BRUIX — BRULEMENT
montait pas bien haut à l’époque où il écrivait; et néanmoins Plutarque, dans sa Vie de Numa, dit que ce prince fut inhumé, parce qu’il avait expressément défendu, en mourant, que l’on brûlât son corps : ce qui serait une preuve en faveur de l’ancienneté d’une cotitume qui, du reste, semble avoir été en horreur à plusieurs peuples. Hérodote rapporte -que les Perses la détestaient et la regardaient comme impie, par suite du culte qu’ils rendaient au feu. Les Égyptiens métaient pas non plus dans l’usage de brûler les cadavres, mais par une autre raison : selon eux le feu était une bête inanimée, et ils pensaient qu’il n’était pas permis de donner les cadavres à dévorer à des bêtes. Macrobe, qui vivait à la fin du quatrième siècle de l’ère chrétienne, assure que de son temps la coutume n’était plus à Rome de brûler les corps. On croit qu’elle cessa sous l'empire des Antonins,
Avant l'établissement de la monarchie française dans les Gaules, on brûlait plus souvent les corps qu’on ne les inhumait, et cet usage dura jusqu'aux derniers temps du paganisme. César rapporte que peu de temps avant son arrivée dans cette province, on faisait brûler avec le cadavre d’un grand personnage ses esclaves, ses vassaux et tous ceux qu'il avait désignés lui-même avant sa mort pour l’accompagner dans l’autre monde. On vit souvent aussi chez les Celtes, dit Diodore de Sicile, un fils, ou un amant inconsolable, jeter dans le bûcher de son père ou de sa bien-aimée des lettres qui, dans la croyance commune de ces temps, devaient lui parvenir et l’entretenir du regret que causait sa perte. Chez les modernes, la coutume del’inhumation a été généralement admise ; il n’y a eu d'exception que pour des cas particuliers, tels que le besoin de se soustraire à des causes épidémiques que la putréfaction des cadavres pouvait augmenter, ou la difficulté de creuser la terre pour procéder aux inhumations.
Ces deux intentions avaient dicté les mesures ordonnées par le gouvernement russe, dans une grande partie de l’empire, pendant l'hiver de 1812, à l’égard des soldats prisonniers, français ou autres, échappés au fer des populations et qu’achevaient de décimer les épidémies. Pendant quelque temps la haine de ces peuples, entretenue par leur superstition, leur avait fait refuser tout concours à l’inhumation de ceux qui mouraient ainsi sous un ciel rigoureux, loin de leur patrie. Un lieu séparé, un lieu frappé de réprobation était réservé dans beaucoup d’endroits à leur sépulture ; mais la terre se refusaît à recevoir leurs dépouilles, comme de leur vivant le ressentiment de ces populations les avait poursuivis d’asile en asile. Les mains exténuées et découragées de leurs compatriotes ne pouvaient creuser qu'à demi le lit où ils devaient reposer du sommeil éternel, et au retour de la belle saison leurs corps, en partie couverts de neige, vinrent se remontrer aux regards attristés et réclamer de nouvelles funérailles, qui cette fois leur furent accordées par des mains et par des cœurs que la réflexion avait dépouillés de haine. Ils purent reposer enfin dans une terre redevenue hospitalière, la face religieusement tournée vers la patrie. Maïs pendant ce temps des ordres généraux avaient été donnés dans la plupart des gouvernements de la Russie, où l’on brûla longtemps les corps de ceux qui avaient ainsi succombé, avec tous les effets d’habillement qui leur avaient appartenu. En Angleterre, où l’on inhume à peu de profondeur, et dans des cimetières trop restreints, il s’est trouvé un moment où une épidémie vint chasser précipitamment de leur dernière demeure des corps dont le temps n'avait pu produire la dissolution ; un cri d’alarme se fit alors entendre : on vit se former des sociétés pour ramener l’ancienne coutume de brûler les corps. Mais cette coutume, plus rationrglle peut-être, semble trop en désaccord avec les habitudes et les croyances chrétiennes pour devenir d’une pratique commune.
Quant au brilement volontaire des vivants, à cet hymen affreux, à cette association monstreuse de la vie et de la