieurs savants, notamment avec Grevius ; ct il y fit paraitre un recueil de ses poëmes latins (Utrecht, 1684), qu'il traduisit aussi en hollandais, À peu de temps de là il obtint un cmploi comme
BROGLIE
officier à Amsterdam. En 1697 il prit son congé, avec le grade de capitaine, et mourut le 15 décembre 1707. Ses éditions de Sannazar, de Properce (1702 ; nouv. édit., 1726) et de Tibulle (1708 ; 2*édit., 1727) prouvent la vasteétendue de ses connaissances.
BROEMSEBRO , petit village de Suède, dans la province de Calimar, resté célèbre dans l’histoire par la paix qui s’y négocia, en 1645, entre la Suède et le Danemark, et en vertu de laquelle cette dernière puissance dut abandonner à la première plusieurs provinces. Voyez DANEMARK,
BROFFERIO (Ace), homme politique, né le 6 décembre 1802, à Castelnuovo, près d'asti, fut destiné au barreau ; tandis qu’il étudiait le droit à Paris il fit jouer une tragédie, Eudoæie, qui obtint quelque succès. Possédant le talent de la parole, une imagination brillante, un bel organe , il se fit dans les procès criminels uue réputation étendue, Compromis dans un complot politique il fut arrêté en 1830 ef. écrivil en prison deux volumes de poésies en patois piémon'ais. Sur l'invitation du roi Charles-Albert i! composa une tragédie nationa'e, Fitigès, roi des Goths, qui fut imprimée à Paris et répandue dans toute l’Italie, mais que l'influence autrichienne empêcha jusqu'en 1848 de mettre à la scène; elle parut du reste assez médiocre. Il obtint un succès plus franc avec un journal littéraire, Le Messager de Turin, qui seconda les projets de réforme du roi.
En 1848, Brofferio, déjà conseiller municipal de Turin. entra dans la chambre des députés, où il exerça tout d’abord une influence considérable, Unitaire avant tout, il prononça sur la médiation française el sur la réunion des provinces lombardo-vénitiennes des discours qui eurent un grand relentissement. S'il contribua puissaminent à l'élévation de Gioberti au pouvoir, il lui porta des coups terribles lorsque ce dernier prétendit intervenir dans les affaires de Florence et de Rome. Dans la nuit qui suivit la défaile de Novare (2% mars 1849), il prit la parole jusqu’à huit fois pour adjurer la chambre de continuer la guerre. Contiuuant et siéger à l'extrême gauche, il était, sinon le chef de l’opposition, du moins son plus redoutable orateur; il appuya de sa parole toutes les mesures libérales et par-dessus tout l'unité de l'Italie; ce fut à ce dernier Litre qu'il fut le plus chaud défenseur de Garibaldi. Après Ja chute du Messager de Turin, Brofferio fonda successivement {a Voix de La liberté, la Voix du désert, la Voix du progrès, journaux qui ne fournirent pas une longue carrière. Il fit encore jouer d'autres œuvres dramatiques , teiles que Le Corsaire, Angelica Kaufmann et le Tarlufe politique. Son meilleur ouvrage est une Histoire du Pcémont depuis 1814
| (Turin, 1849-52. 5 vol. in-8°), écrite sous le patronage de
Viclor-Emmanuel. En outre il a publié en collaboration Les Traditions ilaliennes et des mémoires contemporains intitulés ? miei lempi (1858-61, 20 vol.). Brofferio est mort le 26 mai 1866, à Locarno, en Suisse. P. Louisy.
BROGLIE (Faille pe). Cette famille , originaire de Quiers en Piémont , et dont le vérilable nom (Broglio ou Broglia, intrigue) parait n'avoir éle d’abord qu'un simple sobriquet, a donné à la France plusieurs hommes qui se sont distingués dans les armes et la diplomatie,
BROGLIE (François MARIE, comte pe), est le premier dont l'histoire fasse mention. Il était page du ‘prince Maurice de Savoie, et se signala, en 1639, comme capitaine de ses gardes, à la prise de Chivasso, de Quiers, de Trino, de Montcallier et au siége de Coni, qu'il défendit pendant trois mois contre les Français. Le duc de Savoie le créa, en 1643, comte de Revel, ce qui ne l’empêcha pas de quitter bientôt sa patrie pour aller s'établir en France. Broglie s’attacha à la fortune de Mazarin, et entra dans l’armée française, où il était déjà capitaine dans le régiment de cavalerie italienne en 1647. 1 se signala en diverses occasions par une bravoure extraurdinaire, et par une souplesse de caractère qui lui permit de tirer parti des troubles de la
BROGLIE
Fronde. Les biens de plusieurs gentilshommes passés au service de l'Espagne ayant élé confisqués en 1651, le comte de Broglie obtint une partie de leurs dépouilles, dont le produit lui servit à lever et équiper un régiment de cavalerie étrangère , qui prit son nom. Il fut tué au siége de Valence, en 1656. Depuis six mois il avait reçu des lettres de naturalisation ; mais elles ne furent enregistrées à la chambre des comptes qu'un an environ après sa mort. Sa famille n’en continua pas moins à jouir des faveurs de la cour ; elle compta , en très-peu de temps, trois maréchaux. C’est qu'il entrait alors dans la politique de la royauté d'élever les familles étrangères aux dépens des maisons indigènes : tes Schomberg et les Rosen ne furent pas moins bien traités que les Broglie. ’
BROGLIE (Vicror-MauRICE, comte be), fut pourvu d’un régiment d'infanterie anglaise dès l’âge de trois ans. 11 servit sous Turenne en Alsace, fut blessé au combat de Mulhouse en 1674, et passa ensuite dans l’armée du maréchal de Créqui. 11 leva à ses frais, en 1674, un régiment d'infanterie, et en 1702 un de cavalerie, qui portèrent son nom. Gouverneur du Languedoc, il poursuivit avec cruauté les protestants révoltés des Cévennes, fut créé maréchal de France, alors que depuis quarante ans il ne comptait plus dans l’armée active, et mourut en 1727, dans son château de Bubhy, trois ans après sa nomination.
BROGLIE (FRanÇois-MaRiE, duc DE), né à Paris, en 1671, troisième fils du précédent, fit à partir de 1689 toutes les campagnes des Pays-Bas, d'Allemagne et d'Italie, se distinguant par sa valeur, et fut employé souvent dans des négociations diplomatiques. Il passa successivement par tous les grades, et obtint en 1734 le bâton de maréchal. Ce fut lui qui dans la guerre de la succession d’Autriche eut le commandement en chef des armées de Bavière et de Bohème ; mais obligé de battre en retraite jusqu’aux frontières de France avec son corps d'armée, il tomba en disgrâce, et mourut le 22 mai 1745. 1l avait été créé duc en 1742.
BBOGLIE ( Vicror-FrançÇois , duc De), fils ainé du précédent, naquitle {9 octobre 1718. Ilservit d’abord, sous les ordres du maréchal son père, dans la guerre de 1733, guerre de dynastie, entreprise dans l'intérêt de Stanislas, devenu beau-père de Louis XV. De l’armée de la haute Alsace, commandée par le maréchal de Coigny , il passa à celle du Rhin, et se fit remarquer à la bataille de Haguenau et au siége de Fribourg. En 1757 il assista, sous les ordres du maréchal d’Estrées, au combat de Hastenbeck , s’empara de Minden et de Reiïthein, et rejoignit en Saxe le maréchal &e Soubise. Après la funeste bataille de Rossbach, il retourna dans le Hanovre, et prit Brême en 1758. Un an après, attaqué par le duc Ferdinand de Brunswick, dans le camp qu’il avait établi à Bergen, il se défendit si courageusement , que l’empereur François 1°" lui conféra le titre de prince du saint-empire romain. Il fut ensuite nommé gouverneur général du pays Messin, dit Les trois Evéchés, et créé maréchal de France le 16 décembre 1759, n’ayant encore que quarantedeux ans. /omini le regarde comme le seul général français qui se soit montré constamment habile dans la guerre de Sept Ans.
En 1789 le maréchal de Broglie fut appelé au commandement de l’armée réunie entre Versailles et Paris sous prétexte de protéger la liberté des états généraux, mais en réalité pour assurer le succès du plan adopté par la cour afin de les dissoudre. Le vieux maréchal appréciait mieux que les habitués de Trianon les obstacles que rencontrerait une pareille entreprise; il ne partageait pas l’illusion de la cour sur les moyens de résistance des patriotes ; et à la première nouvelle de l'insurrection parisienne, il avait dit à Louis XVI « que, ne pouvant compter sur la fidélité et l'obéissance des troupes , il aimait mieux aller se faire tuer à la tête d'une armée que d'attendre qu’on vint l’assassiner dans son hôtel. » Nommé ministre de la guerre le 12 juil-
let 1789, il ne conserva le portefeuille que quatre jours. L'armée réunie sous les murs de Paris était désignée sous le nom d'armée du maréchal de Broglie ; une tête de colonne s'étant présentée à la barrière d’Enfer dans la nuit du 14 au 15 juillet, toute la population parisienne se prépara à la plus vigoureuse résistance ; mais l'armée abandonna la même nuit son camp, ses bagages et ses munitions. Le maréchal se retira précipitamment à Luxembourg; il avait cru d'abord pouvoir s'assurer des places de la Lorraine, dont il était gouverneur : mais il courut les plus grands dangers à Verdun, et Metz lui ferma ses portes.
Broglie encouragea de tous ses moyens l'émigration, dont il avait le premier donné l'exemple; il fit les plus grands efforts pour exciter et armer les puissances étrangères contre la France. Dénoncé à l’Assemblée constituante, il n’échappa au décret d'accusation que par le dévouement de son fils (voyez plus loin ), qui osa prendre sa défense. Mais le vieux maréchal écrivit de Trèves à l’Assemblée pour désavouer les démarches et les assertions de son fils, repoussant comme une injure le décret qui l'avait absous, et démentant avec une sorte d’indignation l’officieux mensonge de son fils, qui pour le justifier avait affirmé qu’il ne s’était pas réuni aux émigrés, et qu’il était resté absolument étranger aux négociations des princes pour provoquer une coalition contre le nouveau gouvernement de la France, Le maréchal croyait sun honneur et sa conscience intéressés à tout tenter pour rétablir l’ancien régime. Il se mit à la tête des premiers corps d'émigrés organisés sous les aus-
pices et par les ordres des princes, et prit part aux opérations de la campagne de 1792. Après la mort de Louis XVI, il fut membre du conseil de régence, et contresigna en cette qualité la déclaration par laquelle Monsieur ( depuis Louis XVIII) réglait les attributions de cette régence. Passé en Angleterre en 1794, il leva, au service de ce gouvernement, un Corps qui, après avoir été employé dans quelques expéditions contre la république française, fut réformé en 1796. Le maréchal passa l’année suivante au service de la Russie, avec un grade égal à celui qu’il avait eu en France lors de son émigration, mais sans activité, Lorsque Bonaparte fut élevé à l'empire, le maréchal obtint l’autorisation de rentrer en France. En 1804 il se disposait à revenir dans sa patrie et à se soumettre au serment de fidélité à l'empereur , lorsqu'il tomba malade à Munsteren Westphalie, et y mourut, à l’âge de quatre-vingt-six ans.
BROGLIE (CHarLes-FRANÇOIS, comte DE), frère du précédent, nele 20 août 1719 fit quelques campagnes de la guerre de Sept-Ans, mais se distingua plutôt comme diplomate que comme militaire. En 1752 il fut nommé ambassadeur de France auprès de l’électeur de Saxe, roi de Pologne. De Varsovie il correspondait directement avec Louis XV. Prévoyant la catastrophe qui menaçait la nationalité polonaise , il mit tout en œuvre pour conjurer ce malheur. Sen crédit s’y usa peu à peu, et il finit par être rappelé. C’est alors qu’il alla servir en Allemagne dans le corps de réserve placé sous les ordres de son frère. Après plusieurs actions d'éclat, il obtint le grade de lieutenant général en 1760; et se signala l’année suivante à la défense de Cassel. A la fin de la guerre, Louis XV lui confia la direction du ministère secret, chargé de correspondre directement avec lui et de lui fournir des renseignements sur la situation de l’Europe. Dans cette position difficile , il ne tarda pas à se brouiller avec le conseil des ministres, et finit par être exilé. Rappelé ensuite, il contribua puissamment, à son tour, à la disgrâce du duc de Choiseul. Exilé de nouveau quelque temps avant la mort de Louis XV, il expira en 1781, après avoir dirigé la correspondance secrète pendant dix-sept ans.
BROGLIE (MauRICE-JEAN-MADELRINE, abbé pe ), frère des deux précédents, né en 1766, émigra en Pologne pendant la révolution. A son retour en 1803, il fut nommé auménier de l’empereur, et en 1805 évêque d’Acqui en Piémont.
A cette époque, il épuisa dans ses mandements les formules de la plus pompeuse adulation envers le vainqueur d'Austerlitz, Mais son langage et sa conduite changèrent lorsqu'il devint évèque de Gand, On le vit alors refuser des mains de Napoléon la croix d'Honneur et manifester une opposition constante dans le concile national de 1811. Le lendemain de la dissolution de cette assemblée, il fut enfermé à Vincennes, puis exilé à Beaune, et enfin relégué à l'ile Sainte-Marguerite. Après la chute de l’empereur, il rentra dans son diocèse, compris alors dans les Pays-Bas, refusa ses prières au roi protestant Guillaume de Nassau, et, condamné par contumace à la déportation par la cour d'assises de Bruxelles, vint mourir obscurément à Paris, en 1821.
BROGLIE (CLaupe-Vicror, prince DE), fils du troisième maréchal de ce nom et neveu des deux précédents, fut député de la noblesse de Colmar et de Schélestadt aux états généraux de 1789. Loin de partager les crreurs paternelles, il adopta les principes de la révolution, se réunit au tiers état, et vota presque toujours avec le côté gauche. Déjà avant la révolution il avait combattu pour la liberté dans la guerre d'Amérique. 11 émut l'Assemblée par l'énergie avec laquelle il défendit son père; mais sa piété filiale ne le mit pas à l’abri d’un démenti de la part du vieux maréchal, qui crut s’honorer en avouant, de la terre étrangère, des faits que son fils regardait comuie déshonorants. Claude-Victor fus en 1791 nommé général de brigade à l’armée du Rhin; mais son refus de prêter le serment exigé après le 10 août le fit destituer. Voulant néanmoins combattre encore l'ennemi, il demanda à servir comme simple volontaire, et vint le 11 mars 1793 haranguer la Convention à la tête de la section des Invalides. Menacé cependant dans sa liberté, il se décida à prendre la fuite, fut arrêté dans le département de la Saône, traduit devant le tribunal révolutionuaire, condamné à mort et exécuté le 27 juin 1794.
BROGLIE ( Vicror-AMÉDÉE-MARIE , prince DE), frère du précédent, né à Broglie, en octobre 1772, destiné d'abord à l'Église, émigra avec sa famille, et s’enrôla dans le régiment dit des cocardes blanches , commandé par le maréchal son père. Après la mort du prince son frère , il en prit le titre et devint colonel du régiment qui portait son nom. En 1796 et 1797 il combattit dans les rangs des alliés contre la France, et fut en 1799 décoré de la croix de Saint-Louis, nommé gentil-homme d'honneur du duc d'Angoulême à l'époque de son mariage, et promu au grade de maréchal de camp. Rentré plus tard en France, il reçut en 1813, de l'empereur, l'offre d’un régiment de gardes d'honneur, qu'il n’accepta point. A l’'avénement de Louis XVILY, il replit diverses missions, fut nominé inspecteur de cavalerie, se retira dans la Normandie durant les Cent-Jours, et siégea en 1815 au côté droit de la chambre introuvable, Il vivait depuis longtemps dans la retraite, quand il mourut en janvier 1852, dans son château de Ranes.
BROGLIE ( AcuiLee: CnarLes-LÉONCE-Vicror, duc pe ), neveu du précédent, le plus jeune des quatre enfants deClaude- Victor de Broglie, né le 29 novembre 1786, n'avait que neul ans lorsqu'il perdit son père sur Péchafaud, Le mème sort menaçait sa mère, née de Rosen, petite-tille du maréchal de France de ce nom, alors détenue dans les prisons de Vesoul ; mais un domestique dévoué parvint à la faire évader et à lui fournir les moyens de passer à l'étranger. Revenue en France après le 9 thermidor, elle épousa en secondes noces Voyer d'Argenson, qui devint un autre père pour le jeune Victor. 11 lui fit donner une éducation des plus fortes, sut tui conserver la belle terre de Broglie, et usa de son crédit, sous le régime impérial, pour le faire d’abord exempter de la conscription, puis nommer successivement auditeur au conseil d'État, intendant en Illyrie et ensuite à Valladolid, enfin attaché aux ambassades de Varsovie et de Vienne,
BROGLIE
En 1813 M. de Broglie accompagna M. de Narbonne au congrès de Prague, et se lia peu de temps après avec Talleyrand, qui en 1814 le fit comprendre dans l'ordonnance royale constitutive de la chambre des pairs. Vers la même époque, M. de Broglie, admis dans l’instructive intimité de M°°° de Staël, demanda la main de sa fille, et l’obtint ( voyez l’article ci-après ). Ce ne fut qu'après la seconde restauration qu’il prit le titre de duc, qui n’avait plus été porté dans la famille depuis le maréchal. Dans les cercles politiques, dont la charte de 1814 et les institutions qu’e!le comportait amenèrent tout aussitôt la formation, M. de Broglie prouva combien étaient profondes les études qu'il avait faites de toutes les branches de la législation et de la politique, ainsi que des besoins moraux des générations nouvelles, et la voix publique le désigna dès lors parmi les hommes destinés à jouer un rôle important sous le régime représentatif dont . la France était enfin appelée à jouir,
Lors des Cent-Jours il accepta les fonctions d’officier supérieur dans la garde nationale; et après le désastre de Waterloo, quand la chambre des pairs eut à juger le malheureux maréchal Ney, qu’une capitulation formelle protégeait pourtant contre toute réaction, M. de Broglie fut du petit nombre de ses juges qui votèrent pour la non-culpabilité. Ayant atteint sa trentième année, âge fixé pour avoir voix délibérative dans l’assemblée, la veille même du jour où devait être prononcée la sentence, il se hâta de revendiquer l'usage de son droit, afin d'essayer d’épargner à la Restauration un des actes qui la compromirent le plus dans l'opinion publique, et de conserver à la France un de ses plus illustres guerriers. A partir de ce moment M. de Broglie ne cessa de combattre les différentes lois d'exception auxquelles le gouvernement royal crut devoir recourir. Pendant toute la Restauration, il se montra le constant adversaire des mesures réactionnaires, éleva souvent la voix en faveur de la liberté individuelle et de la liberté de la presse, solennellement promise et garantie par la Charte, et fut un des plus ardents promoteurs de l’émancipation des noirs, qui ne cessa de le préoccuper. Depuis longtemps lié à la société Aidetoi, Le ciel t'aidera, il accepta la présidence de celle pour l'abolition de l'esclavage et de la Société des Amis de la Liberté de la Presse. Dans les réunions de cette dernière association politique, il énonça souvent des vues aussi larges que justes sur la matière qui faisait l’objet spécial de ses études. Le gouvernement de la Restauration laissa la Société des Amis dela Presse répandre librement ses brochures, et la seule vengeance qu'il tira de son président fut de le tenir constamment éloigné des affaires. I] fallut que la révolution de juillet s’accomplit pour qu’on pût voir M. de Broglie descendre enfin des hautes théories dans lesquelles il avait été jusque alors condamné à planer, pour entrer dans la carrière positive des faits pratiques.
Le 30 juillet 1830 il fut nommé, par le gouvernement provisoire, secrélaire provisoire chargé du portefeuille de l'intérieur, Le 11 août suivant Louis-Philippe le nommait ministre de l'instruction publique et des culles et président du conseil d’État. Mais dès le 2 novembre M. de Broglie donnait sa démission par raison d’incompatibilité d'humeur avec un cabinet dont M, Dupont de l’Eure était appelé à faire partie, et qui lui semblait devoir suivre une politique trop favorable aux idées au nom desquelles s'était faite la révolution, 11 se posa tout aussitôt dans la chambre des pairs comme l'adversaire du parti populaire, et se prononça nettement pour le maintien de l’hérédité de la pairie, fidèle en cela aux convictions de toute sa carrière politique, car la constitution anglaise et son principe aristocratique lui avaient toujours paru le modèle des institutions convenables à la France; et c'est dans cette persuasion qu'en 1820 il avait voté avec le ministère et appuyé la loi constitutive du double vote, 11 ne laissa, d’ailleurs, dans le cours de cette laborieuse session échapper ancune occasion de manifester