BROUSSAIS — BROUSSE
de critique s'élève à la fonction , autrement digne et importante, d’historien de la science. Mais dans cette édition la partie critique oceupe encore une si large place, que le plan historique de l'auteur n'y est pas nettement dessiné, Aussi beaucoup de noms et de systèmes qui eurent une haute influence sur la marche de la science s’y trouvent-ils négligés ou à peine indiqués, quelquefois méconnus et mal jugés. Dans la troisième édition du même ouvrage, qui a paru de 1829 à 1834, Broussais fait de nombreux efforts pour effacer de plus en plus le critique à l'ombre de l'historien, Mais son livre, quelque remarquable qu’il soit, n’est point encore une histoire de la médecine,
En 1822 Broussais fonda les Annales de la Médecine physiologique, journal qui devint le théâtre de sa lutte avec les médecins, et où il publia par fragments son Traité de Physiologie pathologique, et, sous le titre de Commentaire des propositions de pathologie, un véritable traité de médecine. Des efforts qu'il déployait Rroussais reçut la plus belle récompense. La doctrine physiologique devint au bout de peu d’années la théorie à laquelle se rattachèrent la très-grande majorité des médecins de France et de Belgique ; elle pénétra en Espagne, en Italie, et dans les deux Amériques; il n’y eut que l'Angleterre et l'Allemagne qui furent pour elle deux terres ingrates, où jusqu'ici elle n’a pu jeter de racines un peu profondes. Nommé en 1820 premier professeur à l'hôpital du Val-de-Grâce, Broussais fut appelé dès sa fondation à YAcadémie royale de Médecine , en qualité de membre tituläire, en mème temps que l’Académie des Sciences et la Faculté de Médecine le repoussaient.
La réforme médicale tentée par Broussais offre deux moments bien distincts : le Traité des Phlegmasies chroniques, la première édition de l'£xamen des Doctrines Médicales et les leçons orales en remplissent la première période. Renverser l'hypothèse de l’essentialité des fièvres, combattre ce que l’auteur a nominé l'ontologie médicale, et la poursuivre jusqu’en ses derniers retranchements, étudier les phlegmasies aiguës et chroniques sous toutes leurs formes, dans toutes leurs periodes, voilà ce que fit Broussais jusqu'en 1821. Avec la seconde édition de l'£xamen des Doctrines, et la fondation des Annales de La Médecine physiologique, commence une autre phase de la vie scientifique de leur auteur. Il s'agit moins pour lui de continuer à défendre une cause désormais gagnée dans l'esprit des médecins, à savoir la non-essentialité des fièvres et la théorie des plilegmasies aigués et chroniques, que de faire reconnaitre l’irritation comme la loi générale de la vie, considérée à l’état normal et à l’état anorinal. Cette grande tâche, Broussais l’a remplie de 1821 à 1828. Mais à cette époque la doctrine physiologique, qui semblait désormais à l’abri de toute atteinte sérieuse, se crut menacée, sinon dans son existence , au moins dans ses progrès, par la résurrection de l’éclectisme philosophique, qui engendra presque aussitôt V'éclectisme médical. Laënnec venait de mourir, emportant avec lui cet esprit étroit de polémique sophistique, qui, avec son talent d'observation, contribua si puissamment à la grande réputation dont il jouit de son vivant. Il arriva à la doctrine physiologique que, ne pouvant plus l’attaquer dans son ensemble, on crut triompher d’elle en lui faisant quelques concessions, eten mettant des doutes plus ou moins ingénieux à la place des principes que l’on contestait. M. Andral, qu accepta cette mission de pur dévouement (car elle n’exige ni courage ni puissance de création), fut celui qui planta en regard de la bannière dogmatique de Bromssais le dripeau pâle et timide de l’éclectisme médical,
Broussais sentit tout ce qu’il y avait d'habilement perfide dans les concessions qui lui étaient faites, bien que ceux qui les lui faisaient obéissent tout simplement à leur propre conviction. Il sentait aussi que l’éclectisme médical devait nécessairement conduire à un scepticisme aussi pénible pour le médecin que dangereux pour le malade. Déjà les rangs de ses zélateurs, s'ils ne s’éclaircissaien£ point encore, s’é-
branlaient manifestement : on lui reprochait de n'avoir pas découvert une loi générale, puisque tousles phénomènes physiologiques et pathologiques ne pouvaient être expliqués par la théorie de l'irrilation , lui-même n'ayant jamais songé à ramener les fonctions et les désordres du système nerveux sous l'empire de sa loi générale. 11 nous semble que c’est à cet état de choses que nous devons le livre publié en 1828 sous le titre de l’Irrilation et de la Folie, où son auteur essaye de rattacher à l’histoire de la science sa propre découverte (tant il est vrai que les hommes de génie ont toujours besoin de se sentir liés à la tradition! ), et combat l'éclectisme philosophique et médical avec la même ardeur qu'il avait mise à poursuivre l’ontologie médicale.
En 1831 Broussais reçut enfin une tardive justice : la Faculté de Médecine l’admit dans son sein. Lors du rétablissement de l’Académie des Sciences morales et politiques , en 1832, il fut appelé à en faire partie. Il était en outre commandeur de la Légion d'Honneur et inspecteur général du service de santé des armées. D' Léon Simon,
Le choléra, qui en 1832 vint décimer la population de Paris, fut pour Broussais l’occasion d’une nouvelle polémique. Mais Casimir Périer ayant été atteint par le fléau, Broussais ne put le sauver; ses adversaires s’emparèrent de cette occasion pour critiquer plus que jamais le système de l'irritation.
Parmi les dernières publications de Broussais, une des plus importantes est son Cours de Phrénologie, qui parut en 1836.
Broussais mourut à Vitry, près de Paris, le 17 novembre 1838. Ses cendres ont été déposées au Val-de-Grâce, où un monument lui a été élevé par souscription.
BROUSSAIS ( ANN£-Marie- Casimir ), fils du précédent, naquit à Saint-Servan (Ille-et-Vilaine ), le 10 février 1803. Il se livra à l'étude de la médecine sous la direction de son père, et en 1831 il commença à être attaché aux hôpitaux comme chef de service. En 1833 il entra au Val-de-Grâce comme professeur. Il fut enlevé à la science au mois de juillet 1847.
Les principales publications de Casimir Broussais sont, outre un grand nombre d’analyses, d’observations et de rapports de médecine, sa thèse pour l’agrégation sur l’anatomie pathologique, publiée en 1829; sa thèse soutenue en 1833 au concours pour la chaire de clinique interne, sur cette question : Existe-t-il des maladies générales primilives ou consécutives P ( in-4° de 28 pages ); Atlas historique et bibliographique de la Médecine ( 1829 ); Hygiène Morale (1837); Lettre sur la Fièvre Typhoïde (1842); Histoire des Méningites cérébro-spinales qui ont régné épidémiquement dans différentes garnisons en France, depuis 1837 jusqu’en 1842 ( 1843); etc.
BROUSSE ou BOURSAH , l’ancienne Pruse, capitale de la Bithynie, devenue plus tard la résidence des sultans turcs, dans l’eyalet d’Anatolie, située au pied de l’Olympe ou Keshish, montagne boisée haute de 1500 mètres, dans une ravissante situation, à 29 kilomètres de Mundania, sur les bords de la mer de Marmara, compte 80,000 habitants dont 6,000 Armeniens, 4,000 Grecs et 2,000 Juifs. La ville proprement dite est en partie construite sur des rochers coupés à angle droit et entre lesquels s'élèvent de grands arbres. Elle est entourée de remparts et de fortes murailles ; un château fort, bâti sur un autre rocher et dont les murs, d’origine cyclopéenne, attestent la haute antiquité, la domine. Elle est le siége d’un pacha, d’un mollah, d'un métropolitain grec et d’un archevêque arménien. On y voit deux palais impériaux, un nombre infini de mosquées, entre autres celle des trois sullans (Mourad 1°, Bajazet I et Mohammed 1°); la mosquée du sultan Orkhan et celle de Mourad 1° se distinguent , par leur architecture et leurs proportions grandioses ; trois églises grecques et une église arménienne, plusieurs synagogues, de magnifiques promenades, des jardins
admirablement dessinés et riches en ombrages, d'excellentes sources thermales, une foule de fontaines et de nombreux caravansérails. Les habitants fabriquent de la gaze, du velours, des étoffes de soie, des toiles, des tapisseries, des têtes de pipe, des étoffes et des broderies d’or et d'argent, dont on exporte annuellement de 3 à 4,000 quintaux pesant, et qu’on expédie, avec du vin, du safran, de la térébenthine, de la noix de galle, ete., à Smyrne, à Constantinople et à Angora. Les Grecs et les Arméniens y vivent très-rigoureusement séparés les uns des autres dans les deux petits faubourss situés au bas de la ville et entourés chacun de fossés et de ponts-levis. Le monument du sultan Othman 1°", orné de marbre et de jaspe, est situé en dehors de la ville, dans ke voisinage de laquelle on trouve aussi les bains de Jenni et d’Eski-Kaplizza. Dans la montagne d’Eskischehir, voisine de Brousse, et aussi à Kiltshik, on trouve beaucoup d’écume de mer, qu’on taille en têtes de pipe à Brousse même, mais qu’on ne sculpte qu’à Vienne, à Lemgo et dans d’autres villes. Dans ces derniers temps, Brousse a été en partie détruite par de violents tremblements de terre.
Prise, en 1325, par Orkhan, fils d'Othman, pendant ia dernière maladie de son père, Pruse, ou Brousse, devint alors la capitale des sultans othomans. Ce prince y fonda, en 1334, avec une magnificence vraiment royale, une mosquée, un hôpital et une académie, qui devint si fameuse par le mérite de ses professeurs, qu’on y accourait en foule du fond de l’Arabie et de la Perse. Mourad 1°", s'étant emparé d’Andrinople en 1360, y transporta la résidence des sulfans. Bajazet 1° fit bâtir à Brousse une superbe djami ou mosquée, avec une medresseh, ou collége. Cet orgueilleux monarque ayant été vaincu et fait prisonnier par Tamerlan, Brousse fut conquise par le vainqueur en 1402. On y prit la femme et les deux filles de Bajazet; et, quoiqu’un des fils du sultan en eût enlevé le trésor public, on y trouva des richesses immenses; les perles et les pierres précieuses s’y mesuraient au boisseau. Après avoir brûlé Brousse, Tamerlan la rendit à Mousa, l’un des fils du sultan. Bajazet y fut enterré l’année suivante. Ses fils s’en disputèrent la possession durant quelques années: elle resta à Mahomet I°", qui mit fin à l’anarchie. En 1413 le sultan de Caramanie assiégea cette ville, dont il pilla les faubourgs. En 1481 le prince Djem, ou Zizim, disputant l'empire à son frère BajazetlIl, fut proclamé sultan à Brousse, dont les habitants lui fournirent des sommes considérables. Lorsque après ses revers et son long séjour en France, ce prince eut été empoisonné en Italie, son corps, réclamé par Bajazet, fut transporté à Brousse pour y être enterré. En 1490 un violent incendie consuma cette ville En 1693, sous le règne d’Achmet I, Misri-Effendi, cheik ou mollah de Brousse, enrôla trois mille derviches sous son étendard, et se rendit à Andrinople, où il déclama contre le gouvernement dans la grande mosquée. Le sultan triompha de sa révolte, et s’empara par ruse de sa personne; mais il n’osa sévir contre lui, et le fit reconduire respectueusement dans sa résidence.
BROUSSEL ( Pierre ), conseiller à la grand’chambre du parlement de Paris, joua un rôle important dans les troubles de la Fronde. Il s'était toujours prononcé contre les nouveaux impôts, et surtout contre l’accroissement exorbitant des acquils au comptant, bons sur le trésor, émis par le roi lui-même, sans être ordonnancés par un ministre, et sans que le motif en fût indiqué.
Le parlement avait cassé le testament de Louis XIII, et, sur la renonciation formelle du duc d'Orléans et du prince de Condé à la régence. il Pavait déférée à la veuve du feu roi, Anne d’Autriche. fl pouvait dès lors se considérer comme responsable des actes de la régence, où du moins s arroger le droit et le devoir de contrôler ses actes. Toute la France avait été aussi surprise qu'indignée de voir que le pouvoir fût passé de fait entre les mains de deux étrangers : ke cardinal Mazarin avait été fait premier ministre, et le