‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 500 sur 527 · BRUEYS -- BRUEYS D'AIGALLIERS · texte numérisé non relu

BRUEYS -- BRUEYS D'AIGALLIERS

tion de Pauteur du Lycée, mais que Brueys et Palaprat n’ont eu que le mérite d’approprier à la scène, sans y rien ajouter d’essentiel, Le Grondeur restera donc le chefd'œuvre des deux amis, Sans doute le troisième acte, tout entier du genre de la farce, ne vaut pas, à beaucoup près, celui de PAvocat Patelin ; mais les deux premiers sont bien faits, et cette pièce, très-remarquable d’ailleurs par l'intérêt de Paction, la vivacité de lintrigue et du dialogue, la verve èt le comique du principal caractère, qui est trèsbien dessiné , toujours en situation et parfaitement soutenu jusqu’au dénoûment, a mérité de rester au répertoire, où elle occupe un rang distingué parmi nos comédies du second ordre.

Elle fut le sujet d'une rupture entre les deux amis : elle avait été composée primilivement en cinq actes; Palaprat, chargé de la faire représenter pendant un voyage de Brueys, fut obligé, pour la faire agréer des comédiens, de la réduire en trois, et il paraît qu’elle eut d'abord un succès assez médiocre, quoiqu’on ait continué de la représenter depuis sans le secours des deux autres. A son retour, Brueys se fâcha sérieusement, et tint, à ce qu'on prétend, le propos suivant, auquel on ne sache pas que Palaprat ait rien opposé pour sa justification : « Le premier acte du Grondeur est entièrement de moi, et il est excellent; le second a été gâté par quelques scènes de farce de Palaprat, et i£ est médiocre ; le troisième est entièrement de lui, et à/ est délestable ! » Le silence de Palaprat, et plus encore peut-être la nullité des ouvrages qu’il fit représenter depuis sons son nom seul (Herculeet Omphale; Les Sifflets; Le Ballel Extravagant et La Prude du temps), ont confirmé le soupçon assez probable que l’on avait déjà de la supériorité du talent de Brueys. On n’a pas même conservé le souvenir de deux autres de leurs pièces faites en commun : le Secret Révélé et Ze Concert Ridicule. Mais il est juste de dire aussi que celles que Brueys fit seul ne valent pas mieux; ce sont : Le Sot toujours sot, ou La Force du sang ; L'Important; Les Empiriques; L'Opinidtre; Les Quiproquo et Les Erbarras du Théâtre. Elles forment, avec trois mauvaises tragédies, Gabinie, Asba et Lysimacus, et une paraphrase en prose de l’Ar£ poétique d’'Horace, qui avait été son premier début dans la carrière littéraire (1683), la collection de ses œuvres, réunies en 3 vol. in-12 (Paris, 1735).

On lit dans la Vie de l’auteur, qui est de l’abbé de Launay, et qui se trouve en tête de cette édition, le récit d’un procès assez singulier auquel donna lieu le prernier des ouvrages que nous avons cités comme étant de Brueys seul. Un de ses amis, ayant voulu faire jouer cette pièce à la Comédie- Italienne, apprit qu’on l'avait déjà présentée à la Comédie- Française comme l’œuvrede Palaprat, dans les papiers duquel on en avait trouvé une copie après la mort de ce dernier; qu’elle avait été mise sur-le-champ en répétition et qu’on allait bientôt l'y représenter. Le lieutenant de police, à qui cet ami porta sa plainte, décida que la pièce serait jouée le

“même jour sur les deux théâtres, et qu’elle reviendrait de droit à celui où elle obtiendrait le plus de succès. Cet arrêt fut exécuté ; les Italiens l’emportèrent, et la pièce dut rester à Brueys. Du reste, l'association des deux collaborateurs ne paraît pas avoir été dissoute par les dissentiments qui s’élevèrent entre eux, mais par le départ de Palaprat, qui fut obligé de suivre le grand-prieur de Vendôme à la guerre d'Italie, après l'issue de laquelle il vint mourir à Paris, le 23 octobre 1721. De son côté, Brueys s'était retiré à Montpellier, où il mourut deux ans plus tard, le 25 novembre 1723, à l’âge de quatre-vingt-trois ans, mêlant à ses dernières études sur le théâtre de pieuses méditations et de nouveaux écrits théologiques, dont voici les titres : Traité de l'Obéissance des Chrétiens aux puissances temporelles (1709); Histoire du Fanalisme de notre Temps (4 vol., 1692, 1709 et 1713); Trailé du Légilime Usage de La Raison, principalement sur les objels de la foi (Paris, 1717).

Le recueil de Brueys et Palaprat a été publié en cinq volumes in-12; et ces deux poëtes ont fourni à Élienne le sujet d’une fort jolie comédie,

BRUEYS D’AIGALLIERS (Fnançois-PauL), issu d’une noble famille de Languedoc, naquit à Uzès, en 1753. Destiné à la marine dès l’âge de treize ans, il fit en 1766 sa première campagne comme volontaire à bord du vaisseau /e Protecteur, Garde de la marine en 1768, il fut employé dans l’escadre destinée à agir contre les Barbaresques ; puis, lieutenant de vaisseau en 1780, dans l'armée navale du comte de Grasse, il participa aux cinq combats qu'il livra aux amiraux Hood et Graves. Nommé en 1784 au commandement de l’A viso Le Chien de Chasse, il employa quatre années à parcourir les Antilles, ainsi que la Côte-Ferme, depuis l'ile de la Trinité jusqu'à Puerto-Cabello, fit de nombreux relèvements, leva des plans de forteresses et recueillit de précieux renseisnements sur le commerce de ces contrées. Fait capifaine de vaisseau en 1792, il fut chargé de l'installation du nouveau pavillon national dans les Échelles du Levant et dans les ports de Adriatique. Les circonstances, plus que ses talents, l'avaient rapidement porté en 1796 au grade de contre-amiral. Ce fut en cette qualité qu’il alla établir une croisière dans la Méditerranée. Bonaparte avait conçu pour lui une estime particulière, parce que, chargé par le général en chef de l’armée d'Italie de mettre, avec son escadre de six vaisseaux, les Ragusains dans les intérêts de la France, il s'était parfaitement acquitté de sa mission.

Nous parlons de Brueys parce qu’à son nom se rattache un funèbre souvenir pour notre marine, celui du désastre d’Aboukir, Mais, tout en blämant ses fautes, nous sommes heureux de pouvoir donner un regret à sa mémoire : il mourut comme un vrai soldat français, en combattant courageusement pour son pays. La marine française n'aurait pas eu tant d’affronts à laver si tous les officiers sous ses ordres eussent imité sa valeur. Brueys, promu au grade de vice-amiral, commandait la flotte qui porta l’armée française en Égypte. Cette flotte se composait de treize vaisseaux, quatre frégates, trois bricks et trois bombardes, escortant un nombre considérable de bâtiments de transport, Après la prise de Malte, il opéra heureusement le débarquement de nos troupes à Alexandrie, puis il alla mouiller dans la rade d’Aboukir. Bonaparte, tout occupé de son. armée et de sa conquête, s’en remit à l'amiral du salut de sa flotte, et celui-ci, soit ignorance de l’art, soit apathie naturelle, prit des dispositions qui coûtèrent cher à la France. C'était une faute d’abord que de rester au mouillage dans une rade ouverte à tous les vents, comme celle d’Aboukir; c'était une faute que de se laisser attaquer à l’ancre par une escadre à la voile et favorisée par le vent; c'était encore une faute que de tenir ses vaisseaux si éloignés les uns des autres et hors de la protection de toute batterie de terre. Nous n’osons pas lui reprocher l’inactivité de son arrière-garde pendant toute l’action; il ne lui fut sans doute pas possible de donner des ordres au milieu du combat : l’histoire flétrira l'amiral Villeneuve, qui assista tranquillement sans bouger au massacre de ses compagnons d’armes.

Brueys montait l'Orient, vaisseau de 120 canons ; attaqué par le vaisseau anglais Ze Bellérophon, de 74, il l'écrasa de son feu, et l’eût coulé bas si celui-ci fût resté engagé quelques minutes de plus. Mais l'Anglais, désemparé, coupa ses câbles et se laissa dériver vers l’arrière-garde, qui l’accueillit à coups de canons, et le força d'amener son pavillon. Pendant tout le combat, l'amiral, quoique blessé à la figure et à la main dès la première heure de l'action, resta sur la dunette au milieu de son état-major, lorsque après trois heures de combat un boulet le coupa presque en deux. Les matelots se précipitèrent pour l’enlever et le transporter au postedes blessés, mais il s’y opposa: « Laissez-moi, leur ditil d’une voix ferme, un amiral français doit mourir sur son banc de quart. » Quelques minutes après il n'existait plus,

(1*T août 1798). Le malheur de Brueys fut d’avoir eu à combattre un rival qui possédait le génie de la guerre : Nelson s’affranchit des vieilles routines de la tactique navale; il osa penser, contre l'opinion commune d'alors, qu’une escadre bien embossée n’était pas inexpugnable; il attaqua les Français, et le génie enchaïna la victoire. Théogène PAGE.

BRUGES, chef-lieu de la Flandre occidentale, province du royaume de Belgique, est située dans une plaîne fertile, à 12 kilomètres de la mer. Les trois canaux de Gand, de L’Écluse et d'Ostende qui viennent converger dans la ville, sont assez profonds pour pouvoir en permettre l'accès aux bâtiments du plus fort tonnage. La population actuelle de Bruges est de 4, 20. habitants; mais telle est l'étendue de son circuit, qu’elle en pourrait contenir 200,000, comme au temps de son antique prospérité. On compte dans l’intérieur de la ville cinquante-quatre ponts, dont douze en bois et tournants, pour laisser passer les navires. Les édifices les plus remarquables sont : la halle, bâtiment carré, qui s'élève sur la grande place avecun beffroi haut de 170 mètres, et dont le carillon, composé de quarante-huit cloches, est en grande réputation; l'hôtel de ville, de style gothique , construit vers la fin du quatorzième siècle, et dont les trente-trois statues, représentant des comtes et des comtesses de Flandre, furent jetées au feu en 1792 par les Français ; le Palais de Justice, d’abord résidence des comtes de Flandre, mais qui aujourd’hui n’offre plus rien de remarquable, que la célèbre cheminée en bois sculpté qu’on voit dans la salle d'audience du Franc de Bruges. Elle fut exécutée en 1559, et indépendamment d’une foule d’ornements, d’armoiries et de portraits, on y voit les statues en pied de Charles-Quint, de Maximilien et de Marie de Bourgogne , de Charles le Téméraire et de Marguerite sa femme. Citons encore l’église Notre-Dame avec sa flèche haute de 140 mètres, où l’on admire une statue de la Vierge par‘Michel-Ange, dont Horace Walpole offrit 80,000 florins, plusieurs toiles remarquables de Segbert, de Crayer, van Oost, E. Quellyn, ainsi que les tombeaux de Charles le Téméraire et de sa fille, Marie de Bourgogne; l’église Saint-Sauveur dont l'extérieur est des plus simples, mais qui est magnifiquement décorée à l’intérieur, et dont la principale richesse, consistant en toiles de J. van Oost, van Hoëek, E. Quellyn, Hemling, etc., a beaucoup souffert dans un incendie arrivé en 1839 ; la chapelle où, suivant la tradition, Dietrich d’Alsace déposa, en 1150, quelques goultes du sang de Jésus-Christ. A l’occasion du 700° anniversaire de ce fait, un superbe jubilé a encore été célébré à Bruges en 1850, avec toutes les pompes extérieures dont s’entoure la religion catholique. Il faut mentionner en outre l’église de Jérusalem, construite par Pierre Adornes d’après le modèle du Saint-Sépulcre; le vaste séminaire épiscopal, dit abbaye de Durer ; l’église de l'hôpital Saint-Jean, où l’on conserve les reliques de sainte Ursule et sur les murailles de laquelle Hemling a peint le Martyre des onze mille Vierges de Cologne, peinture que la ville considère comme le plus précieux de ses trésors.

Bruges est le siége d’un évêché (depuis 1559), d’une cour d'assises et des autorités administratives supérieures de la Flandre occidentale. Elle possède un collége royal, une Académie des Beaux-Arts, un muséum, un jardin botanique, une bfbliothèque publique contenant 9,000 volumes et 450 manuscrits, un théâtre et de nombreux établissements de bienfaisance, Les principaux produits de l’industrie des habitants sont les tissus de fil, de laine et de coton, les tissus mélés et les dentelles. La brasserie, la distillerie et la construction des navires donnent lieu également à d’importantes transactions. L’exportation des produits du sol et des manufactures belges, de même que l'importation des articles d’épicerie, des matières tinctoriales, des vins, des huiles et des fruits secs, alimentent un commerce des plus actifs, mais qui n’approche cependant point de la prospérité dont jouissait autrefois cette ville.

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