BRUCE — BRUCKER
et notamment deux joueurs de lyre, dont les instruments, si l’on s’en rapporte aux dessins de notre voyageur et de son secrélaire , ont une ressemblance étonnante avec nos harpes modernes. C’est une des nombreuses parties de sa relation dont la véracité a élé révoquée en doute. Lorsque, plus tard, Brucese vanta chez un ministre de cette précieuse découverte, un de ses interlocuteurs lui dit en jouant sur le mot anglais lyre, qui se prononce comme lemot liar, menteur : « A votre arrivée il y en avait deux, mais à votre départ il y en avait un de moins. » Malgré ces critiques, le Voyage aux sources du Nil, imprimé en 5 volumes in-4°, obtint un grand succès. Le roi Georges LIL acheta pour la bibliothèque de Kew, moyennant 2,000 livres sterling (50,000 franes), les dessins originaux , et fit les frais de la gravure. Cet ouvrage, publié à Londres en 1790, a obtenu en France les honneurs d’une traduction complète. Indépendamment de Pintérêt scientifique, les aventures du voyageur sont fort attachantes.
Un des amis qu’il s'était faits, nommé Abd’el-Kader, l'exposa à être assassiné en racontant à tout venant que Bruce était un prince, qu’il avait beaucoup d’or sur lui, ef que le respect dont il avait été l’objet de la part des voyageurs anglais à Sidda était une preuve incontestable de son opulence. Bruce mit fin à ces conjectures périlleuses pour lui en disant : « Je suis un des moindres serviteurs du roi d’Angleterre ; cependant, vos correspondants ne vous ont pas tout à fait trompés. Mes ancêtres ont été rois de l'Écosse, ma patrie, et ils méritent d'être comptés parmi ceux qui ont porté la couronne avec le plus d'éclat; mais leurs descendants n’ont pas à beaucoup près hérité de leur puissance et de leurs trésors. » Si Bruce pouvait se vanter d’être issu des monarques qui ont jadis donné des lois à l’Écosse, il a obtenu cet insigne honneur, que dans une circonstance difficile un de ses petits-neveux a paru fier de porter son nom et d'avoir suivi ses traces. Michel Bruce, qui fut à l’âge de vingt-six ans jugé par la cour d’assises de Paris, et condamné à trois mois de prison, comme le principal auteur de Pévasion de Lavalette, ajouta, à l'audience du 23 avril 1816, quelques explications à la plaidoirie de M. Dupin, son avocat, et prononça ces paroles : « Messieurs, je suis encore jeune, mais j’ai eu déjà l'avantage de beaucoup voyager... J'ai toujours observé chez les nations les plus barbares, même chez celles qui sont presque encore dans Pétat primitif de la nature, que c'était une chose sacrée pour elles que de secourir ceux qui avaient recours à leur protection... J'ai cru, homme civilisé, devoir imiter les vertus des barbares. » Quant à James Bruce, notre voyageur, quiavait revu l'Écosse après une absence de onze ans, et y avait épousé une seconde femme (qu’il perdit en 1785) pour se venger de ses héritiers, qui s’étaient partagé ses biens pendant son absence, il mourut à Londres, en 1794, des suites d’une chute sur un esealier. BRETON.
BRUCEA, genre d’arbrisseaux de la famille des térébinthacées, ainsi nommé en l'honneur de James Bruce, qui rapporta d’Abyssinie la première espèce connue, le brucea antidysenterica, dont le nom indique les propriétés : on l'emploie en effet avec succès contre la dyssenterie. Dans les serres, où l’on est forcé de le retenir en Europe, il n’atteint guère que la hauteur de deux mètres, quoique dans son pays natal il s'élève jusqu’à quatre ou cinq mètres. De grandes feuilles ovales rassemblées à l’extrémité des rameaux lui donnent une assez belle apparence ; mais ses fleurs sont petites et sans éclat : il n’est donc recommandable que par ses propriétés médicales, qui résident principalement dans son écorce, dont on extrait la brucine. Celte dernière matière se trouve également dans les écorces des autres espèces de brucea qu’on rencontre aux îles Sandwich, à Sumatra et en Chine.
BRUCELLES, petites pinces failes d'une seule pièce, dont les branches font ressort. Les horlogers et les bijoutiers se servent de brucelles pour saisir les petites pièces qui en-
trent dans la composition de leurs ouvrages. Il y a de ces sortes de pinces en acier trempé et en cuivre écroui; on peut en improviser soi-même au besoin, avec un bout de fil de fer ou de cuivre non recuit, que l’on ploie en deux en forme de V,
BRUCHE ( de Beôyw, je ronge). Ce genre d'insectes, de l’ordre des coléoPtères, renferme les hôtes habituels des pois secs, des vesces, des gesses, des lentilles, des fèves, etc. Gmelin en compte jusqu’à vingt-sept espèces , qui toutes rongent à l'état de larves la substance intérieure des graines, et souvent causent par conséquent les plus graves dommages. L’insecte dépose ordinairement ses œufs sur les gousses encore vertes de la légumineuse à laquelle il s’est attaché, de sorte que le petit ver préexiste dans la graine au moment de la récolte. On conçoit dès lors facilement que la bruche éclose ensuite et se multiplie de nouveau dans les lieux les mieux clos, de manière à dévorer de proche en proche tout ce qui peut alimenter sa voracité. « On est parvenu, nous apprend Leclerc-Thouin, à limiter le mal à son origine en enveloppant les semences de sable fin ou de cendres ; ces deux moyens ne nuisent en rien à leur faculté germinanative, On peut aussi, quand elles ne sont pas destinées à la reproduction, conserver ces mêmes semences intactes en les exposant pendant quelque temps, dans un four, à une chaleur de 40 à 45 degrés, qui est suffisante pour faire périr les larves et sans inconvénients ultérieurs pour les usages culinaires. » DÉMEZIL.
BRUCINE, alcaloïde découvert, en 1819, par Pelletier et Caventou, dans l'écorce du brucea antidysenterica. Quelque temps après, on retrouva de la brucine unie à la strychnine dans la noix yomique. La brucine se présente sous la forme de prismes obliques à base parallélogrammique, ou en masses feuilletées d’un blanc nacré, ou encore en champignons ; elle est incolore et d’une saveur amère trèsprononcée. C’est à la brucine que la fausse angu sture doit ses propriétés vénéneuses : elle agit sur la moelle épinière en déterminant des contractions tétaniques. Insoluble dans l'éther, la brucine se dissout dans 850 parties d’eau froide ou dans 500 d’eau bouillante. L’acide sulfurique la colore d’abord en rose; cette teinte passe ensuite au jaune et enfin au vert jaunâtre. Une solution d’étain la colore en violet. Ces réactions distinguent la brucine de la morphine et de la strychnine.
BRUCRER (Jean-Jacques), naquit le 22 janvier 1696, à Augsbourg. 11 mit de bonne heure à profit les leçons qu'il avait reçues à l’université d’Iéna; mais la supéricrité de son talent et les brillants succès qu’il obtint, tout en lui attirant l'admiration de ses compatriotes, ne furent point récompensés comme ils le méritaient. Grâce aux efforts de rivaux envieux, il fut forcé de s’expatrier, et accepta à Kaufheuern une place de pasteur. La réputation qu’il ne tarda pas à y acquérir et surtout la vanité de ses concitoyens le firent enfin rappeler dans sa ville natale, où il rentra avec honneur dans la carrière de la prédication. Mais ce ne devait pas être là son véritable titre à la gloire. Sa præccupation favorite avait toujours été l’histoire de la philosophie, et dès l’année 1719, lorsqu'il était encore à léna, il avait publié son Tentamen introductionis in historiam doctrinæ de Ideis, qu’il compléta ensuite sous le titre d’Æistoria philosophica doctrinæ de ideis. 11 avait aussi fait paraître plusieurs dissertations relatives à des matières philosophiques.
Ces {ravaux n'étaient que le prélude du grand ouvrage qu’il publia longtemps après, et qu'il intitula : Æisloria crilica Philosophiæ, a mundi incunabilis ad nostram usque ætatem deducta (5 vol. in-4°, réimpr. avec augment. d’un 6° vol. en 1767, à Leipzig). Ce travail, vraiment extraordinaire par la patience et les innombrables recherches qu’il dut coûter à son auteur, est moins, il est vrai, un ouvrage original qu'une compilation ; mais c’est une compilation immense, fruit d'une rudition aussi judicieuse que vaste, où
sont exposés avec fidélité, mais avec trop de détail peut-être, la vie et les systèmes de chaque philosophe. On reproche à Brucker d’avoir manqué de méthode, de n’avoir point fait présider à son ensemble une idée systématique qui en liât toutes les parties, en un mot d’avoir trop donné à l'analyse et de n’avoir point établi un ordre qui servit de soutien et de guide à l'esprit, et lui permit de parcourir ces régions immenses sans succomber de lassitude ou d’effroi. Mais ce reproche est sans fondement pour qui considère l’époque à laquelle Brucker accomplissait sa grande tâche, et l’état où était alors l’histoire de la philosophie, dont on peut dire qu’il fut le père. 11 était impossible en effet de donner une disposition régulière à tous ces matériaux avant qu’ils fussent au moins rassemblés. C’est ce que fit Brucker, et ce qui permit à ses successeurs d'embrasser plus facilement tant d'opinions diverses, deles classer, de les ramener à l'unité philosophique, et de faire un système avec des systèmes. Or le philosophe d’Augsbourg ne pouvait commencer par une telle synthèse, et malgré la supériorité de méthode qu’on est forcé de reconnaître aux historiens de la philosophie qui ont profité de son œuvre, on ne peut enlever au livre de Brucker le mérite d’une féconde analyse, qui rivalise par Ja richesse et l’exaclitude des faits avec la hardiesse des généralisations plus brillantes, mais aussi quelquefois aventureuses, des autres historiens , et à laquelle aimeront souvent mieux recourir ceux qui veulent chercher la vérité dans les faits plutôt que de la voir à travers les idées systématiques d’un auteur.
Brucker a publié lui-même un extrait de son grand ouvrage sous letitre de : Insfitutiones Historiæ Philosophicæ ; et dont Born a donné une nouvelle édition, fort augmentée (Leipzig, 1790). Brucker a produit aussi plusieurs autres ouvrages d’érudition. Les principaux sont : Monument élevé à l'honneur de Pérudition allemande, ou vies des savants allemands qui ont vécu dans les quinzième, seisième et dix-septième siècles (5 vol. in-4°, en allemand); Disputatio de Comparatione Philosophiæ gentilis cum Scriptura (in-4°, Iéna, 1720); Questions sur l’ Histoire de la Philosophie depuis le commencement du monde jusqu'à la naissance de Jésus-Christ (Ulm, 1736, 7 vol. in-12, en allemand). Brucker mourut en 1770 dans sa ville natale, quelques années après la réimpression de son grand ouvrage.