BETHMANN FRERES
Par leur intelligence , leur activité et leur loyauté en af: faires , les frères Jean-Philippe et Simon-Maurice Bethmann: réussirent à donner un essor immense à leurs opérations, ct fondèrent la fortune de leur famille. L'un et l'autre se. marièrent heureusement. L’ainé eut quatre enfants , un fils et trois fiiles ; le cadet au contraire ne laissa pas d’héritiers. en mourant. Leur sœur Catherine-Élisabeth était morte déjà longtemps auparavant, sans avoir jamais été mariée. Jean- Philippe Bethmann, banquier et conseiller aulique, mourut le 27 novembre 1793.— Son fils unique, Simon-Maurice, n6 le 31 vctobre 1738 , devint le chef de la maison, qui, par l'importance toujours croissante de ses opérations de banque, et par la négociation de différents grands emprunts pour le compte de l'Autriche, du Danemark et d’autres puissances,! parvint à une prospérité extrême en même temps que son nom se répandait dans toutes les parties du monde.
Simon-Maurice BETHMANN était un homme aussi heureusement doué sous le rapport physique que sous le rapport intellectuel, qui vécut dans des temps extrêmement agités, et qui,dans les circonstancesles plus difficiles et les plus critiques, excellait à distinguer et à saisir en toutes occasions l'instant favorable. Les hommes les plus distingués de l’époque recherchèrent son amitié, et les souverains les plus puissants reconnurent et récompensèrent ses services par des collations de titres et de décorations honorifiques. L'empereur d'Autriche l’anoblit, et l’empereur Alexandre de Russie le nomma consciller d'État et consul général. Bienfaiteur des pauvres, il protégeait noblement les arts et les lettres; et dans toutes les circonstances difficiles qu’elle ent à traverser, sa ville natale trouva auprès de lui de sages et prudents conseils en même temps que l’appui et la protection les plus efficaces. Quand, à la suite de la bataille de Leipzig et de la bataille de Hanau, l’armée française battit précipitamment en retraite sur le Rhin, Napoléon passa avec son état-major la nuit du 31 octobre au 1° novembre 1813 dans la villa Bethmann, située en avant de la porte de Friedberg, et dont le propriétaire était déjà allé la veille dans l’après-midi, en compagnie du maire de Francfort Guiollet, de quelques cavaliers de ia garde bourgeoise, au devant de empereur, qu’il n’avait pu joindre qu’à travers des dangers de tout genre. Dans ces quelques heures si décisives, Bethmann , par son influence personnelle sur l'esprit de Napoléon et par la prudence toute sa conduite, réussit à detourner de sa ville natale d’incalculables calamités, 11 mourut le 28 décembre 1826.
Sa veuve, Louise-Frédérique Boope, issue d’une famille hollandaise de distinction, se remaria avec Mathias-François Borgnis, devenu plus tard associé de la maison Bethmann frères. Des trois sœurs de Simon-Maurice Bethmann, qui toutes lui survécurent, sont mortes depuis Suzanne-Élisabeth,mariée à Jean-Jacques HoLLwec, associé de la maison Bethmann frères, qui prit le nometles armes de la famille Bethmann, et devint le fondateur de la ligne de Bethmann- Hollweg, et Marie-Élisabeth, mariée en premières noces à Jean-Jacques Bethmann, associé de la maison Be{hmann Jrères, et en secondes noces à Victor-François vicomte de Flavigny. De ce second mariage est issu Maurice de Flavigny, pair de France sous Louis-Philippe, et qui, après la révolution de Février, a fait partie de l’Assemblée nationale, La troisième sœur, encore vivante aujourd’hui; Sophie- Élisabeth, veuve De Luze, et en secondes noces veuve baronne de Mettingh, habite Munich.
La maison Bethkmann frères continue à jouir d’une pros= périté qui repose sur les bases les plus solides. Outre d’im= menses affaires de banque et de commission, ainsi qu'une participation importante à toutes les grandes opérations financières de notre époque, elle s'est, dans ces derniers temps, mis à la tête de différentes entreprises de chemins de fer, tant sous le rapport financier qu'en ce 2 est de l'exé= cution et de l'administration. Elle a aujourd'hui pour chef Philinne- Henri- Maurice - Alexandre de BETaMANN; n6
BETHMANN FRÈRES — BEÉTHUNE
| ‘e 8 octobre 1811, fils aîné de Simon-Maurice Bethmann. Il possède les qualités du cœur et de l'esprit qui semblent héréditaires dans la famille Bethmann : aussi jouit-il de l'estime générale, 11 est connu par son zèle à venir en aide à toutes les institutions charitables et à toutes les entreprises d'utilité pub'ique. 1 a été jusqu’en 1866 consul général de Prusse à Francfort, — Ses frères, Charles - César - Iouis, nommé baron et chambellan par le roi de Bavière,
et Alexandre, propriétaire des seigneuries de Krzinetz, Ronow et Dobrowan en Bohême, résident alternativement à Francfort et dans leurs terres. L’aîné a épousé Marie-Thérèse baronne de Prindts, de la maison Prindts de Treuenfeld ; le plus jeune, Jeanne-Frédérique Heyder, fille d’un banquier de Francfort.
Dans la villa Bethmanx, dont il a été question plus haut, habitation où l’on trouve réunies toutes les délicatesses et | toutes les recherches du bon goût et du luxez et ornée d’une
: foule de trésors artistiques de tout genre, les amateurs des
beaux-arts vont admirer une magnifique galerie où se.
trouve la célèbre Ariadne, montée sur la panthère, exécutée en marbre par Dannecker, BETHMANN-HOLLVWEG ( MAURICE-AUGUSTE DE), célèbre jurisconsulte, né le 10 avril 1795, à Francfort, est le fils de J.-J. Bethmann-Hollweg, alors second chef de la maison de banque Bethmann frères. Après d'excellentes études faites au gymnase de sa ville natale sous la direction de Ch. Ritter, il parcourut, de 1811 à 1813, la Suisse et l’Italie, revint en 1813 suivre les cours de l’université de Gœttingue, et en 1815 ceux de l’université de Berlin, pour s’y livrer à l'étude du droit sous Hugo et Savigny. Il passa l'été de 1817 avec Gœschen à Vérone, pour y déchiffrer le manuscrit des Institutes de Gaius, et l’année suivante il fut reçu docteur en droit par l'université de Gættingue. En 1819 il vint s'établir à Berlin, à la demande de Savigny, et y fit des cours particuliers. Un an après il était nommé professeur agrégé, puis trois ans plus tard professeur titulaire de droit civilet de procédure. De 1827 à 1828, il remplit les fonctions de recteur de l’université de Berlin. Transféré à Bonn, sur sa demande, en 1829, il y occupa les mêmes chaires jusqu’en 1842, époque où il renonça aux fonctions de professeur pour accepter celles de curateur de l’université, qu’il remplit jusqu'en 1845. Nommé cette même année conseiller d'État, il siégea, en 1846, au synode général tenu à Berlin, cten 1849 il fut élu membre de la première chambre prussienne. Chargé du ministère de l'instruction publique et des cultes (novembre 1858), il se signala par l’amour du pro: grès et un grand esprit de tolérance; mais en mars 1862 il refusa de contre-signer l'ordonnance qui dissolvait la chambre des députés, et donna sa démission. On a de lui, outre diverses dissertations, Éléments de Procédure civile (3° édit., Bonn, 1832), Essais sur quelques parties de la théorie de la Procédure civile (Bonn, 1834), et Origine des libertés des villes lombardes (Bonn, 1846), ouvrages qui témoignent de sa sagacité et de l'étendue de son savoir, BETIHIMONT (Eucèxe), homme politique, né le 8 mars 1804, à Paris, était fils d’un boulanger du faubourg Saint-Antoine, qui s’imposa mille privations pour lui faire donner une éducation libérale. Après avoir commencé ses études au collége Charlemagne, il les termina chez les pères de l’Oratoire, à Juillv, et indemnisa ses protecteurs par deux années de professorat. Puis il vint suivre les cours de droit à Paris, en donnant des leçons particulières qui lui permettaient de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Ses débuts au barreau en 1828 furent très-brillants, et il y conquit en peu de temps une place des plus honorables, Élu député de la Seine en 1842, Bethmont se fit remarquer dans l'opposition par l'in lépendance et la droiture de ses sentiments ; il contribua à l'agitation réformiste et demanda la mise en accusation du ministère Guizot. Après le 24 février il accepla du gouvernement provisoire le portefeuille du commerce
et de l’agriculture. Trois départements le choisirent pour représentant ; ilopta pour celui de l'Indre. Remplacé dans son ministère par Flocon (11 mai 1848), il passa le 7 juin suivant à la justice et y resta jusqu'au 17 juillet. Bien qu'il eût été nommé l'un des vice-présidents de l’Assemblée, il prit une part peu active à ses travaux, et donna sa démission après le vote de la constitution. Lors de l'élection du nouveau conseil d'État, Bethmont en fit partie et y présida d’abord la section d'administration, puis celle des travaux publics. Le coup d'État du 2 décembre le rendit à ses fonctions d'avocat; il devint bâtonnier de l'ordre pour les années 1354-55. Le 1% mars 1860 il mourut à Paris, laissant la réputation d’un démocrate éclairé et d'un honnête homme.
Comme avait déjà fait Paillet, Bethmont préleva sur son patrimoine un capital dont le revenu est destiné à fournir chaque année une récompense à l'avocat stagiaire que 1 conseil de l’ordre à jugé digne de recevoir cette distinction.
Son fils, Paul Beramonr, avocat, a siégé depuis 1865 au Corps législatif dans les rangs de l'opposition; les électeurs de la Charente-Inférieure ont renouvelé son mandat en 1871 pour l'Assemblée nationale. |
BÉTHULIE, ville de la Terre Sainte, dans la tribu de Zabulon, et qui était située sur une montagne, est célèbre par l’action hardie de Judith (la mort d’Holoferne) et la défaite des Assyriens, qui assiégeaient cette vil’e,
BÉTHUNE, ville forte, de l’ancienne province d’Arlois, aujourd’hui chef-lieu d'arrondissement du Pas-de- Calais, située sur la Brette et à l’embranchement de deux chemins de fer, avec un tribunal de 1"* instance, des fabriques de savon, de poterie, de sucre de betterave, des raffineries de sel, des blanchisseries, un commerce considérable de lin, toiles, fil, graines oléagineuses, et une population, en 1866, de 8,178 habitants, Elle avait autrefois des seigneurs particuliers; en 1248 elle devint une des propriétés des comtes de Dampierre. Plus tard elle fut soumise par Philippe le Hardi. Louis XI s’en empara. Charles VIII la rendit à l'Espagne. Tombée en notre pouvoir en 1645, elle fut réunie à la France par la paix des Pyrénées, Vauban en agrandit les fortifications ; cependant les alliés la prirent encore en 1710; mais ils la rendirent quatre ans. après, au traité d'Utrecht.
La petite ville de Charost, dans le Berry, à 24 kilomètres de Bourges, département du Cher, a pris le nom de Bé- TUUNE après son érection en duché-pairie au dix-septième siècle, en faveur de Louis de Béthune (voyez l’article suivant). Elle portait auparavant le titre de comté. Situé sur l’Arnon, ce chef-lieu de canton compte aujourd'hui 1,687 habitants.
BÉTHUNE (famille ne). Cette maison, originaire de l’Artois et descendant de Robert dit Faisseux , né vers 970, étaitune des plus anciennes et des plus illustres du royaume. Un de ses descendants, François De BÉTRUNE, baron de Rosny, embrassa le calvinisme , et fut fait prisonnier à la bataille de Jarnac. Ses deux fils devinrent les souches de deux branches.
La branche aînée fut fondée par Maxinilien be BÉTRUNE, marquis de Rosny, ministre de Henri IV, qui, ayant acheté la terre de Sully-sur-Loire, obtint qu’elle serail érigée en duché-pairie au mois de février 1606 (voyez Suzy). Cette branche s’est éteinte le 20 septembre 1802, en la personne d'Alexandre DE BÉTHUNE, dernier duc de Sully.
Le trère du célèbre Sully, Philippe DE BÉTHUNE, qui remplit de hautes fonctions militaires ou administratives sous les règnes de Henri II et Henri IV, et mourut en 1649, fut le fondateur de la branche cadette. — La ville de Charosi en Berry, qui portait le titre de comté, fut érigée en duchépairie, dans l’année 1672, pour Louis DE BÉTHUNE, petit neveu de Sully, et chef alors de cette branche, à laquelle appartenait d’abord le titre de marquis de Chabris, puis celui de duc de Charost, et qui s’est élemte en 1807.
La famille BÉTHUNE DES PLANCÇQUES, qui existe encore aujourd’hui en France, descend de Michel des Plancques, seigneur d’Hesdigneul et lieutenant de la ville et du château de Béthune vers l’an 1522. Son fils, Pierre des Plancques, laissa deux fils, dont l’un, Jean des Plancques, seigneur d'Hesdigneul , fonda la ligne de Béthune Hesdigneul, et Yautre, Georges, seigneur de Berlette, la ligne des comtes de Saint-Venant. Depuis deux siècles les descendants de l’une et l’autre de ces maisons ont ajouté à leur nom celui de la ville de Béthune. L'un des descendants de Jean des Plancques, le marquis £ugène-François-Léon de BÉTHUNE, né en 1746, obtint de l’empereur Joseph IT, le 6 septembre 1781, pour lui et ses descendants, le titre de prince de Bétlune-Hesdigneul, et mourut le 17 août 1823. Son fils aîné, Maximilien, prince be BÉruuxE, né le 17 septembre 1774, est aujourd’hui le chef de cette famille.
Un petit-fils de Georges des Plancques, appelé ‘Adrien- François ne BÉTHUNE, épousa Marie de Lierres, fille aînée de Maximilien de Lierres , comte de Saint-Venant ; mariage qui réunit dans la même branche tous les biens de la famille des Plancques. C’est pour ce motif que depuis lors les membres de cette branche prennent le titre de comfes de Saint-Venant. L’arrière-petit-fils d’Adrien-François de Béfhune, Marie-Louis-Eugène, mort en 1812, crut pouvoir prendre le nom de BÉrauxE-SuLziy, parce qu’il avait acheté en 1808 les biens du dernier duc de Sully. Son fils, Maæimilien-Léonard-Marie-Louis-Joseph , comte de BÉTHUNE- Suzzy, est aujourd’hui le chef de celle branche de la famille.
BETHUNE ( Davi). Voyez BEATOUN
BETHYLE,, genre d'insectes, de l’ordre des hyménoptères, section des porte-tarière. Ce genre, établi par Latreille, est caractérisé par des mandibules longues, arquées et q'adridentées; par des palpes maxillaires filiformes; par des anfennes coudées, composées de douze ou treize articles, et par des pattes robustes, ayant les cuisses renflées et les jambes droites.
BÉTHYLES ou BÉTYLES, pierres informes , que les Orientaux adoraient, avant de donner des formes humaines à leurs divinités. Les Grecs appelaient ainsi la pierre abadir, que Cybèle fit avaler à Saturne. Bochart tire l’origine des béthyles de cette pierre mystérieuse sur laquelle Jacob reposant pendant la nuit eut une vision , et qu’à son réveil il oignit d'huile, d’où le lieu fut appelé Beth-el. Selon d’autres, Uranus fabriqua des pierres animées qui portèrent le nom de béthyles. Damascius, qui écrivait sous Justinien, racontait qu’il avait vu une de ces pierres se mouvoir en l'air, Héliogabale rapporta de la Phénicie à Rome une grosse pierre noire en forme de cône, qu’il voulut faire adorer. Les béthyles passaient aussi pour être descendues du ciel : de là des commentateurs en ont fait des aérolithes. On en trouvait dans les temples, chez des particuliers, et elles servirent naturellement d’amulettes.
BÉTIQGUE,, une des trois grandes contrées de l’Espagne, ainsi nommée du fleuve Bétis (aujourd'hui le Guadalquivir) qui la traversait dans toute sa longueur, et qui comprenait à peu près l’Andalousie et le royaume de Grenade. Elle était bornée à l’ouest par l’Anas , qui la séparait de la Lusitanie, à l’est par la mer et au nord par la Tarraconaise, ef avait cinq sous-divisions principales (Béturie, Turdétains, Turdules , Bastules et Bastitains). Le sol dela Bétique était extraordinairement fertile, et elle offrait des sites délicieux. Ses ports excellents attiraïent les navigateurs des contrées les plus lointaines, et les Carthaginois y menèrent de nombreuses colonies, Du temps des Romains la Bétique, au dire de Pline, comprenait cent soixantequinze villes,
BÊTISE. La bétise est chez l'homme un manque d’intelligence; c’est l'opposé de cette précieuse faculté qu'on nomme esprit. La bêtise n’est pas moins que esprit un attribut qui distingue l'homme de la bête, douée seulement
BÉTHUNE — BÉTISE
de l'instinct. Une bête des forêts n'est pas plus bête qu'une autre : tous les animaux de même espèce (il nous le semble du moins) ont la même dose d'instinct; l’homme, au contraire , reçoit le don de l'esprit à doses plus ou moins fortes, et il existe autant de distance d’une intelligence humaine à une autre qu’il peut s’en trouver entre l'instinct de l’huître et celui du chien.
Tandis que l'esprit court, dit-on, les rues, la bérise, presque toujours privilégiée dans ce monde, en attendant la béatitude qui lui est promise dans l’autre ( Beati pauperes spirilu), s'est réfugiée dans les conseils des rois et des nations, voire dans les académies et dans les colléges. Pour indiquer tous les lieux où règne la bêtise, pour exprimer tous les cas où, à l'exclusion du bon sens et de la raison, elle trône, se prélasse, pérore, disserte, professe, il faudrait reprendre de haut et de loin l’histoire des institutions humaines, en reKgion, en politique, en administration, et dans tous les usages de la vie,
Il n’est personne dans le monde qui n’ait été à portée de constater la distinction qui existe entre la bé/ise etla softise. L'homme qui n’est que béle peut être ennuyeux, ridicule; mais quand la vanité s’en mêle, quand une bé£e s'imagine avoir de l'esprit, alors elle devient incommode, importune, insupportable; en un mot, elle tombe dans la softise. On peut être une bonne béfe, on n’est jamais bon quand on est sof; car la softise suppose à la fois un défaut d'esprit et un vice de caractère. Il est plus béte que méchant; Il est si bon qu’il en est béte, voïlà deux proverbes dont personne ne conteste la justesse. Les bé£es de cet acabit se confondent avec les bénéts, gens qui trouvent tout bon, tout bien; benè est, voilà leur devise, d’où est tiréleur nom. L'idiot est la béfe par défaut de connaissance et d’aptitude à rien apprendre. Le stupide est la bête renforcée. La brute est l’homme qui à la bêtise joint des manières grossières et brutales : ily alà, comme dans la sottise, défaut d'esprit et vice du cœur. L’imbécile est le faible d'esprit : être encore plus négatif que la béfe , il n’a pas d'idées, il ne conçoit pas celles des autres; la béte au moins a le triste avantage d’avoir des idées à elle, des idées telles qu’elle peut les concevoir. Le niais, le nigaud, ne doivent pas non plus être confondus avec la bête. Le niais est un être novice sur tout, qui se laisse mener comme à la lisière par le premier venu; mais une fois déniaisé, grâce à l’expérience, il peut quelquefois n’être plus une bête. Le nigaud (nugator est un grand innocent , qui ne s'occupe que de niaiseries. L’esprit du nigaud, comme celui du niais, est susceptible de se réveiller. 11 serait facile de citer des niais qui sont toujours restés tels et qui ont fait des livres, des journaux , des constitutions , et jusqu’à des révolutions, pour ne s’en trouver ni plus riches ni mieux gouvernés. Il y a plus : en politique, les véritables gens d'esprit sont presque toujours des niais de comédie; et ce sont des fripons assez bêtes, mais à la tête froide, qui emboursent la recette,
Rien, dit-on, de si bête que les gens d'esprit. Il est en effet des bêtises que la préoccupation , la distraction, Phabitude de se complaire à ses propres idées, font commettre à un homme d'esprit, et que ne commettrait pas une bête renforcée. Qui ne se rappelle le mot de la garde-malade de La Fontaine au confesseur de ce poëte : « Laïssez-le donc en paix! Dieu n’aura pas le courage de le condamner, il est plus bête que méchant, »
L'amour, dit-on encore,
En gens d'esprit change les bêtes Et rend bêtes les gens d'esprit.
Il est effectivement peu de passions qui bouleversent autant l’homme, donnant tant de ressources au plus stupide, et embarrassant en même temps le plus spirituel, comme pour rappeler à notre espèce son identité d’origine.
L'esprit est moins utile qu'on ne croit généralement à la
BÊLISE — BÉTOINE
réussite dans ce monde. Pour un homme d'esprit qui perce, combien d’idiots qui parviennent! Une certaine dose de bêtise profite à beaucoup de gens. Un imbécile n’inspire jamais d’ombrage à ses supérieurs, on le protège de préférence. On se croit toujours sûr d'en faire ce qu’on voudra. On aide lhuiître à fixer son byssus n'importe où, et l'huitre s’engraisse, Aussi le poëte a bien eu raison de dire :
Pour être heureux faut être bête!
L'histoire n’est autre chose que les annales de la bélise des rois et de leurs ministres : sous ce rapport elle est parfois assez divertissante, du moins pour la postérité. Il doit manquer aux rois une foule d’idées pratiques qui sont à usage du plus mince bourgeois : voilà pourquoi le sens commun est encore plus rare sur le trône que l’espritset le génie. C’est en effet par un homme de génie que commencent d'ordinaire les races royales ; elles finissent le plus souvent par des bétes méchantes et sottes. Ceci me remet en mémoire le trait par lequel de jeunes auteurs ont buriné dans un drame historique le personnage impérial de Claude : Gros, gras et père! ces trois mots résumaient vingt pages de Tacite : aussi ont-ils fait fortune.
Il faut le reconnaître, l’homme du peuple qui, à la faveur d’une convulsion politique, devient un homme en place, contracte bientôt ce penchant à la béfise. On a fait un volume entier des dneries révolutionnaires. Bien digne assurément était de figurer dans ce recueil cet officier municipal qui fit incarcérer comme patriote tiède un malheureux violoniste, pour avoir, dans un concert patriotique, observé les pauses. « Je vous apprendrai, lui dit le fonctionnaire, à rester les bras croisés la moitié du temps quand les autres jouent! » N’a-t-on pas entendu sous la Restauration un courtisan de Louis XVIII répondre à ce roi fin railleur, qui lui avait dit : « Vous venez de parler comme un Démosthène : — Sire, il est possible que je n’aie pas l’éloquence de Démosthène, mais Démosthène n'avait pas assurément plus
. amour pour son roi. » Ce trait nous rappelle ce seigneur
de la cour de Louis XV qui demandait si Cicéron avait fait ses études chez les jésuites, et cet autre qui priait Cassini de recommencer l’éclipse. Du reste, plus près de nous, n’avons-nous pas vu un prince s’ébahir sur la haute température qu'avait dû ressentir un savant académicien dans une ascension aérostatique!
A la cour, les flatteurs réussissent quelquefois par des bétises dites à propos. Le courtisan qui répondait à Louis XIV : « Sire, il est l’heure qu’il plaira à Votre Majesté; » le cardinal d’Estrées montrant sans le vouloir les plus belles dents du monde en disant au même monarque, qui se plaignait de la perte des siennes : « Sire, qui est-ce qui a des dents! » ont su plaire au maître. Mais de nos jours furent sifflés, baffoués par tous les partis, ces sénateurs parvenus dont l’un, haranguant l’impératrice mère, la comparait à la mère du Christ, et l’autre, en offrant à Napoléon trois cent mille conscrits de dix-sept ans, vantait l'exercice salutaire qu'ils allaient prendre en allant laisser leurs os sur la route de Moscou ou de Madrid.
Que de bêtises n’ont pas dites les premiers hérésiarques du christianisme, depuis celui qui s’est attaché à nous faire connaître les joies promises aux deux sexes dans le paradis, jusqu’à cet autre qui avait mesuré la taille d’Adam, celle de Jésus, même celle du Saint-Esprit! Mais laissons Bayle et Voltaire moissonner dans le champ des bélises sacrées.
Si des hauteurs du trône et de l'autel nous descendons aux usages des peuples, nous ne trouverons pas le genre humain en masse moins sujet à la bêtise que l’homme pris individuellement. Hérodote nous apprend que chez certain peuple d'Asie, les Tibaréniens , quand la femme accouchait, le mari se mettait au lit, puis se faisait soigner et recevait des visites comme une accouchée. Cela n’est pas assurément plus béte que de faire servir ur somptueux repas pendant huit
DICT. DE LA CONYERS. — T. IH
jours au cadavre d’un roi ou d’un évêque, assis, couvert d’oripeaux et de fard, sur un lit de parade.
Mais plus nous exploitons la matière de cet article, moins nous l’épuisons, et plus elle s'étend. Après avoir parlé des rois, des princes, et de leur entourage , il ne nous reste plus qu’à indiquer la bélise observée, reproduite avec esprit par certains acteurs si aimables et si chers au public : depuis Janot , avec son fameux c'en est, qui fit fureur à la cour de Louis XVI, et qui eut même l’honneur de passer dans la belle bouche de Marie-Antoinette ; depuis Jocrisse Brunet, jusqu’à Potier, toujours divers et toujours si risible; jusqu'à Odry, toujours le même et toujours si divertissant ; jusqu’à ce bon Arnal, si innocent et si persécuté, on a vu se succéder en France cinq générations au moins de rois de la bétise. Ceux-là du moins n’ont fait que des heureux : plus fortunés que Titus , chaque soir ils ont pu dire : Je n'ai pas perdu ma journée. Ch. pu Rozom.
BETJOUANS ou BETSCHOUANS, nombreuse et puissante nation de l’Afrique méridionale, où elle habite depuis le Kou-Gariep ou fleuve Jaune, par 28° de lat. sud, entre le canal de Mozambique et les Boschimans, un territoire de trente à quarante journées de marche , jusqu’au tropique du Capricorne. Ils appartiennent à la grande famille des Cafres, et se rapprochent beaucoup des Koosas. Leur langue a beaucoup d’analogie avec celle qu’on parle au Congo. Les nombreuses tribus dont se compose le peuple betjouan obéissent à un chef suprême, qui jouit d’une autorité à peu près absolue, et sont continuellement occupées à guerroyer, bien qu’elles aient moins le renom de bravoure que leurs voisins de l’ouest et du sud, et qu’elles soient parvenues à une certaine civilisation. Le Malopo est le principal cours d’eau qui arrose leur territoire, lequel est traversé par les belles vallées qu'y forment les monts Kammani. Comme il est situé dans la zone où réussissent les diverses espèces de céréales du midi de l’Europe, l’agriculture s’y pratique sans grande peine; mais on s’y livre plus particulièrement à l'élève des bestiaux, des bêtes à cornes surtout. Les chevaux y sont un objet d’horreur. La fréquence des guerres, la préparation habile du fer, du cuivre, de livoire et des peaux d'animaux expliquent pourquoi on y trouve d’assez grandes villes, dont quelques-unes ont jusqu’à 15,000 habitants, et dans lesquelles chaque maïson constitue une espèce de forteresse défendue par des remparts et des fossés. La plupart des travaux ordinaires sont abandonnés aux femmes, qui y sont l’objet d’un profond mépris. Ces populations ne présentent d’ailleurs que de très-faibles traces d’idées religieuses. Ce n’est guère que vers 1801 que le nom de cette nation est parvenu en Europe, et jusqu’à présent on n’a encore obtenu sur elle que des renseignements fort insuffisants. Le peu que nous en savons nous a été appris par des missionnaires qui entretiennent d'importants établissements au Vieux et au Nouveau Latakou. Consultez Lichtenstein, Voyages dans l'Afrique méridionale (Berlin, 1812); Shaw, Memorials of south Africa (New-York, 1841); Napier, Excursions in southern Africa (2 vol., Londres, 1849), et Casali, Éludes sur la langue séchuna (Paris, 1841).
BETOINE , genre de la famille des labiées et de la didynamie gymnospermie , plante vivace, dont les fleurs sont en gueule. Sa racine est grosse comme le doigt et garnie de plusieurs fibres longues et chevelues. Les feuilles qui en partent sont oblongues, bosselées et velues. Sa tige est car rée, rarement branchue, hautes de 435 centimètres, chargée par intervalles de quelques feuilles opposées, plus allongées que celles du bas et plus étroites. Cette tige se termine par un épi de fleurs purpurines assez pressées , dont chacune est un tuyau découpé par devant en deux lèvres, la supérieure relevée, pliée en gouttière et échancrée, et l’inférieure divisée en trois parties. Le calice est un cornet verdâtre, au fond duquel sont contenues quatre petites semences oblongues. 16
La bétoine commune (belonica officinalis) était trèsrenommée chez les anciens, qui employaient ses fleurs et ses feuilles en décoction contre la goutte, la sciatique, la céphalalgie, ete. Ce qui est resté de certain de toutes les vertus que l’on se plaisait à prêter ainsi à la bétoine, c’est que les racines de cette plante , qui a une odeur pénétrante, sont purgatives, et que ses feuilles sont sternutatoires et peuvent être prises en guise de tabac.
Quant au nom de bétoine , il paraît qu’il provient de celui d’un peuple d’Espagne, les Velones (aujourd’hui habitants du Béarn), qui ont les premiers fait usage de cette plante.
BÉTOINE DES MONTAGNES. Voyez ARNICA.
BÉTON , sorte de mortier formé de chaux, de sable et de gravier. Pour obtenir ce mélange on prend de la chaux récemment tirée du four, et on l’éteint dans un bassin proportionné à sa quantité : ce bassin n’est autre chose que du gros gravier mêlé de sable disposé circulairement pour contenir l’eau. Dès que la chaux est éteinte et lorsqu'elle est encore chaude, plusieurs hommes armés de broyons mélangent cette chaux, ce sable et ce gravier ; et lorsque ce mélange est bien fait, c’est le moment de lemployer.
S'il s’agit d’un édifice à l’air libre et sur le sol, on commence par ouvrir les tranchées nécessaires ; la terre étant enlevée, on place de distance en distance des bassins de sable ou de gravier, où l’on éteint la chaux. Aussitôt qu’elle a été broyée de la manière que nous avons indiquée, les ouvriers, armés de pelles, poussent le tout dans les tranchées , se hâtent d’éteindre la nouvelle chaux , et, procédant de la même manière, continuent l'opération jusqu’à ce que la tranchée soït remplie. Pendant ce temps, d’autres ouvriers fassent le béton dans la tranchée afin de chasser l’air qui pourrait rester entre les différentes couches. Enfin, quand la tranchée est remplie, elle est aussitôt recouverte de deux à trois pieds de terre, et reste ainsi pendant un an, ou, ce qui vaut mieux encore, pendant deux ans. Dans cet intervalle, la masse totale se cristallise tout d'une pièce, et quelques années après elle est si dure que la scie ne peut y mordre. Il n’est pas nécessaire, pour cette opération, de choisir du gravier fin ; lors même qu'il serait gros comme le poing, quand bien même à la place du gravier on emploierait des retailles de pierres, elle n’en serait pas moins parfaite. Enfin, lorsque la cristallisation, ou, pour parler vulgairement, lorsque la prise du mortier est faite, on enlève la terre de la surface, et l’on élève le reste de la maçonnerie. C’est ainsi qu'ont été faites les fondations de toutes les maisons qui couvrent actuellement les Brotteaux, vis-à-vis de Lyon.
S'agit-il d'élever un quai, d'empêcher qu'un ruisseau n’emporte le terrain, de faire enfin des constructions sous Veau, le béton fournit encore lc moyen le moins dispendieux et le plus sûr. Lorsque les pilotis sont enfoncés, on coule sur le devant et contre eux des revêtements formés de vieilles planches qui servent d’encaissement pour la partie extérieure. Si le courant est rapide et profond, on plante en avant quelques pilotis, qu’on enfonce peu. Ces premiers pilotis retiennent les planches d’encaissement comme le ferait une coulisse. Tout étant ainsi disposé, on se hâte de remplir l'intervalle en béton jusqu’à la hauteur voulue. 11 prend aussitôt de la consistance, et quelques années après il faut faire jouer la mine pour le détruire. Il est inutile de faire remarquer que c’est la chaux hydraulique, et non la chaux grasse, qui doit servir pour la fabrication du béton qui est destiné à être employé sous l’eau.
Le béton sert à une foule d’usages. On en fait encore des aires sur lesquelles on pose le bitume, On en fabrique d’énormes pierres artificielles qu’on emploie pour asseoir de grands travaux hydrauliques, comme le môle du port d’Alger.
BETTE, genre de la famille des chénopodées, dans lequel Linné reconnaît trois espèces distinctes : le beta maritima, plante indigène croissant sur les bords de la mer; le beta vulgaris ou poirée, et le bela cycla ou betterave. De
BETOINE — BETTERAVE
l'avis d’un grand nombre de botanistes et d’agronomes, ces deux dernières ne seraient que des variétés du bela maritima modifié par la culture.
Le genre bette a pour caractères : un périgone à cinq divisions profondes , à moitié adhérent par sa base à l'ovaire, cinq étamines, deux ou trois styles très-courts, et un fruit réniforme entouré par le périgone, qui forme cinq côtes et qui est béant dans sa partie supérieure.
BETTERAVE ou BETTE-RAVE. Qu'elle constitue une espèce du genre bette ou qu’elle soit simplement une variété du beta marilima, la betterave n'occupe pas moins un rang important dans l’agriculture. Sa racine fournit un aliment agréable, quoique peu nourrissant, et d’une digestion assez difficile pour les estomacs délicats; dans certaines contrées, ses feuilles s’accommodent comme les épinards, on: mange en salade les jeunes pousses que les racines jettent en hiver dans la cave où on les conserve. En mélant des racines de betterave avec des poires, du houblon et des . pommes de terre, on obtient une très bonne eau-de-vie, En Allemagne, et principalement dans la Thuringe, on prépare aussi avec ses racines torréfiées une poudre qui, mêlée au café, lui donne un très-bon goût. Mais la betterave est surtout précieuse pour le sucre qu’elle fournit et pour la nourriture abondante qu’elle procure aux bestiaux, qui en mangent avec avidité les feuilles et les racines.
La diversité des emplois de la betterave a multiplié le nombre de ses variétés, chaque cultivateur ayant cherché à développer au plus haut point les qualités qui se trouvaient être les principales pour remplir le but qu'il se proposait, C’est ainsi que la betterave champétre , appelée aussi beéterave sur terre, racine d'abondance, racine de disette, plus spécialement destinée à la nourriture des bestiaux, est beaucoup plus volumineuse dans ses racines, plus abondante en feuilles, d’une constitution plus robuste et d’un produit plus considérable que les autres betteraves; cette variété a une racine très-grosse, longue, et croissant plus de moitié hors de terre, rose en dehors et panachée à l’intérieur, ou bien quelquefois seulement marquée de stries rouges frèspeu prononcées. C’est dans la betterave champêtre que Margraff eut la gloire de découvrir la présence du sucre, et c’est sur elle qu'Achard répéta les expériences de son devancier.
Le jardin potager possède la betterave rouge ordinaire, dont les racines , allongées , sont d’un rouge tirant sur le pourpre et entrent dans la composition des salades , et surtout de la salade de barbe de capucin; la grosse betterave rouge de Castelnaudary, encore plus foncée en couleur et plus volumineuse ; la petite betterave rouge ronde précoce, variété plus petite dans toutes ses parties que les deux précédentes; la betterave jaune ordinaire, de forme allongée, d’une saveur sucrée prononcée, et sans aucun mélange d’âcreté; la betterave jaune de Castelnaudary, plus grosse, également d’une saveur douce; la betterave jaune à chair blanche, approchant beaucoup plus de la couleur blanche et beaucoup plus riche en principe saccharin; la betterave jaune ronde, née de la betterave de Castelnaudary, mais qui à la chair presque blanche, et dont la racine, très-grosse, à une tendance marquée à croître hors de terre,
Le caractère principal des betteraves à sucre est d'être de la plus grande blancheur possible. On en connaît trois variétés, qui sont : la betterave blanche de Silésie, ne des betteraves acclimatées dans le Nord, d'un blanc mat dans toutes ses parties, mais très-sujette à dégénérer en betterave rose; la betterave blanche de Prusse à collet rose, plus sujette encore à dégénérer en betterave entièrement rose-rouge panachée; la betterave jaune blanche de France, d'une blancheur parfaite dans l'intérieur et d’un blanc tirant sur le jaune à l'extérieur ; elle est la plus riche de toutes en sucre,
Toutes les betteraves se cultivent de même, Après avoir