‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 508 sur 527 · BRUMAIRE · texte numérisé non relu

BRUMAIRE

hommes dont l’ignobie cupidité s’accommodait fort bien du trouble et du désordre, qui favorisaient leurs malyersations, et d’un gouvernement sans force, sans dignité, dont l’insouciance, laissant flotter au hasard les rênes de l'État, fermait complaisamment les yeux sur toutes leurs rapines;

: ne se composait, du reste, que de quelques individus pars.

Comme on le voit, Bonaparte n'avait à surmonter que d’assez faibles obstacles. 11 s’entoura avec soin , dès le premier jour, de toutes les notabilités de l'époque : Talleyrand, Regnault de Saint-Jean-d’Angely, Cambacérès, Fouché, Roger-Ducos. Gohier et Moulin eux-mêmes, ces deux patriotes si purs et si zélés, mais hommes d’État médiocres, lui firent assidûment leur cour. Dubois-Crancé, ministre de la guerre et fougueux jacobin, venait le consulter avec respect sur les affaires de son département, 11 semblait déjà que rien ne se püt faire sans lui. Les meilleurs généraux de la république accoururent aussi se grouper autour de leur jeune compagnon d'armes, qu’ils semblaient déjà regarder comme leur maître futur : Lannes, Murat, Berthier, Bessières, qui l'avaient suivi en Égypte et en étaient revenus avec lui, attachant leur fortune à la sienne; Jourdan, Augereau, Macdonald, Beurnonville, Leclerc, Lefebvre lui-même , malgré ses sympathies républicaines et ses tendances jacobines, lui formaient comme un brillant état-major ; toutes ces gloires militaires du futur empire français semblaient s'inscrire et prendre date pour un avenir qui s’approchait; autour de Bonaparte, comme autour de leur centre naturel, on voyait bourdonner toutes ces ambitions ardentes de soldats parvenus, tous ces appétits insatiables de gloire, d’honneurs et de fortune, qui dévoraient déjà ces généraux de la république, pour lesquels la république n'avait pas fait assez. Bonaparte comptait donc au nombe de ses partisans les militaires , la plupart des membres du Conseil des Anciens, et puis cette majorité toute puissante dont l’assentiment lui garantissait la consécration de son succès, la majorité du pays. Que pouvaient contre ces masses quelques républicains purs, mais rares et d’une médiocre capacité, qui redoutaient dans Bonaparte le restaurateur à venir dn principe monarcnique? Que pouvaient contre lui quelques jacobins fanatiques, qu'il n'avait pu séduire, et quelques pourris sans courage, qu’il avait méprisés ?

Toutes ces chances de succès, la faiblesse de tous ces obstacles, n'avaient pourtant pas endormi sa prudence ; résolu , s’il le fallait, à triompher par la force, à tout prix, il travailla d’abord à arracher la démission de chacun des cinq Directeurs, pour se brouiller le moins possible avec la légalité. Alors, tout naturellement, à la demande des Anciens et de quelques membres du conseil des Cinq-Cents, il aurait saisi les rênes de l’État, sans avoir besoin de recourir aux armes. 11 obtint ce qu'il voulut de l'abbé Sieyès et de Roger-Ducos. Sieyès avait vu d’abord avec un dépit mal dissimulé le peu de déférence que Bonaparte lui marquait à dessein depuis son retour d'Égypte : ce dernier, qui affectait déjà de temps en temps un profond mépris pour ce qu’il nommait les théories, parut d’abord traiter l'or gueilleux abbé avec une complète indifférence, et même ne point lui parler quand il le rencontrait dans quelque salon; il lui répugnaïit de taire des avances à ce {hcoricien défroqué. Cependant l'abbé Talleyrand, cet homme si habile, qui avait deviné le génie de Bonaparte, et qui pressentait qu’un prochain avenir allait ouvrir une scène plus vaste à son ambition, voulut rapprocher Sieyès et le vainqueur de l'Orient {&’est le nom qu'on donnait à Bonaparte depuis scn retour d'Égypte) : il ait à ce dernier que le crédule Sieyès servirait avec joie ses projets , dans l'espoir de mettre enfin au jour cette fameuse constitution sortie de son génie, et qui depuis si longtemps dormait en porteteuille en attendant un moment favorable; que, du reste, après le succès, il serait

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