BERTRAND DE MOLLEVILLE — BERTRAND
Dénoncé aux Jacobins en celte nouvelle qualité, il n’en continua pas moins ses fonctions occultes et ses ridicules efforts eontre la révolution. 11 avait observé que les tribunes publiques, occupées par les jacobins ou par leurs émissaires , communiquaient à l'Assemblée législative l'énergie révolutionnaire qui devait plus tard être le caractère de la Convention, et le ministre de la police secrète erut que la monarchie de saint Louis serait sauvée s’il faisait taire les tribunes , ou s’il les faisait applaudir et crier pour la cour.
Enfin Bertrand de Molleville, décrété d'accusation le 15 avril 1792, après avoir essayé vainement une nouvelle évasion de Louis XVI, fut forcé de se réfugier en Angleterre, où son séjour se prolongea jusqu’en 1814. Là, consacrant à des travaux littéraires les loisirs de l'émigration, il publia une Histoire de La Révolution française, en 10 vol. in-8° (Londres, 1801; Paris, 1803). Une seconde édition parut plus tard sous le titre d' Annales de La Révolution française, 9 vol. in-8°. Le ministre proscrit écrivit également une Histoire d'Angleterre , depuis les Romains jusqu’à la paix de 1763 (Paris, 1815, 6 vol. in-8°); et après son retour en France, il fit paraître (1816) des Mémoires particuliers sur la fin du règne de Louis XVI. Le vieil avocat de la contre-révolution était assez heureux cette fois pour plaider en faveur des coupables devant des juges qui lui donnaient volontiers gain de cause; mais nous ne conseillerions à personne d'étudier l’histoire de notre révolution dans ces différents ouvrages. Bertrand de Molleville est mort à Paris, en 1818. T. TOUSSENET.
BERTRAND (HexRI-GRATEN, comte), général de dixision, connu surtout par son dévouement à l’empereur, naquit à Châteauroux, le 28 mars 1773, d’une famille honorable du Berry. D’après le désir de son père, maître des eaux et forêts, il se destina d’abord au génie civil; mais les guerres que la France avait à soutenir le déterminèrent à prendre du service et à entrer dans le génie militaire. Le 10 août 1792 il avait déjà fait partie, comme garde national, d’un des bataillons qui s'étaient portés volontairement aux Tuileries pour y défendre Louis XVI. En {1795 et 1796 il servit en qualité de sous-lieutenant dans l’armée des Pyrénées. En 1797, après avoir concouru à la formation de l’école Polytechnique et y avoir parfois suppléé Monge, il fit partie
. d’une ambassade envoyée à Constantinople. Compris dans l'expédition d'Égypte, il s’y distingua sous les yeux du grand homme, à la gloire et au malheur duquel il voua plus tard le reste de sa vie. Demeuré avec Kléber après le départ de Bonaparte, et s'étant signalé chaque jour, en fortifiant des places et en rendant des services nouveaux, il reçut les brevets de lieutenant-colonel , de colonel et de général de brigade, qui lui furent accordés successivement, mais que le caen vaisseau venu de France lui apporta à la fois en
pte.
Ce fut principalement au camp de Boulogne, en 1804, que Napoléon , plus à même d’apprécier l'étendue des connaissances et toutes les qualités estimables du général Berfrand, lui accorda son amitié. A la bataille d’Austerlitz, le 2 décembre 1805, Bertrand donna de nouvelles preuves de ses talents militaires et de son courage. Après l'affaire, on le vit, à la tête d’un faible corps qu’il commandait, ramener un grand nombre de prisonniers et dix-neuf pièces de canon enlevées à l'ennemi. Ce fut à l'issue de cette campagne que Napoléon l’admit au nombre de ses aides de camp. Il le chargea d’attaquer la forteresse de Spandau, que Bertrand rontraignit à capituler le 25 octobre 1806. Le vainqueur de cette place se montra de la manière la plus éclatante à Friedland, le 14 juin 1807, et reçut pour récompense les éloges de l'empereur, qui ne les prodiguait pas. A la fin de mai 1809,
* Bertrand, lors de la bataille d’Essling, rendit par la rapide construction de ponts hardis jetés sur le Danube, pour assurer les communications de l’armée française, le service & plus essentiel de la campagne et le plus hautement pro-
clamé par la reconnaissance de Napoléon, qui plus fard a consigné ce fait dans ses Hémoires. Ce fut par l’active habileté du général Bertrand que l’armée française, enfermée dans l'ile Lobau, parvint à traverser ce fleuve pour se porter sur le champ de bataille de Wagram.
En 1812 il accompagna l’empereur en Russie, et en 1813 en Saxe; et la valeur qu'il y déploya le porta à un si haut degré dans l'estime de Napoléon, qu'à la mort du duc de Frioul, Duroc, tué à Wurtschen, Bertrand fut nommé grand mas réchal du palais, L'armée applaudit à cette distinction, comme à la récompense de rares talents et de grands services. Les 2 et 20 mai 1813, le général Bertrand commandait à Lutzen et à Bautzen le 4° corps de la grande armée, et il soutint par sa bravoure sa première réputation. Il combattit en diverses circonstances et presque partout avec avantage Bernadotte et Blücher; et si le 6 septembre suivant ce héros de fidélité fut moins heureux à Donnewitz dans une attaque contre le prince royal de Suède, si le général prussien lui fit éprouver, le 16 octobre, au passage de l’Elbe, une perte assez considérable, c’est que déjà la fortune semblait vouloir abandonner nos armes. Mais dès le lendemain, 17, l'engagement fut repris, et le 18 le général Bertrand, en s’emparant de Weissenfeld et du pont sur la Saale, protégea efficacement la retraite de l’armée, à la suite de trois journées meurtrières, qui nefurent en quelque sorte qu'une seule et interminable bataille. Il rendit des services non moins importants après Hanau, en occupant la position de Hocheim dans la plaine qui s’étend entre Mayence et Francfort. Dans cette double circonstance, comme après que le départde Napoléon lui eut laissé un difficile commandes ment , il déploya une admirable énergie et un persévérant courage pour sauver les derniers et glorieux débris de notre armée,
De retour à Paris en janvier 1814, Bertrand fut nommé par l’empereur aide-major général de la garde nationale; mais il n’en remplit qu'un moment les fonctions, et repartit dès le commencement de février pour cette campagne de Champagne, où Napoléon déploya, dans une situation que la trahison vint rendre désespérée, tout ce que le génie de la guerre peut concevoir et exécuter de plus merveilleux. Après la capitulation de Paris, le comte Bertrand, fidèle au malheur comme il l’avait été à la puissance et à la gloire, n’hésita pas un instant à suivre Napoléon. Toutefois, avant ce qu’il appelait lui-même la dette de la reconnaissance et de l'honneur, il faisait passer ses devoirs envers la France. En allant s’enfermer, avec son empereur, dans cette île dont on avait fait une souveraineté, il écrivit une lettre que de prétendus juges et des accusateurs passionnés ont bien pu incriminer, mais qui doit être un titre de plus pour les hommes qui mettent le culte de la patrie au-dessus de tous les autres. « Je reste sujet du roi, » avait-il, en partant, écrit au gouvernement nouveau ; et il avait ajouté, avec une tendresse touchante, dans la lettre d'envoi de cette déclaration adressée au duc de Fitz-James, son très-proche allié, le 19 avril 1814 : « Je désire pouvoir aller visiter ma famille. Il y a plus de trois ans que je n’ai vu ma mère. Si dans un an j'airecours à vous pour obtenir la permission de venir passer queïiques mois à Châteauroux dans le sein de ma famille, je cempte sur votre obligeance, mon cher Édouard. »
Moins d’un an après, les fautes de la Restauration, les humiliations de la France avaient préparé et provoqué le retour de Napoléon. Les déclarations les plus solennelles , trop tôt oubliées, avaient relevé le pays du serment qu’on lui avait fait prêter. Le comte Bertrand s’embarquait, le 26 février, en qualité de major général de cette armée de huit cents hommes, dont le drapeau et la cocarde suffirent à Napoléon pour reconquérir la France. Le 1° mars il contresignait au golfe Jouan les proclamations de l'empereur; le 20, après cette marche, à la rapidité, à l'entrainement triomphal de laquelle la postérité aura peine à croire, il en-
trait aux Tuileries avec Napoléon, auprès de qui il reprenait immédiatement ses fonctions de grand maréchal.
Le comte Bertrand contribua puissamment à la reconstitution de l’armée, qui se trouva réorganisée avec une activité qui tient du prodige. Enfin, arriva la journée de Waterloo. Parti pour l’armée à la suite de Napoléon, il ÿ subit l’arrêt de la fortune qué la bravoure ne put conjurer, et revint avec l'empereur pour ne plus le quitter à partir de ce moment. A Paris, à la Malmaison, à Rochefort, sur le Be{lérophon, à Sainte-Hélène, il confondit sa destinéeavec celle de l’homme extraordinaire à la gloire fabuleuse duquel quelque chose eût manqué peut-être si son malheur n’eût pas fait naître le plus sublime dévouement.
Si les vainqueurs d’un jour exercèrent leur haine en confinant et torturant sur un roc meurtrier celui qui les avait vaincus pendant vingt ans, ceux qui avaient profité de cette triste victoire ne surent pas respecter davantage le malheur, le dévouement, la vertu. Le7 mai 1816, à un an de distance des grands événements que nous nous sommes borné à dater, le conseil de guerre de la première division militaire condamnait à mort le général comte Bertrand pour crime de trahison. Cette condamnation fut un crime inutile : l’Angleterre ne livra point Bertrand. Et pourtant on avait osé plaider au nom de l'accusation que l'intérêt avait été le mobile secret du dévouement du général!
A Sainte-Hélène, Bertrand écrivit sous la dictée de Napoléon le récit des opérations de cette campagne d'Égypte où ils s'étaient trouvés réunis pour la première fois. Il prodigua ses respects et ses soins à l’illustre captif,.et ne quitta ce roc inhospitalier, où la comtesse Bertrand, fille du général Arthur Dillon, et ses enfants l'avaient suivi, que quand il eut recueilli le dernier soupir de son empereur, de son ami. L’admiration que ce dévouement avait inspirée à l’Europe entière amena le roi Louis XVIII à annuler, en 1821, par ordonnance, le jugement de 1816. Le comte Bertrand put rentrer en France et y être réintégré dans son grade. II se retira dans le département de l'Indre, où il se livra tout entier à l'éducation de ses enfants et à la culture d’un domaine qu’il possédait près de Châteauroux.
Après la révolution de juillet 1830 , le roi Louis-Philippe appela le général Bertrand au commandement de l'école Polytechnique, qu'il garda fort peu de temps. Bientôt l’arrondissement de Châteauroux l’envoya à la Chambre des Députés. L'éducation toute libérale qu’il avait reçue, le dévouement au pays, que le culte de la gloire n’avait jamais ni remplacé ni affaibli dans son cœur, le firent asseoir sur les bancs de l'opposition ; il prit plusieurs fois la parole, ct termina invariablement ses discours par un vœu en faveur de la liberté illimitée de la presse. Il vivait de nouveau retiré depuis deux législatures lorsqu'en 1840 il fut désigné le premier pour monter sur la Belle-Poule, qui allait chercher à Sainte-Hélène les restes de Napoléon. Au retour de ce voyage il s’occupa de metre en ordre le complément des Mémoires dont il était dépositaire; mais ils ne furent mis au jour que par ses fils sous le titre de Campagnes d’Égypte et de Syrie (1847-1855, 4 vol. in-8°).
Le général Bertrand succomba à une fièvre muqueuse à Châteauroux le {2° février 1844. A la nouvelle de sa mort la Chambre des députés décida qu'il serait inhumé aux Inva lides dans le mausolée de Napoléon. Une statue , œuvre de Rude, lui a été élevée en 1854 dans sa ville natale,
Le général Bertrand a laissé deux fils. L'aîné, Henri- Alexandre-Arthur, né en 1811, entra à l'École polytechnique en 1830, et deux ans après il en était renvoyé pour opinion avec soixante de ses camarades. Réintégré en décembre 1832, il reçut son brevet de sous-lieutenant d’artil lerie en 1833, partit pour l'Afrique en 1836, fit la première expédition de Constantine avec le maréchal Clauzel, rentra en France en 1839, y fut nommé capitaine d'artillerie en 1840, et officier d'ordonnance du général Cavaignac quel-
BERTRAND — BERTUCH
ques jours après la révolution de Février, Envoyé par le département de l'Indre à la Constituante, il euf un duel avec M. Clément Thomas, général de la garde nalionale, qui avait à la tribune qualifié de hochet la croix de la Légion d'honneur. Chef d’escadron en 1852, il assista au siége de Sébastopol, et en qualité de colonel à la campagne d'Italie. Après avoir été aide de camp du prince Jérôme, il devint en . 1864 général de brigade.
Le fils cadet, Arthur BertranD, né à Sainte-Hélène en 1817, aussi officier, a fait le voyage de Sainte-Hélène en 1840 avec son père. :
M. Léon Bentrann, n6 vers 1808, appartient à une autre famille que celle des précédents; il s’est fait une sorte de réputation dans la littérature cynégétique, et rédige Le Journal des chasseurs, fondé par lui en 1837. É
BERTRAND (Josern Louis-François), mathémati- … cien, né en 1822 à Paris, est fils d'un médecin, Alexandre BerTRaAnD, auteur d'un Trailé du somnambulisme et des Leltres sur les révolutions du globe. Il manifesta dès l'enfance une aptitude si singulière pour les mathématiques qu’il fut déclaré, à l’âge de douze ans, admissible à l'École polytechnique; où il entra le premier en 1837. Altaché en 1842 au service des mines, ii y renonça pour embrasser la carrière de l’enseignement scientifique : c’est ainsi qu’il professa les mathématiques au lycée Saint-Louis, puis au lycée Napoléon, et qu’il devint maître de conférences à l’École normale et répétiteur d'analyse à l'École polytechnique. Ses travaux lui ouvrirent à trente-quatre ans les portes de l’Académie des sciences (1856), où il remplaça Stourm. A la mort de Biot (1862) il est devenu titulaire de la chaire de physique générale au Crellége de France, chaire qu'il occupait comme suppléant. On doit à ce savant deux traités classiques, l’un d’arithmétique, l'autre d’algèbre, et de nombreux mémoires sur les mathématiques pures, la physique et la mécanique. Il est aussi l’auteur d'un recueil de notices biographiques, intitulé : Zes Fondaleurs de l'astronomie moderne (1865, in-19).
BERTUCI ( Frépéric-JusriN), né à Weimar, en 1747, mort en 1822, a laissé en Allemagne un nom également cher aux amis des arts et à ceux des lettres. Destiné d’abord à l'état ecclésiastique, ses goûts l’entraînèrent dans une autre carrière; lié d’amitié avec Wieland, Musæus, Goethe, etc., il commença par s’adonner à la littérature dramatique. Parmi les ouvrages datant de ses débuts dans la vie littéraire, nous citerons : Wiegenlieder (Chants du berceau [ 1772] ), le Gros Lol (Weimar, 1774), opéra, et Polyxène (Weimar, 1774), mélodrame dont la musique fut composée par Schweizer. L'éducation des fils du baron d’Eck, ministre de Danemark en Espagne, dont il s'était chargé vers 1769, lui fournit l’occasion d'acquérir une connaissance approfondie des littératures espagnole et portugaise. La traduction du Don Quichotte de Cervantes avec la continualion d’Avellanéda (6 vol., Weimar, 1779) et son Magasin des Lillératures espagnole et portugaise (1780-1782), entreprise en société avec Seckendorf et Zanthier, et dans lequel il chercha à faire pour ces langues ce que Meinhard avait fait pour la poésie italienne, sont restés au nombre des meilleurs livres de ce genre. |
En 1775 Bertuch était entré au service du duc de Weimar en qualité de secrétaire du cabinet; en 1785, ce prince lui conféra le titre de conseiller de légation. En 1785 il conçut avec Wieland et Schutz le plan de la Gasette universelle lilléraire d’Iéna. A partir de 1786 il publia avec Krausle Journal du Luxe et des Modes. En donnant le premier l’idée de la Bibliothèque bleue de toutes les nations, précieuse collection de contes des fées, h&bilement traduits et suivis de biographies intéressantes et de commentaires ingénieux , ouvrage dont le succès fut immense, il jeta les fondements de sa fortune industrielle, qui ne tarda pas à devenir considérable. On lui doit la fondation de l’Institut