BIBERON
que l’on apporte à entretenir l'éponge propre, on ne peut guère éviter qu’il n'y séjourne un peu delait, quis’aigrit très-promptement et altère bientôt toute la nourriture de l’enfant. BIBESCO (Georces-Darrrt), ancien hospodar de Valachie, né en 1804, à Craïsva, est le fils d'un seigneur valaque, qui fut décoré du titre de gra d boyard, Eieré avec son frère cadet, Stirbey, qui devait lui succéder dans la dignité d'hospodar, il reçut une brillante éducation , d’abord au collége de Bucharest, puis à Paris, où il résida de 1817 à 1824, De retour dans son pays il devint, sous l’administration russe, sous-secrétaire d'État à la justice, puis secré-
|! comine la base de la relision qui leur a été révélée par
laire aux affaires étrangères. Une brochure anonyme qu'on
lui a attribuée expose, sous le titre de Kisseleff el les prin- Cipautés (1851), les différents actes de cette administralion. L'avénement d'Alexandre Ghika à l'hospodorat (1831) Obligea Bibesco à donner sa démission; après avoir vécu plusieurs années à Vienne ou à Paris, il accepta le mandat de député à l’Assemblée générale, se mit à la tête de l'opnosition, et rédigea l'adresse qui amena en 1842 la chute de l'hospodar. Le 1** janvier 1843 il fut élu à sa place, malgré un grand nombre de concurrents, et reconnu par la Turquie. Son administration a été caractérisée à l’article VaLACHIE (t. XVI, p. 759), et l'on y voit comment la nouvelle de la révolution de février en accéléra la chute. Abandonné de la populatiun et de l’armée, Bibesco se démit du pouvoir (juin 1848) et passa en Autriche. Le seul acte politique auquel il ait depuis voulu s'associer à été la réorganisation des Principautés danubiennes, préparée en 1857 par une commission dont il a fait partie. Élu député en 1862, il a refusé ce mandat,
D'un premier mariage le prince Bibesco à eu trois fils : Grégoire, prince BrancovAno du chef de sa mère, Micolas et Georges ; les deux derniers ont servi dans l’armée française, l’un en Afrique, l'autre au Mexique.
BIBIANE où VIVIENNE (sainte), vierge romaine qui
souffrit le martyre, à ce qu'on croit, sous le règne de Julien ,
l'Apostat. On lit dans Ammien Marcellin qu’en l'an 363 de notre ère cet empereur nomma Apronien gouverneur de Rome, et que dans le voyage qu'il dut faire pour se rendre dans cette ville, Apronien eut le malheur de perdre un œil. Allribuant l'accident dont il était victime aux maléfices des magiciens, il résolut de les exterminer (sous ce nom on entendait les chrétiens). Parmi les victimes de cette persécution on comprit Bibiane, son père Flavien, qui appartenait à l’ordre des chevaliers, sa mère et sa sœur. Quand les chrétiens recouvrèrent le libre exercice de leur culte , ils érigèrent une chapelle sur l'emplacement où avaient été déposés ses restes mortels. En 465 le pape Simplice y fit élever une belle église. Urbain VIII la fit reconstruire en 1628
BIBION (Ornithologie), nom vulgaire de l'oiseau qu’on appelle aussi demoiselle de Numidie (ardea virgo, Linn.). Cette espèce de grue a été remarquée de tout femps, à cause de sa démarche cadencée, de ses mouvements mimiques et de ses sauts, et qui lui avaient fait donner par les anciens le nom de Comédien.
Le bibion se reconnaît à son corps, d’un joli gris bleuâtre, avec la tête et le haut du cou noirs; il a derrière chaque œil un faisceau de plumes blanches , longues, flexibles , et pendantes en arrière; un troisième faisceau de même nature mais composé de plumes noires, prend naissance au bas du cou. Il offre dans son anatomie une particularité remarquable, qui ne s’est retrouvée jusqu'ici que chez quelques espèces de cygnes : sa trachée-artère vient s'engager par une double circonvolution dans la crête du sternum, creusée à cet effet. Cet oiseau se rencontre dans la Guinée, dans la Numidie et dans les parties de l’Asie voisines de l'Europe.
BIBLE (du grec rà f:6)i«, c’est-à-chre Les livres, ou lc livre des livres). C’est le nom sous lequel on désigne depuis saint Jean Chrysostome la collection des saintes Écritures, considérées et honorées par les chrétiens
A em =
Dieu. Nous n'avons point à faire ressortir ici l'excellence de ce livre, dans lequel Chateaubriand croyait retrouver comme un écho de l’Éternité : un homme d’une plus grande autorité se chargera d’ailleurs de cette tâche à l’article Écrrrure Sainte. Nous n'avons point à juger les raisons qui ont fait admettre tel ou tel livre dans le canon de la Bible, et nous donnerons au mot Canoniques (livres) la liste des ouvrages admis dans ce canon, et aussi celle des livres rejetés comme apocryphes, par les différentes églises chrétiennes. Nous laisserons pour les mots ExÉGÈSE , INrerpné- TATION , INSPIRATION , etc., les discussions relatives à la saine explication des saintes Écritures. Enfin chaque livre de ce livre des livres ayant dans notre Dictionnaire un article particulier, où nous ferons son histoire spéciale et où nous analyserons son contenu, il ne nous reste plus qu’à donner l'histoire littéraire de la collection, la manière dont elle s’est formée, l'historique de ses éditions et de ses traductions les plus importantes.
Au point de vue de la langue, comme à celui de leur contenu, les livres de la Bible se divisent en deux parties fort inégales, l'Ancien et le Nouveau Testament, c'est-àdire l’Ancienne et la Nouvelle Alliance. En effet, le mot Tesltamentum n’est que la traduction en latin postérieur (du deuxième siècle) du grec àtafñxn, qui veut dire alliance, le système religieux du Mosaisme étant considéré comme une alliance entre Jehova et Israel, et le principe de la rédemption dans le Christ étant mentionné de même à diverses reprises sous cette dénomination dans le Nouveau Testament.
L’Ancien Testament est la collection des trente-neuf livres en langue hébraïque ou chaldéenne considérés par les Juifs et par l’Église chrétienne comme saints et inspirés {le nombre en a été artificiellement réduit à vingt-deux, pour répondre aux lettres de l’alphabet hébraïque). J1 contient tous les débris de la littérature hébraïque et chaldéenne jusque vers le milieu du deuxième siècle avant Jésus-Christ. A l’époque de Jésus-Christ cette collection portait indifféremment les titres d’Écriture (Touvñ), de saintes Écritures, ou, suivant leur contenu, de la Loiet les Prophètes ; à quoi on ajoute quelquefois les Psaumes ou le reste des Écritures. De là aussi une division de l’Ancien Testament fort ancienne, et qui existait déjà avant le Nouveau Testament, en la Loi, les Prophètes et les autres saintes Écritures. La Loi comprend les cinq livres de Moïse : la Genèse, lExode, le Lévitique, les Nombresetle Deutéronome. Les Prophètes se divisent en Anciens, qui sont les livres de Jo sué, des Juges, de Samuel et des Rois; et en Nouveaux, lesquels se subdivisent en grands et en pelits prophètes. Les premiers sont :Isaïe, Jérémie, Ézéchiel,auxquelsles chrétiens ajoutent D a niel, d’après la traduction d’Alexandrie; les seconds comprennent tous les autres prophètes. La troisième division, contient les Écritures désignées sous le nom d’Hagiographes, et ren. ferme, outre les livrés poétiques de Job, les Proverbes et les Psaumes, le Cantique des cantiques,l’'Ecclésiaste, Ruth, Jérémie et Esther.
Les traducteurs d'Alexandrie et les Pères de l'Église, Luther, etc., n’adoptent pas pour le placement de ces livres le même ordre que les Juifs ; ceux-ci eux-mêmes diffèrent entre eux, les Talmoudistes n’admettant pas l’ordre adopté par les Mazoreths, les manuscrits allemands en ayant un autre que les manuscrits espagnols.
Quant à l’origine même de la collection, en raison de l'usage excessivement restreint que Moïse, les poëêtes et les légendaires de l’époque héroïquesuivante firent de l’Écriture, il faut admettre que ce fut seulement à dater des écoles de prophètes que se formèrent les rédactions plus complètes de lois et d'histoires qui portent le nom de Samuel, de même que quelques collections de cantiques. Les quatre livres aui
nous possédons aujourd'hui sous le nom de Moïse datent de l’époque de Salomon (dixième siècle avant J.-C.), peutêtre bien aussi le livre de Josué; plus tard vinrent les livres des Juges et de Samuel, puis les Prophéties au huitième siècle avant J.-C.; avant et à l'époque d’Ezéchias (vers lan 712 avant J.-C.), une collection des Proverbes de Salomon; vers l’époque de Josias (environ vers l'an 627) eut lieu l’achèvement du Pentateu que, et dans l’exil seulement furent composés les livres des Rois. Par conséquent la première partie, La Loi, et la première moitié de la seconde partie, Les Prophètes, datent de l’époque de Pexil. Après l’exil et après la mort du dernier propliète, Malachie (vers la fin du cinquième siècle avant J.-C.), se forma la collection de la seconde moitié de la seconde partie, laquelle fut terminée alors qu'existaient déjà les Paralipomènes (dans la seconde moitié du quatrième siècle) et le livre de Daniel ( vers la fin du deuxieme siècle) , qui par conséquent auraient pu y être compris. Peut-être est-ce seulement à la fin de la période perse (dans la seconde moitié du quatrième siècle) que se forma la troisième partie, celle des Hagiographes, qui ne fut pas terminée avant le milieu du deuxième siècle avant J.-C., puisqu'on y comprit encore le Livre de Daniel, qui ne fut écrit que vers ce temps-là. La plus ancienne mention qui soit faite de la collection de l'Ancien Testament se trouve dans le prologue de Jésus Sirach ( vers l’an 130 environ avant J.-C. ), ce qui ne prouverait pas d’ailleurs que la troisième partie eût été terminée alors. Les citations qui en sont faites dans le Nouveau Tesfament (S. Luc, xx1v, 44; S. Matthieu, xx, 25) ne le prouveraient pas davantage ; la preuve complète ne se trouve que dans la seconde moitié du premier siècle après J.-C. et dans les ouvrages de Josèphe, sans que pour cela toutes incertitudes en ce qui touche la troisième partie soient devenues impossibles parmi les Juifs et les chrétiens versés dans la connaissance des langues grecques.
Les écrits de Moïse, des Prophètes et de David, ou une certaine partie de ceux qui leur sont attribués, ne furent admis dans la sainte collection qu’en raison du caractère personnel de leurs auteurs; et les autres ouvrages, anonymes pour la plupart, tantôt à cause de leur contenu , tantôt en raison de l’espèce de consécration que leur donnait leur antiquité; enfin, parmi lesécrits postérieurs à l'exil, quelquesuns (le Cantique des Cantiques, l’Ecclésiaste, Daniel) en raison de l’époque reculée où vivait l’auteur qu’on leur donne; d’autres (les Paralipomènes, Esther), à cause de leur contenu; d’autres encore (Esdras et Néhémie), par égard pour les services importants rendus par leur auteur au rétablissement du culte et de la loi. Une critique sévère ne fut point exercée à cet égard, et ce soin a été laissé à la critique moderne, exempte de préventions. Mais tandis qu’en haine des Juifs, et par un prétendu respect pour Muise, les Samaritains ne reconnaissaient comme canoniques que les cinq livres de Moïse et ne possédaient d’ailleurs encore qu’une paraphrase postérieure du livre de Josué, les Juifs d'Égypte ajoutaient dans leur traduction grecque d’Alexandrie, du moins partiellement, d’autres livres apocryphes que les Juifs de la Palestine ou rejetaient de l'Ancien Testament ou bien ne lisaient pas du tout.
L'Église chrétienne se trouva d'autant plus obligée de faire usage, dans son culte et dans ses enseignements dogmatiques, de l'Ancien Testament, que plusieurs siècles s’écoulèrent sans qu’on eût réuni en collection les livres du Nouveau Testament ; seulement elle en fit usage avec toute liberté, Toutefois, par suite de l'ignorance des langues hébraïque et chaldéenne , qui était générale dans l'Église chrétienne primitive, elle ne put se servir que de la traduction de l'Ancien Testament faite en grec à Alexandrie, Or, comme celle-ci contenait aussi ce qu’on a coutume d'appeler les Apocryphes, livres que les Juifs de la Palestine ne considéraient Pas comme des ouvrages canoniques , il en résulla que les
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premiers Pères de l'Église eux-mêmes firent un usage plus large et plus libre des Apocryphes. Toutefois, jusqu’au quatrième siècle dans l'Église grecque les livres de l’Ancien Testament appelés apocryphes pour la première fois au cinquième siècle par saint Jérôme, furent considérés comme des livres propres à étre lus dans l’église et dont la lecture était recommandée par l’Église, sans qu’elle les assimilât aux livres canoniques. Des principes beaucoup plus sévères régnaient, au contraire, à cet égard dans l’Église latine. On y considérait précisément comme canoniques les livres regardés par les Grecs cornme seulement propres à être lus à la foule, encore bien que quelques savants, comme saint Jérôme, saint Hilaire, Rufin, Junilius, peu d’accord entre eux à ce sujet, s’y opposassent et ne voulussent voir dans ce qu’on appelle aujourd’hui les Apocryphes que des libri ecclesiastici rejetés de l’Ancien Testament canonique.
Les protestants revinrent les premiers au canon juif de Ancien Testament, et séparèrent des livres hébreux de lAncien Testament les ouvrages ajoutés à la traduction latine et à celle d'Alexandrie, en n’admettant que les premiers à une démonstration dogmatique. On ne saurait nier toutefois que ces Apocryphes constituent une expression historique de l’époque de transition de l’Ancien Testament au Nouveau, et qu’il serait bien difficile de s’en passer si l’on tenait à se faire une idée complète des idées religieuses, et aussi qu'ils forment (le Livre de la Sagesse, par exemple) une très-précieuse partie de l'Ancien Testament. C’est donc au fond avec raison, quoique peut-être au point de vue d’une tradition et d’une dogmatique trop rigides, qu’au concile de Trente l'Église catholique, contrairement à l'opinion des protestants, sanctionna tous les ouvrages contenus dans la Vulgate, et qu’elle déclara par conséquent que les Apocryphes constituaient une partie canonique de l’Ancien Testament. Beaucoup de savants catholiques (par exemple, Bernard M Lamy, Jahn, etc.) se sont efforcés pourtant de se rapprocher du droit historique, en établissant une distinction entre le premier et le second canon. Les protestants ont d'ailleurs admis aussi les Apocryphes dans leurs éditions de l’Ancien Testament. En effet, Luther les ayant compris dans sa traduction de la Bible en allemand, comme des livres « qu’il ne faut pas sans doute estimer à légal des saintes Écritures, mais qu’il est cependant utile de lire, » on les trouve encore aujourd’hui imprimés dans toutes les Bibles allemandes,
De ce qui précède il résulte que si de tout temps l’admission des Apocryphes a été contestée, par contre, de tout temps aussi les chrétiens, à l'exception des sociniens et de quelques autres seclaires, se sont accordés à reconnaître à l'Ancien Testament une autorité canonique égale à celle du Nouveau Testament. On ne saurait nier cependant, et il est tout au moins généralement reconnu tacitement, que le Nouveau Testament a remplacé l'Ancien Testament, dont le Christ a essentiellement accompli toutes les prophéties. Les auteurs du Nouveau Testament et les législateurs chrétiens se sont effectivement placés, an moyen d’une interprétation des plus libres, au-dessus de l’Ancien Testament par lesrectifications qu’ils lui ont fait subir, et aussi en n’hésitant pas à supprimer de leur autorité privée certaines institu- {ions de l'Ancien Testament ( par exemple, celles des sacri= fices, du sabbat, et de presque tout le cérémonial). Mettre l'Ancien Testament sur la même ligne que le Nouveau Testament, ce ne serait pas seulement renier celui-ci et jusqu’à un certain point le déclarer nul, mais encore, si on était conséquent, aller droit aux contradictions les plus inso= lubles en ce qui est du dogme, des mœurs et du culte. Cependant l'Ancien Testament contient si bien l'histoire antérieure du Nouveau Testament qu'il est indispensable pour pouvoir comprendre la nouvelle alliance; il y en est si souvent fait mention, et par Jésus-Christ lui-même ( Saint Matthieu surtout, v, 17 et suivants }, comme d’une base qu'il faut bien se garder de détruire, parce que c’est sur elle que s'élèvera
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l'éiifice du christianisme; il a exercé une influence si décisive sur le développement de l’Église chrétienne, et, malgré son point de vue judaïque et partial, il a produit en religion et en morale tant et de si grandes choses auxquelles aucun autre peuple n’a rien à comparer, que ce serait trahir l'histoire et la religion que vouloir l’effacer de la liste de nos livres saints et le séparer du Nouveau Testament.
Le Nouveau Testament est la collection des ouvrages considérés par les chrétiens comme imposés, saints et véritables, datant de l’époque primitive du christianisme, de celle où vivaient encore les apôtres du Christ, ses aides et ses disciples, et ayant trait à l'histoire ainsi qu'aux dogmes de la religion chrétienne. Cette collection se compose également, d'après son origine et d’après son contenu, de trois parties bien distinctes.
La première comprend les livres historiques : les Évangiles, à savoir : les synoptiques, c’est-à-dire les Évangiles de saint Matthieu, de saint Marc et de saint Luc, l'Évangile desaint Jean, etles Actes des Apôtres de saint Luc, qui, en raison de leur grande ressemblance dans les faits et dans les paroles, se rencontrent souvent.
La seconde partie comprend les ouvrages épistolaires et didactiques : en premier lieu les Épitres de saint Paul, deux aux Romains, deux aux Corinthiens, une aux Galates, une aux Éphésiens, uneaux Philippiens, une aux Colossiens, deux aux Thessaloniciens; les épitres pastorales (à Timothée et une à Tite); l'Épitre de saint Paul à Philémon; enfin les épitres catholiques, deux épîtres de saint Pierre et de saint Jean, de saint Jacques et saint Jude, et en outre V'épître aux Hébreux, écrite avant l’épitre de saint Jacques.
La troisième partie est la partie prophétique, et ne contient que la révélation de saint Jean, lApocalypse.
Mais cette collection telle qu’elle existe aujourd’hui ne date pas, pour toutes ses parties, de l’origine du christianisme, et n’est pas non plus demeurée à l’abri des doutes de la critique ancienne et moderne pour quelques-unes de ses parties. Les premiers chrétiens ne reconnurent comme base de leur foi que l’Ancien Testament. Aussi à côté de’citations accumulées de l’Ancien Testament ne trouve-t-on que trèsrarement dans les Pères apostoliques des invocations bien précises de textes des épîtres des Apôtres, notamment de celles de saint Paul : par exemple, des épiîtres aux Romains, aux Hébreux et aux Corinthiens, dans Clément Romain; de l’épitre aux Éphésiens et de la première aux Corinthiens, dans Ignace; de l’Épître aux Philippiens et de la première aux Corinthiens, dans Polycarpe. Les citations de textes des Évangiles, qui ne furent séparés que beaucoup plus tard des apocryphes, sont encore bien moins précises, par exemple dans Barnabas, Clément Romain, Ignace, Polycarpe; circonstance qui tend à prouver tout au moins que ce fut dès le premier siècle et au commencement du second qu’on s’occupa de recueillir et de fixer les traditions chrétiennes et les documents évangéliques. L’incertitude des textes réunis par l’Église est en outre démontrée par l'usage qu’on n’hésitait pas à faire dans les premiers siècles d’Évangiles déclarés plus tard apocryphes et à ce titre rejetés du
Nouveau Testament, par exemple de l'Évangile égyptien
cité par Clement d'Alexandrie, et d'autres Évangiles encore iuvoques par Clément Romain et par Ignace. C’est seulement à partir de la seconde moitié du deuxième siècle qu’on trouve des citations plus précises des Évangiles et de l’Apocalypse dans saint Justin Martyr (mort vers l’an 166) et dans son disciple Tatien (mort en 176), des Épitres de saint Paul dans Athénagoras ( mort en 180 ), des Évangles et des Épitres de saint Paul dans Théophile ( qui florissait vers l’an 188).
La conscience de la liberté dans l'Esprit saint qui pénétrait les premiers siècles chrétiens à l'égard de toute autorîté , même de celle des Apôtres ; la tradition ecclésiastique, encore récente et vivante; la lenteur extrême que mit l'É-
DICT, DE LA CONVERS, — T. Ill,
glise catholique à se constituer ; la difficulté qu'il y avait à obtenir communication décrits apostoliques dispersés pour la plupart dans diverses communautés ; l’absence de critique à l'égard d’hérésies et de falsifications condamnées plus tard seulement; enfin les incertitudes existant dans la détermination des limites où cessait le caractère des hommes apostoliques et où commençait la canonicité, principe qui ne fut admis et reconnu qu’à la longue ; la maxime encore généralement admise qu'il suffisait pour le but du culte chrétien de lectures de l'Ancien Testament ou de quelques ouvrages chrétiens existant par hasard dans les différentes communautés, sans avoir pour cela de caractère canonique; toutes ces circonstances empêchèrent jusque-vers le milieu du second siècle qu’on s’occupât sérieusement de réunir les ouvrages du Nouveau Testament pour en former une collection d’une certaine étendue et la soumettre à une critique plus attentive. Des livres de la première moitié du premier siècle de l'ère chrétienne dont l'authenticité est évidente pour tout juge réfléchi, par exemple l’Épitre aux Galates, ne parurent très-certainement que cent cinquante ans après l’époque où ils furent composés, à la fin du second et au commencement du troisième siècle, sans que pour cela, comme la critique moderne l’a essayé pour d’autres ouvrages du Nouveau Testament, il y eût à douter qu’ils fussent authentiques ou tout au moins qu’ils eussent été composés à une époque bien antérieure. On ne trouve donc pas de traces d’une collection des ouvrages du Nouveau Testament avant la seconde moitié du deuxième siècle; elle fut faite alors en opposition à une falsification gnostique du christianisme primitif par Marcion de Pont, lequel avait réuni dix épiîtres de saint Paul en omettant ses pastorales, et s’était en outre servi d’un Évangile de saint Luc en lui faisant subir les mutilations les plus arbitraires.
L'origine du canon du Nouveau Testament actuel ne date donc à bien dire que de la fin du deuxième siècle et du commencement du troisième siècle, époque où saint Irénée, saint Clément d'Alexandrie et Tertullien recennaissent comme canon déjà concordant les quatre Évangiles admis encore au ourd'hui pour canoniques, les Actes des Apôtres, les 13 épitres de saint Paul, la première épître de saint Pierre, l’épitre de saint Jean et l’Apocalypse. Deux recueils se trouvèrent alors en présence, mais ne tardèrent pas à se combiner : l’Instrumentum evangelicum (rù Edayyéluov), comprenant les quatre Évangiles, et l’Instrumentum apostolicum (6 ’Axéstodos) avec les lpitres de saint Paul et autres. Cependant les discussions de la critique se prolongèrent jusqu’au sixième siècle. C’est ainsi qu'Origènerévoque encore en doute l'authenticité de l’Épitre aux Hébreux, des Épitres de saint Jacques et de saint Jude, de la seconde et de la troisième Épttres de saint Jean, tandis qu’il incline à admettre comme canoniques beaucoup d’apocryphes du Nouveau Testament, notamment des ouvrages d’Hermas etde Barnabé, rejetés décidément plus tard par l'Église. L’Apocalypse elle-même fui révoquée en doute jusqu’au milieu du septième siècle par des motifs dogmatiques. Eusèbe, ce père de l’Église si instruit et si sagace, distingue encore au quatrième siècle trois classes de livres du Nouveau Testament : 1° les ouvrages généralement reconnus {émo)oyoÿmeva), les quatre Évangiles, les Actes des Apôtres, 14 Épîtres de saint Paul, la première Épitre de saint Jean et de saint Paul ; 2° les ouvrages non généralement reconnus (&vrieyéumeva), entre autres les épitres de saint Jacques, de saint Jude, deux épitres de saint Pierre (2° et 3° épitres) ainsi que l’Apocalypse de saint Jean, et encore en seconde ligne les Actes de saint Paul, complétement rejetés plus tard, le livre du Berger (Hermas), la Révélation de saint Pierre, l'Épitre de Barnabé, les Leçons des Apôtres et l'Évangile des Hébreux ; 3° les ouvrages absurdes et impies (hérétiques).
L’Occident, plus porté à conserver, plus éloigné aussi de la source des traditions chrétiennes primitives, se décida à
fixer le titre du Nouveau Testament beaucoup plus tôt que l'Orient, plus enclin à la critique. Le concile tenu à Laodicée ( de 360 à 364) avait encore exclu l’Apocalypse du canon, tandis que les synodes tenus à Hippone (393) et à Carthage ( 397), l’évêque de Rome Innocent 1° au commencement du cinquième siècle, et le concilium romanum sous Gélase 1° (494), reconnurent et admirent l’ensemble du canon du Nouveau Testament tel qu’il existe actuellement. Les doutes au sujet de certains ouvrages du Nouveau Testament ne durèrent guère au delà du septième siècle. Le moyen âge, enchaînétrès-hiérarchiquementet devenu, surtout dans sa première moitié, généralement étranger à la connaissance de la langué grecque, demeura sans critique. Ce fut la Réformation qui la première fit renaître les anciens doutes au sujet de l’Épitre aux Hébreux, des Épitres de saint Jacques et de saint Jude, et Luther ne craignit même pas de qualifier d’apocryphes l'Épitre aux Hébreux et l’Apecalypse. Cependant l’engourdissante orthodoxie, qui, à partir de la deuxième moitié du seizième siècle, pendant tout le courant du dix-septième et jusque dans le milieu du dixhuitième, domina &ans l’Église protestante, recula tellement sur ces matières tout libre développement scientifique, que ce fut un catholique libre penseur, Richard Simon ( mort en 1712 ), qui, en opposition à l’étroite théologie des protestants, dut le premier faire prévaloir l’idée d’une Zntroduction historique et critique à la Bible contenant l’Ancien et le Nouveau Testament. Les protestants, à l'invitation de Lowth, de Semler, de Herder, de Griesbach, de Michaelis, dEichhorn, etc., finirent par se décider à faire des études plus critiques. A la vérité, la manie des hypothèses et aussi en partie le résultat de ces investigations scientifiques trouvèrent des adversaires aussi ardents parmi les catholiques que parmi les protestants restés orthodoxes. Mais l’œuvre le critique rationnelle n’en trouva pas moins d’intrépides continuateurs.
Depuis la publication de la Vie de Jésus de Strauss tous les ouvrages du Nouveau Testament, à l'exception des quatre grandes Épîtres desaint Paul, de l’Épitre aux Romaine, de deux Épiîtres aux Corinthiens et de l’Épttre aux Galates, ont été révoqués en doute par l’école de Tubingue; tout réeemment même, Bruno Bauer a traité d’apocryphes les livres qui avaient trouvé grâce devant ses devanciers, et la lutte sur les autres ouvrages dure encore, Mais si la fausseté de la seconde épttre de saint Pierre peut être aujourd’hui considérée comme scientifiquement démontrée, en revanche l'authenticité de tous les autres ouvrages du Nouveau Testament est reconnue par les plus habiles critiques ( à l'exception de l’école de Tubingue), soit comme indubitable, soit comme présentant tous les caractères déterminants de la vraisemblance, Le canon du Nouveau Testament subsiste donc encore historiquement en entier, à l’exception de la deuxième Épitre de saint Pierre. Mais c’est là un résultat plus important au point de vue historique qu’au point de vue dogmatique.
Quelque importance historique que puisse avoir la question de savoir si la plupart des livres du Nouveau Testament datent dans leur forme actuelle du milieu du deuxième siècle, ainsi que le prétend l’école de Tubingue, ou bien de la première moitié du premier siècle, comme l’affirme l’école opposée, elle n’en saurait avoir aucune en ce qui touche le dogme même. Un dogme, comme l’enseigrent les protestants demeurés orthodoxes, ne doit pas être tenu pour vrai parce qu’il a été écrit dans tel ou tel livre, dans le premier ou dans le second siècle cu à toute autre époque, ou encore parce qu’il est commandé par une autorité extérieure, mais parce qu'il a pour lui ia vérité qui résulte d’une nécessité intérieure particulière, alors même que les livres qui ont fait jusque alors autorité absolue le déclareraient faux. Cependant il n’en est pas moins nécessaire de combattre dogmaliquement les tendances d’une critique uniquement des-
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tructive, parce que le plus souvent elle est dirigée par de fausses prémisses et qu’elle mène à l’errenr.
L’Ancien et le Nouveau Testament ayant élé écrits tous deux dans une langue ancienne et fixés dans leur forme extérieure à une époque où la critique n’avait pas encore de base solide, la restauration possible du texte original tant de l'Ancien que du Nouveau Testament constitue une partie importante de la théologie scientifique, dont les travaux se partagent le plus souvent entre l’Ancien et le Nouveau Testament.
L'opinion, jadis orthodoxe, suivant laquelle l’Ancien Testament serait parvenu intact jusqu’à nous, une fois écartée,
comme aussi le reproche adressé aux Juifs par les anciens et |
les modernes d’y avoir intentionnellement introduit des falsifications destinées à favoriser leurs dogmes particuliers , il s'agissait d’abord pour la critique de fixer des leçons en général très-différentes, et d'indiquer les moyens de rétablir le texte dans sa pureté primitive. Les investigations les plus ‘récentes prouvent qu’en général les Juifs de la Palestine et de Babylone ont traité leurs livres saints avec beaucoup plus de soin et de respect que les Samaritains et les Alexandrins, Dans les écoles savantes qui florissaient vers l’époque de Jésus-Christ à Jérusalem, peu après la destruction de cette ville en Palestine, et plus tar& encore en Babylonie, le texte de PAncien Testament fut rectifié et fixé avec assez de soin, surtout après que le texte du Talmoud ent été fixé au sixième siècle par ce qu’on appelle la Masora. Ce soin ne s’étendit d’abord qu'aux consonnantes du texte hébreu, de même que la ponctuation ne devint l’objet d’une grande sollicitude qu’à partir du onzième siècle, quoiqu’à un degré moindre que les anciennes consonnantes , réputées par cela même pour saintes. En 1477 parut d’abord (vraisemblablement à Bologne) le Psautier, imprimé aussi avec le commentaire de Kimchi; en 1488 à Soncino, pour la première fois, tout l’Ancien Testament petit in-folio, édition qui paraît avoir été suivie pour celle de Brescia (1494), dont Luther se servit pour sa traduction de l’Ancien Testament. La Biblia Polyglotta Complutensis (1514-1517), la Biblia Rabbinica de Bamberg, publiée par le rabbin Jacob Ben-Chajim (Venise, 1525-1526), édition qui a été suivie par la plupart des éditions postérieures ; enfin la Biblia Polyglotta d'Anvers (8 vol., 1569-1572), les Bibles d’Hutterus (Hambourg , 1587; souvent réimprimées depuis), de Buxtorf (Bâle, 1611), et surtout celle de Jos. Athias (Amsterdam, 1660:et 1667), qu'ont presque entièrement suivie les éditions les plus récentes et les plus estimées, par exemple, celles de Simonis, de Hahn, de Theile, etc.), sont justement célèbres. Par conséquent, si le caractère littéraire des écrivains de l'Ancien Testament peut être signalé comme incertain et induisant le critique en erreur, les éditions hébraïques que nous possédons aujourd'hui de l'Ancien Testament peuvent, au total, être considérées comme bonnes et exactes. La division qu’on y trouve du Pentateuque en six cent soixante-neuf parasch (chapitres) provient vraisemblablemnent de l’époque reculée où existait l'usage de donner publiquement lecture de l'Écriture sainte, et se trouve déjà dans le Talmoud. Les grands parasch ou les cinquante-quatre péricopes actuels du Sabbath apparaissent, au contraire, pour la première fois Gans la Masora, et ne se trouvent pas dans les rouleaux de la synagogue. Les morceaux de lecture choisis dans les prophètes, tous écrits sur des rouleaux particuliers et appelés naphtares , c’est-à-dire chapitres finaux, parce qu’on en donnait lecture à la fin des assemblées du culte, sont aussi déjà dans le Talmoud. Notre division actuelle en chapitres est, au contraire, de beaucoup postérieure, Bien qu'empruntée aux Juifs, elle est d’orgne cnrétienne, et date à peu près de la fin du treizième siècle, La division des livres poétiques en phrases détachées où membres rhythmiques (versets) est beaucoup plus ancienne, et précéda même les divisions des livres de prose en périodes logiques qui se trouvent aussi déjà dans le
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Talmoud et qui servent de base à notre division actuelle de l'Ancien Testament en versels. Toutefois, c’est seulement à la longue et depuis le commencement du seizième siècle que s’introduisit l'indication par chiffres aujourd’hui en usage. Par conséquent, la mise en ordre et l'arrangement si commode actuel de l'Ancien Testament sont également sous ce rapport le travail de plusieurs siècles.
Indépendamment de Marcion, qui a été accusé d’avoir commis plusieurs falsifications dans le Nouveau Testament, ct surtout plusieurs mutilations, indépendamment encore des erreurs qui étaient inévitables dans la reproduction des manuscrits, les chrétiens du premier siècle, qui n'étaient pas enchainés par l'autorité de la lettre, se permirent un grand nombre d’interpolations, ou encore des modifications au texte primitif, sans les soumettre à une critique suffisante. Le courant d'idées et la civilisation si différents de l'Orient et de l'Occident aggravèrent encore le mal ; et la critique moderne n'évalue pas à moins de 80,000 le nombre des variantes qui en sont résultées. Afin d'arriver à mettre un peu d'ordre dans ces matériaux critiques , Griesbach adopla trois leçons différentes des matériaux critiques : 1° la leçon occidentale ; 2° la leçon d’Alexandrie; 3° la leçon de Constantinople. Ce point de vue a été ou combattu ou adopté par les critiques Matthæi,Rink, Bachmann et Tischendorf, sans qu’on puisse dire jusqu'à ce jour que les matériaux critiques aient été l'objet d’investigations suffisantes et même que les bases de ce travail aient encore été posées.
Le Nouveau Testament fut imprimé beaucoup plus tard que l’Ancien : d’abord dans la Polyglotta Complutensis, en 1514, d’après des manuscrits non complétement authentiques, et à diverses reprises à partir de 1516 (5 fois, jusqu’en 1535), mais avec peu de soin au point de vue critique, par Érasme, à Bâle. Les nombreuses éditions du Nouveau Testament qui furent faites ensuite suivirent pour la plupart, sauf de minimes changements, l'édition d’Érasme ou la Polyglotta Complutensis, ou bien les deux textes combinés. On ne peut mentionner spécialement que celles de Colonæi (Paris, 1534), de Bogard (Paris, 1543), et la troisième édition d’Étienne l'aîné (1550) et d’Étienne le jeune (Genève, 1569). Théodore de Bèze fut le premier qui, par des études comparatives faites sur la troisième édition d’Étienne, fit progresser la critique du Nouveau Testament. On doit dire toutefois que ce fut moins son travail fondamental que sa réputation personnelle et l’active industrie des imprimeurs hollandais qui firent adopter leur édition comme texte ordinaire actuel du Nouveau Testament, comme éextus receplus, imprimé pour la première fois (Genève, 1565) par Étienne, avec la Vulgate et des observations critiques , puis à diverses reprises, notamment par Elzévier (Leyde, 1624, et souvent depuis), Le labeur des Anglais Walton dars la Polyglotte de Londres (5° et 6° parties, 1657), Fels (Oxford, 1675) et surtout Mil! (Oxford, 1707), ranima de nouveau la critique du Nouveau Testament; on peut associer honorablement à leurs travaux ceux de Bengel, si remarquables sous le rapport du tact et de la sagacité (Tubingen, 1734; nouvelle édition, avec additions par son fils, 1790 ),et de Welstein (2 parties, Rotterdam, 1731 ; 2° édit. par Lotze, 1732). Les uns et les autres toutefois ont été de beaucoup dépassés par la prudente critique et la réserve systématique de Griesbach (Halle, 1774), qui dans sa seconde édition (2 vol., Halle et Londres, 1796 et 1806) put mettre à profit les matériaux nouveaux recueillis dans l'intervalle par Matthæi, et extraits de plus de 100 manuscrits moscovites et autres, de même que les travaux de Birch (Copenhague, 1788), de Moldenhauer et d’Adler : aussi cette seconde édition de l'ouvrage de Griesbach avec sa savante Polyglotte forme-t-elle encore le manuel indispensable du critique. Les Essais de Scholz, la Lucubralio crilica el l'édition critique de Rink
(2 vol., Leipzig, 1830-1836) ainsi que celle de Lachmann (Berlin, 1831 ) et Tischendorf (Leipzig, 1851) ont fourni à la science de nouveaux matériaux, et lui ont permis d’aller bien au delà du point où Griesbach en était resté.
Parmi les manuscrits, les plus anciens (ils datent au ps du quatrième siècle), sont écrits en lettres onciales; les plus récents (à partir du dixième siècle), en écriture cursive. Les plus importants sont le Codex Alexandrinus, le Codex Valicanus, le Codex Ephræmi (un Codex rescriplus ou palimpsestus sur lequel sont écrits des ouvrages de saint Éphrem, Père de l'Église), le Codex Cantabrigensis ou Bezæ (ainsi appelé parce qu'il appartint à Bèze, qui en fit don à l’université de Cambridge, l’un des manuscritsles plus anciens, mais où ne se trouvent que les Évangiles et les Actes des Apôtres), etc., etc. Ceux que nous venons de citer sont ordinairement désignés par les critiques, dans l'ordre où nous les avons placés, par les lettres A, B, C, D. Dans la plupart il n’existe pas de séparations entre les mots, et c’est là précisément une des preuves de leur haute antiquité. Les divisions actuellement existantes dans le Nouveau Testament ne remontent qu’en partie à une époque reculée. Vers l'an 462, Euthalius, diacre à Alexandrie, imagina la division en versets (otixoi) ; ce fut lui qui eut l'idée de diviser ainsi les Épiîtres de saint Paul et les Actes des Apôtres ainsi que les Épitres catholiques en alinéas, pour indiquer comment il faut les distinguer à la lecture. La division actuelle du Nouveau Testament en chapitresrne date, comme celle de l’Ancien Testament, que du treizième siècle, époque où elle fut introduite par le cardinal Hugo; celle des versets fut faite par Etienne dans son édition de 1551. De même, les titres et épigraphes sont d’origine postérieure, et tombent par conséquent complétement dans le domaine de la critique scientifique. Mais sur ce point encore il n’y a de progrès possible qu’à la condition d’une indépendance complète des dogmes. On doit reconnaître d’ailleurs que, en dépit de ses nombreuses incertitudes , le texte du Nouveau Testament est encore (sauf un petit nombre d’exceptions) dans un état tout à fait satisfaisant sur tous les points les plus importants.
Les traductions de la Bible devinrent d'autant plus importantes et nécessaires pour l’Ancien et pour le Nouveau Testament que l’usage de la Bible se répandit loin de son sol historique original et national. C’est ce qui explique les différences essentielles que présente l’histoire des traductions de la Bible, de l’Ancien et du Nouveau Testament.
En ce qui touche l’Ancien Testament, il faut signaler en première ligne, parmi les traductions faites directement du texte hébreu original :
1° Les traductions grecques, dont la plus remarquable est celle qui fut faite à Alexandrie et qu’on connaît sous lenom des Septante, puis celles d’Aquila, de Théodotion et de Symmaque, lesqueHes datent de la fin du deuxième siècle. Toutes ces traductions, avec des fragments de quelques autres dont les auteurs ne sont point connus, se trouvaient réunies dans les Hexaples d'Origène. La traduction en grec de plusieurs livres de l’Ancien Testament qui fut faite au quatorzième siècle, et qui existe dans la bibliothèque de Sant-Marc à Venise, la versio venetica (publiée par Villoison, Strasbourg, 1784, et par Ammon, Erlangen, 1790), n’a été reproduite dans aucune autre langue. De bonne heure, au contraire, la traduction faite à Alexandrie par les Septante passa dans d’autres langues. Ainsi naquirent les anciennes traductions latines, dont la plus importante est celle qu’on désigne sous le nom d’/{ala, que saint Jérôme corrigea en partie, et qui date des premiers temps du christianisme ; puis les traductions syriaques, entre autres la traduction faite en 617 par Paul, évêque de Tela, ‘et l'Interpretatio figurata (ce qui veut dire : traduction faite d’après celle des Septante ), aujourd'hui presque complétement perdue, maïs critiquée au commencement du huitième siècle
par Jacob d'Edesse. La traduction éthiopienne faite par les chrétiens vers le quatrième siècle environ , et dont il n’a été publié jusqu’à ce jour que des fragments, provient également de la traduction des Septante, de même que la double traduction égyptienne, la traduction copte ou de Memphis et la traduction saïdique ou de la Thébaïde, toutes deux faites vraisemblablement vers la fin du troisième ou le commencement du quatrième siècle. La traduction arménienne faite au cinquième siècle par Miesrop et par ses disciples Johannes Ekelensis et Josephus Palnensis (publiée pour la première fois par l’évêque Uskan, Amsterdam, 1665 ; en dernier lieu, Venise, 1805); la traduction g‘orgienne où grusinienne ( Moscou, 1743 ) qui date du sixième siècle ; la traduction slave du neuvième siècle, ordinairement attribuée aux missionnaires Méthode et Cyrille (Moscou, 1766 ); enfin plusieurs traductions arabes du dixième au douzième siècle de l'ère chrétienne, proviennent toutes de la même source.
2° Les traductions chaldéennes (Targumäim ) remontent à une époque extrêmement ancienne; mais le texte en a trop souffert pour que la critique puisse s’en occuper avec sûreté.
3° La traduction samaritaine du Pentateuque, le plus souvent tittéralement fidèle, dont l’auteur et l’époque sont inconnus, remonte également au delà du troisième siècle de l'ère chrétienne.
4° La traduction ecclésiastique adoptée par tous les chrétiens de Syrie et qui à l’origine ne comprenait que les livres canoniques de Ancien Testament, désignée sous le nom de Peschito, qui veut dire simple, fidèle, parait être l'une des plus anciennes traductions de la Bible et avoir été faite par un chrétien vers la fin du deuxième siècle, Elle a servi de source à plusieurs traductions arabes.
5° Les traductions arabes provenant, soit du texte judaïco-hébreu (par exemple, du rabbin Saadia Gaon), soit du Pentateuque samaritain, traduit au onzième ou douzième siècle par le Samaritain Abou-Saïd, sont d’une date postérieure,
6° La traduction persane du Pentateuque, œuvre d’un Juif appelé Jacob, qui remonte au plus au neuvième siècle de notre ère.
7° Enfin, il faut encore mentionner la Vulgate latine.
Parmi les traductions du Nouveau Testament il faut d’abord citer trois traductions syriaques :
{° La très-fidèle Peschilo, composée vers la fin du deuxième siècle (publiée par la Société Biblique d'Angleterre, Londres, 1816), avec une double reproduction : l’une en arabe ( publiée par Erpennius, Leyde, 1816), et une traduction persane des Évangiles.
9 La traduction très-littérale de tous les livres du Nouveau Testament, à l’exception de l’Apocalypse, désignée sous le nom de Traduction de Philoxène ou de Charkel, faite en 508 sur l’ordre de Philoxène, évêque d’Hiérapolis, par le chorévêque Polycarpe, puis revue en 616 par Thomas de Chakel (Héraclée), dont While a donné une édition (2 vol., Oxford, 1778).
3° La traduction en syriaque hiérosolymitain contenue dans un manuscrit de l’an 1030, que possède la bibliothèque du Vatican.
A ces traductions syriaques se ratlachent la très-littérale traduction éthiopienne; les traductions égyptiennes, d’une haute importance pour la critique, et datant vraisemblablement déjà de la seconde moitié du troisième siècle (Pune en dialecte de la Haute-Égypte ou saïdique, l’autre en dialecte de la Basse-Égypte ou de Memphis, et une troisième en dialecte de Basmuri ); la traduction arménienne, peu importante pour la critique, mais fort ancienne dans quelques-unes de ses parties; enfin les traductions géorgienne, persane, arabe et arabe-copte. Indépendamment de la traduction slave (Moscou, 163), la traduction en langue gothe par
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Ulfilas est d’une importance historique toute particulière; elle est cependant encore surpassée sous Ce rapport par l'ancienne Bible latine dite Z/ala (publiée par Martianay; Paris 1695), traduite à son tour en anglo-saxon (publiée par Thorpe; Londres, 1845), mais surtout par la traduction latine retouchée par saint Jérôme et désignée sous le nom de Vulgate. C’est surtout au point de vue de la critique que ces différentes traductions ont de l'importance, laquelle s'accroît en raison de leur antiquité, et de cette circonstance qu’elles peuvent avoir été faites sur des manuscrits contenant les textes originaux.
En raison des efforts faits au moyen âge par l'Église pour empêcher le peuple de lire librement la Bible, limitation poétique de l’histoire évangélique, par Otfried de \Wissembourg, la traduction du livre de Job et des Psaumes faite par Nokter Labeo vers l’an 980, et d’autres encore, eurent une importance toute particulière, et les efforts faits déjà à partir du quatorzième siècle pour traduire toute la Bible en allemand en eurent bien davantage encore. A cet égard, la France, de tout temps plus disposée que les autres nations du continent à faire acte d'indépendance, fit preuve et de plus d’activité et de plus d'énergie. Dès l’an 1170 le réformateur Petrus Waldus se faisait traduire le Nouveau Testament en provençal par Étienne d’Aure. Si cette traduction, qui produisit d'immenses résultats, de même que celles qui furent faites pour saint Louis (1227 ), Charles le Sage (1350), etc., n’existent plus aujourd’hui pour la plupart, l’histoire de la Bible (Bible ystorieus, hystoire escolastre), écrite en 1386 par Guyars de Moulins, ne laissa point que de les suppléer et d'exercer à son tour une grande influence. Cet exemple ne farda pas à être imité par l'Espagne sous Alphonse V (au treizième siècle), par Angleterre, où Wiclef traduisif la Bible (imprimée à Londres, 1757 et 1810), par la Bohème, où Jean Huss traduisit également la Bible en langue natio= nale. Une fois que l’art de l’imprimerie eut été inventé, et surtout à partir de la seconde moitié du quinzième siècle, on vit poindre les signes avant-coureurs d’une reconstitution … totale du christianisme dans les réimpressions sans nombre qu’on fit alors des textes bibliques : ainsi il nous faut citer les traductions espagnoles (1478 et 1515), la traduction ita= lienne du bénédictin Nicolas Malherbi (1471), la traduction française de Des Moulins (1477-1546), la traduction en langue bohème (Prague, 1448; Venise, 1506, souvent réimprimée depuis ), la traduction hollandaise (Delft, 1477), et surtout les dix-sept traductions allemandes publiées avant celle de Luther, dont cinq antérieurement à l’année 1477 ef les autres de 1477 à 1518.
Luther éclipsa dans sa traduction de la Bible les réformateurs qui l'avaient précédé. Jamais on ne s'était encore aussi entièrement pénétré du sens et de l'esprit des saintes, Écritures. Possédant des connaissances philologiques aussi étendues qu’on pouvait les avoir de son temps, il fut ses, condé dans sonœuvre par quelques-uns deses contemporains. les plus savants, tous précurseurs et champions ardents, de la Réformation, Mélanchthon, Bugenhagen, Jonasy Creutziger, Aurogallus, et Nicolas d’Amsdorf, Luther avait la conscience de l'importance que devait avoir sa traduction pour l’œuvre de sa vie, la Réformation ; car c’est en s'élevant jusqu’à l'étude de la Bible qu'il avait pu trouver la forcè nécessaire pour résister au despotisme Spirituel. Allemand avant tout, il s’attacha à mettre entre les mains du peuple. allemand une version des saintes Écritures claire, intellis gible, reproduisent l'inspiration des anciens livres, afin de lu fournir une arme défensive contre l’asservissement systém tique des intelligences, poursuivi sans cesse par l’Église Rome. C’est ainsi que sa traduction de la Bible en 1 allemande est restée un clief-d'œuvre inimitable, un livrè essentiellement populaire, le bouclier et l'épée de l | protestante. Pendant son séjour à Wartbourg, Luther avail déjà achevé sa traduction du Nouveau Testament. Elle