‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 64 sur 527 · BEUDANT — BEUGNOT · texte numérisé non relu

BEUDANT — BEUGNOT

| Les recherches par lesquelles Beudant se fit d’abord con- | naître portèrent sur la zoologie, et avaient principalement pour objet les mollusques; elles datent de 1810, et on cite | surtout ses expériences sur la possibilité de faire vivre des mollusques d'eau douce dans les eaux salées, et des molusques marins dans les eaux douces ; question qui intéresse es géologues ainsi que les physiologistes, et qui avait été oulevée par la découverte d’un mélange de coquilles fossiles fluviales et marines dans les grès de Beauchamp, fait dont la science était également redevable à Beudant,.

Mais ses travaux les plus nombreux et les plus importants sont relatifs à la minéralogie et à la géologie. Chargé en 1815 de faire transporter d'Angleterre en France une belle collection minéralogique formée par le comte de Bourmont et appartenant à Louis XVIII, collection que l’on voit aujourd’hui au Colkge de France, Beudant fut bientôt après

| | nommé sous-directeur de ce cabinet; et dès ce moment il |

se consacra spécialement à l’étude du règne minéral. En 1818 il visita la Hongrie, et y recueillit les matériaux d’un grand ouvrage sur la constitution géognostique de ce pays : Voyage minéralogique et géologique en Hongrie, etc. (Paris, 1822). On y remarque surtout ses observations sur le terrain aurifère de Schemnitz, dont il a déterminé la position géologique et le mode probable de formation; sur les trachytes qui abondent en Hongrie; sur les opales de ce pays si célèbre en bijouterie, et sur l’âge des grands dépôts de sel gemme de Villiczka. Il entreprit aussi vers la même époque de nombreuses expériences sur les causes qui peuvent faire varier les formes cristallines, et il publia sur ce sujet, dans les Annales des Mines de 1818, un mémoire où il montra que si le système cristallin est lié avec la composition chimique, les formes variées qui en dépendent sont le résultat des circonstances qui se produisent pendant l'acte de la cristallisation. Ce beau travail, qui restera touiours comme un modèle de recherches cristallographiques, fut suivi de plusieurs mémoires importants. 11 avait précédemment fait paraitre dans les Annales des Mines de 1817 des Recherches tendant à déterminer l'importance relative des formes crislallines et de la composition chimique dans la détermination des espèces minérales.

Depuis 1822 jusqu’à 1840, Beudant occupa la chaire de minéralogie à la Sorbonne, et donna à l’enseignement de cette science un caractère de généralité qui manquait jusqu’alors. Le Trailé de Minéralogie qu’il publia en 1824 renferme la substance de ses leçons, et fait connaître avec détail sa classification naturelle des minéraux. Dans cet ouvrage, Beudant, comprenant qu'il ne fallait pas refaire l’immortel traité de Hauy, a spécialement étudié la minéralogie sous le rapport chimique. On lui doit aussi un Trailé de Physique ; et dans ces dernières années il a publié pour l’enseignement élémentaire de la géologie un petit manuel dont le succès a été si grand que déjà ce livre a eu cinq éditions.

Membre de l’Académie des Sciences depuis 1824, Beudant quitta la Faculté en 1840, pour aller remplir dans lUniversité des fonctions administratives. Inspecteur général de Vinstruction publique, il s’acquitta avec zèle et intelligence de tous ses devoirs jusqu’à son dernier moment. Il mourut le 9 décembre 1850. E. MERLIEUX.

BEUDIN (Jacques-Féuix), ancien banquier, auteur dramatique et député, né à Paris, le 12 avril 1796, n’est guère connu par le côté le plus curieux de sa triplicité phénoménale (pour parler comme l'honorable M. Cousin), nous voulons dire par sa qualité d'auteur dramatique. M. Beudin est cependant auteur, en collaboration avec MM. Goubaux, Victor Ducange et Alexandre Dumas, de deux des drames de la nouvelle école qui ont obtenu le plus de succès dans les dernières années de la Restauration : Trente Ans, ou la Vie d'un Joueur, et Richard d'Arlington. Il fut, avec ces messieurs, l’un des précurseurs et des introducteurs au théâtre du genre romantique, qui violait, aux grands ap-

plaudissements du public, les trois unités qui ne sont pa d’Aristote, quoi qu’on dise, On ne sait comment ni à quel propos vint à M. Félix Beudin, banquier, et à M. Prosper Goubaux, chef d’une maison d'éducation, l’idée de cetta croisade dramatique. Ce qu’il y a de certain, c’est qu'ils convinrent de prendre un pseudonyme formé de la fin du nom du premier réunie à la fin du nom du second, ce qui fit Dinaux, nom devenu célèbre dans les fastes du théâtre, et qui, à la suite de la dissolution de la société littéraire des deux amis après ces deux œuvres, échut en héritage à M. Goubaux, qui n’a pas cessé de l’exploiter depuis.

La banque et la politique absorbèrent ensuite tout M. Beudin, En 1837, M. Paturle, député de Paris, étant mort, M. Beudin se présenta pour le remplacer aux électeurs du 8° arrondissement. Son concurrent était le statuaire David (d'Angers); M. Beudin l’emporta (4 novembre 1837), et fut admis à la Chambre le 21 décembre suivant. Il alla prendre place au centre dans le bataillon sacré des conservateurs, et ne cessa pas de voter avec le ministère, Dans sa carrière législative, M. Beudin eut quelques vagues velléités littéraires, qu’il trouva le moyen de satisfaire au grand avantage de ses intérêts électoraux : c'est ainsi que le 18 janvier 1841 il montra un beau zèle pour les lettres, dans un rapport à la Chambre des Députés, à propos d’un crédit de 63,000 fr. demandé pour être appliqué aux dépenses des travaux à faire à la Bibliothèque de l’Arsenal. Nodier avait été l’inspirateur de la demande, qui eut un plein succès. Ch. RowEY.

Malgré cela, les électeurs préférèrent M. Bethmont en 1842; mais en 1846 ils en revinrent à M. Beudin, qui était au nombre des satisfaits , lorsque la révolution de février mit fin à la mission de la Chambre des Députés. Déçu dans la politique, il quitta la banque, et du fond de sa retraite peut-être rêve-t-1l au théâtre, qui seul fait encore quelquefois penser à lui.

BEUGNOT (Jacques-CLaune, comte), né en 1761, à Bar-sur-Aube, et qui en 1788 exerçait les fonctions de lieutenant général du présidial de cette ville, est à coup sûr un des hommes qui depuis la révolution ont traversé le plus de places et d'emplois. Procureur général syndic du département de l’Aube en 1790, il y fut nommé l’année suivante député à l’Assemblée législative. C’est là qu’il commença à se faire connaître comme orateur distingué. Deux circonstances signalèrent honorablement ce début de sa carrière politique. Zélé défenseur de la liberté des cultes, Beugnot, dans une discussion sur cet objet, proposa, tout en accordant des traitements aux seuls prêtres assermentés, de laisser aux communes la faculté de salarier elles-mêmes les autres prêtres qu’elles désireraient conserver, en bornant l’action du pouvoir, dans ce cas, à la répression des troubles qui pourraient en résulter pour l’ordre public. L'époque n’était pas à la tolérance, cette proposition fut rejetée. Plus tard Beugnot ne montra pas moins de sagesse, et fit preuve de courage en demandant contre Marat un décret d'accusation pour avoir provoqué, par ses discours et ses écrits, l'assassinat du général Dillon, décret qu’il obtint de l’Assemblée, mais qui n’eut point de résultat. 11 dénonça aussi la Commune et le ministre de la justice relativement à la publication du journal l’Ami du Peuple. Un tel souvenir devait être en 1793 sa sentence de mort. En effet il fut arrêté au mois d’octobre de cette année; mais il eut le bonheur d’être oublié dans l'immense population des prisons jusqu’au 9 thermidor, qui lui rendit la liberté.

Le 18 brumaire ramena Beugnot sur la scène politique, Tour à tour conseiller intime de Lucien Bonaparte, préfet de la Seine-Inférieure, conseiller d’État, président du collége électoral de la Haute-Marne, ministre des finances du royaume de Westphalie sous Jérôme Bonaparte, puis du grand-duché de Berg et de Clèves sous Murat, il fut en outre nominé comme de l'empire et grand-officier de Ja

Légion d'honneur. Revenu dans sa palrie en 1813, après la fatale journée de Leipzig, il fut nommé préfet du Nord, et lorsque le sénat, en 1814, prononça la déchéance de empereur, il reçut du gouvernement provisoire le portefeuille de l'intérieur ; Louis XVIII lui confia bientôt la direction générale de la police, et les gens de cette époque n'ont pas oublié sa fameuse ordonnance sur la stricte observation du dimanche, qui donna lieu à tant de plaisanteries.

Ilétait d'autant plus étonnant que Beugnot eût ainsi prêté le flanc à la raïllerie, qu’il avait lui-même, outre ses autres talents, beaucoup de cet esprit français, fécond en saillies et en bons mots. Un des meilleurs est sans doute celui qu'il laissa, dit-on, échapper dans un comité secret de Ja Chambre de 1815, où il eut l'honneur de faire partie de la minorité. Un des in/rouvahles demandait que la figure du Christ sur la croix fût placée an-dessus du président : «Je demande de plus, dit alors le caustique orateur, que l'on inscrive au-dessous ses dernières paroles : « Mon Dieu, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font ! »

Au commencement de 1815 il échangea la direction de la police contre le portefeuille de la marine; mais Napoléon étant revenu de l'ile d'Elbe, Bengnot suivit Louis XVIII à Gand, Après le second retour des Bourbons, il devint successivement directeur général des postes, ministre d’État, membre du conseil privé, président de plusieurs colléges électoraux; de plus, député presque inamovible, il fut aussi, dans beaucoup de sessions, rapporteur de la commission du budget. Pair de France en expectative depuis le règne de Louis XVIII, et ayant dès lors dans sa poche, à ce que l’on a prétendu, sa lettre de nomination, sans qu’une ordonnance officielle l’en fit jamais sortir, le comte Bugnot, qu'on a surnommé, à bon droit, le Tantale de ia pairie, n’obtint pas même du gouvernement de Juillet cette faveur, si désirée et si longtemps attendue. Il est mort à Bagneux, le 24 juin 1835, laissant de curieux Mémoires, qui ont été publiés en 1868, 2 vol. in-8°.

BEUGNOT (Arraur-AuGuste, comte), fils aîné du précédent, et de l'Émilie à laquelle Demoustier adressa ses Lettres sur La Mythologie, est né à Bar-sur-Aube, le 25 mars 1797. Reçu avocat très-jeune, il fit son stage, plaida plusieurs causes civiles devant la cour royale de Paris, et défendit quelques accusés politiques devant la cour des Pairs, mais nor sans cultiver les sciences et les lettres. La muse de l’histoire le détourna bientôt du palais. En 1820, il partagea, avec M. Mignet, un prix de l'Académie des inscriptions, et son travail fut publié en 1821, sous le titre d'Essai sur Les Institutions de saint Louis. Peu après, il

- obtint de la même compagnie une mention honorable sur la question des Juifs d'Occident pendant le moyen âge (1823, in-8°). D'autres mémoires de lui furent couronnés par les académies de Strasbourg et de Gand, entre autres es Conquétes de Philippe-Auguste (1824) et des Banques publiques de préls sur gages (1829).

Enfin, il reçut en 1832 une dernière palme pour un ouvrage qui lui ouvrit la même année les portes de l'Académie des inscriptions : Histoire de La destruction du Paganisme en Occident (1835, 2 vol. in-8°).

Vers 1340, le ministre de l'instruction publique confia à M. Beugnot le soin de publier, pour la Collection des documents inédits sur l'histoire de France, les Olim, ou registres des arrêts rendus par la cour du roi depuis Louis IX jusqu'à Philippe le Long (1840-1848, 3 vol. in-4°). On doit encore à M. Beugnot une édition des Assises de Jérusalem, ou recueil des ouvrages de jurispradence compusés pendant le treizième siècle dans les royauines de Jérusalem et de Chypre (1848-1849, 2 vol. in-fol.); une autre des Coutumes du Beauvoisis (1842, 2 vol. in-8°), et une Chronologie des états-généraux (1840).

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