BRUIT — BRUIX
sédilion; £urba, turbamentum, turbalio, trouble, bruit, mouvement populaire, rermuement séditieux.
Ajoutons à tous ces noms les mots français suivants, qui sont des onomatopées : cliquetis des armes, gazouillement des oiseaux, glou-glou de la bouteille, £ac-tac du moulin, tic-tac d'une montre, tic-loc des verres, le frôlement d'une robe, le fracas d'une chose qui se brise en tombant , le roulement du tonnerre, ete., et nous aurons réuni, sinon tous, du moins un nombre suffisant de termes pour spécifier ls diverses sortes de bruit.
Tout en avouant son ignorance sur la nature du fluide éthéré qu’on présume devoir remplir tout l’espace, et dans lequel se meuvent les corps célestes, l'intelligence humaine peut encore analogiquement supposer une sorte de bruit résultant des mouvements plus ou moins rapides de translation , de rotation et de nutation de ces grandes masses astronomiques, soit stellaires, soit planétaires ; mais elle ne possède aucun moyen de vérifier son hypothèse, Le phénomène supposé est tellement hors de la sphère de son action qu’il est impossible de l'y amener, du moins pour le percevoir directement. On ne peut l’admettre qu'hypothétiquement; mais nous entendons distinctement les bruits très-variés du vol des oiseaux, des insectes et de quelques poissons, ceux de la marche sur le sol des quadrnpèdes et des reptiles, et nous savons de plus que les animaux vivant dans l’eau et ceux qui creusent le sol y produisent de véritables bruits, qui sont perçus par les autres habitants de ces deux milieux, lorsqu'ils sont pourvus d'organes auditifs. Nous formons ainsi un premier groupe de bruits produits par les mouvements de translation des corps dans les milieux ambiants. Nous devons le faire suivre immédiatement de tous ceux que déterminent les mouvements intérieurs du globe terrestre, les éruptions volcaniques et les phénomènes météoriques, caractérisés par des mouvements de translation en divers sens des matériaux qui constituent soit l'écorce, soit l'atmosphère terrestre. À ee deuxième groupe nous rattachons le bruit produit par les aérolithes ou pierres tombées du ciel.
L'action que les vents ou grands courants d’air atmosphériqne exercent sur tous les corps de la surface du globe, y déterminent des mouvements vibratoires, qui sont quelquefois des sons ou bruits appréciables , tels que le sifflement des cordes et des portes; mais le plus souvent ce sont de vrais bruits, tels que le mugissement de la mer, le souffle du vent heurtant les édifices, les montagnes, agitant les plantes herbacées, les arbustes, les forêts, brisant les branches et les troncs des plus grands arbres, les déracinant même quelquefois. Si l'imagination est mollement portée aux douces rèveries par le bruissement du feuillage qu'agitent les zéphyrs au sein d’une campagne riante, la raison humaine Ja plus élevée ne peut contempler sans effroi le spectacle affreux des ravages produits par la tempête, et surtout par les terribles ouragans de la zone torride. Le bruit sourd, le souffle impétueux qui accompagne ces grandes commotions de latmosphère, suffit seul pour imprimer un sentiment de terreur à tous les êtres animés.
Fixées au sol, immobiles , les plantes ne donnent lieu à des bruits que par l'agitation de leurs parties plus ou moins flexibles. Les mouvements qu’on observe dans la sensitive, l'Aedisarum girans, ne sont point assez rapides pour produire le plus léger bruit; mais on connaît unc plante, dite sablier élastique (hura crepitans), dans laquelle, lors de la maturité du fruit, les pièces qui composent les capsules se séparent brusquement, éclatent avec bruit, et lancent au loin leurs graines. Quelque rapides qu’on suppose l'ascension et la descente de la séve, quelque accéléré que soit l'accroissement des tiges, ces mouvements ne peuvent donner lieu à des bruits susceptibles d’être perçus. L’expression populaire entendre l'herbe qui pousse est une métaphore, une exagération pour exprimer l'acuité de la finesse de l’ouïe. Mais si les végétaux sont en général muets et silen-
DICT. DE LA CONVERS. — T. lil.
Ti ” cieux, à cause de la privation de mouvements, on doit s'attendre à ce que les animaux pourvus d'organes musculaires très-variés, destinés à mouvoir des gaz, des liquides et des solides, produiront, en outre de la voix et de la parole, un très-grand nombre de bruits, que les physiologistes, les médecins et les naturalistes devront étudier avec soin. En envisageant sous un point de vue général tous les
| mouvements vibratoires bruyants que produisent les êtres
animés, il convient d'en former deux ordres : le premier comprend tous les bruits qui se passent dans l'intérieur des animaux , sans servir à les mettre en relations réciproques ; le deuxième ordre renferme tous ceux à l'aide desquels les animaux s'appellent, établissent leurs relations et communiquent entre eux.
Dans le premier ordre se trouvent les bruits du cœur et des vaisseaux pendant leurs battements, les divers bruits de larespiration, plus ceux dubâillement, duhoquet, de la toux, de l'éternuement, du crachement, du moucher, dusoupir, du gémissement, du sanglotet durire, observés dans les divers âges dans les deux sexes de l’espèce humaine, auxquels il faut joindre les mêmes bruits observables dans la série des animaux , toujours sans y comprendre les phénomènes de la voix, du chant , de la parole. Pour compléter ce groupe de bruits inutiles pour la manifestation des actes de l'intelligence , il faut comprendre dans cette énumération physiologique tous ceux produits par les gaz qui parcourent les voies intestines. On les désigne dans la pratique médicale sous les noms d’éructations, de borborygmes ou gargouillements, de flatuositlés et de vents.
Dans le deuxième ordre, ou celui des bruils significatifs, il faut d’abord distinguer ceux produits par le larynx et la bouche, dont il sera traité aux articles Voix, CHanT et Pa- ROLE, et mentionner ensuite les divers bruits qui, à défaut de la voix, peuvent servir au même but. Parmi ces derniers, qui n’ont point été suffisamment étudiés, il faut ranger le bruit que les animaux produisent par le choc de leurs parties, soit entre elles, soit contre un corps étranger, ou par d’autres mécanismes : tels sont le bruit que les lapins font avec leurs pattes de derrière, le claquement du bec des cigognes, le petit bruit causé par les vrillettes, par le bachine-pétard, le bourdonnement d’un grand nombre d'insectes, ec. Bournons-nous à indiquer encore parmi ces bruits significatifs le crocro, bruit fait par un poisson, le feutement et le rourou des chats, le grognement des cochons, des chiens hargneux ou en colère, etc. Disons’ enfin que ces sons produits par la bouche des animaux ont reçu différents noms suivant les espèces.
L'homme produit encore dans l'exercice de son industrie une infinité de bruits. Citerons-nous celui du marteau, du tambour, du tamtam, des cloches, du canon, de la machine à vapeur, cadence déplorable pour les nerfs des petites mattresses, indicateur grandiose de la puissance humaine.