‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 7 sur 527 · BÉRENGER — BÉRENGÈRE · texte numérisé non relu

BÉRENGER — BÉRENGÈRE

fl quitta le Dauphiné, et se rendit à Paris, où il publia le résultat de ses méditations et de ses veilles. Son livre, qui eut pour titre : De La Justice criminelle en France, produisit une vive sensation et obtint un grand succès, Ce fut une occasion pour lui de livrer à la sévérité de l’histoire , dans des allusions saillantes, les réacteurs qui avaient désolé sa province. Mais cette réprobation spéciale n’était pas le vrai but ni la pensée principale de son œuvre. M. Bérenger s’était placé bien au-dessus des passions du moment et des intérêts de localité. L'administration de la justice, en général, était l’objet de ses préoceupations les plus vives et de ses études les plus sérieuses. 11 fut chargé, vers le même temps, d’un cours de droit public à l’'Athénée de Paris.

Cependant la réaction nobiliaire et cléricale marchait de manière à faire craindre que la parole et la presse ne devinssent bientôt des armes inutiles contre ses envahissements et ses fureurs. Les hommes qui avaient l'intelligence des besoins du pays et des nécessités du siècle, s’'émurent à l'imminence des périls que couraient les grands principes et les intérêts immenses consacrés par la révolution française, M. Bérenger était de ces hommes, et l’un des plus éminents, par sa réputation, ses lumières, ses talents, son caractère. Ce n’est pas iei le lieu de dire ce que lui inspira sa sollicitude patriotique et la part qu'il prit à ces luttes généreuses que le génie de la France nouvelle et de la civilisation moderne essaya contre l'esprit rétrograde, dans la voie dangereuse des sociétés secrètes et des conspirations. L'heure de la Restauration n'avait pas encore sonné; nos efforts furent vains : la contre-révolution triompha.

Mais bientôt le corps électoral s’effraya des progrès du "ésuitisme ; une majorité libérale sortit du scrutin, et M. Bérenger alla prendre place au milieu d’elle en 1827. Sous le gouvernement de juillet M. Bérenger devint vice-président de la chambre des députés. Il fut aussi chargé de soutenir devant la chambre des pairs l'accusation contre les derniers ministres de la Restauration, signataires des fameuses ordonnances. Il s’acquitta de cette pénible tâche avec cette fermeté mêlée de modération qui l’a toujours distingué. Quoique séparé de l’opposition , il n’hésita pas à voter avec elle toutes les fois que les principes libéraux et l’esprit de progrès lui parurent menacés par les projets du gouvernement. Lors de la discussion de la nouvelle loi sur les élections, il réclama , comme rapporteur, une part d’action politique pour le travail, en faisant attribuer au fermier une portion de limpêt pour la constitution du cens.

Sa parole exerça également une grande influence à l’occasion de la réforme du Code pénal. Il contribua beaucoup à faire étendre au jury la faculté d'appliquer l’article 463, par l'admission des circonstances atténuantes;et malgré tout ce que l’expérience semble accumuler contre celte innovation, ce savant criminaliste ne paraît pas ébranlé dans ses convictions. Dans un travail lu à l’Académie des sciences morales, il a élabli des calculs statistiques desquels il résulte que, si les circonstances atténuantes sont souvent mal appliquées, elles évitent par le scandale des semi-impunités le scandale, plus grand, d’impunités complètes et fréquentes. Au reste, M. Bérenger ne s’est pas borné à l’étude de notre législation criminelle, il s’est aussi occupé de la réforme de la judicature civile, et une analyse des statistiques du ministère de la justice l’a conduit à penser et à dire qu’il y aurait utilité à supprimer le second degré de juridiction, c'est-à-dire les cours d’appel.

M. Bérenger appartient à cette classe honorable de libéraux qui, fout en se groupant autour du pouvoir issu de la révolution de 1830, restèrent fidèles à la cause du perfectionnement social et aux principes constitutifs des États libres. Il a publié une édition des Œuvres de son compatriote Barnave (Paris, 1843, 4 vol. in-8°), qu’il a fait précéder d’une remarquable notice historique.

LAURENT (de l'Ardèche).

Nommé conseiller à la cour de cassation en 1832, pait de France le 7 novembre 1839, membre de l’Académie des sciences morales et politiques lors du rétablissement de cette classe de l’Institut, M. Bérenger devint président de chambre à la Cour de cassation en 1849. Choïisi par ses collègues comme l’un des cinq membres de la haute cour de justice, c'est lui qui fut appelé à diriger les débats de cette cour qui jugea à Bourges les attentats de mai 1848, et à Versailles ceux de juin 1849. Après avoir été nommé grandofficier de la Légion d'honneur, il prit sa retraite ( 1860 ) et mourut en 1866, à Paris. On a encore de lui : De La Réforme pénale (1855, 2 vol. in-8°).

BÉRENGER DE PALASOL, troubadour français , qui florissait à la cour du comte de Toulouse Raymond, mourut en 1194. Lacurne de Sainte-Palaye nous apprend que c'était un chevalier du Roussillon, pauvre, mais distingué par sa figure et ses manières, joignant à une grande bravoure l'amour des plaisirs et le goût de la poésie. Dans le petit nombre de vers qu’on a conservés de lui, et qui sont consacrés à chanter les incomparables charmes et les vertus sans pareilles d'Ermesine, femme d’Arnaud d'Avignon, ef fille de Marie de Pierrelatte, il y a du sentiment et du naturel, mais rien d’ailleurs au point de vue de l’art qui les distingue des autres chants d'amour que nous ont laissés les poëtes de la langue d'Oc. « Si toujours je vous voyais, dit-il dans un couplet adressé à la belle Ermesine, toujours je vous aimerais! c’est folie de s'attacher à vous, malgré la défense que vous m'en faites ; mais je ne puis me délivrer de cette folie. Je suis votre esclave ; je ne vous payerai jamais ma rançon, car je ne veux pas ravoir ma liberté ! »

On attribue à un autre BÉRENGER, ou plutôt Bernard de Parasolz, confondu souvent avec Bérenger de Palasol, et qui était attaché à la reine Jeanne de Naples, cinq tragédies que dans ses Vies des Poëtes provençaux Jean de Nostradamus traite de magnifiques. Les quatre premières, par allusion aux quatre maris de la reine, André de Hongrie, Louis de Tarente, Jacques de Majorque et Othon de Brunswick, étaient intitulées : Andrealla, Tarentala, Maillorquina et Alemanna; et la cinquième, du nom de la reine Jeanne, Jehanella. Ces cinq pièces formaient une manière d’histoire complète de la vie de la princesse depuis sa naissance jusqu’à sa mort.

BÉRENGER DE LA TOUR, poëte du seizième siècle, né à Aubenas dans le Vivarais, vers 1500, mort vers 1560, avait obtenu de bonne heure une charge de magistrature, mais n’en sut pas moins trouver les loisirs nécessaires pour faire des vers. Ajoutons, d’ailleurs, qu’à l'exemple des hommesles plus graves de son temps, il put, sans être accusé de man: quer en rien aux devoirs et aux convenances de son état, composer des œuvres badines et même burlesques. On a de lui : Ze Siècle d’or (Lyon, 1551); La Choréide, ou Louange du bal (Lyon, 1558); L'Amye des Amyes (1558), imitation de l’Arioste. Le même volume contient le 1% livre de La Moschéide, ou combat des mouches et des fourmis, imitation de Martin Coccaïe; des chansons, un roman burlesque intitulé Nazéide d’Alcofibras, imprimé à la suite de L'Amye rustique (Lyon, 1558), etc.

BÉRENGÈRE. Deux reines ont porté ce nom en Espagne. La première était fille de Raymond IV, et femme d’Alphonse VII, roi de Castille. Les Maures étant venus, en 1139, mettre le siége devant Toiède , Bérengère parut sur les remparts, et traita de lâches des hommes qui ne rougissaient pas de venir ainsi assiéger une femme, tandis que la gloire les appelait sous les murs d'Oreja , dont le roi de Castiile faisait le siége. Par esprit de galanterie, les Maures, à ce que dit la chronique, abandonnèrent le siége de Tolède, et défilèrent devant notre héroïne en rendant hommage à son courage et à sa beauté. Elle mourut le 3 février 1149.

L'autre BÉRENGÈRE, fille ainée d’Alphonse IX, roi de Castille, avait épousé le roi de Léon, Alphonse IX, qui la répudia en 1209, sous prétexte de parenté. Elle rentra en

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