BÉVUE — BEYLE
fite dire sérieusement à un gentil-homme du faubourg Saint- Germain qui avait une fille à marier : « Eh bien, cher, ne pensez-vous donc pas sérieusement à donner un Plutarque à votre Laure? » Un vaudevilliste bien connu, que la Restauration, en un jour de gaieté, avait transformé en bibliothécaire, trouvant sur tous les bouquins confiés à sa garde l'inévitable étiquette ex Libris, s’imagina de la faire graver, en vedette de son nom, dans la coiffe de son chapean, persuadé qu’elle voulait dire : J'appartiens à...
BEWICRK (Tuomas ), né en 1753, au petit village de Cherryburn, dans le Northumberland, montra dès son enfance de grandes dispositions pour le dessin.
IL était venu au monde dans une ferme appartenant à son père. Nouveau Giotto, son unique plaisir était de reproduire avec un peu de craie ou de charbon les formes des animaux qui l’entouraient. Giotto avait été deviné par Cimabue : un graveur sur cuivre nommé Bielby, ayant vu par hasard les essais du jeune Bewick, pria instamment son père de lui laisser emmener l'enfant commeapprenti à Newcastle. La famille y consentit. Les progrès de l'apprenti furent rapides, et il se distingua surtout dans la gravure sur bois, dont il devait être le régénérateur.
Bewick eut bientôt sa part dans les travaux et dans les bénéfices de son maitre, et en 1775 il remporta le prix proposé par la Société des Arts de Londres pour la meilleure gravure sur bois; sa composition, qui représentait un chien de chasse, le plaça au premier rang des graveurs anglais. Ce dessin fut inséré plus tard dans une édition des fables de Gay, imprimée à Newcastle , illustrée par Bewick et par son frère John, qu'il s'était associé depuis plusieurs années.
L'œuvre de Bewick est immense. Dans les ventes, les amateurs et les artistes se disputent ses dessins. Le plus remarquable de ses vuvrages est son Histoire des Quadrupèdes, où il a surmonté d'immenses difficultés.
Entièrement voué à son art, Bewick mourut en 1828, après avoir formé un grand nombre d'élèves.
BE Y, BEG, BEK, ou BEIGH, est un mot turc, dont l'orthographe ne varie que d’après la prononciation en usage dans les divers pays où on l’emploie; il répond au titre de prince et de seigneur, et se donne aux chefs militaires, aux capitaines de vaisseau et aux étrangers de distinction. Il désigne plus particulièrement le gouverneur d’un petit district nommé quelquefois beylick, lequel porte comme signe distinctif de sa dignité une queue de cheval. On sait que le sultan en a sept et le grand vizir cinq, et les pachas, suivant leur importance, trois ou deux. Nous trouvons ridieule cette distinction des rangs par queues de cheval ; mais combien les Orientaux, de leur côté, ne doivent-ils pas rire de nos croix, de nos cordons et de nos crachats!
Le fondateur de la puissante dynastie des Seldjoukides, Thogrul, en arrivant en Perse à la tête de sa nombreuse tribu, vers le milieu du onzième siècle, n’y apporta que le titre de beigh, qu’il conserva même après avoir reçu du kbalife celui de sulthan.
Le fameux Timour (Tamerlan ), le conquérant de la Perse, de l’Indoustan, de l'Asie Mineure, de la Syrie, d’une partie de la Tartarie et de la Russie, le vainqueur de Bajazet, qui était sulthan et khan (empereur), et de plusieurs khans tatares, ne portait que le titre de bek et celui d’émir, qui en arabe signifie également prince.
Les princes de la dynastie turcomane Ac-Coinlu, ou du Mouton-Blanc, qui ont régné en Perse à la fin du quinzième siècle, n’ont pas porté d’autre titre que celui de bey.
Le souverain héréditaire de Tunis porte le titre de bey. C'était aussi le titre que prenaient les gouverneurs de Constantine, d'Oran, de Tittery, avant la conquêtede l'Algérie par la France.
BEYLE ( Henri), plus connu comme écrivain que par les emplois qu'il a occupés, mort en 1542, était né à Grenoble en 1783. Fils d’un riche propriétaire , avocat
au parlement de cette ville, il devint par la protection du comte Daru, son parent, inspecteur du mobilier et des b4timents de la couronne sous l’Empire, et auditeur au conseï d’État. Investi d’une mission en Allemagne, spécialement pour le choix des livres et manuscrits que l’on voulait tirer de la célèbre bibliothèque de Wolfenbuttel, à laquelle avait présidé Leibnitz, il nous apprend lui-même, dans sa publication sur Rome, Naples et Florence, qu’il séjourna à Cassel (Hesse), et qu’il y connut l'historien Jean de Müller, Nous étant trouvé dans la même ville, à la même époque, en rapport par nos fonctions avec cet homme illustre, ainsi qu'avec un M. Beyle remplissant alors l'emploi de secrétaire général du ministère des finances auprès du comte Beugnot, nous avons tout lieu de croire que notre collègue était l’écrivain à qui cette notice est consacrée.
Presque tous les travaux littéraires de M. Beyle ont été publiés sous les pseudonymes Z.-4.-C. Bombel ou de Slendhal. Six voyages et un séjour de dix ans en Jtalie, son amour pour les arls du dessin et pour la musique, lui avaient donné le droit d'écrire sur les merveilles comme sur les mœurs de la Péninsule et sur le caractère de ses habitants. Refusé d’abord par l'Autriche en qualité de consul à Trieste, c’est cependant en Italie qu’il a terminé sa carrière, à Civita-Vecchia, où il avait été appelé à exercer les mêmes fonctions.
Le début de cet écrivain dans la carrière des lettres ne fut pas heureux. Publiant, en 1815, sous le pseudonyme Bomubet , des Lettres écrites de Vienne sur Haydn , il avait oublié de signaler l’auteur italien de ces lettres, Carpani, l'ami du grand compositeur. Il reproduisit avec plus de succès ce travail en 1817, sous le titre de Vies de Haydn, Mozart et Métastase, in-8°.
M. Beyle s’est fait connaître comme amateur écrivant sur les arts, comme moraliste et voyageur, enfin comme romancier et conteur. A l'écrivain amateur appartiennent, outre l’œuvre que nous venons de citer : 1° son Histoire de la Peinture en Italie (Paris, 1817); 2° en italien, l'écrit intitulé: Del Romantismo nelle Arti (Florence, 1819); 3° sur l’art dramatique, et en faveur du romantisme, Racine et Shakspeare (Paris, 1823 et 1825); 4° Vie de Rossini (1823 et 1824). Le voyageur, le moraliste, souvent satirique, réclame : 1° le livre intitulé De l’Amour (1822). On a vanté le mot cristallisation, donné par l’auteur comme définition de l’amour. Nous avouons nous en tenir de préférence à celle de Platon : « L'amour est une entremise des dieux avec la jeunesse »; 2° Rome, Naples el Florence (1817, in-8° );, 3° D’un nouveau complot contre les industriels, diatribe contre l’industrialisme, dans la feuille le Globe (1825); 4° Promenades dans Romee (1829); 5° Mémoires d’un Touriste (1838). Au romancier et au conteur doivent être rapportées les publications suivantes : 1° Armance, ou quelques scènes de Paris (1827); 2° le Rouge et le Noir, chronique du dix-neuvième siècle (1830); Za Chartreuse de Parme (1839), louée dans les journaux et dans les revues, presque comme un chef-d'œuvre; 3° /’Abbesse de Castro, publiée dans la Revue des Deux Mondes. On en a fait un drame; 4° enfin, différentes nouvelles publiées dans les revues, entre autres Vanino Vanini, et Le Cenci, histoire de 1599.
L'écrivain à qui l’on a dû tant de publications en divers genres était cerlainement un homme de beaucoup d’esprit et de talent; on lui a reproché un esprit frelaté, une affectation continuelle d’originalité , la prétention aux idées singulières et bizarres. Ce reproche avait déjà été fait à un écrivain que Beyle semblait quelquefois avoir pris pour modèle, M. Simond, auteur de Voyages, curieux etestimés, en Angleterre, en Suisse et en Italie. 11 arrive en effet trop souvent au premier, et peut-être à tous deux, de chercher ce que les Allemands appellent l'excentricilté. Toutefois, il y à aussi beaucoup de naturel dans leur singularité, et c’est
là ce qui les rend piquants; on est agréablement surpris de rencontrer des hommes qui jugent comme ils ont senti. On a beau se trouver souvent choqué de leur témérité, on leur sait gré, en définitive, de ne pas se faire les échos de tous ceux qui ont écrit avant eux. Il y aurait d’ailleurs trop de rigueur à apprécier la plupart des écrits de M. Beyle comme des ouvrages; car son humeur indépendante ne s’y astreignait à aucun plañ, à aucune méthode : il suivait son impulsion et laissait courir sa plume; à meilleur titre que Sterne, il eût pu dire : « J'écris ma première phrase, et je m’abandonne pour le reste à la Providence. » Nous ne le prendrons donc pas plus au sérieux qu’il n’a voulu l'être. {1 était de l’école de Voltaire, mais du Voltaire qui a écrit Candide, Babouc, etc. Quoique M. Beyle sentit vivement ks arts et les passions, et qu’il s’y connût, il s’en faut bien que ses opinions fussent toujours celles d’un homme d’un goût et d’un jugement sûrs. Mais avec ses défauts, ses boutades et ses éfrangetés en goût et en morale, il se fait lire, parce qu’il intéresse quelquefois , et qu’il amuse presque toujours.
On aurait grand tort toutefois de ne voir dans M. Beyle qu’un touriste frivole et paradoxal : quand il peint les habitudes, les mœurs, les passions des peuples de l'Italie, il se montre bon observateur, etses remarques sur les vices des institutions et des gouvernements, sur les funestes conséquences de ces abus invétérés, annoncent une âme inde. peadante, et qui sent vivement le mal fait aux hommes,