‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 505 sur 527 · L. LAURENT · texte numérisé non relu

L. LAURENT

BRUIX (Eusracue), né à Saint-Domingue, en 1759, était d’une famille originaire du Béarn, dont plusieurs membres s'étaient fait un nom dans les armes en France et en Espagne. Pour lui, il passa de très-bonne heure dans la mère patrie, et ce fut à Paris qu’il reçut les premiers éléments des sciences qui devaient développer son penchant pour les dangers et les hasards de la mer. 11 avait à peine quinze ans, qu’il s'embarquait, comme simple volontaire, sur un navire marchand, et le métier dans lequel il devait s’illustrer lui était déjà familier lorsqu'il fut nommé garde de la marine à Brest, en 1778. 11 fit ses premières campagnes dans la guerre d'Amérique, sur les frégates le Fox, la Concorde ct la Médée, sous les amiraux d'Orviiliers, de Grasse, d'Estaing, et obtint en 178% le commandement du Pivert, puis en 1792 celui de la Sémillante. Pendant les quatre années qui saivirent la conclusion du traité de Versailles, il

seconda Puységur dans les opérations qui préparaient la publication des cartes précieuses qu’on doit à cet officier sur les côtes et les débouquements de Saint-Domingue; et à l’âge de vingt-cinq ans les connaissances distinguées qu’il avait acquises lui ouvrirent les portes de l'Académie de marine. Il venait d’être appelé au commandement de l’Indomptable, lorsqu’en 1793 il fut compris dans la mesure générale prise en France à l'égard des anciens officiers du corps de la marine. Rendu en 1794 à son service, il remplit jusqu’en 1796 les fonctions de major général de l’escadre commandée par l'amiral Villaret-Joyeuse, fut nommé ensuite major général de la marine à Brest, puis directeur de ce port, et enfin vice-amiral et ministre de la marine, après avoir été major général de l’armée de l’amiral Morard de Galles, destinée à l’expédition d'Irlande, qui échoua, comme on sait, mais dans laquelle il fit preuve d’une grande habileté. Pendant le peu de temps qu’il remplit les fonctions de ministre il s’occupa constamment des moyens d'exécution d’un plan de campagne qu'il avait conçu. Chargé de diriger lui-même cette expédition, il partit pour Brest en mars 1799, et prit le commandement de l’armée navale préparée par ses soins. Il déploya alors pour la première fois sur un grand théâtre le pavillon amiral, le montra sur des mers couvertes de flottes ennemies, dont il trompa la vigilance, ravilailla Gênes, fit sa jonction, à Cadix et à Carthagène avec l’armée navale espagnole, rentra avec elle à Brest, et mit le sceau à sa réputation par l’habileté de ses manœuvres durant cette campagne. Nommé en 1801 au commandement de l'armée réunie sur la rade de l’île d’Aix , les fatigues avaient tellement dérangé sa santé, qu’il se vit contraint de revenir en toute hâte à Paris. Il y resta jusqu’à la reprise des hostilités. Amiral el commandant en chef de la flottille de Boulogne, en 1803, il y déploya toute son activité; maisil ne se fit jamais illusion sur l’inutilité de cet armement, et il le témoïgna même souvent à Napoléon. Bientôt sa santé délabrée le força de quitter ce commandement. Il revint à Paris, où il mourut, le 18 mars 1805. On a de lui un Essai sur les moyens d'approvisionner la marine (1794, in-8° ). BRÜLEMENT DES CORPS. La coutume de brûler les corps au lieu de les inhumer était presque générale chez les Grecs et chez les Romains. Elle a précédé chez les premiers le temps de la guerre de Troie. 11 ne faut cependant pas en inférer que ce fût la seule ni même la plus ancienne. Il paraît bien démontré que l'on commença par inhbumer les corps, en les rendant à la terre; mais les deux usages paraissent aussi avoir subsisté en même temps à Rome. Sylla, victorieux de Caïus Marius , fit déterrer son corps et le fit jeter à la voirie; et ce fut sans doute par la crainte d’un pareil traitement qu’il ordonna que son propre corps füt brûlé après sa mort, Quoi qu’il en soit, il fut le premier des patrices cornéliens à qui on éleva un bûcher. Voici comment la chose se pratiquait : le mort, couronné de fleurs et revêtu de ses plus beaux habits, était posé sur le bûcher, que ses proches parents allumaient avec des torches, en détournant le visage, pour témoigner qu'ils ne lni rendaient qu'avec répugnance ce dernier devoir, Dès que le bûcher était consumé, la mère, les sœurs ou les parentes du défunt, vêtues de noir, ramassaient les cendres et les os, et les mettaient sous leurs habits pour les emporter et les enfermer ensuite dans une urne. Les fils recueillaient de la même manière les restes de leur père, et, à défaut d’enfants ou de veuve, ce devoir était rempli par les autres parents ou par les héritiers. Les consuls ou les officiers des empereurs ramassaient les ossements de ceux-ci : au décès d’Auguste, les premiers de l’ordre équestre s’acquittèrent pieds nus de ce devoir religieux. Avant de se retirer, les assistants criaient au défunt : Vale, vale, vale, nos le ordine quo natura permiserit cuncti sequemur. « Adieu, adieu, adieu ; nous te suivrons tous dans l’ordre où la nature le permettra ! »

æ Au rapport de Pline, l'usage de brûler les corps ne re-

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