‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 522 sur 527 · BRUNNOW — BRUNO · texte numérisé non relu

BRUNNOW — BRUNO

il entreprit ensuite, conjointement avec Stapf et Gross, la traduction en latin de la Doctrine Médicale pure du maître ( 2 vol., Dresde, 1825-1826 ). En 1830 il prit une part active à la fondation de la société centrale homæopathique, dont il devint tout aussitôt membre. Dans la carrière des lettres, M. de Brunnow s’est fait avantageusement connaître par un Recueil de Poésies, publié à Dresdeen 1833; par la Nouvelle Psyché, roman ( Bunzlau, 1837 ); par le Troubadour (2 vol., Dresde, 1837 ), tableau historico-romantique ; par Utrichde Hutten(3vol., Leipzig, 1843-1844), grand roman historique; enfin, par le Colonel de Carpezan ( Leipzig, 1844 ), roman. Il venait de publier uh Coup d'œil sur Hahnemann et l’'Homæopathie ( Leipzig, 1844 ) lorsqu’il mourut à Dresde, le 4 mai 1845.

BRUNO ou BRUNON, dit LE GRAND, archevêque de Cologne et duc de Lorraine, l’un des personnages les plus importants de son siècle, naquit vers lan 928. Troisième fils du roi Henri I‘, et frère de l’empereur Othon 1*°, il fut élevé d’abord par l’évêque d'Utrecht, Baldrich, qui lui enseigna les premiers éléments des lettres grecques et latines, et ensuite par l’évêque Israel Scotigena et plusieurs savants grecs. L'étendue peu commune de son savoir, sa sagacité et son éloquence, ne le faisaient pas moins briller entre les éveques et les prêtres de son temps que sa charité, son humilité et la gravité de son caractère ne le rendaient respectable aux yeux des laïques. Lorsqu'il fut plus avancé en âge, Othon l’appela dans le Palatinat, où il occupa bientôt le premier rang parmi les historiens, les poêtes et surtout les philosophes réunis à cette cour, contribuant à policer par son commerce beaucoup de seigneurs spirituels et temporels au service de son frère, et formant autour de lui comme une espèce d'école d’ecclésiastiques dont il faisait ensuite des évêques. Nommé plus tard archevêque de Cologne et archichancelier de l’empereur, il l’accompagna, en 951, dans sa première expédition contre l'Italie; et bien différent des autres proches parents d’Othon Ier, qui tous se révoltèrent les uns après les autres contre ce prince, il se montra en tout efPartout le plus fidèle deses adhérents. Aussi OthonI®", reconnaissant, le nomma-t-il en 954, après la déposition de son turbulent gendre Conrad, duc et seigneur suprême de la Lorraine, laquelle fut divisée en deux gouvernements administrés chacun par un duc particulier, placé sous ses ordres. Il lui confia, en outre, le soin de défendre cette province contre les tentatives de Conrad, qui disposait encore de quelques ressources,

Bruno le Grand mourut à Reims, le 11 octobre 965, comme il se rendait à Compiègne pour y opérer une réconciliation entre son neveu, le roi Lothaire, et les fils de Hugues Capet. Protecteur éclairé des lettres et des sciences, on lui attribue un Commentaire sur le Pentateuque et plusieurs Vies de saints.

BRUNO (Saint), apôtre de la Prusse, descendant de l’ancienne famille de Querfurt, fut de bonne heure pourvu d’un canonicat dans l’Église de Magdebourg. Il construisit une église à Querfurt, et vint à la cour de l’empereur Othon JT, qui l’envoya à Rome, en 995, au secours du pape Grégoire V. Lors de la déposition de ce pontife, Bruno Jui resta fidèlement attaché. Aussi, Grégoire V, quand il fut rétabli sur le trône pontifical, voulut-il, dans sa reconnaissance, l’appeler aux suprêmes honneurs ecclésiastiques. Mais Bruno n’aspirait qu’à aller porter aux païens les lumières de l'Évangile. Désigné pour être le compagnon de saint Adaïibert, il se rendit en 999, deux ans après la mort de cet apôtre du Nord, en Prusse, où il fut parfaitement accueilli. En l’an 1004, abandonnant à d’autres missionnaires la continuation de son œuvre apostolique, il s’en retourna à Rome, et fut nommé chapelain de l’empereur Henri IT. Les habitants de la Prusse ayant ensuite témoigné les plus mauvaises dispositions pour les missionnaires, et une vive répugnance à embrasser la religion qu'ils venaient

leur prêcher, Bruno ne tarda pas à revenir parmi eux, Mais tous ses efforts pour propager parmi ces barbares la religion du Christ demeurèrent alors infructueux, et il périt, avec dix-huit de ses compagnons , assassiné sur les frontières de la Lithuanie en 1008. Le duc Boleslas de Pologne acheta les corps de ces martyrs de la foi, et plus tard Bruno fut canonisé.

BRUNO (Saint), de Reims. On ne peut assigner à sa naissance une époque précise. Il parait cependant qu'elle doit être placée entre 1030 et 1040. Il était de Cologne , où il reçut le jour d’une famille noble de l’Allemagne. Après avoir commencé ses études sous les yeux de ses parents, il alla les continuer à Reims, où l’avait attiré la célébrité de cette école, et il se distingua surtout dans l’étude de la théologie. C’est sans doute pour cette raison qu'il est souvent appelé Bruno de Reims. De retour dans sa patrie, et déterminé à embrasser l'état ecclésiastique, il fut admis dans le clergé de Cologne et nommé chanoine de Saint-Cunibert. On ne connaît point les détails des courses apostoliques auxquelles il se livra après avoir été ordonné prêtre, et à la suite desquelles il s'établit à Reims , où l'archevêque Gervais lui conféra le titre d’écolätre, qui lui donnait la direction des études des clercs. 11 eut dans ses fonctions de nombreux disciples, dent le plus célèbre fut Urbain II (Eudes ou Odon). Devenu chancelier de l'église de Reims, il n’en accusa pas moins de simonie l’archevêque Manassès, auquel il devait cette dignité, et le fit suspendre par le concile d’Autun. Furieux d’avoir succombé aux attaques de Bruno, Manassès fit briser les portes de sa maison, vendit sa prébende , et le dépouilla de ses biens. Malgré l’indulgence de Grégoire VII et d’un concile de Rome (1078), qui leva la suspense du concile d’Autun, Manassès fut déposé deux ans après au concile de Lyon (1080), et quitta son diocèse. Le siége de Reims était vacant depuis deux ans, et Bruno réunissait l'unanimité des suffrages, lorsqu'il prit la résolution de tout quitter pour Jésus-Christ. Il a transmis lui-même dans une lettre les motifs de son éloignement du monde. 11 rapporte « qu'étant dans un jardin voisin de la maison d’Adam, chez qui il demeurait alors, et conversant, avec deux de ses amis, des vanités du monde, ils s’embrasèrent tellement de l’amour de Dieu et du désir des biens éternels qu’ils firent vœu d'abandonner le siècle et de revêtir l'habit monastique. »

Ce fragment réfute une fable qui fut accréditée parmi ses disciples, et qui explique plusieurs destableaux dela belle galerie de Lesueur. D’après l’ancienne tradition de l’ordre, ce qui l'aurait déterminé à embrasser la vie solitaire serait un événement singulier arrivé en sa présence à l'enterrement d’un célèbre docteur de Paris, son ami particulier, mort en 1082 après une vie qui passait pour saine et exemplaire. Ce docteur aurait été porté à l’église : là, comme on chantait sur son Corps l'office des morts , à cet endroit des leçuns de Job, Responde mihi, il aurait levé la tête, affirmant d’une voix terrible qu'il était accusé par un juste jugement de Dieu : ce qui aurait fait remettre au lendemain sa sépulture. Mais, l'office des morts ayant été recommencé, il aurait élevé de nouveau la voix au même passage, assurant qu'il était jugé par un juste jugement de Dieu; et enfin, au troisième jour, qui avait été encore pris pour délai, il aurait ajouté, en présence d’une infinité de persoanes qu’un événement si extraordinaire avait attirées à l’église, qu’il était condamné par un juste jugement de Dieu.

Les deux amis de Bruno ne persistèrent point dans leur résolution; mais lui n’en resta pas moins fidèle à son vœu. Comme il cherchait un maître éclairé dans la science du salut, il le trouva dans saint Robert, que les solitaires de Molesme avaient choisi pour abbé, et qui fonda ensuite l’ordre de Citeaux. Bruno eut recours à ses conseils, et pour se former à la vie monastique il eut de fréquentes relations avec les religieux de Molesme. Puis, il s’associa à |

deux clercs, Pierre et Lambert, qui, lorsque Bruno prit la résolution de quitter l’abbaye, allèrent élever à Sèchefontaine, au diocèse de Langres, une église et des maisons où ils pratiquèrent la vie érémitique.

Cependant Bruno , en abandonnant les confins de la Champagne et de la Bourgogne, était venu en Dauphiné. Hugues, évêque de Grenoble, avait été son élève dans l’école de Reims. Bruno se présenta à lui avec six compagnons, dans lesquels le pieux évêque crut reconnaître sept étoiles dont il avait eu la vision, et les conduisit dans une vallée, située à seize kilomètres de Grenoble, et appelée CAartrouse ou Chartreuse, d'où l’ordre a pris son nom. C’est là qu’au sein d’une nature imposante, non loin d’un torrent, au milieu d’une forêt de sapins qui frappe encore le voyageur d’admiration et de respect, s’éleva, inconnu et obscur, en 1084, vers la fête de saint Jean-Baptiste, le berceau d’un ordre monastique destiné à être un des plus riches et des plus puissants du globe (voyez CnarTREUx ). 11 ne paraît pas, du reste, que Bruno ait donné de règle particulière à ses disciples, Cependant l’austérité de leurs mœurs est attestée par Guibert, abbé de Nogent en 1104, c’est-à-dire vingt années après leur établissement. Déjà Bruno et ses compagnons avaient obtenu des actes authentiques des diverses cessions que leur avaient faites leurs bienfaiteurs, dont le nombre prouve la vénération qu’on avait pour lui et son nouvel institut.

Urbain 11, élevé sur le saint-siége le 12 mars 1088, voulut, au milieu des difficultés que lui suscitait le pouvoir rival de l’antipape Guibert, avoir auprès de jui son ancien maître, et appela du fond de sa solitude Bruno pour s’éclairer de ses conseils. Celui-ci se rendit, quoique avec répugnance, aux ordres du pontife, suivi de quelques-uns de ses disciples. Les autres, un instant dispersés, revinrent dans leur désert sous la conduite de Landevin, que Bruno leur avait désigné pour prieur. La considération dont jouissait Bruno auprès d'Urbain fit concevoir (1090) au prince normand de la Pouille et de la Calabre le désir de lui confier larchevêché de Reggio ; mais il refusa cette offre, et on élut à sa place un de ses anciens élèves de Reims, Rangier, religieux bénédictin du monastère de la Cave. Bruno cependant, au milieu des honneurs qu'on lui rendait à Rome, r’aspirait qu’à la retraite, et, avec la permission du pontife, il accepta en Calabre le territoire della Torre (de la Tour), dans le diocèse de Squillace, que.lui donna le comte Roger, et où il bâtit un monastère. 11 lui fut donc facile d'assister en 1091 au concile qu'Urbain 11 convoqua à Bénévent, et à celui de Troia dans la Pouille. Il n’est pas aussi certain qu’il ait pris part à celui de Plaisance , au mois de mars 1095. Le comte Roger, qui avait voulu que Bruno baptisât son fils (depuis Roger IL, roi de Sicile), ne se borna pas à la donation della Torre; il fit bâtir un monastère, sous le titre de Saint-Étienne-des-Bois, à un kilornètre du premier. Il donna aussi à l’ordre naissant le monastère (le Sainte-Marie d’Arsaphias , auquel il ajouta plus tard celui de Saint-Jacques de Montauro. Voici à quelle occasion, si l’on en croit quelques hagiographes et la célèbre galerie de Lesueur :

Le comte Roger assiégeait Capote. Un de ses officiers, nommé Sergius, avait promis pour une somme d'argent de le livrer avec toute son armée. Bruno apparut au comte pendant la nuit, et l'avertit assez à temps pour qu’il prévint les perfides projets dont il allait être victime, Le saint religieux refusa toutefois la plus grande partie dés biens que le prince reconnaissant lui offrit, se contentant de lni voir accorder la vie à cent douze familles de ceux qui étaient entrés dans la conspiration. Pendant qu’il gouvernait saintement sa chartreuse della Torre, il reçut la visite de Landevin, envoyé par ses frères du Dauphiné, à la sullicitude desquels il répondit par une lettre pleine d’onction et d'attachement paternel, que l'on trouve imprimée dans ses œuvres, 11 mourut lé 6 octobre 1101, à la Tour, où il fut en-

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