BRUNELLE — BRUNELLESCHI
pour délibérer sur la meilleure manière de terminer l’église de Sainte-Marie-des-Fleurs, objet qui depuis longtemps était celui de ses méditations. Un premier avis, ouvert par lui, et qui concernait quelques dispositions à prendre avant la résolution de la question principale, ne trouva point de contradicteurs, et fut adopté à l'unanimité ; maïs, politique adroit autant qu’artiste savant, Brunelleschi retarda autant qu’il put la solution que son génie avait trouvée, et, dans le double but de se dérober à la curiosité pour l’exciter davantage, et de recueillir toutes les lumières dont il avait besoin de s’entourer, il s’absenta jusqu’à trois reprises différentes de Florence, pour retourner à Rome, dans l'intervalle de différentes conférences qui eurent lieu au sujet de l’entreprise projetée.
Près de {reize années se passèrent aïnsi en essais et en tentatives infructueuses d’une part, en ajournements habilement ménagés de l’autre; enfin, en 1420, un congrès composé des architectes les plus renommés de l’Europe s'étant réuni à Florence , Brunelleschi ne voulut pas différer davantage de leur exposer son plan, s’attendant à trouver dans cette brillante réunion de savants encore plus d’approbateurs et de témoins de son triomphe que de véritables rivaux ; mais on le railla quand on l’entendit proposer d'élever. à la hauteur de quatre-vingt-quatorze mètres une coupole de plus de quarante-deux mètres de diamètre ; on ne le comprit pas quand il dit qu’il ferait deux coupoles inscrites l’une dans l'autre et de manière à laisser entre elles un assez grand vide; on l’injuria, on le traita tout haut d’insensé quand il eut affirmé que pour cintrer ces immenses voûtes il n’emploierait aucune espèce de soutien ou de forme intérieure de charpente, Habitués aux légèretés de forme de la bâtisse gothique, ses compétiteurs ne savaient autre chose qu’élever très-haut, à l’aide d'ares-boutants, des murs évidés par toutes sortes de découpures, des voûtes en tiers-point, formées de petite maçonnerie légère, et dont la poussée setrouvait divisée et répartie sur plusieurs points. Or, il s'agissait avant tout, dans l’érection de la coupole projetée, d'établir un nouveau système de bâtir, en vertu duquel la construction toute seule, dans cette vaste circonférence et avec sa prodigieuse portée, se servit à elle-même et d’échafaudage et de point d'appui.
Tel était, en effet, le problème que Brunelleschi avait su résoudre, et dont la communication du modèle en relief qu'il avait exécuté eût convaincu les moins experts ; mais il mit une sorte d’amour-propre à les amener à lui par d’autres moyens , à les élever, pour ainsi dire, dans leur propre estime en les conduisant à deviner une partie de son secret par ce qu’il leur en laissait voir. Non-seulement il était parvenu à les réduire au silence, il avait enccre obtenu leurs suffrages. Mais on voulut apporter à la direction de l’entreprise, qui venait de lui être définitivement adjugée, des conditions humiliantes pour son orgueil, en lui donnant pour collègue, chargé plutôt de surveiller que de seconder ses travaux , ce même Lorenzo Ghiberti, avec lequel il s'était jadis trouvé en rivalité, et dont il avait refusé de devenir l'associé, Sa vengeance était prête : une feinte maladie fut le piége qu'il tendit à l'incapacité de son collègue, qui fut bientôt obligé de se retirer de lui-même pour ne pas mettre au grand jour son impuissance et l'immense supériorité du génie de Brunelleschi. Dès ce moment Brunelleschi devint entièrement maître de son projet, et le public, mis dans le secret de l’artiste par l'exposition de son modèle , ne put se lasser d'admirer la puissance de talent et la rare intelligence qu'il avait apportées à en coordonner toutes les parties. I eut avant de mourir la satisfaction de voir sa coupole achevée, à la réserve de l'extérieur du tambour, pour la décoration duquel il avait laissé des dessins qui furent soustraits ou perdus,
Cette coupole est en quelque sorte l'expression du génie et de la vie tout entière de Brunellesehi. 11 fit cependant