BRUHL
souvent à Leipzig. Son caractère insinuant et la douceur de ses manières lui concilièrent bientôt non-seulement les bonnes grâces de la duchesse, mais encore, à peu de temps de à, celles d’Auguste I, dont il fut nommé page en 1720. Par la suite, le roi le nomma chambellan, et se fit accompagner par lui dans tous ses voyages. Brühl profita de la faveur dont il jouissait près de son maitre pour parvenir rapidement aux emplois administratifs les plus importants. Auguste IL étant venu à mourir le 1°" février 1733 à Varsovie, Brühl partit en toute hâte pour Dresde avec les diamants de la couronne, dont il se trouvait par hasard dépositaire à ce moment. Il venait mander cet événement à l'héritier d’Auguste II, et déploya alors une activité extrème pour lui assurer la succession à la couronne de Pologne, en dépit des nombreux concurrents qui devaient la lui disputer. Par cette conduite, par son manége insinuant à l’effet de se mettre bien avec le comte Sulkowski, favori d’Auguste IT, il réussit, mais non pourtant sans peine, à gagner la bienveillance de ce prince, qui d’abord éprouvait de l'éloignement pour Jui, et qui finit par le confirmer dans la possession de ses différentes charges.
A partir de ce moment la fortune ne cessa pas un seul instant de favoriser Brühl , qui d’ailleurs possédait merveilleusement l’art de dominer son maitre, et savait éloigner avec un art et une adresse infinis tous ceux qui auraient pu être tentés d’essayer de lui nuire dans son esprit. Aussi bien jamais prince ne fut servi d’une manière plus servile qu’Auguste JIL. Brühl faisait constamment partie de sa suite, passait à ses côtés des journées entières sans lui adresser un seul mot, tandis que le monarque désœuvré rôdait à droite et à gauche chassant machinalement devant lui la fumée de sa pipe, et les yeux fixés sur Brühl sans le voir pour cela. « Brubl, ai-je de l'argent? » Telle était l’éternelle question qui revenait sur ses lèvres; et pour pouvoir lui répondre : « Oui, Sire! » Brüb! épuisait les caisses publiques, et accablait le pays de dettes. Afin de mieux assurer sa position, Brühl se maria avec la comtesse Franziska-Mariana-Antonia Kolowrat-Krakowski, dont la mère était grande-maîtresse de la maison .de la reine. Grâce à cette alliance et à l’influence qu’elle lui permit d’exercer sur l'esprit de la reine, il obtint en 1738 le renvoi du comte Sulkowski, le seul personnage de l'intimité du roi qui lui portât encore ombrage ; intrigue pour la réussite de laquelle il fut puissamment secondé par le directeur de la conscience dece prince, le P. Guarini, qu'il élait parvenu à mettre dans ses intérêts.
Une fois Sulkowski tombé en disgrâce, les plans ambitieux et rapaces de Brühl ne rencontrèrent plus d’obstacle, Dès l’année 1733 il avait élé chargé de l'inspection générale des caisses publiques et nommé ministre de cabinet, avec le département des aflaixes civiles pour attributions, Quatre ans après, en 1737, il était appelé à la direction des affaires de la guerre, et le 7 février 1738 à celle des affaires étrangères. Trois jours plus tard, immédiatement après la retraite de Sulkowski, il était nommé grand chambellan. Enfin, en 1747, Auguste III lui accorda le titre de premier ministre, avec préséance sur toutes les charges de l'électorat de Saxe et sous réserve de cumuler ses nouvelles attributions avec toutes ses autres fonctions, dont les appointements lui étaient, comme de juste, conservés. Non content de tant de faveurs, Brühl, aussi avide qu'ambitieux, se fit encore accabler de dons et de présents. Ainsi, en 1740 il reçut. d’Auguste III à titre gratuit la seigneurie de Forsta et de Pfœrten, située dans la basse Lusace, avec le droit de prendre le titre de baron de Forsta et de Pfeærten; puis, par décret de donation en date de 1746, le domaine de Gangloffsæmmern, aliéné jadis par sa famille, avec les quatre villages qui en dépendaient , et lurs de la mort de la reine, tout l’apanage de cette princesse (la starostie de Zips), à titre d’indemnité pour les pertes et dommages qu'il avait essuyés pendant la guerre de Sept ans. En outre, à l’aide de créatures qui lui
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étaient complétement dévouées, il se livrait sur les certificats d'impôt (s{euerscheinen ), espèce de papier-monnaie mis alors en circulation, aux opérations d’agiotage les plus désastreuses pour le pays, commettant ou autorisant constamment aussi les iniquités les plus révoltantes dans l’administration de la justice.
En abandonnant le protestantisme pour le catholicisme, et en se fabriquant un arbre généalogique qui le faisait descendre d'un comte Brühl, voïwode de Posen, son but avait été d'acquérir également en Pologne des biens et des charges de la couronne. En conséquence, aux domaines qu'il possédait déjà en Saxe il en ajouta d’autres, situés en Pologne, et plus tard il se fit octroyer par son maître ou fit octroyer à ses fils diverses charges de la couronne. Les souverains étrangers, eux aussi, semblaient lutter à qui comblerait de plus de grâces et d’honneurs le tout-puissant favori d'Auguste HI. L'impératrice Élisabeth lui accorda l’ordre de Saint-André, et l'empereur Charles VI le créa comte du Saint-Empire.
Brübl dépensait chaque année des sommes énormes pour l'entretien de la cour de son maître, mais plus encore pour l'entretien de sa propre maison. Il avait deux cents domestiques, et ses gardes du corps étaient mieux payés que ceux du roi lui-même. Sa table était servie avec un luxe, une délicatesse et une profusion inouis. Sa garde-robe était la plus brillante et la plus fastueuse qu’on pût voir, « Brühl, disait Frédéric II, est l’homme de notre siècle qui a le plus d’habits, de dentelles, de montres, de bottes, de souliers et de pantoufles. César l'aurait compté au nombre de ces têtes bien frisées et parfumées qu’il ne redoutait guère. » Le résultat de tant de folles et odieuses prodigalités fut que lorsque la guerre de Sept ans vint à éclater, et quand, en 1756, Frédéric FI envahit la Saxe, cette puissance ne put mettre en ligne que 17,000 hommes, qui ne tardèrent pas à se trouver contraints de mettre bas les armes dans leur camp de Pirna, parce qu’ils manquaient d’approvisionnements en tout genre. Quant au roi et à ses ministres, ils s’enfuirent à Varsovie, où ils demeurèrent jusqu’à la paix d’Hubertsbourg.
Auguste JII mourut peu après son retour à Dresde, le 5 octobre 1763, et vingt-trois jours plus tard Brübl suivait son maître dans la tombe. Le prince Xavier, qui le haïssait personnellement, fit, en sa qualité d'administrateur de la Saxe, placer sous séquestre tous les biens de Brühl, et ordonna que sa gestion des affaires publiques fût l’objet d’une enquête. Mais comme Brühl avait eu la précaution de faire apposer au roi sa signature à tous les actes de son administration, cette enquête n'eut aucun résultat, et les fils de Brühl héritèrent de ses biens.
Après avoir fait justice de la conduite de Brühl, on ne saurait nier que son goût pour le faste et la dépense n'ait du moins singulièrement contribué à encourager les beaux-arts et les sciences en Saxe. Aujourd’hui encore l'hôtel qu’il s’éfait fait construire sur la terrasse dite de Brühl, jadis théâtre de tant de fêtes brillantes, est un des plus beaux édifices de Dresde, Sa bibliothèque, qui se composait de 62,000 volumes, forme maintenant le fonds le plus important de la Bibliothèque Royale à Dresde.
BRUHL ( FRÉDÉRIC-ALOYS, Comte DE ), fils aîné du précédent, né à Dresde, le 31 juillet 1739, fut élevé avec autant de soins que de prudence par sa mère, femme accomplie sous tous les rapports, d’un grand sens et de beaucoup d'’esprit, et fit ses études universifaires à Leipzig et à Dresde. A dix-neuf ans il portait déjà le titre de grand maître de l'artillerie de Pologne; et après avoir voyagé dans les diverses contrées de l’Europe, il alla assister à quelques-unes des campagnes des Autrichiens en Transylvanie. A la mort d'Auguste HT, il perdit toutes les charges qu’il occupait en Pologne; cependant le suecesseur de ce prince, le roi Stanislas, lui en rendit plus tard quelques-unes. Mais il n’en
vécut pas moins dès lors dans une philosophique retraite, à Pfœrten , partageant ses loisirs entre la culture des lettres et des sciences et un petit cercle d'amis distingués. Il mourut le 30 janvier 1793, à Berlin, où il était venu rendre visite à son frère Charles. C'était l’un des plus beaux hommes de son temps, et il possédait une force musculaire prodigieuse. En outre, il excellait sur divers instruments, dessinait et peignait avec goût, connaissait les mathématiques à fond et surtout leurs applications à larme de l'artillerie, dont il était allé étudier pendant un an les secrets dans une fonderie de canons à Augsbourg. Parlant et écrivant avec autant de grâce que de facilité la plupart des langues de l’Europe, c'était le plus brillant causeur qu’on pût rencontrer. Le théâtre faisait un de ses amusements de prédilection ; aussi en avait-il construit un pour son usage particulier dans son château de Pfærten, dont il avait peint lui-même les décorations et composé le répertoire, et où il remplissait des rôles dans ses propres ouvrages. Les pièces de ce répertoire et d’autres essais dramatiques de lui ont paru sous le titre de : Divertissements dramatiques (en allemand, 5 vol., Dresde, 1785-1790 ). Quelques-unes de ces pièces, entre autres La Contribution forcée , anecdote vraie de la guerre de Sept ans, accommodée à la scène, se sont soutenues avec succès pendant longtemps sur la scène allemande. La meilleure de toutes est peut-être celle qui a pour titre : Comment on démasque un fripon (Dresde, 1787 ). Ses comédies sont écrites avec négligence, mais elles abondent en iraits de vrai comique. D'ailleurs, on est doublement choqué du langage si trivial et si bas qu’on y rencontre, quand on se rappelle que l’auteur était un homme du monde accompli. 1] traduisit aussi en français l’Alcibiade de Meissner.
BRUHL (CnarLes-FRÉDÉRIC-MAURICE-PAUL, comte DE ); petit-fils du tout-puissant minisfre d’Auguste III, né au château de Pfærten, le 18 mai 1772, mort à Berlin, le 9 août 1837, intendant général des musées royaux, prit le goût du théâtre dans la maison de son oncle; et plusieurs fois il parut dans des pièces dont les principaux rôles étaient joués par Reinecke, Brandes et sa femme, par son père et son oncle eux-mêmes. Plusieurs fois aussi il figura comme acteur sur le théâtre de société que la spirituelle duchesse Amélie avait organisé dans son propre palais. Le séjour qu'il fità Weimar avec ses parents à dater de 1785, et où il eut occasion de faire la connaissance de Gœthe, qui lui donna des leçons de minéralogie, et celle de Herder et de Wieand, qui l’initièrent à d’autres parties des connaissances humaines , exerça une influence décisive sur la direction ultérieure de sa vie. Après avoir occupé à partir de 1790 divers emplois administratifs à Berlin , il fut nommé en 1800 chambellan du prince Henri de Prusse, avec lequel il passa quelques années à Rheïinsberg, sans devenir pour cela étranger à l’art théâtral, puisque ce prince entretenait à ses frais une troupe de comédiens français. Plus tard il fut placé avec le même titre auprès de la reine douairière, et en 1810 auprès de la reine Louise. En 1815 on l’appela à l’intendance générale des théâtres royaux, place dans les attributions de laquelle était la direction de toutes les fêtes données à la -cour, Dans ces fonctions, le comte de Brühl se montra homme de tact et de goût, et, sauf un court intervalle où le chagrin de la mort de son fils et quelques désagréments administratifs le portèrent à donner sa démission, il les conserva jusqu’à sa mort. "Il était excellent musicien, peintre dislingué et élève de Genelli; on a aussi de lui quelques gravures qui ne sont pas sans mérite.
BRUINE , petite pluie extrémement fine qui tombe très-lentement. Elle est le produit ou d’un brouillard qui se résout, ou d’un nua ge qui se dissout dans toute son étendue, également et lentement, en sorte que les particules aqueuses ne se réunissent pas en très-grand nombre, mais forment de petites gouttes, dont la pesanteur spécifique
n’est presque pas différente de celle de l'air. Alors ces petites |