BRUNO — BRUNOY
mens, Giordano Bruno et Nicolas de Cusa (Bonn, 1847 ).
[ Le résumé suivant fera suffisamment connaître la philosophie de Bruno.
Théologie ou philosophie première. 1° 11 est un principe premier de l'existence, c’est-à-dire Dieu. Ce principe peut tout être et est tout. La puissance et l’activité, la réalité et la possibilité sont en lui une unité indivisible et inséparable. 1l est le fondement intérieur et non pas seulement la cause extérieure de la création. C’est lui qui vit dans tout ce qui vit, 2° La natura naturans ou cause générale et active des choses s'appelle encore la raison générale divine, qui est tout et produit tout. Elle se manifeste comme la forme générale de l'univers, déterminant toutes choses, Elle est l'artiste intérieur et présent partout, qui opère tout en tous, forme la matière de son propre fonds, la figure, et incessamment [a ramène en soi-même. 3° Le but de la natura naturans est la perfection du tout, qui consiste en ce que toutes les formes possibles viennent à l'être. Le principe un, en créant la multitude des êtres n’en reste pas moins un en soi. Cet un est infini, immense et par conséquent immobile et immuable, 4° Il n’est, d'aucune manière, ni plus formel, ni plus matériel, ni plus esprit, ni plus corps : c’est l'harmonie parfaite de l’un et du tout. 11 n’a point de parties, il est indivisible. 5° L’un principe est une monade , minimum et maximum de tout être. L’identité elle-même toute pure produit toutes les oppositions ; elle est simplement le fondement de toute composition ; indivisible et sans forme , elle est le fondement de tout ce qui est sensible ou figuré. 6° L'esprit intelligent qui est audessus de toutes choses est Dieu ; l'esprit intelligent qui est, demeure et travaille en toutes choses, est la nature; l'esprit intelligentde l’homme, qui pénètre tout, est la raison. 7° Dieu dicte et ordonne, la nature exécute et fait, la raison contemple et discourt. 8° La perfection d’un État comme celle d’un homme consiste dans la subordination des volontés particulières à la sage volonté du maître suprême, qui n’a pour but que le bien du tout. Il est donc convenable de ne pas chercher avec une ardeur sans mesure tout bien inférieur, mais d’ambitionner le véritable salut éternel en Dieu.
Cosmologie. 1° La natura naturata, comme l'univers éternel et incréé, est aussi en germe tout ce qu’elle peut être et devenir, Mais, dans son développement successif à l'extérieur, elle n’est jamais que ce qu’elle peut être à la fois en existence formelle , et elle manifeste alors une opération dont les produits sont incessamment divers. 2° La matière, le premier être, tous les êtres sensibles et intelligents, toutes les existences actuelles ou possibles, sont l'être luimême, 3° La matière en soi ne saurait avoir aucune forme déterminée et aucune dimension, puisqu'elle les a toutes, puisque , bien plus, elle les fait naître toutes de son propre sein. Elle n’est donc pas ce prope nihilum, un 0v de quelques philosophes; elle n’est pas non plus un sujet simplement passif, mais bien une puissance active. 4° Il ÿ a dans l'univers un extérieur et un intérieur, matière et forme, corps et esprit, renfermés dans une unité absolue et identique. 5° La foule des espèces, etc., se trouve dans le monde, non comme dans un simple réservoir ou espace, mais les innombrables individus sont entre eux et avec l’ensemble liés comme les memores d’un organisme, 6° Chaque chose est seulement la substance générale, présentée d’une manière particulière et isolée, et étant à chaque instant out ce qu’elle peut être à cet instant. Ce qui change cherclie seulement une autre forme d’être, mais n’aspire point à une existence nouvelle en soi. 7° Dans le tout sont toutes les oppositions , qui dans les choses se présentent divisées, mais qui, dans leur être réel, rentrent de nouveau dans l’unité, 8° L'univers est comme un système numérique; la m0nade est le fondement, l’unité qui est tout; le nombre deux est le principe de l’opposition; le nombre {rois lie les opposés en un tout; le nombre quatre est le symbole de la
perfection extérieure, ete, Bruno, on le voit, essayait de renouveler la doctrine des nombres, cultivée dons l’antique Égypte, commune à Pythagore et à Platon, que prétendirent connaître les néo-platoniciens d'Alexandrie et dont on trouve des traces dans les premières écoles chrétiennes. Elle a été renouvelée à la fin du dernier siècle etau commencement de celui-ci par quelques écoles mystiques allemandes et françaises.
Psychologie, morale et doctrine de la science. 1° Tout, dans la nature, jusqu'aux dernières parties de la matière, est animé ; seulement, les êtres animés ne sont pas tous dans une jouissance effective de la vie. 2° L'action morale est celle seulement qui se fait avec ou par l'intelligence, qui suppose un dessein, c’est-à-dire un but, auquel un rapport vers quelque chose sert de fondement. 3° Le but le plus élevé de l’action libre, de laquelle seule est capable l'être intelligent, ne saurait être autre que le but de l'intelligence divine elle-même, 4° Le but %e toute philosophie est de connaître l'unité de toute opposition, et, en conséquence, l'infini dans le fini, la forme dans la matière, le spirituel dans le corporel : elle démontre donc comment la manifestation des formes sort de l'identité. 5° En général, pour pénétrer dans les profondeurs de la science, on ne doit jamais se lasser de considérer chaque chose dans les deux termes contraires, jusqu’à ce que l’on ait trouvé l’accord des deux.
Giordano Bruno s’occupa aussi d'astronomie, et y porta la même originalité et la même profondeur que dans ses autres études. Huet, évêque d’Avranches, croit, non sans quelque raison , que Descartes lui a emprunté son système du monde. 11 se livra, en outre, à l’étude de lalchimie, comme le prouvent plusieurs de ses ouvrages. BouciTré].
BRUNOY (N. marquis pe) était fils et neveu des plus riches banquiers de leur époque. Son père, Paris-Monmartel, avait été nommé en 1722 garde triennal du trésor du roi Louis XV, et était ensuite devenu banquier de la cour; la publication du registre de ce monarque, dont l’authenticité ne peut être contestée, a révélé les importantes opérations faites par ce banquier avec ce prince , qui, afin de récompenser ses services, érigea en marquisat pour son complaisant agent la seigneurie de Brunoy (village peuplé aujourd’hui de 1,709 habitants, à quatre kilomètres de Corbeil). Bientôt le vieux manoir où le roi Dagobert venait s’esbaltre avec sa cour, où Philippe de Valois avait passé le printemps de 1346, et dont les moines de Saint-Denis, donataires de ce séjour royal et de ses dépendances, tiraient de gros fermages, parut trop étroit à ce fils d’un argentier du dixhuitième siècle, qui y ajouta de nouvelles et splendides constructions. L'hôtel de Pâris-Monmartel était à Paris, vers le milieu du dix-huitième siècle, le rendez-vous habituel des gens de lettres et des artistes les plus distingués. L'heureux propriétaire ne se donnait pourtant pasles airs d’un Mécène; c'était un homme de bon sens et de bon goût, affable sans affectation, obligeant pour le plaisir d’obliger, encourageant: les talents sans les humilier; mais son fils n’hérita pas plus de ses goûts que de ses excellentes qualités.
Une fois possesseur d’une grande fortune, qu’il croyait inépuisable, il se livra aux fantaisies les plus excentriques ; puis, voulant se signaler par de pieuses prodigalités, il préluda par doter l’église de Brunoy des plus splendides ornements. Ce ne fut partout qu'or, argent et diamants sur les autels. Les mémoires du temps ont décrit le faste prodigieux de ses processions. Celle de juin 1772 fut plus magnifique encore que les précédentes, et coûta , dit-on, 500,000 livres. « L'entretien du jour, disent les Mémoires de Bachaumont, à la date du 21 juin 1772, roule sur la procession de Brunoy , dont on fait les détails les plus singuliers, ainsi que du personnage qui l’a dirigée, On assure que tout s’y est passé dans le meilleur ordre et de la manière la plus édifiante pour le public. C’est M. de Brunoy qui dirigeait
la marche et le cérémonial. Comme personne ne se connaîl mieux que lui en liturgie, il n’y a pas eu une révérence d'omise. 11 y avait plus de cent cinquante prètres, qu’il avait loués à plus de dix lieues à Ja ronde. 11 avait, en outre, donné des chapes à quantité de particuliers; en sorte qu'il en résultait un cortége de quatre cents personnes. On comptait vingt-cinq mille pots de fleurs, six reposoirs, dont l’un tout en fleurs et de l'élégance la plus exquise. Après la procession, ce magnifique seigneur a donné un repas de huit cents couverts, cemposé de prêtres, de chapiers et de paysans, ses amis; car c’est dans cet ordre qu’il les cherche. On comptait plus de cinq cents carrosses venus de Paris, et le spectacle du monde, épars dans les campagnes, y faisant des repas champêtres, n’était pas un des moindres coups d'œil de la fête. Elle doit recommencer jeudi prochain, et le récit de ce qui s’est passé augmentera vraisemblablement la multitude de curieux. » Ces solennités fastueuses se renouvelèrent pendant quelques années. Les fêtes de Longchamps les firent oublier; ce fut un scandale de plus.
Il était réservé au marquis de Brunoy d’étonner tout Paris par une autre fantaisie plus excentrique. Il annonça, en 1775, la résolution de se rendre en Palestine, d’y visiter le tombeau de Jésus-Christ et des apôtres. I devait faire ce