‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 496 sur 527 · BRUANT — BRUCE · texte numérisé non relu

BRUANT — BRUCE

marquable. On nourrit ces oiseaux en cage avec de la navette, du chènevis et du millet ; mais ils supportent difficilement la captivité.

N°us consacrons des articles spéciaux au proyer et à l'éertolan, qui appartiennent aussi à ce genre. Enfin, le bruant de neige ou ortolan de neige (emberiza nivalis, Linné) est long de 0°,175. Son plumage, composé principalement de blanc, de noir et de roux, varie, quant aux proporlions de ces diverses couleurs, selon les époques de l'année : en hiver il devient presque tout blanc ; mais même lorsque la robe d’étéest complétement formée , il reste toujours sur l'aile une large bande longitudinale blanche, qui fait reconnaître cet oiseau. Il a pour patrie les contrées les plus septentrionales de l'Europe, d’où il descend dans les plus grands froids, pour se répandre dans le nord de la France et de l'Allemagne, qu'il ne fait que parcourir, en troupes assez nombreuses. DÉMEZIL.

BRUANT ( LiméraL), architecte du milieu du dix-septième siècle, est moins connu aujourd’hui que ses ouvrages ve pouvaient le faire présumer. C’est à lui que sont dus les plans de l'hôtel des Invalides, dont il conduisit l’exécution, à la réserve du dôme, ajouté postérieurement à l’extrémité de l’église; et c’est cette partie, sans doute la plus magnifique et la plus brillante de tout l’ensemble, qui aspu contribuer à obscurcir le renom de celui qui n’eut à sa disposition que le côte utile. Architecte du roi, Bruant a encore partagé avec d’autres architectes la conduite de l’église des Augustins, dite. aujourd'hui des Petits-Pères, dont Pierre Le Muet avait jeté les fondements. Il partage aussi avec Le Van l'honneur d’avoir donné les dessins de l’église de la Salpétrière.

Cet artiste, qui fut un des huit membres fondateurs de l'Académie d'Architecture, mourut vers 1697.

BRUAT (ArMawn-Josern), amiral français, naquit à Colmar, le 26 mai 1796, et mourut le 19 novembre 1855. Élève à l’école de Brest en 1811, aspirant en 1815, il devint lieutenant de vaisseau en 1828 et fut décoré pour ses brillantes manœuvres à Navarin. Il commandait, en 1829, le brick Le Silène, qui fit naufrage en vue des côtes barbaresques, fut emmené prisonnier de guerre à Alger,et re couvra la liberté quand les troupes françaises s’emparèrent de cette ville en 1830. Capitaine de corvette en 1831 et capitaine de vaisseau en 1838, il fut nommé en 1843 gouverneur des îles Marquises, amena la reine Pomaré à reconnaître le protectorat de la France, et fut promu enr 1846 au grade de contre-amiral. Jl devint en 1848 préfet maritime de Toulon, et en 1849 gouverneur général des Antilles, où il eut à veiller sur la réorganisation du travail colonial, rendue nécessaire par l’abolition récente de l'esclavage. Vice-amiral, à sonretour,en 182, ilcommençala guerre deCrimée, en 1854, sous les ordres del’amiral Hamelin, puis le remplaça dans le commandemenl en chef, dirigea avec succès les expéditions de la mer d'Azof et de Kertch, bombarda Sébastopol ef fit le premier essai des batteries flottantes à Kinburn. Élevé à la dignité d'amiral, le 15 septembre 1855, ilrentrait en France, lorsqu'il mourut dans la traversée, d’une attaque de choléra. Sa veuve reçut une pension de 6,000 fr., et fut nommée, le & mars 1856, gouvernante des enfants de France.

BRUCE (Rogert). Après la mort du roi d'Écosse Alexandre IL et de sa petite-fille Marguerite, une effroyable confusion s’éleva dans ce. royaume : il ne se présenta pas moins de dix prétendants, parents ou alliés à divers degrés de la famille royale qui venait de s’éteindre : parmi eux figurait le lord d'Annandale, père de notre héros. Chacun des candidats s'étant declaré prêt à tenir la couronne du roi d'Angleterre en qualité de vassal, Édouard choisit John Baliol ou de Bailleul, comte de Galloway. Plus tard, Bailleul s'étant decidé à recourir aux armes, le monarque anglais se rapprocha de Bruce, lui fit espérer la dépouille du rebelle, et lui persuada de se joindre avec ses partisans

aux ennemis de l'Ecosse. Ba‘lleul fut vaincu et détrôné : iuais Edouard refusa de tenir sa parole.

Ce n'était pas auprès d’un tel père , ni à la cour de l’op presseur de l'Écosse, que le jeune Robert Bruce pouvai acquérir des notions bien exactes de ses devoirs envers sa patrie. Aussi, lorsque l'illustre William W all a ce eut soulevé l'Écosse contre la Lyrannie anglaise, et que la reconnaissance nationale eut promu ce grand homme à la dignité de régent, Robert suivit le lord d’Annandale dans les rangs de l’armée qu'Édouard conduisait contre Wallace, et combattit à Falkirk contre les Écossais ( 1298 ). Ceux-ci succombèrent après une héroïque résistance : le lord d’Annandale , qui enviait la gloire de Wallace, et le soupçonnait de vouloir se faire roi à son détriment, s’attacha vivement à la poursuite du régent d'Écosse, 11 arriva sur les bords du Carron à l'instant où Wallace venait de franchir ce torrent étroit et rapide : ils se reconnurent , s’interpellèrent l’un l'autre, et entamèrent un entretien dans lequel Bruce reprocha d’abord à Wallace sa prétendue.ambition, et les maux qu’il causait à l'Écosse en la jetant pour son intérêt personnel dans des périls insurmontables ; mais le régent se disculpa si noblement, et, prenant l'offensive à son tour, fit si bien sentir à Bruce l’indignité de sa propre conduite, que le lord d’Annandale resta comme attéré, puis partit en silence, sans songer davantage à inquiéter la retraite de Wallace, Le jeune Robert avait assisté à cette scène ; quelques historiens prétendent même que ce fut lui qui adressa la parole à Wallace : quoi qu'il en soit, l’entrevue du torrent de Carron fit sur lui une impression ineffaçable. Lord Annandale inourut peu après, rongé de chagrin et de remords.

Telle est la version la plus accréditée sur l'occasion qui dessilla les yeux de Robert Bruce; voici cependant à cet égard une autre tradition : Robert Bruce, ayant aidé les soldats d’Édouard à remporter le victoire contre les patriotes écossais , se mit à table sans prendre le temps de laver ses mains, encore ensanglantées. « Voyez, se dirent à voix basse les lords anglais, voyez donc cet Écossais qui mange son propre sang ! » Bruce entendit ces paroles ; il seleva de table, entra dans une chapelle voisine, où, pleurant amèrement ; il demanda pardon à Dieu, et fit vœu d’employer tous ses efforts à délivrer l'Écosse du joug étranger, Pendant plusieurs années , il ne laissa toutefois rien paraître des pensées qui lagitaient : il retourna même à la cour d’Édouard , qui le surveillait avec inquiétude , ainsi que John Cumyn , lord de Badenoch ( surnommé le rouge Cumyn, à cause de la couleur de ses cheveux ), cousin germain de Bailleul. Édouard comptait les neutraliser réciproquement. Mais le jeune Bruce s’assura que Cumyn m'était pas moins las que lui de se voir le jouet d'Édouard : alors il s'ouvrit sans réserve à ce rival, qui devint son allié. Ils convinrent que s’ils réussissaient à ravir l'Écosse aux Anglais, Robert serait roi et Cumyn lieutenant général du royaume. \

Sur ces entrefaites, Wallace, livré aux Anglais,nar la {rahison, fut amené à Londres, et périt sur l’échafaud. A ce moment, Bruce somma John Cumyn de remplir ses engagements. Il l'envoya en Écosse préparer les voies à la révolte, tandis que lui-même, gardant le poste le plus périlleux, demeurait à la cour d’Édouard pour prévenir ses soupçons, attendant son destin avec calme. Tout à coup, un soir, il reçut du comte Gower une bourse pleine d’or et une paire d’éperons. Profitant de l’avertissement, il mit l’or dans son escarcelle, les éperons à ses talons, fit ferrer ses chevaux à rebours, afin de dérouter cere: qui le poursuivraient, et partit. 1] gagna rapidement la frontière d'Écosse, altéré de vengeance contre Cumyn; car il pensait à bon droit que c’était de lui qu'était venue la révélation. Cumyn était à Dumfries, sur les confins de lAnnandale. Robert y courut, et eut avec le traître une co1férence seul à seul dans une église; ce tête-à-tête fut

| très-orageux, et se termina de la façon la plus tragique : on

i ne sait que vaguement ce qui s'y passa ; inais deux anciens

frères d'armes de Wallace, qui attendaient Bruce à la porte de l'église, le virent s’élancer de la nef, pâle, sanglant, dans une agitation extrème. 11 venait de blesser grièvement Cumyn. Eux se précipitèrent dans le lieu saint, et l’achevèrent à coups de poignard. Ce fatal événement entourait Robert Bruce de dangers nouveaux : aux armes d'Édouard allaient s'unir pour l'accabler, et l'implacable ressentiment de la maison de Cumyn, toute puissante dans plusieurs provinces d'Écosse, et les foudres de l’église, offensée par un meurtre commis au pied des autels. Robert, à travers toute l'Écosse méridionale , couverte de garnisons anglaises, pénétra jusqu’à Scone, réunit ses plus hardis partisans dans l’abbaye de cette ville, où se faisait d'ordinaire le couronnement des rois d'Écosse, et là, sans le concours des pairs du royaume, une femme, Isabelle Mac-Duff, comtesse de Buchan, posa le diadème sur le front de l’audacieux prétendant, en vertu d’un privilége réservé aux descendants du fameux vainqueur de Mac- Beth. Lorsque le roi d’Angleterre apprit l’entreprise de Bruce, quoique affaibli par l’âge et la maladie, il jura solennellement, dans un grand festin, d’en tirer vengeance, et entra en Écosse avec une puissante armée.

Le règne de Robert commença sous de lugubres auspices. Il avait été couronné le 29 mars 1306. Le 18 mai il était excommunié par une bulle du pape, qui le retranchait de la communion des fidèles , et donnait implicitement à chacun le droit de le mettre à mort; le 19 juin il était attaqué près de Methven par un corps d'armée anglais aux ordres du comte de Pembroke: les patriotes furent écrasés par lenombre. Robert, abattu sous son cheval frappé à mort, faillit denieurer prisonnier. Forcé d'évacuer les Basses Terres, il se jeta dans l’A/ben (la montagne), avec ses frères Édouard et Nigel, et le jeune lord James Douglas, depuis si célèbre sous le nom de Douglas le Noir. Là ils errèrent longtemps, sans autres moyens de subsistance que le produit de leur pêche dans les lacs des vallées ou de leur chasse dans les forêts des monts Grampiens : l'épouse de Bruce, la comtesse de Buchan, et d’autres femmes ou filles de proscrits partageaient cette vie de fatigues et de périls. Robert, poussé vers l'ouest par les forces anglaises, voulut se retirer dans le pays de Lorn ; mais il y trouva d’autres ennemis, et Jan de Lorn, chef de latribu des Mac-Dougal, vint fondre sur lui à Dalry avec toutes les forces du parti de Cumyn. La petite armée de Bruce fut accablée pour la seconde fois : tous ses compagnons eussent péri, si lui-même ne les eût sauvés par des prodiges de valeur. Se postant à cheval dans un étroit défilé, entre un roc escarpé et un lac profond, il repoussa seul l'attaque des ennemis jusqu’à ce que les siens eussent achevé leur retraite. Malgré quatre autres échecs, il continua de lutter contre ses revers avec une constance inébranlable, relevant par son exemple le courage de ses compagnons; enfin, lorsque l'hiver couvrit de neige les Hautes Terres, ne pouvant plus traîner avec lui les généreuses femmes qui s'étaient dévouées à sa fortune, il les enferma dans le château de Kildrummie sur le Don , la seule forteresse qui fût encore en son pouyoir, sous la garde de son frère Nigel, puis il alla de colline en colline, de lac en lac, poursuivi et traqué comme une bête fauve, jusqu'à la pointe du promontoire de Cantyre, d’où il passa dans la petite île de Rath-Erin , sur la côte d’Irlande.

Il put reprendre haleine quelques mois dans cette retraite sûre, et employa la morte saison à envoyer des messages aux chefs des Hébrides et des montagnes du nord-ouest de l'Écosse, qui, retranchés au fond de leurs déserts, s'étaient peu inquiétés jusque alors de la guerre nationale; mais il n'était pas au bout de ses misères. Il apprit bientôt que Kildrummie avait été forcé par les Anglais, Nigel Bruce lâchement égorgé, la reine ct ses compagnes emmentes prisonnières et traitées avec la dernière rigueur, et lady Buchan, attachée à un gibet. Ce dernier coup étourdit l'infortuné : il sentit son cœur faillir, et se demanda s’il ne vaudrait pas

BRUCE

inieux renoncer à üne entreprise qni attirait de si affreuses calamités sur tout ce qu'il ana L. Cependant la soif de la vengeance raffermit son âme. Sur ces entrefaites, Angusog, chef de la grande tribu des Mac-Donald, à qui le titre de seigneur des Hébrides ou Lord des Iles donnait une sorte de suprématie parmi les montagnards, renvoya les députés de Robert avec promesse de foi et d'assistance, el tous les chefs des clans galliques imitèrent cet exemple, à l'exception de Mac-Dougal. Robert quitta Rath-Erin au commencement du printemps de 1307, et mit à la voile pour la côte sud-ouest de l'Écosse , fort peu accompagné, mais comptant sur une diversion au nord, de la part de ses nouveaux amis des montagnes. Il débarqua d’abord dans l'ile d’Arran, et là il attendit impatiemment des nouvelles de son comté de Carrick, où il avait pratiqué des intelligences. Tout à coup il vit briller de loin une flamme, C'était le signal convenu avec ses affidés dans le cas où les habitants auraient pris les armes en sa faveur. Aussitôt Bruce vola vers ses barques avec trois cents braves, et, franchissant le détroit, aborda près du cap de Turnberry. Maïs l’homme qui avait été chargé d'allumer le feu accourut tout consterné, annonçant que la terreur inspirée par les Anglais avait empêché tout mouvement dans le pays. Il ignorait absolument qui avait mis le fea au bûcher. « N'importe! dit Bruce, puisque me voilà sur la terre d'Écosse, je ne reculerai pas : advienne ce qui plaira au ciel! » Et il mit le pied dans ses domaines.

La circonstance singulière qui avait amené le débarquement du roi Bruce frappa vivement l'imagination poétique des Écossais, et plus tard il passa pour certain que ce n’était point une main humaine qui avait donné le signal de Turnberry. Robert, en attendant qu’il vit autour de lui des forces suffisantes pour attaquer régulièrement les Anglais, entreprit une guerre de partisan contre les garnisons qui occupaient les forteresses et les détachements qui battaient la campagne, guerre active, infatisable, de chaque jour et de chaque heure. 11 demeura souvent presque seul, et courut vingt fois le risque de périr ou d’être vendu aux tyrans comme Wallace. 11 fut poursuivi à diverses reprises avec des limiers appelés chiens de slot (flair) qui étaient dressés à Courre l'homme, et qu’on employait d'habitude à Ja recherche des grands criminels. Une fois il fut assailli par trois bandits, désireux de gagner la récompense promise à qui prendrait Robert Bruce mort ou vif. La force prodigieuse de Robert et la bonté de son armure le sauvèrent, et il étendit à ses pieds les trois assassins. Bientôt il fut rejoint par cent cinquante hommes d'armes que lui ramenaïent son frère Édouard et James Douglas : sans prendre le temps de réparer ses forces, il alla fondre à l’improviste sur les ennemis qui l'avaient si bien relancé, et les mit en pleine déroute. Ce succès décida le soulèvement de tous les patriotes du midi de l'Écosse : Bruce se vit promptement en état de tenir la campagne contre tous les lieutenants d’Édouard, et battit les 10rds Pembroke et Clifford.

Le vieux roi d'Angleterre frémit de rage en apprenant les succès du rebelle, et il s’'avança, suivi d’une armée formidable, jusqu'aux frontières d'Écosse. 11 ne devait pas les franchir : la force factice qui l’exaltait l’abandonna soudain : il fut forcé de s'arrêter à trois milles de la Tweed, languit peu de jours, et expira le 6 juillet 1307. Dès lors le parti national prit une supériorité décidée dans toute l'Écosse : Bruce, son frère Édouard, ses deux fameux capitaines Douglas et Randolph, remportèrent des avantages continuels sur les Anglais et leurs fauteurs, Randolph, comte de Murray, neveu du roi Robert, reprit Édimbourg, la capitate du royaume, et Robert tira une vengeance terrible des Cumyn. Trente seigneurs de ce nom furent pris et décapités en un seul jour, comme traîtres à la patrie, Les Mac'-Dougal furent écrasés à leur tour sur les bords du Loch-Awe et dans les gorges de Cruachan-Ben. Jan de Lorn échappa presque seul à l'épée de Bruce. Les généraux du roi Édouard

BRUCE

ne tenaient plus dans l’intérieur de l'Écosse qu'une seule ville importante, Stirling, sur le Forth. Lorsqu'on sut en Angleterre ce qui était advenu des conquêtes d'Édouard I‘, grâce à l’incurie de son successeur, l’orgueil national se souleva si violemment, qu'Édouard 11 fut forcé de s’arracher à ses plaisirs : le puissant royaume des Anglo-Normands s’ébranla d’une extrémité à l’autre, et tous les aventuriers de l’Europe furent invités à venir prendre part au pillage de l'Écosse.

Mais, de son côté, l'Écosse s’apprétait à bien recevoir ses ennemis : les Gaëls descendaient en masse des rochers d’Alben ; les barons des Basses Terres et les chefs des clans de la frontière (border) faisaient entre eux des pactes de fraternité d'armes à la vie et à la mort, pour Robert Bruce et le pays, contre tout homme, Français, Anglais ou Écossais (c'est-à-dire Normand, Anglo-Saxon ou Scott d’origine), qui contesterait le choix du peuple, Bruce convoqua ses guerriers sous les murs de Stirling, et l’on ne tarda pas à voir paraitre l’armée d’invasion, qui avait passé la Tweed et traversé les Lothians sans obstacle, Cent mille soldats inondaient au loin la plaine : Anglais, Aquitains, Gallois, Irlandais. Robert ne comptait sous sa bannière au lion rouge que 30,000 combattants : il les disposa entre la ville de Stirling et le ruisseau de Bannock ( Bannock-Burn}), et, sans chercher à leur dissimuler l’infériorité de leur nombre, il leur fit une harangue pleine d’énergie. Des cris d’enthousiasrne et de fureur lui répondirent ; bientôt la grande armée ennemie se déploya en vue des Écossais. Plusieurs chevaliers de renom s'avancèrent en éclaireurs à peu de distance des légions écossaises. Ils reconnurent, à son heaume surmonté d’une couronne d’or, Robert, qui parcourait le front de ses lignes sur un petit poney de montagne, n'ayant à la main qu'une ‘courte hache d’armes. Alors un chevalier anglo-normand , sir Henry de Bohun, se trouvant tout près du roi d'Écosse, résolut de terminer la guerre d’un seul coup, et, piquant son dextrier, il courut ventre à terre, la lance en arrêt, sur Robert Bruce. Celui-ci le vit venir, l’attendit tranquillement , évita son coup de lance en se détournant un peu, et, se dressant sur ses étriers , lui asséna un si furieux coup de hache qu’il fracassa comme du verre le casque et la tête de Bohun. ”

Le combat ne s’engagea pas ce jour-là : le lendemain (24 juin 1314), vers l'aurore, le roi Édouard, voyant les Écossais se prosterner tous ensemble, s’écria d’un ton joyeux : « Ils se mettent à genoux! Ils demandent grâce! — Oui, répondit un baron anglais; mais c’est à Dieu, non point à nous. » L'armée d'Écosse se releva au même instant, et la charge sonna. Les redoutables archers anglais commençaient à faire pleuvoir une grêle de traits meurtriers sur les bataillons de Bruce, quand ce prince lança sur les archers ses meïlleurs hommes d’armes. En un moment les archers furent criblés de coups de lances ou foulés sous les pieds des chevaux. Toute la chevalerie anglaise partit alors d’un élan qui fit trembler la terre; mais tout à coup chevaux et cavaliers s’abattirent les uns sur les autres, et roulèrent dans des milliers de fosses que Robert, la veille, avait fait creuser et recouvrir de gazon. Les montagnards et les autres fantassins écossais, fondant sur cette cavalerie en désarroi, eu firent un horrible carnage , puis Robert assaillit le gros de l’armée ennemie. Bien que la fleur des guerriers d'Édouard fût anéantie, ses bataillons étaient si nombreux, que le combat se soutenait encore, lorsque les valets, les conducteurs de chariots, les vivandiers écossais, que Robert avait renvoyés derrière une colline, saisis tout à coup d’un accès de vaillance patriotique, s’armèrent de tout ce qui leur tomba sous la main, et débouchèrent sur les flancs de l’ennemi. Les Anglais, les prenant pour un corps d’armée, perdirent courage, rompirent leurs rangs, et une immense déroule succéda à la bataille, Cette grande multitude fut presque entièrement exterminée, soit par les victorieux

DICT. DE LA CONVERS. — T. IL

EEE =

compagnons de Bruce, soit par les populations de la plaine et des monts Cheviots. Le roi Édouard lui-même, serré de près par Douglas le Noir, ne gagna qu'avec peine Dunbar, d’où il se sauva en Angleterre sur une misérable barque.

L’enthousiasme des Écossais pour leur libérateur alla jusqu’à l’idolâtrie. La couronne était désormais fixée d’une manière inébranlable dans la maison de Bruce , anais peu s’en fallut que Robert ne trouvât un rival dans son frère Édouard. Ce prince, aussi ambitieux qu’intrépide, annonça hautement la prétention d’être associé au trône. Robert eût sans doute éprouvé bien des embarras de la part de cet esprit turbulent et inquiet, si d’autres espérances n’eussent détourné l’attention d'Édouard : les chefs des clans irlandais lui offrirent le trône de la verte Erin, s’il voulait les aider à chasser leurs oppresseurs anglo-normands. Édouard accepta, au grand contentement de Robert, et les deux frères s’en allèrent ensemble délivrer l'Irlande, dont ils enlevèrent la meilleure partie aux Anglais. Cependant, Robert fut instruit que l’Angleterre, à peine revenue de l’étourdissement où l'avait jetée la défaite de Bannok-Burn, témoignail quelques velléités de vengeance : il se hâta de retourner en Écosse; mais ses lieutenants avaient déjà battu complétement les agresseurs, repris Berwick, la dernière place que les Anglais eussent conservée jusque alors au nord de la Tweed; puis ils s'étaient jetés à leur tour sur le territoire ennemi, avaient ravagé le Northumberland et pénétré jusqu'à York. Robert continua l’œuvre si bien commencée, et fraita si rudement les Anglais, qu’il les mit hors de combat pour plusieurs années. Ces avantages furent achetés par la mort du roi d’frlande Édouard Bruce, devenu victime de sa téméraire valeur, en combattant les Anglais qui lui disputaient son royaume; cette catastrophe fit rentrer l'Irlande sous la domination anglo-normande.

Quand Bruce se vit enfin possesseur d’un pouvoir incontesté, il s’occupa de rétablir l’ordre en Écosse. 11 rendit aux légitimes héritiers tous les biens confisqués par Édouard J°* et donnés à des Anglais; puis il força les détenteurs de propriétés d’une origine suspecte à exhiber leurs titres. Mais beaucoup de barons se confédérèrent pour ne pas restiiner le bien mal acquis, et un jour, entourant le roi Robert, ils tirèrent tous à La fois leurs épées, en lui criant : « Voici nos titres! » Ils conspirèrent ensuite avec les ennemis de leur pays, et firent des offres de service au roi d'Angleterre. Bruce déjoua ce complot, et les livra tous à un parlement national, qui fut surnommé le parlement noir, à cause de la sévérité qu’il déploya contre les trattres, sans exception de rang ni de naissance. Un neveu du roi Bruce fut condamné à mort, et exécuté comme les autres.

Édouard II, espérant profiter de ces agitations de l'Écosse, trouva moyen de réunir une nombreuse armée, malgré les pertes encore récentes de l’Angleterre. Le roi Robert le laissa pousser jusqu’à Édimbourg : la disette et les maladies se mirent dans les troupes d'Édouard, qui voulut alors songer à la retraite; mais Robert le poursuivit, l’atteignit à Byland, et remporta, de nouveau, sur lui une éclatante victoire (1323). Les fatigues inouïes qu’il avait endurées accélérèrent sa vieillesse : une lèpre cruelle, qu’il avait contractée durant sa vie errante à travers les bois et les marais, revint l’assaillir ; devenu peu à peu incapable de conduire au combat ses vieux Compagnons d'armes, il continua de veiller de loin sur ses amis et ses ennemis, car sa tête ne partageait en rien l’affaiblissement de son corps. La dernière année de son règne fut signalée par une brillante expédition que Douglas et Randolph firent par son ordre en Angleterre : leurs succès amenèrent un traité de paix par lequel le jeune Édouard J11, fils d'Édouard IX, abandonna toute prétention de suzeraineté sur l'Écosse, et donna en mariage sa sœur, Jeanne Plantagenet, à David Bruce, fils du roi Robert.

Après que la paix de Northawpivn fut signée, Robert,

sentant qu’il n'avait que peu de jours à vivre, appela près de lui ses meilleurs amis et les grands de son royaume : il leur demanda de garder leur foi à son jeune fils David, et, dans le cas où David mourrait sans postérité (ce qui arriva en effet), de reconnaître pour roi Robert Stewart (voyez Sruarr), fils de Marie, sœur de Robert Bruce. Il dit ensuite que son intention avait toujours été d’aller combattre les infidèles’ en Palestine pour expier le crime qu'il avait commis en tuant le rouge Cumyn au pied des autels, mais que puisque la mort l'en empêchait , il priait son grand ami James Douglas de porter son cœur en Terre Sainte. Le libérateur. de l'Écosse rendit le dernier soupir un moment après (1329). Il était âgé d'environ cinquante-quatre ans; il yen avait vingt-trois qu'il s'était fait couronner à Scone. James Douglas ne put accomplir jusqu’au bout le désir suprême de son chef : ayant pris sa route par l'Espagne, il alla combattre les Maures de Grenade. Mais il s’abandonna imprudemment à la poursuite d’une troupe d’ennemis , et, séparé des siens ; se vit tout à coup enveloppé. Alors , détachant de son cou le cœur du roi Bruce, qu'il portait embaumé dans une boîte d'argent , il lui parla comme s’il eût encore battu dans la poitrine de Robert : « Marche! lui dit-il, marche le premier, ainsi que tu las toujours fait! Douglas te suivra, ou mourra près de toi! » Et lançant le précieux dépôt au milieu des assaïllants , il s’y précipita après lui. Le soir de la bataille, les Castillans retrouvèrent son cadavre étendu sur la boîte d'argent. Henry Marrin.

BRUCE (Davn), fils du précédent, né en 1321, n'éfait Agé que de huit ans lorsque la mort de Robert 1°, son père, l’appela à recueillir la couronne d'Écosse, en 1329. Comme il arrivait toujours dans ces siècles où l’on ne reconnaissait d'autre droit que celui du plus fort, la minorité de ce prince vit tout aussitôt renaître les troubles que le bras vigoureux de Robert avait eu de la peine à comprimer. Quoique fiancé par avance à la princesse Jeanne d'Angleterre, fille du roi Édouard IT, ce fut son beau-frère Édouard HIT qui se montra le plus redoutable et le plus perfide deses ennemis. Ce prince lui suscita un rival dans la personne d’un filsde Bailleul, appelé Édouard ; etsecondé par les secours de toutes espèces que lui fournit l’Angleterre, le prétendant réussit à faire la conquête de l'Écosse, où il fut même couronné roi en 1332. Les serviteurs de David ne parvinrent pas sans peine à sauver les jours de l'héritier légitime du trône , en le faisant passer en France. La politique constante de la France en ces siècles était de soutenir les rois d'Écosse contre les attaques ou les usurpations des rois d’Angleterre. Pendant ce temps-là, l’usurpateur ne laissa pas que de voir son autorité contestée par quelques seigneurs puissants et demeurés fidèles à la dynastie légitime. La lutte en vint à prendre des proportions de plus en plus formidables ; et en faisant appel à ce vif sentiment de la nationalité qui a toujours caractérisé les populations écossaises , les Murray, les Douglas et Robert Stuart finirent par faire triompher la cause de David Bruce, qui put rentrer en Écosse en 1342. Sa première pensée fut de tirer vengeance de l'appui prêté par l'Angleterre à l’usurpation d'Édouard Bailleul ; mais le sort des armes trahit son courage, Repoussé dans deux invasions successives , il fut fait prisonnier en 1346. Sa captivité dura onze ans, et ce ne fut que ‘lorsqw’il eut pris l'engagement d'instituer pour héritier un prince de la maison d’Angleterre qu'Édouard 111, vaineu par les larmes de sa sœur, consentit, en 1357, à lui permettre de rentrer dans ses États. Instruit par le malheur, David Bruce ne s'occupa plus que du soin de cicatriser de son mieux les plaies profondes faites à l'Écosse par les malheurs des temps. Il mourut en 1370, sans laisser de descendance ; et les seigneurs écossais considérant le traité qui assurait à un prince anglais la succession de David comme un abus de la force, le déchirèrent en proclamant les droits de Robert Bruce , neveu du roi défunt.

BRUCE

BRUCE (Jacques-DanIEL , comle ), ingénieur russe, d’origine écossaise, né à Moscou, en 1670, entra dans l’artillerie, et fut nommé gouverneur de Noygorod. Malheureux en 1701 dans son attaque contre Narwa , il encourut la disgrâce de Pierre le Grand. Toutefois il réussit à se justifier, et fut réintégré dans son grade. C’est lui qui à Pultawa commandait lartillerie. Depuis 1711 il était grand-mattre de cette arme; et en 1721 il fut l’un des négociateurs de la paix de Nystadt. Peu d'écrivains ont mieux connu la situation réelle et les ressources de la Russie. Après avoir | été quelque temps en correspondance avec Leibnitz par ordre de l’empereur , il traduisit en russe divers ouvrages anglais et allemands relatifs aux sciences. 11 composa aussi un fraité de géométrie et un ealendrie: séculaire connu sous le nom de Calendrier de Bruce ou encore de Tchornaia Kinga (Livre noir), Il avait réuni une précieuse bibliothèque, ainsi qu'une riche collection de médailles, d'histoire naturelle, d'instruments d’astronomie et de mathémaliques, dont l’Académie des Sciences de Saint- Pétersbourg fit l’acquisition en 1736. Le comte Jacques- Daniel Bruce mourut en 1735. ;

BRUCE ( Jawes) , né en 1730, à Kinnaird,en Écosse, Ce célèbre voyageur n’était pas destiné par ses parents à une vie aventureuse; car ils Penvoyèrent à Londres chez un riche négociant en vins, dont il devint l'associé en épousant sa fille. Mais bientôt Me Bruce, atteinte d’une maladie de poitrine, mournt à Paris, dans les bras de son mari. Livré à un désespoir sincère, Bruce chercha des distractions dansles voyages. Ilavait étudié le droit , les mathématiques , un peu d'astronomie, et avait acquis une légère teinture des langues orientales. Il parcourut, en 1757, le Portugal, l'Espagne , la France et les Pays-Bas. Vif dans ses enthousiasmes, ardent dans ses projets, il voulut à Madrid publier les nombreux documents arabes qui dormaient à l'Escurial sous une épaisse couche de poussière et qui y reposent encore dans une paix profonde. Le gouvernement espagnol mit obstacle à un projet dans la réalisation duquel il vit sans doute un immense péril pour la monarchie. Décidé à en- {reprendre un voyage en Afrique, il accepta en 1761 le consulat d'Angleterre à Alger, que lord Halifax lui offrit; Le passage de Vénus sur le disque du soleil était attendu. Bruce se munit de tous les instruments nécessaires pour l'observer dans l'Afrique septentrionale, pendant que Cook recevait la même mission pour les îles de la mer du Sud, et que Chappe d'Hauteroche faisait dans ce but le voyage de la Sibérie. Après un an de séjour à Alger, devenu familier avec l'arabe vulgaire, Bruce, qui ne cherchait qu'une occasion d'exercer son ardeur de locomotion, abandonna son consulat, visita Palmyre et Balbec, et entreprit, en 1768 un voyage aux sources dun Nil, Déjà un missionnaire portugais pensait avoir découvert ces sources célèbres ; mais la relation portugaise n’était pas encore connue dans le monde savant. Bruce partit au mois de juin 1768. Le gouvernement anglais recommanda à Bruce de traverser l'Égypte pour son agrément, et de ne commencer sérieuse ment ses travaux que par delà les cataractes. Pénétrant hardiment à travers les déserts, notre explorateur atteignit enfin cette mystérieuse Abyssinie, si mal connue avant lui, et si imparfaitement appréciée aujourd’hui encore. Il arriva à Gondar, sa capitale, et fut parfaitement accueilli du roi et de tous les princes de ces contrées , en qualité de wakil ou de médecin. Après deux ans de séjour, il reprit, mais lentement, le chemin de l'Europe ; car il mit près de treize mois à arriver au Caire.

En passant par Luxor, l’ancienne Thèbes aux cent portes, Bruce examina le famenx sarcophage de 3,33 de longueur, qui, suivant quelques savants, a renfermé la momie de Ménès, et, suivant d’autres, celle d'Osimandyas. Il admira dans ce même tombeau plusieurs peintures à l’encaustique,

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