‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 5 sur 527 · BERCHOUX · texte numérisé non relu

BERCHOUX

fit ses études. Lors de l'institution des juges de paix , il fut élu, dans sa patrie, à ces honorables fonctions: mais à l'époque de la Terreur ses opinions monarchiques bien connues seraient devenues pour lui un arrêt de proscription s'il n’avait alors, comme beaucoup d’autres, cherché un asile sous nos drapeaux victorieux. Du reste, sans imiter tout à fait l'excessive prudence du poëte Horace, le jeune Berchoux ne se piqua point de contribuer beaucoup au succès des armes républicaines. Lui-même en fit l’aveu plus tard dans ces jolis vers de son meilleur poeme :

Je n’armai tristement d’un fusil inhumain,

Qui jamais, grâce au ciel, n’a fait feu dans ma main;

Je me chargeai d’un sac, humble dépositaire

De tout ce qui devait me servir sur la terre,

Ainsi, nouveau Bis, je partis accablé

Du poids de tout mou bien sur mon dos rassemblé.

Des jours plus tranquilles lui permirent de revenir dans son pays et d’y suivre une carrière plus convenable à ses goûts. Ce fut alors que, sous le voile de l’'anonyme, il adressa à un journal de la capitale cette boutade si piquante, que les éditeurs de ses œuvres se sont cbstinés à nommer ÉZégie :

Qui me délivrera des Grecs et des Romains? etc.

Appelé à Paris par la réussite de cet essai et une coopération spirituelle à Za Quotidienne, où ses articles paraissaient sous le nom d’un habitant de Mäcon, Berchoux y arriva en 1800 avec son poème de /a Gastronomie, dont le premier jet offrait, avec beaucoup de verve et de gaieté, de nombreuses traces de mauvais goût et d’affectation. Docile aux conseils de critiques éclairés, et particulièrement del’historien des croisades, Michaud, de l’Académie Française, auquel il dut la décoration de la Légion-d’Honneur, il fit d’heureux changements à cet ouvrage, qui, publié sans nom d'auteur, obtint, par son seul mérite, trois éditions en moins d’une année; ce ne fut qu’à la troisième que le modeste écrivain révéla sa paternité. La Gastronomie, le premier des titres littéraires de Berchoux, est, après Ze Zutrin, l'un des plus ingénieux badinages de notre poésie. S'il y a plus d'invention dans le Lutrin, la Gastronomié n’a pas fourni moins de ces vers devenus proverbes en naissant :

Ayez un bon château dans l'Auvergne ou la Bresse. Un diner sans façon est une perfdie.

Rien ne doit déranger l'honnête homme qui diîne, etc,

Le poëme de Berchoux intitulé : Za Danse, ou les Dieux de l'Opéra, que l’auteur fit paraître en 1806 , fut accueilli avec moins de faveur : il était en effet très-inférieur à son aîné. L'action en semble froide, le comique peu naturel. Cependant on y remarque quelques tirades heureuses, quelques vers bien tournés, Mais il eût été difficile de reconnattre l’auteur de {a Gastronomie dans le soi-disant poème comico-satirique de Voltaire, ou Le Triomphe de la philosophie moderne, qui paruten 1814. Berchoux n’était pa de taille à s’attaquer à si haute renommée; son imprudente témérité fut à peine aperçue. En 1804 il avait aussi voulu prendre rang parmi nos prosateurs par un volume ayant pour titre : le Philosophe de Charenton, roman critique où quelques traits malins et spirituels ne purent triompher de l'obscurité du sujet et de la faiblesse de action.

Berchoux parutavoir terminé en 1819 sa carrière littéraire par la publication d'un petit poëme qu’il nomma l'Art politique. Quoiqu’on y trouvât encore de loin en loin ce que l'auteur d’un autre Art appelle disjecti membra poetæ, il ne put même obtenir un succès de parti : c'était de l'opposition arriérée, une vieille réminiscence de 89, Retiré à Marcigny ( Saône-et-Loire ), ilne produisit plus rien depuis : il avait fait ses adieux à la capitale et aux lettres, et mourut dans son ermilage, le 17 décembre 1838. Si ses autres ou- \roges n'ont pas tenu ce que prometlaient sa première sa- -

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