BÈZE
évèques et les pontifes ; elles montent jusqu'aux souverains temporels. Antoine de Bourbon, roi de Navarre, est sous sa plume un Julien PApostat, Marie Stuart une Médée. Ses adulations furent pour la reine d'Angleterre Élisabeth et pour Jacques 1°", son successeur. Il leur a dédié à l’un et à l’autre plusieurs de ses écrits; et l’on a reproché justement à Bèze , Français de naissance, d’avoir dans une de ses dédicaces donné à Élisabeth le titre de reine de France.
Si personne n'eut de plus ardents ennemis que Bèze, personne aussi n’a eu de partisans plus enthousiastes. De Genève, il guidaïit , il animaiït tous ses disciples, accoutumés à ne jurer que par lui. Gregorio Leti nous apprend que Sixte-Quint, qui se connaissait en hommes , songea sérieusement aux moyens d'’ôter aux protestants « l'appui et le grand ressort qu’ils avaient en la personne de Bèze ». Des calvinistes ont écrit que la cour de Rome avait voulu employer le poison ou le poignard pour se défaire de lui. Toutefois, il est prouvé que, soit de bonne foi, soit pour faire croire à la méchanceté de ses ennemis, il prenait des précautions pour sa sûreté; il ne sortait jamais sans être accompagné de quelques disciples. Son caractère s'était fort adouci dans ses dernières années; et lorsqu'il eut le bonheur de voir Henri IV dans un village de la Savoie près de Genève, ce prince lui ayant demandé ce qu’il pourrait faire pour lui, Bèze, qui avait alors quatre-vingt-un ans, r’exprima qu’un seul vœu, celui de voir la France entièrement pacifiée. 11 jouissait alors en France d’une considération universelle : Sully le combled'éloges dans ses Mémoires, et dit que le suffrage de ce vieillard vénérable suffit seul pour le consoler de la perte de tous les autres suffrages protestants. Bèze, malgré son âge et ses infirmités, conservait toute sa verdeur. Il avait perdu en 1588 sa première femme, et à l’âge de soixante-dix ans il se remaria avec une jeune personne, mieux apparentée que la défunte, Catherine de la Plane, qu’il appelait sa Sunamile. x C'était, dit Étienne Pasquier, un vieux coq qui ne pouvait se détacher du char de Vénus, auquel il avait été attelé dès sa jeunesse. » Il n’eut pas plus d'enfants de cette seconde épouse que de la première.
Bèze ne discontinua qu’en 1600 ses leçons à l'académie de Genève. « Son meilleur titre à la gloire, dit M. de Barante père, celui qui doit lui assurer la reconnaissance de tous les amis des lettres et des sciences, c’est l’heureuse direction qu'il a donnée pendant quarante ans à toutes les études dans l’académie de Genève, dont il fut le premier recteur, Le malheur des temps ayant obligé le conseil de Genève de supprimer deux chaires de professeurs dont on ne pouvait payer le traitement, Bèze, âgé de plus de soixante-dix ans, et sans négliger aucun de ses autres travaux, suppléa les professeurs supprimés pendant plus de deux années. Quand on songe au nombre d'hommes illustres ou utiles que l’académie de Genève a produits pendant les deux derniers siècles, et à la renommée qu'ont procurée à cette petite cité ses institutions, ses lumières et les succès de l’enseignement qu’on y reçoit, on ne peut se défendre d’un sentiment vif d’estime et de reconnaissance pour Théodore de Bèze. C’est lui qui fut le véritable fondateur de cette académie, qui lui donna des règles, et légua à ses successeurs la tradition et les exemples dont l'utilité se fait encore sentir. Si l'on considère ‘Théodore de Bèze sous ce point de vue, on sera plus disposé à lui pardonner les torts de sa jeunesse et ceux de l'esprit de parti. »
Nous ne donnerons pas la liste des écrits de Bèze : elle est immense, La Comédie du Pape malade, par Thrasybule- Phénice (1561); l'Histoire de la Mappemonde papistique, par Frangidelphe Escorche-Messes, sont des pamphlets mordants, mais sans délicatesse : il y avait là de quoi transporter d’aise la plébicule calviniste. On ne les lit plus depuislongtemps. Dans ses Zcones Virorumillustrium, ouvrage d’un genre plus sérieux, et qui a été traduit en