‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 51 sur 527 · BERVIC — BERVILLE · texte numérisé non relu

BERVIC — BERVILLE

ne la surpassé en courage et en véritable énergie. Chercha peu les occasions de se produire, et peu propre à la fougu qui pousse en avant les chefs de parti, il sut rester av une grande vigueur de probité sur la brèche toutes les foi qu'il s’y trouva placé. Toujours ses principes furent la règle de sa conduite, et ses principes sont ceux d’un philosophe élevé et d'un bon citoyen.

Analyser tous les plaidoyers de Berville serait faire l'histoire de tous les procès politiques de la Restauration. Nous citerons seulement quelques-uns des principaux. 11 fau mettre au premier rang sa défense des officiers de la légion de la Seine devant la Chambre des Pairs, à l'occasion de la conspiration du 19 août. D’autres appelèrent les passions à leur secours : Berville, avec le calme de l’honnète homme, et des hauteurs de la philosophie du droit, analysa les articles de la loi pénale qui purissent le complot, prouva qu'on ne pouvait y voir qu'un arsenal de tyrannie et de vengeance, et non des prescriptions morales et justes, et fit acquitter ses clients en mettant au jour la cruauté du code et l'ini-. quité que demanderait l’application brutale de son texte, Jamais on ne pourra caractériser la loi de fer de l'Empire sans invoquer cette belle discussion : elle sera désormais la réponse des malheureux de tous les partis que voudra frapper une vengeance despotique. Dans la déplorable affaire des carbonari, Berville défendit le jeune avocat Baradère , « et eut le bonheur de ne voir prononcer contre lui qu’une” condamnation correctionnelle, tandis que Bories et trois autres militaires furent frappés d’une peine capitale. Jamais le barreau ne s’était montré plus dévoué, plus courageux, plus éloquent; jamais Berville n’eut plus de force et plus de zèle. Il prêta souvent son secours à la presse dans sa guerre à mort contre la vieille dynastie. Béranger fut au nombre de ses clients. L'auteur de cet article eut également Î le bonheur de l'avoir pour défenseur. Dans cette affaire (les Mémoires de Levasseur, de la Sarthe), en s’associant complétement au prévenu, Berville à fait preuve d’un dévouement qui égalait son talent. 11 osa venger la révolution des lâches attaques d’un pouvoir rétrograde, et revendiquer pour la Convention nationale, devant les juges de Charles X, la” part glorieuse que lui fera l’histoire dans nos discordes et dans nos conquêtes. Ce plaidoyer fut le dernier que Berville eut à prononcer comme avocat. |

Après la révolution de Juillet, qui enflamma toutes ses sympathies, au moment où Dupont (de l'Eure) était ministre . de la justice, Berville accepta, avec quelque hésitation, les fonctions d'avocat général. Ce poste si difficile et si glissant le vit comme par le passé pur et sans tache. I1 aurait relevé … le ministère public si le siége des Mangin et des Bellart, « des Marchangy et des Persil n’était pas à jamais terni., Une fois il porta la parole dans une affaire de presse. Il s’agissait d’une éloquente et vive diatribe publiée par M, de La Mennais, dans un journal catholique intitulé l’Avenir. Le nouveau membre du parquet combaitit avec force les erreurs philosophiques du prévenu, mais n’insista pas sur l'accusation. II déclara même qu’il voyait seulement dans Pillustre prêtre un adversaire, el un de ces adversaires à Ë qui l’on serait heureux de toucher la main. Une autre fois, il a rempli les fonctions de son ministère dans un procès de conspiration carliste , et ses ennemis mêmes, si toutefois il peut avoir des ennemis, ont dû rendre hommage à son im-. partialité , à sa modération et à sa haute probité judiciaire, Dès que le juste-milieu eut fait des tribunaux un instrument de vengeance, Berville se renferma dans la partie purement civile de ses attributions, et ne consentit jamais à prêter l’ap= pui de son talent aux hommes qui avaient déchiré le pro= . gramme de juillet. Sa carrière d'avocat général a donné une. grande leçon aux hommes du pouvoir : elle a prouvé qu'il n'est pas de fonctions que la probité n'honore; elle a prouve n que la fermeté de caractère s'allie très-bien avec la douceur des mœurs et la véritable modération.

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