BESOINS
il vit satisfait, parce qu'il ne sort aucunement de l’état où le
sort l’a jeté. Voilà pourquoi il ne se perfectionne ni ne se
détériore point de lui-même. A vrai dire, il agit moins par une volonté réfléchie qu’il n’est guidé par l'impulsion de ses instincts. Aveugle instrument d’une nature savante, qui le forme et le dirige pour des fins inconnues à l'individu, c'est une sorte de marionnette dépourvue de moralité, c’està-dire n'étant point digne de récompense ni coupable de: crime, puisque le tigre obéit à un instinct sanguinaire autant que l’agneau subit le malheur de son innocence. De cet état passif résulte pour l'animal une vie toute subordonnée aux simples besoins corporels. De même, l’homme qui se réduit à une existence purement matérielle végète pour ainsi dire comme la brute. Telles sont ces peuplades de nègres
sur le sol brûlant de la Guinée; tels sont ces sauvages indé--
pendants des forêts de l’Amérique : la terre fertile leur prodigue spontanément ses trésors; ils en jouissent dans leur stupide indolence, satisfaits de laisser couler leurs jours et d'attendre le terme de cette carrière, insipide selon nos goûts, mais peut-être charmante par le bonheur de ce dolce Jar niente dont elle les abreuve sans cesse. La nature dédommage ainsi de quelque manière les êtres dont elle restreint les jouissances; car les sots, les imbéciles crétins, pour lesquels tant de besoins n'existent pas, subsistent, sinon bienheureux, {out au moins exempts de grandes peines, sur la terre où ils sommeillent.
L'arbre de la science et de la civilisation porte des fruits délicieux et des semences d’insupportable amertume pour notre espèce lorsqu'elle s’en nourrit. Et cependant, que serions-nous sans cette ardeur, peut-être insensée, de sortir de notre sphère étroite et obscure, pour nous élancer, à force de travaux et de fatigues, vers le faîte de grandeur, d'éclat, de puissance, que nous promettent la curiosité, l’ambition, le désir de nous surpasser aux regards de nos semblables et de la postérité? C’est cette funeste passion qui met le fer meurtrier à la main du conquérant et le pousse à exposer sa vie pour régner sur les peuples. Des besoins moins cruels ont inspiré les travaux des sciences, des lettres, des beaux-arts; ont élevé les dômes magnifiques des cités, ont lancé des vaisseaux audacieux sur les flots de l'Océan et déployé leurs ailes vers l'Orient, afin de recueillir au milieu de mille hasards l'or, les diamants, et d’autres produits non moins précieux. C’est le besoin de briller qui fait qu'on s’exténue pour s'enrichir, pour s’entourer d'objets de luxe ou des jouissances de la vanité, jusqu’à se glorifier de l’abaissement de ses rivaux.
Plus on accroîtra donc les besoins chez l'homme, plus on agacera ses désirs poignants de s’agrandir dans toutes les carrières, en savoir, en richesses, en jouissances physiques et morales, au delà de la nécessité ; mais plus aussi, afin de contenter un amour-propre inassouvissable, homme fera d'efforts d'industrie pour se distinguer ou se satisfaire. Voyez les peuples des climats prospères de l’Inde ou de PAsie : ils trouvent aisément tout ce qui peut combler leurs désirs et satisfaire leurs besoins ; ils s’en contentent, et ne font nul effort pour s'élever au delà de ce simple bien-être. Mais les nations nées sous des cieux plus âpres, subissant l’inclémence de longs hivers, sentent la nécessité de se défendre par les vêtements, les habitations, les nourritures plus abondantes, et par mille soins qui ne peuvent se coordonner que dans un état de civilisation, de sécurité sociale. De là surgissent les lois protectrices de la propriété, du commerce et des arts; de là cet essor des travaux de manufactures et de l’agriculture ; de là se construisent les cités où se rassemblent toutes les commodités de la vie, toutes les prosperites du luxe , tous les secours contre les besoins, Enfin , de là jaillissent les lumières des sciences, pour la propagaton de ces moyens de civilisation et pour leurs progrès ultérieurs, Là fermentent ces associations puissantes qui créent des ouvrages gigantesques, ces canaux, ces chemins
DT ET oO |
de fer, ces machines à vapeur, etc., qui centuplent les forces bde l'homme, font concourir mille bras et les muscles robustes des animaux pour de grandes entreprises , avec l'or
les uns et le génie des autres.
… Le citadin opulent de Londres ou de Paris, se créant des esoins factices, réunit dans ses palais les productions des deux mondes; il savoure dans la porcelaine du Japon le thé de la Chine, ou le café de VYémen, avec le sucre pressuré par la main des nègres des colonies. IL faut qu’on aille au pôle harponner des baleines pour éclairer de leur huile ses portiques, ou pour tailler leurs fanons élastiques en légers parasols, en corsets flexibles. La perle qui rayonne sur le front de nos beautés a été dérobée aux abimes des mers de l'Inde. Quels sont donc ces besoins factices qui mettent ainsi tout l'univers à contribution? 11 est beau sans doute de visiter par la vue, à l’aide d’un télescope , les déserts du firmament, et d'y suivre une comète flamboyante; il est grand de traverser l'Océan et de ceindre le globe de sa longue navigation au milieu des écueils, pour le seul besoin de la science et de la gloire. L’homme s’ennoblit de toute la renommée que cette ardente curiosité lui inspire; il brave la mort, il affronte les douleurs et mille privations pour faire fleurir sa réputation parmi ses semblables ; elle le dédommage de cruelles fatigues, et une simple inscription sur sa tombe, en témoignage de ses immenses labeurs , satisfait quelquefois elle seule cet immense besoin de louange, apanage des héros et des vastes génies.
Qu'on ne blâme donc plus ces besoins factices, puisqu'ils sont le stimulant le plus énergique de notre perfectionnement sur ce globe. C’est par eux que les nations modernes d'Europe se sont élevées si haut en puissance, en savoir, et qu’elles sont aussi parvenues à dominer, non-seulement les autres êtres, mais même les peuples moins éclairés, soit par les armes, soit par la supériorité des connaissances. On pourrait dire que malheureux sont les peuples physiquement heureux ; ils languissent dans l’engourdissement. C’est la peine et la misère sur un territoire stérile qui sollicitent les travaux pour réparer à force d’habileté ce que déniait la nature. C’est ainsi qu'on oblige les abeilles à rassembler de nouveaux trésors en les privant chaque année de leur miel. La peine, le besoin, la privation, éveillent donc le génie. La nature n’a créé l’homme faible, nu, sensible, ou le plus délicat de tous les animaux, que pour lui faire conquérir le sceptre de son empire sur eux ; elle lui a fait don, en même temps, de deux mains et d’un cerveau intelligent, curieux, pour le rendre capable d'inventer et d'exécuter tous les travaux que nécessitaient ses besoins. J.-J. VIREY.
BESOINS DES HOMMES. Ce sont eux qui déterminent les hommes au sacrifice nécessaire pour obtenir les produits capables de satisfaire ces besoins. Le sacrifice con- …siste, soit à prendre la peine de créer soi-même les produits, seit à donner en échange, pour les avoir, d’autres produits précédemment acquis.
Les besoins des hommes ont différents degrés d'intensité : “depuis les besoins impérieux de la satisfaction desquels dépend leur existence, jusqu'aux goûts les plus légers.
… Une jouissance quelconque est attachée à la satisfaction de chacun de nos besoins ; d’où il suit que les expressions pourvoir à nos besoins, multiplier nos jouissances , et même contenter nos goûts, présentent des idées du même “genre , et qui ne diffèrent entre elles que par des nuances. Les hommes ont des besoins comme individus, comme membres de la famille, comme membres de l'État. Ceux des deux premiers genres donnent lieu aux consommations Privées ; ceux du dernier genre donnent lieu aux consom- Mations publiques. J.-B. Say.
…BESSARABIE, ancienne province de l'empire otto- Man, aujourd’hui dépendance de la Russie, à laquelle elle fut cédée en 1812 par la Porte, aux termes de la paix de Bukarest, Située entre la mer Noire, le Dniester, le Pruth et