BÊTES
dustrieux, qui jouent un si grand rôle, surtout chez les insectes (comme l’araignée, l'abeille, le ver à soie, ete.); Paccomplissement des actes de ces animaux ne peut étre at. tribué à un raisonnement de l'espèce de ceux dont j'ai parlé plus haut, et dans lesquels il y a évidemment un calcul qui n’est point l'effet d’un instinct aveugle et mécanique. Les raisonnements que suppose la confection d’une toile d’araignée, ce n’est point l’araignée qui les fait, mais la nature qui en est l’auteur, qui raisonne ici pour l’insecte, et à son insu (voyez Ixsrincr); tandis que ce n’est point en vertu d’un instinct aveugle et fatal que le chien, qui avait remarqué comment on demandait à diner dans un couvent, tirait le cordon de la sonnette pour obtenir son repas de la même manière.
Nous serons donc forcés d'accorder aux animaux la faculté de percevoir des rapports et de raisonner jusqu'à un certain degré. Ils possèdent également la conception, c’està-dire la faculté de se représenter les objets en leur absence. Ainsi, le chien qui se réjouit en voyant son maître revêtir ses habits de chasse, doit nécessairement se représenter des circonstances dont l’idée, associée dans son esprit à celle de ces vêtements, cause maintenant par son réveil la joie qu’il ressent. Les idées peuvent donc aussi s'associer dans les animaux; mais c’est là leur seule mémoire. Je ne sais même si on peut leur accorder la mémoire proprement dite; car le souvenir ne consiste pas seulement dans la représentation d’une notion antérieurement acquise, et qui vient s’associer à une autre dont l’objet est présent ; il consiste surtout à se rappeler l’objet d’une notion comme déjà connu et à remarquer son identité avec celui dont la perception a été acquise précédemment. Or, pour cela il faut avoir l'idée distincte du temps passé, et cette idée est refusée aux animaux. Tout entiers au présent et à un avenir extrêmement borné, et qui se rattache au présent qui les occupe, le passé n'existe pas pour eux; et s’ils sont quelquefois occupés par des conceptions de faits antérieurement connus, ces faits leur apparaissent comme actuels. Ainsi, la douleur que redoute l’animal qui se voit menacé par le fouet dont il a été frappé ne se retrace pas à lui comme un fait plus ou moins éloigné dans le passé, mais bien comme un fait actuel et tellement présent qu’il l'indique souvent par ses cris. On peut donc regarder les animaux comme privés de la faculté de la mémoire, et doués seulement de la conception et dela faculté d'association.
Mais ce qui place l'animal à un rang si inférieur relativement à l'homme, ce qui lui interdit le progrès et la qualité d’éfre moral, c'est l'absence de la réflexion, et l'on peut dire que c’est cette défectuosité capitale qui entraîne avec elle toutes les autres. Un être incapable de faire un retour sur ses propres idées par la réflexion, et de les distinguer par l’abstraction, est également incapable d’attacher des signes à ces idées, et par conséquent d’avoir un langage. Qu'on ne croie pas, en effet, que ce soit le langage seul qui permette d’avoir des idées abstraites et générales. C’est le langage, assurément, qui permet de les maintenir dans l’esprit et d’opérer sur elles, mais ce n’est point le langage qui les fait acquérir, c’est la réflexion seule qui les donne; le langage n’est qu'un instrument destiné à favoriser l’action de la pensée. Un animal qui serait doué d’un organe vocal beaucoup plus perfectionné encore que celui de homme ne parlerait pas plus pour cela s'il était privé de la réflexion. C’est ce que prouvent certains oiseaux à qui l’on parvient à faire prononcer un très-grand nombre de phrases sans qu’ils puissent néanmoins comprendre jamais un mot de ce qu’ils disent, parce qu’ils sont incapables de réfléchir, c'est-à dire de concevoir les abstractions que ces mots représentent.
On conçoit alors que, privé de langage, l'animal soit incapable de se réunir en société, d'améliorer par conséquent son état physique et intellectuel, de se livrer aux sciences,
BÊTES — RETHLEN GABOR
meres de l'industrie et- de la morale, lesquelles ne peuvent être étudiées qu'avec le secours des signes qui prêtent un soutien aux idées abstraites, dont elles ne sont qu’un long enchaînement. On concevra pareillement que sans le secoûrs de la réflexion l'animal ne puisse pas s'élever à l’idée abstraite de devoir, c’est-à-dire d’une loi que la créature est obligée d'accomplir pour remplir sa destination; car il faudrait qu'il se distinguât comme individu, comme personne, et qu’il se distinguât de la loi qui lui est impose. Or, pour envisager distinctement et ses propres actes, et la loi qui y préside ou doit y présider, il faudrait s'élever à des abstractions auxquelles la réflexion peut seule conduire, et cette faculté est refusée à animal. Il ne peut donc pas séparer dans son esprit l’idée de ses actes et l’idée de la loi en vertu de laquelle ces actes doivent être produits. 11 n’obéit qu'aux suggestions de la nature, dont il a conscience au moment où il les reçoit, mais qu’il ne distingue pas de l’acte même auquel il est poussé. Il n’est donc pas doué de cette liberté morale qui consiste dans l’homme à pouvoir choisir sciemment entre deux actes dont l’un est l’accomplissement de sa loi, et l’autre la satisfaction d’un désir contraire au but pour lequel il a été créé. D'ailleurs, et qu’on remarque bien ceci, l'animal n'éprouve pas de désirs qui ne le mènent à l’'accomplissement des lois de sa nature. Ses instincts ont été calculés de manière à ce qu’il ne pût outrepasser comme l’homme les limites de ses besoins.
L'homme, au contraire, ressent des désirs dont la satisfaction l’entuainerait loin de son but : il a des instincts qu'il doit régler ou étouffer, des passions auxquelles il doit imposer silence s’il veut accomplir sa loi ; et c’est là précisément ce qui lui donne occasion d’exercer sa liberté; autrement il aurait beau connaître sa loi et la distinguer de lui-même, si rien ne l’engageait à l’enfreindre, il ne serait réellement pas libre en laccomplissant, parce qu’il n'aurait pas de motif pour la violer; il ferait le bien sans vertu et sans mérite. Ce qui constitue le mérite chez l’homme, c’est ce conflit de penchants divers qui se disputent son cœur, et les efforts qu’il produit pour comprimer ceux qui sont un obstacle à Paccomplissement de sa destinée.
Pour l’animal, non-seulement il n’a pas la connaissance distincte de sa loi, il n’a pas même besoin de la connaître, puisque rien ne le porte à la transgresser ; et il n’est pas le maître de commander à ses penchants, parce qu’il n’en est pas distinct, et que la réflexion n’a pas éclairé sa conscience de manière à le séparer à ses yeux des instincts dont la nature l’a doué. Par là, il est privé de ce qui fait le plus noble attribut de la créature humaine, c’est-à-dire de la liberté, du pouvoir d'acquérir du mérite par la vertu, et par conséquent de tout droit à l’immortalité.
Nous pouvons donc, sans crainte d’abaisser l’homme ou de blesser son amour-propre, accorder à la bête une âmne dont la nature est si inférieure à la nôtre, et dont les facultés, uniquement appropriées à la satisfaction des besoins terrestres, prouvent qu’elle n’a pas d’autre destination que cette demeure où elle est condamnée à vivre et à mourir, sans souvenir du passé, sans inquiétude de son avenir, sans autre pensée que celle de ses besoins présents, sans conscience de son être, sans intelligence de l'univers qui l’entoure et du Dieu qui l'y a placée. C.-M. PATFE.
BETH , nom de la seconde lettre de l'alphabet chez les hébreux. Voyez B
BÉTHANIE,, bourg et forteresse de la tribu de Benjamin; il était situé aux environs de Jérusalem, au pied du mont des Oliviers. C’est à Béthanie que Jésus-Christ opéra la résurrection de Lazare. Il y à 500 habitants.
BETHENCOURT (Jean ne), gentilhomme picard, était chambellan de Charles VI lorsqu'il résolut d'aller chercher fortune à l'étranger. A la tête de quelques aventuriers il s ’embarqua le 1°* mai 1402 à la Rochelle. Après avoir relâché à Cadix il obtint des secours d'Henri III, roi de Cas-
tille, et fit la conquête des iles Canaries, dont il se qulifia le seigneur. Il convertit au christianisme la plus grande parie des indigènes et fit baptiser leur roi sous le nom de Louis ; mais ayant voulu étendre ses conquêtes jusqu'aux côtes d'Afrique, il s’éleva une querelle entre lui et l’un de ses lieutenants ; ils en appelèrent à Henri HI qui donna raison à Bethencourt. Ce dernier fit plusieurs fois le voyage de Normandie pour en ramener des ouvriers et des colons, et finit par laisser son neveu comme gouverneur aux Canaries. Le 15 décembre 1405 il obtint du pape un évêque pour ces Îles, et depuis 1406 passa le reste de sa vie dans ses terres de Normandie. Il mourut en 1495, à Granville, Le récit de ses aventures se trouve consigné dans l'Histoire de la première découverte des Canaries, par Pierre Bonlier, franciscain, et Jean le Verrier, prélre (Paris, 1530, in-8°).
BETHLÉHEM , originairement £phrala, aujourd’hui Beth-Lahm, lieu de naissance du roi David et de Jésus- Christ, village et autrefois ville de la Palestine, à deux lieues de Jérusalem, sur une montagne toute couverte de vignes et d’oliviers, compte aujourd’hui près de 300 maisons et une population d’environ 3,000 Grecs et Arméniens, qui fabriquent à l'usage des pèlerins des chapelets de bois ainsi que des crucifix garnis de nacre de perle, et produisent de fort bon vin blanc. Sur l’emplacement où la tradition veut que soit né Jésus-Christ s’élève une église construite par Justinien , et non pas, comme on le dit quelquefois, par limpératrice Hélène. Elle est consacrée à sainte Marie de la Crèche (di Presepio), et on y conserve une crèche en marbre, dans laquelle la tradition porte que fut placé Jésus-Christ alors enfant.
BETHLEHEM, établissement central des frères Mo r aves ou herrnhutes dans l'Amérique du Nord, ville bâtie en Pensylvanie, dans le comté de Northampton, au confluent du Manakiny dans le Lehigh, au nord-ouest de Philadelphie, fut fondée en 1741. Elle est le siége d’un évêque, possède une belle église, 400 maisons et 3,000 habitants, avec d’importantes usines et trois grandes tanneries, trois maisons différentes établies pour loger les jeunes hommes non mariés; les jeunes filles et les veuves sont soumises à un régime presque claustral. Dans les excellentes écoles dépendant de ces maisons on admet également des enfants de parents appartenant à d’autres confessions chrétiennes. Les villages herrnhutes de Guadenthal, Christianbrunn, Guadenhutten et Schæneck dépendent de Bethléhem. Des frères Moraves habitent également les localités situées à peu de distance de là et désignées sous les noms de Xitis et de Nazareth.
BETHLÉHÉMITES. Cenoma été celui d’un ordre religieux quiexistait à Cambridge au treizième siècle, et qui portait l’habit des dominicains ; plus tard, d’un ordre fondé à Guatémala par Pierre de Bétancourt, qui ne fut confirmé qu’en 1673, qui portait l’habit des capucins et suivait la règle de Saïint-Augustin. Les partisans de Jérôme Huss empruntèrent aussi le nom de Bethléhémites à l’église de Bethléhem de Prague, où il prêchait.
BETHLEN GABOR (c'est-à-dire Gabriel BETULEN), prince de Transylvanie et roi de Hongrie, né en 1580, descendait d’une famille ancienne et considérée de la haute Hongrie, qui possédait aussi d'importants domaines en Transylvanie et avait embrassé la religion protestante. Pendant les troubles qui désolèrent la Transylvanie, sous le gouvernement de Sigismond et de Gabriel Bathori, Bethlen sut se faire des amis et des partisans parmi les grands du pays, et après la mort de ces deux malheureux princes, en 1613, il réussit, avec l'assistance de la Turquie, à se faire élire prince souverain de Transylvanie, la maison d'Autriche ne se trouvant pas à ce moment en position de faire valoir ses droits contre lui. Lorsqu’en 1619 les États de Bohème se révoltèrent contre l'Autriche, Bethlen, faisant cause commune avec eux, pénétra en Hongrie à la têted’une armée, s’empara de Presbourg, menaça un instant.
{18 BETIILEN GABOR —
Vienne, et se fit élire roi de Hongrie le 25 août 1620. La fortune ayant été plus favorable dès l'année suivante aux armées impériales, Gabor fit sa paix avec Ferdinand, renonça à la couronne de Hongrie, et reçut, à titre d’indemnité, sept palatinats de Hongrie, la ville de Kaschau et les principautés d'Oppein, de Ratibor, en Silésie.
Mais cette paix dura peu, et fut violée par les Impériaux,
à qui les victoires rempurtées par Tilly avaient rendu tout leur |
orgueil. Aussi Bethlen-Gabor dut-il prendre de nouveau les armes, en 1623. 11 pénétra alors jusqu’à Brünn, en Moravie, à la tête d'une armée de soixante mille hommes. N'ayant pu opérer sa jonction avec les troupes du duc Christian de Brunswick, il fut contraint de conclure un armistice, et - d'accepter la paix aux anciennes conditions. Le mariage qu’il contracta en 1626 avec Catherine de Brandebourg eut. pour suites de lui faire prendre part aux luttes de la guerre de trente ans. Cependant dès 1626 il concluait pour la troisième fois sa paix avec l’empereur. Il ne s’occupa plus depuis que de l'administration de la Transylvanie, et mourut le 15 novembre 1629, sans laisser d'enfants. Dans son testament il recommandait son pays et sa veuve à la protection de l’empereur Ferdinand If, instituait le sultan des Turcs son exécuteur testamentaire’, et lui faisait don, ainsi qu’au roi des Romains, Ferdinand IIJ, d’un beau cheval richement caparaçonné , et d’une somme de quarante mille ducats payable en or.
La famille Bethlen a encore produit :
Jean BeruLeN, chancelier de Transylvanie, mort en 1687, célèbre par son intéressant ouvrage Rerum Transilvanicarum libri IV (Hermannstadt, 1683), qui contient l’histoire dela Transylvanie de 1629 à 1663. L'auteur laissa en mapuscrit la continuation de cet ouvrage jusqu’à l’année 1674. Storanys l’a publiée à Vienne en 1783.
Wolfgang Beruren, qui fut aussi chancelier de Transylvanie, mort à l’âge de quarante ans, en 1679, est auteur d’une histoire de Transylvanie en seize livres, comprenant les événements qui se sont accomplis depuis la bataille de Mohacs jusqu’à l’an 1609; mais la mort lempêcha de livrer à l'impression cet ouvrage, l’une des sources les plus précieuses auxquelles on puisse puiser pour l’histoire de la Hongrie et de la Transylvanie. Le manuscrit en avait singulièrement souffert; mais il a été restauré et complété avec beaucoup de bonheur, puis publié par J. Benkæ, sous le titre de Wolfgangi de Bethlen Historia de Rebus Transilvanicis (Hermannstadt, 1792, 6 vol.).
BETHMANN FRERES, raison sociale sous laquelle est connue, dans le monde financier, l’une des plus importantes maisons de banque de l’Europe, dont le siége est à Francfort.
La famille Bethmann est originaire des Pays-Bas, qu’elle dut quitter par suite de persécutions religieuses pour venir s'établir dans la petite ville de Nassau, située à peu de distance de Francfort. Simon-Maurice Berumann, né en 1687, mort en 1725 avec le titre de bailli de Nassau, laissa quatre enfants, Jean-Philippe, Jean-Jacques, Catherine-Élisabelh et Maurice, tous encore en bas âge. Leur oncle maternel, Jacques Adamy, négociant riche et considéré fixé à Francfort, qui, bien que marié, n’avait pas d’enfants, reeueillit ces orphelins, et les fit élever avec le plus grand soin, L'ainé, Jean-Philippe Bernmanx , né en 1715, et qui était doué de remarquables facultés intellectuelles, fut associé de bonne heure par Adamy à ses affaires, déjà très-prospères, puis institué par lui son héritier universel en vertu d’une disposition testamentaire. Après la mort de son oncle, arrivée le 23 décembre 1745, Jean-Philippe Bethmann continua encore pendant quelque temps ses affaires sous la raison Jacques Adamy. Plus tard, il s’associa le plus jeune de ses frères, Simon-Maurice, né le 6 octobre 1721, et tous deux adoptèrent alors la raison sociale de Berumanx Frères. L'autre frère, Jean-Philippe, né en 1717, s'établit à Bordeaux,