‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 3)Chapitre 70 sur 527 · BEYLE — BEZE · texte numérisé non relu

BEYLE — BEZE

c’est l'expression dont plus fard il se servit lui-même pour faire allusion à cette époque de sa vie. Toutefois , dans l’infâme diversité de ses goûts, une femme, Claudine Denosse, épouse d’un tailleur, et ur jeune homme de famille, d'esprit et de talent, Audebert, depuis président à l'élection d’Orléans , inspirèrent à Bèze une double passion, qu’il s’est plu à immortaliser dans des vers latins livrés par lui sans pudeur à l'impression. Je veux parler de cette fameuse pièce qui a toujours été contre lui un si grave sujet d'accusation, et qui a donné lieu à une polémique qui rempliraïit des in- Jolio. En vain Bayle, ordinairement plus impartial, a voulu le défendre de ce méfait, en vain a-t-il rassemblé toutes les preuves à côté de la question pour innocenter son pape calviniste, il n’a pu y parvenir. C'était impossible, On en jugera , du reste, par la citation suivante, qui n’a besoin ni de traduction ni de commentaire :

At est Candida sic avara novi,

Ut totum cupiat tenere Bezam :

Sic Bezæ est cupidus sui Audebertus Bezä ut gestiat integro potiri.

Amplector quoque sic et hunc et illam, Ut totus cupiam videre utrumque....

Ces vers, et diverses autres pièces érotiques, écrits avec le mc! abandon de Catulle et toute la licence de Pétrone, parurent pour la première fois en 1548, avec le portrait de l’auteur, alors âgé de vingt-neuf ans. Depuis quatre ans, Bèze vivait avec sa Candida, qui voulait à toute force se faire épouser; mais pour y parvenir, l’un et l’autre devaient , en apostasiant, rompre les liens qui attachaïent Claudine à un honnête artisan, et Bèze à l'Église catholique. « Cette femme, dit Bayle, avait beau lui parler de noces, le revenu des bénéfices auquel il eût fallu renoncer réfutait fortement toutes ses instances. » Mais il rompit enfin cel{e ligature. Une maladie grave le fit sortir de cet état d’irrésolution; il eut peur de l'enfer, et il abandonna ses bénéfices , ses espérances et sa famille, pour se rendre à Genève, où il épousa sa concubine, après avoir bien et dûment abjuré, comme il le dit lui-même, {a papauté, ainsi qu’il l'avait voué à Dieu depuis seise ans.

Bayle admire son désintéressement, d’avoir ainsi, pour faire un mariage de conscience et embrasser la Réforme, sacrifié la douce opulence que lui promettait la prélature romaine ; mais il ne dit pas d’abord que la publication de ses Juvenilia allait lui attirer, de la part du parlement de Paris, un procès pour adultère et vice contre nature; en second lieu, qu’il sut, en quittant la France, vendre à beaux deniers ses bénéfices, « commençant ainsi, dit Mézerai, la réforme de sa vie par une simonie et par un adultère ». On trouve en outre dans Bayle, indépendamment de ses réticences et de la faiblesse de ses arguments, une preuve plus positive de la culpabilité de Bèze : ce sont les insinuations mêmes que cet auteur, entrainé par la force de la vérité et la justesse de son esprit, a glissées dans les notes de son élogieux article. II tance vertement les maladroïits apologistes de Bèze : l’un d’eux, par exemple, pour prouver que la Candida des Juvenilia n’était pas Claudine Denosse , enlevée à son mari, soutenait que les vers sur l'agrafe qui voilait le sein de Candida ne pouvaient s'appliquer à la femme d’un tailleur, comme si la femme d’un tailleur de Paris n’éfait pas dans le cas, en ce temps-là, « de porter une agrafe, dit Bayle, qui empêchât qu’on ne lui vit à son aise ses appas ». D’ailleurs, n’était-elle pas en même temps la maîtresse entretenue d’un riche bénéficier? Enfin, Bayle reconnaît lui-même, dans une autre note, que pour ne voir qu'un jeu d'esprit dans une fatale épigramme, pour la voir nette el pure des horreurs que les missionnaires (catholiques et luthériens) pretendent y découvrir, il faut être des ami de l'auteur. Cela n'équivaut-il pas à un aveu ? |

Après son changement de religion, Bèze fut nommé professeur de grec à Lausanne : c’est là qu’il publia sa tragédie

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