BIBLE — BIBLIOGRAPHE
publiée en septembre 1522. En 1523 parurent les cinq livres de Moïse ; et le tout se trouva successivement terminé et complété en 1534 par les Apocryphes. Cette traduction se répandit dans toute l'Allemagne avec la rapidité d’un torrent. Les presses seules de l’imprimeur Hans Luft à Wittemberg en mirent dans l’espace de quarante ans cent mille exemplaires en cireulation sur tous les points de l'Allemagne ; on la réimprima en même temps. En 1558 il en existait déjà trente-huit éditions différentes, sans compter soixantedouze éditions du Nouveau Testament seul. Dans le nord de l’Allemagne on la réimprima en plat-allemand (depuis 1553, à Lubeck, Hambourg, Wittemberg, Magdebourg, etc.) ; on la traduisit à l’usage des populations du Danemark (le Nouveau Testament, 1524 ; la Bible entière, 1550), de la Suède (le Nouveau Testament, 1526; la Bible entière, 1550), de la Hollande (1526), de l’Islande (le Nouveau Testament, 1540; la Bible, 1584), et ainsi jusqu’en Laponie.
Le clergé catholique, irrité de l'énorme propagation de la traduction de Luther, lui reprocha de n'être qu’une falsification des saintes Écritures; mais ses attaques ne firent qu’accroître le succès du livre.
Pendant ce temps-là Zwingle avait également entrepris de son côté, avec Léon Judæ et Gaspard Grossmann (Megander ), une traduction de la Bible, qui parut de 1524 à 1531. Après Leèvre d'Étaples (Faber Stapulensis, le Nouveau Testament, Paris 1523; la Bible, 1528 ), un cousin de Calvin, Oliveton, traduisit d’abord le Nouveau Testament (Neuchàtel, 1535), puis toute la Bible (Genève, 1545; c’est pourquoi on la désigne sous le nom de Bible de Genève). Cette traduction, revue en 1551 par Calvin, et plus tard par Th. de Bèze, devint le texte officiel de la Bible pour l’Église réformée, qui rejeta alors celles de Faber et de Castellio, tandis que l'Angleterre, en proie aux plus sanglantes discordes religieuses, ne recevait qu’en 1568, sous le règne d’Élizabeth et par les soins de l’archevèque Parker, la Bible épiscopale, que précédèrent des tentatives de traduction faites par W. Tindal (le Nouveau Testament, imprimé en Hollande, 1527, et souvent depuis), par Taverner (Londres, 1539), par Matthew (1549), enfin par les puritains Coverdale et Gilbie, par Cranmer (1561). Pendant le cours du dix-septième siècle un grand nombre de souverains, soit spirituels, soit temporels, s’attachèrent à renouveler et à corriger les traductions de la Bible usitées dans les terres placées sous leur domination. Telle est l’origine des traductions encore en usage aujourd’hui dans diverses églises nationales. C’est ainsi qu’en {1611 l’Angleterre reçut la Royal version de Jacques 1°", à laquelle quarante-sept savants avaient travaillé pendant sept années consécutives ; la Hollande, en 1637, la Bible officielle publiée par le synode de Dordrecht; la Suède, une édition officielle à laquelle a coopéré toute la Suède savante à partir de 1774; la Suisse (1665), une Bible toute nouvelle par J.-H. Hottinger, C. Sincer, P. Füsslin et autres (revue et corrigée en 1772); l'Église française réformée (les Huguenots), outre diverses autres éditions, celle publiée en {588 par la Vénérable Compagnie, sous la direction de Bertram, à laquelle est venu s’ajouter un nouveau commentaire genevois de 1805 et de 1835.
Les catholiques aussi, notamment en France et en Allemagne, eurent leur part de travail dans l’œuvre biblique, là surtout où les doctrines du jansénisme et celles de la philosophie religieuse dont Joseph II fut le patron entrèrent en lutte ouverte contre l’ancienne Église. La Bible de Louvain fut ou revue ou traduite de nouveau en France (entre autres par Richard Simon, 1702), mais surtout par les jansénistes de Sacy, Arnauld, Nicole, dont la traduction de la Bible (Amsterdam, 1667; dite Bible de Mons, par suite de l'indication fausse du lieu d'impression) fut condamnée par le pape Clément IX, tout comme le fut en 1708 par Clément XI le Nouveau Te,rument en français
avec des réflexions morales (Paris, 1687 et 1693) du P. Quesnel.
Conséquente avec la base même de ses enseignements, l'Église catholique s’est toujours montrée jusqu’à ee jour opposée à la libre propagation de la Bible, dans quelque traduction que ce pût être; encore bien qu’elle n'ait pu empêcher de paraître de nouvelles et de meilleures traductions de la Bible (par exemple, par van Ess, en 1807 ; par Schriappinger, 1807; par l'abbé de Genoude, en 1818; par Kistrmaker,en 1825 ; par Scholz, en 1828; par Allioli, en 186. LE: glise protestante, de son côté, persistant dans ses principes, 2 voulu que peu à peu la Bible devint accessible aux peuples kes plus lointains, et qu’on pût la lire dans toutes les langues do la terre. Elle entreprit cette œuvre dès le seizième siècle, mais c’est dans le siècle actuel, par la coopération des Socictés Bibliaues, et surtout par celle de la Société Biblique ée Londres, qu’elle est parvenue à obtenir les résultats les plus certains. A lexposition universelle qui a eu lieu à Loudres en 185',una vu la #ri/ish and foreign Bible Socielty exposer la Bible traduite en cent trente langues différentes. Par une bizarre anomalie, la traduction de la Bib'e adoptée et avouée par l’église Anglicane n’est pas dans le
domaine public en Angleterre, et y constitue une provriété particulière.
BIBLIA PAUPERUM, c'est-à-dire Bible des pauvres. On appelle ainsi un ouvrage qu'il ne faut pas confondre avec un livre de saint Bonaventure qui porte le même titre. C’est un système ou typique ou de typologie biblique, contenant, en quarante ou cinquante tableaux, les principaux événements de la rédemption du genre humain par Jésus-Christ, avec de courtes explications et des sentences des prophètes en langue latine. Le Speculum humanx Salvationis, c'est-à-dire le Miroir du Salut, est le développement plus large de la même pensée première, tantsous le rapport des figures que par un texte rimé plus étendu. Avant la Réformation, ces deux ouvrages étaient les guides principaux des prédicateurs, de ceux surtout qui appartenaient aux ordres mendiants. Ils tenaient lieu de la Bible aux laïques et même aux ecclésiastiques. Les membres des ordres inférieurs, par exemple les franciscains, les chartreux, etc., se qualifiaient de Pauperes Christi; de là le nom de Biblia Pauperum donné à un livre dont ils faisaient un si fréquent usage. Il existe encore aujourd'hui dans différentes langues un certain nombre d'exemplaires dela Biblia Pauperum et du Speculum Salvationis ; quel. ques-uns datent du treizième siècle. Cette série de tableaux était répétée en sculptures, en peintures de muraille et en verrines ; souvent aussi on y prenait des sujets pour les fableaux d’autels à compartiments. C’est ce qui leur donne une importance toute particulière pour l’art du moyen âge. Au quinzième siècle, la Biblia Pauperum fut peut-être le premier livre imprimé dans les Pays-Bas et plus fard en Allemagne (tout en planches de bois dans beaucoup d'éditions, et de la même manière typographiquement pour la première fois par Pfister, à Bamberg). Les premières impressions du Speculum humanæ Salvationis sont un des principaux arguments qu’on fait valoir pour attribuer à la ville de Harlem l'honneur de l'invention de l'imprimerie (voyez l’artiele Cosrer ). Consultez Heinecken, /Zdée générale d'une collection d’estampes (Leipzig, 1771).
BIBLIOGNOSIE. Voyez BIBLIOGRAPHIE.
BIBLIOGRAPHE. La découverte de l'imprimerie a répandu dans le monde une multitude d'ouvrages , dont les uns sont marqués au sceau du génie, tandis que d’autres sont frappés au coin de la médiocrité : il est essentiel de savoir distinguer les bons ouvrages d’avec les mauvais, Parmi les bons ouvrages, il y a des éditions qui méritent l& préférence sur d’autres : il faut être capable d’en faire ie discernement. Quelques éditions ou quelques ouvrages deviennent rares par différents motifs : la connaissance des
livres rares peut donc avoir son ulilité. Enfin, la multiplicité des livres qui encombrent aujourd’hui les bibliothèques publiques impose la nécessité de préférer les ouvrages les plus utiles à ceux qui le sont moins : labibliographie apprend à faire ce choix. On voit donc que la bibliographie peut devenir la science de l’homme de lettres, et surtout de l’homme de goût. C’est quand elle est envisagée sous ces différents rapports que la bibliographie mérite d'occuper une place distinguée parmi les connaissances humaines.
Le bibliographe digne de ce nom sera celui qui, préférant les bons ouvrages à ceux qui ne sont remarquables que par leur rareté ou leur bizarrerie, aura puisé une véritable science dans les meilleurs auteurs anciens et modernes, et saura communiquer aux personnes qui le consulteront les renseignements les plus propres à les bien diriger dans les études auxquelles elles voudront se livrer. Les recherches diverses dont il se sera occupé lui donneront, en outre, la facilité d’assigner à chaque ouvrage la place qui lui convient ou de retrouver cet ouvrage dans une collection de livres, quelque nombreuse qu'on la suppose, pourvu qu'elle soit rangée suivant l’ordre des matières. On n’apprécie pas assez ce talent, qui ne peut être que le fruit d’une immense lecture et de profondes méditations. En effet, les livres sont presque aussi multipliés aujourd’hui que les productions dela nature ; et comme le génie de l’homme, nécessairement borné, ne peut faire éclater dans les sujets qu'il se propose de traiter l’enchaînement et la régularité que l’on admire dans les diverses espèces d’êtres créés, le bibliographe doit éprouver dans le classement des travaux de l'esprit humain plus de difficultés que n’en rencontre le naturaliste dans la classification des êtres. Un bibliographe tel que je le dépeins mérite aussi le nom de bibliophile, c’est-à-dire d’amateur de livres ; mais il ne faut pas le confondre avec le bibliomane, qui ne s'attache qu’à certains livres rares et chers, ni avec les bibliotaphes, qui ne possèdent des livres que pour eux-mêmes, sans vouloir les communiquer à leurs amis.
Ant.-Alex. BARBIER, biblioth. du Louvre,
BIBLIOGRAPHIE , BIBLIOGNOSIE , ou encore BI- BLIOLOGIE (du grec Bi6xiov, livre, et yp&gu, j'écris ; yvwots, connaissance , et 16yos, discours). Sous ces trois mots on entend une science qui s'occupe de la connaissance des proauctions liltéraires de tous les siècles et de tous les peuples, considérées et en elles-mêmes et d’après certaines circonstances extérieures. Dans lantiquité le mot grec f- Glioypdzos était synonyme de copiste. Depuis l'invention de l'imprimerie les imprimeurs portèrent d’abord quelquefois ce nom ; plus tard on le donna aux connaisseurs et aux déchiffreurs d'anciens manuscrits, jusqu’à ce qu’enfin, vers le milieu du dix-huitième siècle, ce mot reçut en France sa signification actuelle,
Nous diviserons cette science d’après Ébert en bibliographie pure et bibliographie appliquée.
La bibliographie pure considère les livres et les manuscrits en eux-mêmes ; elle a pour mission d’inventorier ce qui se trouve en général écrit ou imprimé. Son fondateur fut K. Gessner, au seizième siècle, qui la traita dans toute son extension, embrassant toutes les contrées, toutes les époques, toutes les sciences. Depuis lors, comme une pareille tâche, en raison de l'immense accroissement du nombre des livres, eût dépassé les forces d’un seul individu, elle n’a été cultivée que dans des ouvrages d’une étendue plus restreinte, d’après l’un ou l’autre de ces points de vue. Les ouvrages bibliographiques sont donc de trois espèces : 1° ceux qui se rapportent aux productions littéraires de certaines époques : ainsi, pour en citer un exemple, Ersch, le fondateur de la bibliographie en Allemagne, décrit dans son A/{gemeines Repertorium der Literalur (8 vol., Iéna ct Weimar, 1793-1809 ) toute la littérature des quinze années comprises entre 1785 et 1800; 2° les bibliographies nationales se rat-