BROGLIE — BROHAN
ses principes franchement monarchiques, se prononçant, par exemple, avec force pour le maintien de la cérémonie funèbre du 21 janvier, commémorative de la mort de Louis XVI, et combattant, dans la discussion de la loi d’exil rendue contre la branche aînée de la maison de Bourbon, l'expression d’ex-roi employée par le projet ministériel pour désigner Charles X.
Rappelé aux affaires en octobre 1832, lorsque le gouvernement issu des barricades se fut décidé à donner la main aux cabinets étrangers pour faire rentrer le flot révolutionnaire dans son lit, il fut chargé du portefeuille des affaires étrangères, et le conserva jusqu’au 4 avril 1834. Sous son ministère, les chambres votèrent le traité relatif à l’emprunt grec; il appuya aussi de son éloquence la demande des États-Unis qui réclamaient 25 millions. Après un court intervalle, il reprit encore le même portefeuille, en novembre 1834, et le garda jusqu’en février 1836, en y joignant, depuis le mois de mars 1835, la présidence du conseil. En sa qualité de ministre des affaires étrangères, M. de Broglie négocia et conclut avec le gouvernement anglais la convention relative à la répression de la traite des nègres, et consacra le fameux droil de visite, dont il a tant été question dans les dernières années du règne de Louis-Philippe. Les stipulat ons primitives de cette convention de 1836 furent postérieurement aggravées par un acte supplémenfaire négocié par M. Guizot à son arrivée au ministère des affaires étrangères. Mais, sur un voteinfirmatifde la chambre des députés, M. Broglie lui-même fut renvoyé à Londres, et négocia un nouveau traité.
Après avoir été longtemps regardé comme l’un des chefs du parti doctrinaire, il semblait, quelques années avant la révolution de Février, s'éloigner de cette coterie d’orgueilleux ct d’égoistes, et pencher même un peu vers la sphère d’action de M. Thiers et de M. Odilon Barrot.
On n’entendit pas parler de lui sous le gouvernement provisoire et la Constitäante. Mais il se réveilla lors des élections à la Législative; il était un des quinze membres du comité électoral de la rue de Poitiers, et le département de l'Eure Penvoya à la nouvelle assemblée. Au Palaïs-Bourbon il devint, sous la république, un des chefs de la droite, un des Burgraves, un des protecteurs du journal l’Assemblée nationale. Dans le but de rallier encore une fois les vieux partis, disloqués par lant de discussions brûlantes, il présenta, au milieu de 1851, une proposition pour la révision de la conslitation, qui fut discutée et repoussée le 19 juillet, bien que 448 voix l’eussent adoptée contre 278, parce que cette majo-
rité était insuffisante, aux termes de la constitution de 1848,
pour en déterminer Padoption. Après le coup d'État du 2 décembre M. de Brorlie s’est effacé de .a scène publique.
Le 1er mars 1855, il fut élu membre de l’Académie francaise à la place du comte de Sainte-Aulaire. « La politique, dit un écrivain, n’était pas étrangère à cette élection. M. de Broglie, qui élait entré autrelois (1833) comme membre libre dans l’Academie des sciences morales et poiitiques , où était. sa vraie place, n'avait d’autres titres litteraires que ses discours parlementaires et d'excellents articles de revue. Sa réception. qui prit les proportions d'un événement , lui fournit la seule occasion qu'il pât avoir de protester publiquement de la fidélité de ses sympathies pour des homines tombés et un régime qui n'était plus. » Le 23 juin 1866, l'Académie des sciences morales lui donna le rang de membre titulaire. Sous ce litre : le Duc de Broglie, il a puhié eu 1863 un recueil de ses écrits et discours, en 3 vol. in-8”, Deux ans auparavant , une brochure lithographiée dont il était l’auteur ( Mes vues sur le gouvernement de Frante, 1861, in-8*) avait été saisie sans être néanmoins suivie de poursuites judiciaires. -— Le duc de Broglie est mort le 25 janvier 1870, à Paris. De sa femme, Albertinede Slaël, il avait eu quatre enfants : 1° une fille aînée, morte à quinze ans; 2° Louise, née en 1818, mariée en 1836 au comle
d'Haussonville ; 3° Jacques- Victor-Albert, qui suit; 4° Auguste- Théodore-Paul, né le 18 juin 1834, d'abord enseigne de marine, et qui entra, en 1869, dans les ordres.
BROGLIE ( ALBERTINE-Ina GUSTAVINE DE STAEL, duchesse be), femme du précédent, néeen 1797, à Paris. Fille de Mue de Staël, qui veilla seule sur son éducation, on conçoit tout ce que les soins d’une parelle mère durent faire pour cultiver une heureuse nature, Mariée eu 1816 au duc de Broglie, elle trouva le bonheur dans cette union, qui ne fut jamais altérée par le plus léger nuage. Elle donna l'exemple de toutes les vertus domestiques. A son tour, elle présida elle même à l'éducation de ses enfants. Son salon n'était pas seulement le rendez-vous de toutes Îles illustrations politiques, c'était un de ces salons où la haute société venait chercher les plaisirs de l'esprit.
Me Ja duchesse de Broglie etait zélée protestante, et dans sa religion même elle appartenait à une secte connue par la rigidité de ses principes et par l’austérité de ses pratiques ; mais la sévérité du méthodisme n'avait pas réagi sur son caractère : el en elle la piété se conciliait avec une extrême bienveillance, avec une affabilité gracienseet avecdes égards, on peut le dire, affectueux pour tout ce qui se distinguait par quelque mérite. Sans jamais produire son nom au public, Me de Broglie a écrit elle-même plusieurs morceaux aussi remarquables par la délicatesse de l'expression que par la tendance morale. Ils ont été recueillis depuis sa mort sous ce titre : Fragments sur divers sujets de religion et de morale (Imprimerie royale, 1840). Elle venait d’être témoin des succès universitaires de son jeune fils lorsqu'elle fut subitement enlevée a l'amour des siens (septembre 1838) dans sa quarante-un'ème année. Le corps de Mme de Broglie a été transporté à Coppet, où reposent les corps de sa mère et de son frère, auprès de ceux de M. et Mme Necker.
BROGLIE (Jacques-Vicror-ALBERT, duc DE ), fils des précédents, né le 13 juin 1821, fil de brillantes éludes dans l’université et entra dans la diplomatie. Secrétaire d’ambassade lors de la révolution de 1848, il se démit de son poste pour s’adonner à la culture des lettres. Son premier article, inséré sans nom d'auteur à celte époque, dans la Revue des Deux Mondes, appréciait sévèrement la politique étrangère de la république. Collaborateur assidu du Correspondant, il y défendit le catholicisme combiné avec les théories du regime parlementaire. Le 22 février 1862, il remplaça, dans l’Académie française, le P. Lacordaire. Ses titres littéraires etaient alors les ouvrages suivants : Études (185%, in-18); l’Église et l'empire romain au quatrième siècle (1856-1859, 4 vol. in-8° }); cette histoire du règne de Constantin, réimprimée quatre ou cinq fois, a été suivie de celle de Julien l'Apostat et de Thcodose Le Grand (2 vol. in 8°); une Réforme administrative en Algérie (1860), brochure qui fit un certain bruit ; Questions de religion et d'histoire (1860, 2 vol. in-8°), et La Souverainelé pontificale et la liberté (1861, in-8°). En 1846 il avait donné une traduction du Systeme religieux de Leibnitz.
Élu député de l'Eure en 1871, le prince, devenu duc de Broglie par la mort de son père, fut nommé ambassadeur à Londres; mais il donna sa démission le 1° mai 1872. Dans l'assemblée nationale 1l est regardé comme un des chefs de l'opposition monarchique. Il à épousé en 1845 Mlle Pauline de Béarn, morte en 1860, et il en a eu cinq fils, dont l'aîné, Victor, est né le 30 octobre 1846.
BROHAN (Suzanne), fille d’un ancien militaire, naquit en 1807. Dès l’âge de douze ans elle fut admise au Conservatoire, où elle devint bientôt l'une des plus brillantes elèves de l'excellent professeur Michelot En 1820 elle obtint le deuxième prix de déclamation ; en 1821 elle eut le premier, puis partit pour Orléans, ou elle remplit avec grand succès les rôles de soubrettes. Après deux années de séjour dans les départements, deux années pendant lesquelles ses différents essais furent autant de triomphes, elle s’en vint
débuter au second Théâtre-Français. Le premier rôle qu’elle joua fut celui de Dorine de Tartufe. La nouvelle Dorine avait des qualités précieuses. Son regard était charmant, sa physionomie fine, sa bouche riante et moqueuse, sa taille souple et ronde, sa tournure pleine d’aisance et de vivacité; puis il y avait dans toute sa personne je ne sais quelle séduction provoquante, à laquelle il était impossible de résister. La voix était nette et clairement accentute, le débit intelligent et vrai, la prononciation franche. Le parterre fut conquis, et proclama Suzanne Brohan une de ses idoles.
En 1828 le Vaudeville enleva à l’Odéon la piquante soubrette, pour qui les vaudevillistes en renom écrivirent leurs meilleurs ouvrages. Sans rappeler toutes les créations par lesquelles M"® Brohan se signala durant les sept années qu’elle resta au Vaudeville, citons seulement une des plus parfaites : Marion Delorme de Marie Mignot. La Comédie- Française daigna un jour s’apercevoir que Suzanne Brohan lui manquait. Des propositions furent faites à la spirituelle actrice. Suzanne Brohan était comme toutes les comédiennes qui ont vécu du temps de M'€ Mars; il lui semblait que le beau idéal de la vie artistique, c’était de fouler les planches où trônait la plus illustre des actrices : ce fut avec bonheur qu'en 1835 elle fit sa première apparition sur la scène fran- * çaise. Cette fois encore elle prit pour rôle de début Dorine de Tartufe; elle y joïignit Madelon des Précieuses ridicules. L'une et l’autre tentative furent des plus heureuses; on apprécia ce jeu fin, quoique naturel, cette voix un peu faible peut-être, mais nette et limpide, cette sûreté d’exécution qui pousse la gaieté, l’entrain jusqu’aux dernières limites établies par le goût , mais ne les dépasse jamais. En quelques mois, M°° Suzanne Brohan avait pris sa place.
Malheureusement, l’excellente artiste ne tarda pas à s’apercevoir là, comme dans la rue de Chartres, que pour réussir au théâtre il faut autre chose que du talent, autre chose que la faveur publique, et que la comédie qu’on joue à la clarté de la rampe demande moins d’énergie, moins de persévérance que n’en exige la comédie qu’on joue dans l'ombre des coulisses. Elle vit, à n’en pas douter, qu’au Théâtre-Français comme au Vaudeville l'intrigue est plus forte que l’esprit; et comme sur ce terrain, qui n’était pas le sien, dans ce monde qu’elle connaissait à peine, les petites difficultés, les petites haines et les petits complots prenaïent à ses yeux, effrayés, des proportions gigantesques, elle n’essaya pas de lutter, et s’en revint à son Vaudeville, De nouveaux succès l’y attendaient. Elle s’y fit remarquer surtout dans Pierre Le Rouge, pièce dans laquelle son talent souple et ingénieux brilla d’un triple éclat sous trois aspects divers. Plus tard, elle fit preuve d’une verve merveilleuse dans Un Monsieur et une Dame. Mais, soit que les applaudissements du public n’aient pas paru à M°° Suzanne Brohan une compensation suffisante des tracasseries du foyer, soit que sa santé, qui n’a jamais été florissante , réclamat, comme on l’a dit, un repos absolu, une renonciation complète aux travaux de la scène, l'excellente artiste prit sa retraite définitive, alors qu’à peine âgée de trente-cinq ans, elle était dans la plénitude de son talent,
BROHAN (JoséPuixe-FÉLICITÉ-AUGUSTINE) , fille de fa précédente, née le 2 décembre 1824, à Paris, débuta en 1841, à peine âgée de de seize ans, sous l'égide du norn maternel, au lheätre-Français. Comme autrefois sa mère, soit hasard, soit superstition, elle choisit le rôle de Dorine de Tartufe. La critique fit observer que jouer Dorine à seize ans, c’est beaucoup d’audace, car Dorine est une fille consommée, qui sait les choses sur le bout du doigt, et ne se gène guère pour les dire : mais chez les Brohan l’audace est une vertu de famille ; et quand elle se vit aux prises avec ce vert dialogue, M"° Augustine Brohan ne broncha Pas, et, tout comme l'avait fait sa mère en 1823, elle s’em- Para vigoureusement du personnage, et le joua avec une vivacité, un nerf, une verdeur qui d’abord élonna, puis ra-