BRULEMENT
mort sur le même bûcher, on sait qu’it existe encore dans les Indes, où il est entretenu par la superstition. Foyez Sur- TIES.
BRULER , supplice du feu. Voyez Bûcuer.
BRULERIE, Ce mot a deux acceptions bien différentes dans les arts industriels. D'abord on nomme brülerie le lieu où l’on convertit le vin ou d’autres boissons fermentées en alcool (voyez DisrizLarion ). Nous n'avons point à nous en occuper ici; mais nous parlerons de la brülerie des bois dorés et des tissus d'or et d'argent.
De grandes quantités d’or et d'argent ont été pendant longtemps perdues, parce qu’on ignorait alors le moyen simple et peu coûteux de reprendre. ces métaux précieux aux matières de luxe sur lesquelles ils avaient été appliqués en lames si minces qu’on regardait prèsque comme impossible de les en séparer, Il s’en faut bien que cette extraction soit négligée aujourd’hui, On pousse même à cet égard la vigilance à un point qui ne semble pas justifié aux yeux de ceux qui sont étrangers aux moyens qu’on emploie et à l’importance des résultats qu’on obtient.
Pour les bois dorés, on a d’abord recours à un trempage dans l'eau bouillante, et qui a pour but de dissoudre la colle de la dorure. L'exposition de ces bois à la vapeur très-chaude de l’eau dans un milieu hermétiquement fermé a un effet encore plus prompt et plus certain. Les feuilles d’or, détachées du mastic sur lequel elles reposaient, tombent au fond d'un vase, et on peut hâter cet effet à l’aide d’une brosse. Mais il ne faut pas croire que ces lames d’or , d'une ténuité presque incalculable, se trouvent complétement isolées : elles entraînent toujours avec elles une quantité de blanc ou de mastic infiniment plus pesante qu’elles-mêmes, C’est cette espèce de magma ( pâte } qui doit être recueilli, desséché, pilé dans un mortier et exposé ensuite à un feu de moufle pour brûler tout ce qui reste de combustible, tel que la colle ou l’huile, etc., qui entraient dans la composition du blanc ou assiette de la dorure. Les mêmes procédés sont applicables aux plâtres dorés, etc.
Quant aux tissus dorés et argentés divers, els que galons, gazes, etc. , il ne s’agit d’abord que de les brûler directement et d’en recueillir les cendres. Peut-être cependant y a-t-il moins de risque de perte à dissoudre la soie des tissus de celte espèce qui sont recouverts de métaux précieux en les soumettant à l’ébullition dans une forte lessive d’alcali caustique. La soie se saponifie, et en étendant ce produit d’une grande quantité d’eau on peut recüeillir la poussière métallique au fond du vase.
Les métaux ainsi obtenus sont fondus dans un creuset et soumis ensuite à l’affinage. PELOUZE père.
BRULLO VW (Cnarzes), peintre d'histoire, d’un remarquable talent, né à Saint-Pétersbourg, en 1800, apprit les premiers éléments de son art à l’académie de ceite ville. En 18923 il fit le voyage d’Italie aux frais d’une société d'amis des arts, protégé par l’impératrice Élisabeth, et y exécuta plusieurs excellentes copies de Raphael. Mais le travail qui Pa surtout rendu célèbre, c’est une grande page que la gravure a depuis longtemps popularisée, représentant Ze Dernier jour de Pompéi, d'après le récit de Pline. Ce beau tableau orne maintenant la galerie de lErmitage, à Saint-Pétersbourg. 1] a dix mètres de long, et renferme vingt-trois figures principales de grandeur naturelle, dont les attitudes peignent la terreur. Brullo# fut nommé peintre de la cour, chevalier de l’ordre de Wladimir, membre honoraire de l’Académie de Milan et de celle de Bologne; et l’Académie de Saint-Pétersbourg proposa à l’empereur de créer pour lui une dignité académique. De retour dans sa patrie, il peignit pour la cathédrale de Kasan une Ascension et quelques portraits de saints. Son second tableau, Le Siége de Pskow, prouve que son talent est resté stationnaire. Depuis quelques années, il s'occupe de la décoration de la nouvelle église d’Isaac. Ses portraits se distinguent par la
— BRULOT 719 vigueur de coloris; on vante aussi beaucoup ses tableaux de genre. Il est mort le 23 juin 1852, près de Rome.
Son frère Alexandre, qui l’a accompagné en Italie et a demeuré quelque temps à Paris, est un architecte de mérite. Il a bâti l'église évangélique de Saint-Pierre, Je théâtre de Michaïloff, l’observatoire de l'Académie des Sciences et a restauré, avec Strassof, le Palais d'hiver. L'empereur lui a donné une pension et la croix de Saint-Wladimir,
BRÛLOT, bâtiment incendiaire, destiné à être dirigé sur un navire ennemi et à l'envelopper dans son explosion, en s’altachant à lui. Tous les navires, quelles que soient leurs dimensions , peuvent être affectés à cet usage. On a vu les Anglais consacrer jusqu’à de vieilles frégates au service de brûlots : dans la fameuse expédition incendiaire contre la division française mouillée en rade des Basques, près de Rochefort, on vit de très-forts bâtiments de guerre sauter en l’air à côté des vaisseaux à bord desquels ils devaient porter l'incendie.
On choisit ordinairement pour faire des brûlots de vieux navires, qui offrent un double avantage, celui d’entrainer une perte moins réelle et d’être plus facilement brisés lorsque éclate l'explosion qui doit disperser leurs débris.
Pour atteindre le but qu’on se propose en envoyant un brülot à l'ennemi, on place des barils de poudre dans la cale du brûlot; on remplit son entrepont et on couvre son pont de la plus grande quantité possible d’artifices ; on garnit son gréement de cravates et de panaches inflammables, et on a soin de suspendre au bout de ses vergues des grappins qui puissent s’accrocher aux manœuvres du navire qu'il s’agit d’incendier. Lorsque le brûlot a un entrepont et des sabords, on a soin de ménager à l'incendie que l’on prépare toutes les issues qu’il faut ouvrir à la flamme pour qu'elle puisse se répandre à l’extérieur et embraser tous les objets qu’on veut lui faire dévorer. Après avoir ainsi disposé toutes les matières qui doivent prendre feu instantanément, on verse sur la mâture, le gréement, le pont et les hordages intérieurs et extérieurs du navire autant d'huile de térébenthine qu’on peut en répandre. Cette substance si inflammable est destinée à donner une nouvelle activité au feuet à servir de conducteur à l'incendie dans les parties où il pourrait s'arrêter.
Entre les barils de poudre, les saucissons et les pots à feu placés dans la cale, l’entrepont ou sur le.pont , on sème des bombes farcies, des grenades panachées, qui doivent éclater dans un temps calculé par les artificiers. On a poussé quelquefois si loin la précision dans ces sortes de préparations que l’on a retrouvé dans des débris de brülots des horloges grossièrement faites, au moyen desquelles on était parvenu à régler mécaniquement l'heure à laquelle devait partir l’artifice. :
. Dans les diverses compositions employées pour le munitionnement des brûlots, on remarque principalement les objets que l’on désigne sous les noms de fugots, saucissons, panaches , rubans de feu, cravates et barils ardents. Les fagots sont des gerbes de sarments de vigne, que l’on trempe dans un liquide composé de résine, de brai sec, d'huile e{ : d’esprit de térébenthine, de poudre et de salpêtre pulvérisé. On nomme saucisson un long sac de toile goudronnée farci de soufre, de salpêtre et de poudre en poussière. Les pana: ches sont des mèches de chanvre trempées dans une mixtion de poudre, de soufre et d'huile de térébenthine. Les rubans à feu se font en trempant des paquets de copeaux de menuisier dans une décoction d'huile de lin , d'esprit-devin et de térébenthine, saturée de poudre, de brai sec et de soufre. Les cravates, dont on enveloppe les haubans, les calhaubans et les principales manœuvres de brûlot, sont de longues mèches d’étoupe ou de serpilliere usée, que l’on plonge dans une préparation semblable à celle dont nous venons de parler. Les barils ardents, destinés à être placés dans le haut de la cale ou lentrepont et à faire explosion, renferment de la poudre, du suif el du goudron ; ils contiennent
aussi quelquefois des grenades farcies et des lances à feu, qui éclatent à l'instant où le baril s'enflamme.
On concevra aisément, en lisant ce simple exposé des objets principaux qui entrent dans le munitionnement des brülots, l'effet que l'on doit attendre de ces sortes d’appareils destructifs. Mais pour obtenir tous les résultats qu’on peut en espérer il faut, autant que possible, que les brûlots ne soient envoyés que pendant la nuït : pendant le jour, il serait trop facile à l'ennemi de se prémunir contre ce genre d’attaque, pour qu’il se laissät surprendre sans précaution par l’abordage de ces sortes de navires, dont il est toujours aisé de deviner l'espèce dès qu’on peut les apercevoir, fût-ce même de très-loin.
Des hommes dévoués à une mort presque certaine ont quelquefois réussi à diriger des brûlots avec un appareil bien moindre que celui dont nous venons de donner une idée ; munis de quelques chemises soufrées, qu'ils allaient clouer, dans de légères embarcations, sur le bordage du navire qu'ils voulaient incendier, ils ne pouvaient que bien difficilement, dans une expédition aussi hasardeuse, échapper à la vengeance des équipages qu’ils avaient essayé de faire sauter.
Anciennement, l’usage des brûlots était une chose tellement consacrée et prévue pour les besoins ordinaires de la guerre maritime, qu’il existait dans la marine des officiers désignés sous le nom de capitaines de brélots. Aujourd’hui on ne connaît plus cette dénomination, et les brülots ne deviennent qu’accidentellement un moyen de destruction contre les flottes ennemies, La promptitude avec laquelle on peut, dans un instant donné et avec les ressources nécessaires, transformer en brûlots les navires et les embarcations ordinaires , rend pour ainsi dire inutile la longue prévoyance et les vastes préparatifs qui auparavant présidaient à l'armement de ces sortes de bâtiments spéciaux. Espérons que bientôt l'humanité, qui doit aujourd'hui régler entre les nations civilisées jusqu'aux moyens qu’elles ont de s’entre-détruire, finira par proscrire entre les peuples belligérants l’emploi funeste des brûlots. Édouard ConBière.
Brülot, suivant Perrault, est aussi le nom d’une machine (catapulla incendiaria ) dont les anciens se servaient pour lancer des dards auxquels était attachée une matière combustible qu’on allumait lorsqu'on les voulait darder.
On appelle encore de ce nom, dans les manufactures de glaces, une sorte de polissoir étroit avec lequel on termine certains endroits de la surface de la glace qui ont échappé au poli.
Au figuré, brélot se dit trivialement d’un morceau de pain , de viande ou d’autre chose, bien épicé de sel et de poivre qui brûle le gosier de celui auquel on le donne; mais on s’en sert plus habituellement pour désigner un homme ardent, inquiet et remuant, qui par ses discours excite au tumulte et à la révolte.
BRÛLURE, lésion déterminée par l’action d’une chaleur intense appliquée aux organes, Le calorique seul en est l’agent, bien qu’on attribue la propriété de brûler à certains corps désorganisateurs, tels que les acides concentrés, diverses substances caustiques, corrosives, et dont le mode d'action diffère de celui de la chaleur concentrée : ces agents caulérisent (voyez CAUTÉRISATION ), mais ne brûlent pas. La puissance ou le degré d’activité des corps dits comburants est en raison directe de leur capacité calorifique et de leur faculté conductrice : ainsi, les métaux se trouvent au premier rang, puis les corps gras, et enfin les liquides, On distingue divers degrés de la brülure, suivant la profondeur à laquelle elle pénètre ; Dupuytren en admet six: 1°" degré, rubéfaction de la peau; 2° degré, vésication ou épanchement de sérosité sous l'épiderme ; 3° degré, destruction de la couche superficielle de la peau; 4° degré, désorganisation de toute l'épaisseur de la peau ; 5° degré, destruction des parties molles subjacentes à la peau; 6° degré, combustion des os et de toute l'épaisseur d’un membre,
BRULOT — BRULURE
Chacun sait de quelle sensation douloureuse la brûlure est accompagnée; mais un phénomène bien digne de remarque, c’est la tendance de la désorganisation à se propager au delà des limites du point primitivement affecté; de sorte qu'une brûlure légère, au premier aspect, est souvent suivie de graves désorganisations; aussi les divers remèdes préconisés contre la brûlure ont-ils la plupart pour effet de s’opposer à l'extension du mal. Une foule de remèdes ont été imaginés pour remédier à un accident aussi fréquent que douloureux, et l’onguent pour la brlure est devenu proverbe comme synonyme de remède de commère. Cependant, parmi les recettes populaires il en est quelquesunes d’assez rationnelles; ainsi, les pulpes de carottes, de pommes de terre, etc., ont pour effet de calmer la douleur par le fait de la fraîcheur qu’elles comportent, et de modérer l'irritation par le mucilage qu’elles contiennent ; l'encre agit aussi par sa fraicheur et par l’astriction que détermine le gallate de fer qui en forme la base; la farine absorbe de la sérosité qui tend à s’exhaler, et s’oppose à la formation des vésicules, etc. C’est à peu près ainsi qu’on peut interpréter l'action du coton cardé et du duvet du typha, qu’on à vantés pendant un temps; mais un remède fort simple, et qui, selon nous, mérite le plus de confiance, c’est l'eau froide, dans laquelle on maintient la partie brûlée aussi longtemps qu’il est nécessaire pour prévenir ou modérer la réaction inflammatoire, c’est-à-dire pendant plusieurs heures, et même pendantun jour, en ayant soin de renouveler l’eau à mesure qu’elle s'échauffe, Lorsque la partie n’est pas susceptibled'être immergée, on emploie des compresses imbibées d’eau, qu'on renouvelle souvent. L'eau froide n’a pas seulement l’avantage, déjà très-précieux, de calmer immédiatement la douleur, mais encore elle s'oppose efficacement au déseloppement des phénomènes inflammatoires. On peut favoriser son action résolutive en y versant une certaine quantité d'extrait de Saturne (sous-acétate de piomb liquide).
Lorsque l’action du calorique a été assez vive pour désorganiser les tissus, les parties mortifiées doivent nécessairement être éliminées par la suppuration : alors les brûlures rentrent dans la catégorie des plaies suppurantes, et réclament un traitement analogue. Les vastes brûlures, par la douleur et la réaction qu’elles occasionnent, entraînent fréquemment des accidents cérébraux ou abdominaux qui causent la mort: celle-ci peut encore être le résultat des suppurations abondantes fournies par les tissus endommagés.
Les cicatrices quisuccèdent aux brûlures ont une tendance prononcée à se rétrécir, à se crisper, de manière à rapprocher les parties circonvoisines : c’est ainsi qu'on a vu des brûlures du dos de la main amener progressivement le renversement des doigts, jusqu'à les mettre en contact avec l’avant-bras, I1 faut donc s'attacher à prévenir ces rétractions en maintenant les parties dans une extension permanente jusqu’à parfaite guérison ; si les doigts sont affectés, on les maintiendra sur une palette; si c'est une ouverture naturelle qui soit le siége de la brûlure, on comhattra la tendance à l’oblitération, au moyen de corps dilatants. Lorsque deux surfaces contiguës ont été dépouillées de leurs téguments , il faut les tenir écartées, au moyen d’un appareil convenable, afin de prévenir leur adhésion mutuelle. Les procédés à suivre pour obtenir une cicatrice régulière comportent des détails minutieux, dans lesquels nous ne pouvons entrer, Enfin, lorsque la cicatrice s’est opérée d’une manière vicieuse, il ne reste plus qu’à l'enlever en totalité et à travailler sur nouveaux frais pour en obtenir une plus régulière. Il nous resterait à émettre quelques considérations sur les moyens préservatifs de la brûlure; mais la simple raison suffit pour y pourvoir, Chacun sait ve qu'il convient de faire pour éviter et pour élouffer le feu. L'eau froide que l'on jette quelquefois sur des personnes dont les vêtements sont en feu peut causer de graves accidents; il est plus sage d’éteindre le feu en les enveloppant de draps ou de couvertures.
BRULURE — BRUMAIRE 781
On a prétendu que les accidents occasionnés par la foudre n'étaient que le résultat de la commotion électrique; mais il est avéré que les atteintes du tonnerre peuvent occasionner de véritables brûlures, plus ou moins profondes, et qui ne diffèrent des autres que par la stupeur qui les accompagne le plus ordinairement, Un préjugé qui existe encore parmi le peuple, et qui fut longtemps partagé par les chirurgiens, c’est de croire que les projectiles lancés par la poudre à canon brülent les parties qu'ils traversent ; mais l’aspect noirâtre des blessures de ce genre n’est que le résultat de la contusion extrême dont elles sont accompagnées,
Il est un genre de brûlure qui constitue un des phénomènes les plus étonnants de la pathologie, phénomène dont l'essence n’est pas encore bien déterminée : il est connu sous le nom de combustion spontanée, et nous en traiterons dans un article particulier. D° Forcer.
BRÛLURE (Agriculture). L'écorce du tronc d'un arbre exposé contre un mur à toute l’action du soleil du midi est sujette à se fendre, à s’écailler, à se dessécher ; ce qui prive les branches de la plus grande partie de la séve nécessaire à leur nourriture, et accélère toujours leur mort. On appelle cet effet brülure. Certains arbres fruitiers, tels que le pêcher et l’abricotier, y sont plus sujets que d’autres. La vigne, dont l'écorce extérieure se renouvelle tous les ans, la brave impunément,.
Les gelées produisent quelquefois des effets analogues, en formant de la glace sous l'écorce, glace qui, comme on le sait, offre toujours plus de volume que l’eau qui lui a donné naissance,
On a indiqué un grand nombre de moyens pour garantir les arbres de cet inconvénient, tels que d’empailler leurs troncs , de les envelopper de toile cirée, etc. Tous ces préservatifs sont nuisibles, en ce qu’ils privent l’écorce de linfluence d’un air renouvelè, qu'ils conservent autour d’elle une humidité constante, ce qui l’attendrit, la pourrit, etc. Le seul de ces moyens qui mérite confiance, c’est l’établis- °ement d’un abri à quelque distance du tronc, abri qu'il est plus économique de faire avec deux planches formant un angle droit et ne se joignant pas tout à fait, de manière que l'air puisse circuler.
On appelle aussi brélure les effets de la chaleur du soleil ou des fortes gelées sur les bourgeons encore tendres, dont le résultat est de rendre ceux-ci subitement noirs.
Dans quelques pays on dit que le froment ou les autres céréales sont brülés quand leurs racines sont frappées de mort par l’évaporation de toute l'eau de la terre qui les entourait. Cette sorte de brûlure est plus commune dans les terrains sablonneux, dans ceux qui ont peu de profondeur, dans les expositions méridionales, qu'ailleurs; il est des années sèches et chaudes où elle cause de grandes pertes aux cultivateurs. Quand cette brûlure se manifeste au commencement de l'été, la récolte est totalement perdue, lépi se desséchant complétement. Quand elle vient plus tard, le grain est seulement reérait. Dans tous les cas la paille perd beaucoup de sa qualité. Les moyens d'empêcher cette sorte de brûlure varient suivant les circonstances : si le terrain n’a pas de profondeur, on doit ou le rechanger, ou le couvrir de litière, de mousse, etc., ou planter de grands arbres, s’il y a possibilité; ces derniers moyens, ainsi que les irrigations, s'appliquent aux terrains sablonneux et exposés au midi.
Une autre espèce de brûlure se remarque souvent sur les arbres en espalier comme sur ceux en plein vent, même dans les pépinières; c’est le desséchement de l'extrémité es brar ches pendant les chaleurs de l'été. Elle a pour cause la perméabilité ou la sécheresse du sol, un vent hâlant, comme le vent du nord-est dans le climat de Paris. Dans le premier cas, le manque d'humidité diminue la production de la séve, ce qui affaiblit sa force d’ascension , et par suite prive de ses bienfaits les rameaux les plus élevés. Dans le
second, qu'on nomme brouissure , l'évaporation considérable qui se fait par ses rameaux, n’élant plus remplacée par la même quantité de séve, donne à la chaleur du soleil la puissance de les dessécher, positivement comme l'écorce dans le cas précité.
Une dernière espèce de brûlure, qu'on appelle quelquefois improprement blanc, est produite par l’eau des rosées, des gelées blanches, etc., sur les feuilles des arbres, principalement des arbres en espalier placés au levant. Elle se recon« nait à des taches blanches, qui deviennent ensuite noires. Le résultat est une véritable sphacélation du parenchyme, qui anéantit son action vitale, en ne permettant plus ni absorption ni transpiration. Lorsque ces taches sont peu nombreuses, leur effet sur l'arbre n’est pas sensible; mais lorsque les feuilles en sont couvertes, l'arbre languit, ses fleurs ne nouent point, ses fruits tombent avant le temps, ou restent petits et sans saveur. On a expliqué la désorganisation du parenchyme sous les gouttes d’eau ou les globules de glace, de différentes manières, Les uns ont dit : gites agissent comme de véritables lentilles, et réfractent les rayons du soleil de manière à produire une assez forte chaleur à leur foyer; mais Bénédict Prévot a prouvé, par des calculs et par des expériences, qu’il ne pouvait en être ainsi. D’autres ont pensé que le fait s’expliquait par la présence de corps froids s'opposant à la transpiration en quelques endroits de la surface des feuilles, tandis que cette fonction se faisait partout ailleurs. D’autres, enfin, ont vu dans ce phénomène un commencement de fermentation. Toutes ces explications offrent des difficultés lorsqu'on les soumet à une rigoureuse analyse; la dernière paraît cependant Ja plus plausible. Quoi qu'il en soit, constatons que cette brûlure n’a pas lieu lorsqu'on secoue la rosée, lorsqu'on fond la gelée blanche avec de l’eau froïde , ou en brûlant du fumier ou de la paille mouillée avant le lever du soleil.
BRUMAIRE. Foyez CALENDRIER RÉPUBLICAIN.
BRUMAIRE (Journée du 18) ou du 9 novembre 1799. Cette journée mit fin au gouvernement directorial en France, et, plaçant le pouvoir dans les mains du général Bonaparte, devenu premier consul de la république, ne tarda pas à le rendre le seul héritier de la révolution.
La république, jusque là presque partout victorieuse, venait de perdre l'Allemagne et ce magnifique présent que Bonaparte avait fait à la France, l'Italie; elle déplorait les défaites que rappellent les noms de S/{okach et de Magnano, et voyait avec effroi la Suisse envahie et le Var menacé. A l'intérieur, les partis relevaient la tête, les royalistes parlaient publiquement du prochain retour des Bourbons, les jacobins s’entretenaient de leurs espérances, et le Directoire, gouvernement sans force et sans génie, qui quelquefois frappait les restes de la Montagne et quelquefois semblait les ménager ct les craindre, donnait à la France le droit d’accuser hautement ses sympathies secrètes pour le parti des jacobins. Ce gouvernement sans fixité, sans unité, qui n’offrait de garanties ni à l’ordre ni à la paix, qui n’assurait ni l'indépendance ni la liberté du pays, commençait à lui peser; néanmoins on le supportait encore : on attendait un homme qui osât le briser et se mettre à sa place. Cet homme remportait alors en Égypte quelques« unes de ses plus éclatantes victoires ; Bonaparte avait deviné juste, en pensant que s’il portait la gloire du nom français sur ce sol antiqueet lointain, où tant de gloires avaient déjà passé, il frapperait vivement, irrésistiblement, limagination nationale.
Cependant, les succès en Afrique firent bientôt place aux revers; au milieu de ces revers Napoléon Bonaparte, un peu découragé sans doute, apprit par les dépêches de ses frères, Lucien et Joseph, membres du Conseil des Cinq-Cents, les dangers qui à l’intérieur menaçaient la France, et la faiblesse toujours croissante du Directoire,
| I'eut-bientôt pris son parti, et, confiant à Kléber Je com
mandement de son armée, il s’embarqua , bravant à la fois et les vents qui lui étaient contraires , et les vaisseaux anglais qui couvraient la mer. Le 15 vendémiaire il mouillait triomphant dans le golfe de Fréjus. L'enthousiasme qui éclata partout sur son passage fut extrême, et dut bien l'affermir dans l’espoir qu'il caressait déjà : il partit pour Paris incognito, et descendit sans bruit et sans éclat dans sa maison de la rue Chantereine; quelques instants après son arrivée , il allait au Directoire, et s’entretenait des intérêts publics avec Gohier, président du gouvernement. C’est le 25 de ce mois qu'il fut présenté solennellement au Directoire en corps; là, rendant compte de sa présence en France , il dit que ses victoires d’Aboukir et de Mont-Thabor Jui avaient permis de confier sans inconvénient son armée à un habile général, et de voler au secours de la patrie; qu’il la regardait comme sauvée, et s’en réjouissait. Le Directoire, sans se méprendre sur le but de ce brusque retour, dissimula; il ménagea le jeune conquérant, parce qu’il le craignait, et le président Gohier le complimenta sur ses victoires.
En arrivant en France, Bonaparte avait essuyé un premier mécompte; il croyait voir le territoire envahi, et il trouvait le contraire : Masséna venait de remporter sa belle victoire de Zurich; les Anglo-Russes avaient capitulé. Les Anglais, d’autre part, étaient descendus sur les côtes de Hollande, maïs on les avait repoussés; nous reprenions en Italie une vigoureuse offensive; notre influence s’étendait sur la Suisse, la Hollande, le Piémont; la barrière du Rhin nous appartenait, et Bernadotte avait fortement réorganisé les armées ; les dangers les plus imminents étaient donc conjurés. Toutefois, Bonaparte ne perdit pas courage ; car enfin cetle France que ses conquêtes avaient rendue si puissante, si grande, il ne la retrouvait pas telle qu'il l'avait laissée ; les magnifiques résultats du traité de Campo-Formio, on ne les avait pas reconquis , et l'invasion , repoussée une fois, pouvait au premier jour reparaître plus menaçante; enfin la France avait encore besoin de lui. fl employa cinq semaines à préparer son coup d’État : pendant ces cinq semaines il interrogea les partis, calcula leurs forces, et les caressa tous avec une rare habileté : aux jacobins il dit qu’il consoliderait leur chère république, et que lui seul pouvait le faire; que son gouvernement , plus ferme que celui du Directoire, les préserverait du retour des Bourbons. Quant aux royalistes , il les flatta vaguement de l'espoir de rencontrer en lui un nouveau Monck quand l'heure d’une restauration sonnerait et que la France se serait assez réconciliée avec les principes monarchiques et le nom de Bourbon. Mais c'est dans le parti qu’on appelait alors le parti des politiques ou modérés qu’il trouva le plus de sympathie : ce parti-là, c'était la généralité, les cinq sixièmes de la France; c'étaient tous les hommes tranquilles , amis de l'ordre et de la paix , par goût ou par calcul, qui forment la majorité sous presque lous les gouvernements, hommes sans passions politiques, toujours prêts à faire bon marché des principes quand l'horreur de l'anarchie ou de la guerre combat en eux le goût des théories; cet immense parti craignait alors le triomphe des jacobins, de ces jacobins infatigables , derrière lesquels il voyait encore des échafauds tout prêts. Donc, en cherchant bien autour de lui, ilne trouvait que l'épée de Bonaparte, l’épée d’arcole et d'Aboukir, qui brillât d’un éclat assez vif pour«allier toutes les dissidences et promettre au pays assez de force et de puissance pour faire respecter le pouvoir en le rendant redoutable aux factions. 1] restait cependant un autre parti, que Bonaparte, dans son énergique langage, avait flétri du nom de faction des pourris : celui-là ne valait vraiment pas la peine qu’on lui demandât son assentiment. Ces pourris, que Barras représentait dans le sein du Directuire, c'étaient des hommes sans conscience, sans honneur, ne s’occupant des affaires pubiiques que comme d'un moyen de faire fortune; des