BIBLIOTHÉCAIRE
coup d'œil un résultat capable de plaire à l'imagination sans fatiguer l'esprit.
Parmi les bibliothécaires les plus fameux de l'antiquité, on cite d’abord : Démétrius de Phalère, qui présida à l’organisation de la fameuse bibliothèque d'Alexandrie, sous
Ptolémée-Philadelphe, et eut pour successeurs Zénodote, Ératosthène, Apollonius, Aristonyme, Aristophane, etc. On rapporte ainsi les circonstances qui firent choisir ce dernier pour occuper celte charge à la bibliothèque des rois grecs d'Égypte. Lorsque Ptolémée-Épiphane eut nommé six juges pour examiner les ouvrages envoyés au concours des jeux institués par lui en l'honneur d’Apollon et des Muses, le septième manquant, les juges déjà désignés proposèrent à ce roi de leur adjoindre un certain Aristophane, occupé depuis longtemps à lire les livres de la bibliothèque. Cette proposition fut agréée, et Aristophane, contre l'avis des six autres juges, décerna le prix à un poëte que l’on avait à peine écouté, accusant tous les autres concurrents de | plagiat, ce dont il les convainquit en allant lui-même chercher les ouvrages, et en leur faisant voir les passages | pillés par eux.
L'on ne connaît aucun bibliothécaire des diverses villes
de la Grèce. Asinius Pollion organisa le premier une biblio- thèque à Rome; la mort de Jules-César arrêta le plan qu'il | avait conçu pour la réunion de livres grecs et latins, et dont le soin avait été confié par lui à Varron. Les deux grammairiens Melissus et Lucius Hygenus furent les bibliothécaires des bibliothèques Octavienne et Palatine. Un nommé Antiochus et un certain Julius Félix furent aussi | chargés de conserver, le premier tous les ouvrages latins de la bibliothèque du temple dApollon, le second tous les livres grecs de la Palatine. Dans le moyen âge, la première personne qui fut chargée en France de ranger la bibliothèque des monarques, devenue publique, fut, sous Charles V, Gilles Malet, valet de chambre de ce prince, à qui lon donna le titre de maistre de La librairie du roy. Il eut pour successeur Antoine des Essarts, Jean Maulin, Garnier de Saint-Yon. Robert Gaguin, un de nos vieux historiens, a été, selon plusieurs auteurs, bibliothécaire sous Louis XI, mais on n’en a pas de preuves bien certaines. Laurent Palmier était alors garde en titre de la bibliothèque royale. Guillaume Budé füt le premier bibliothécaire en chef; François 1° créa cette charge pour lui. Après Budé, les provisions en furent expédiées par les rois à Pierre Chastelin, Pierre de Montdoré, Jacques Amyot, Jacques- Auguste de Thou, François de Thou, Jérôme Bignon, Jérôme Bignon, fils du précédent, Camille Le Tellier, Jean- Paul Bignon, Jérôme Bignon, et Armand-Jérôme Bignon, dernier bibliothécaire du roi. Une loi de l’an 1v organisa nationalersent ce vaste établissement, supprima cette charge, et nomma des conservateurs qui, à droits égaux, partagèrent la responsabilité ef l’administration. Depuis cette époque, plusieurs noms célèbres dans la littérature, les sciences et la bibliographie sont venus contribuer de leurs lumières et de leur zèle à augmenter ce dépôt si précieux. De ce nombre sont l’abbé Barthélemy, Millin, Langlès, La Porte du Theil, Legrand d’Aussy, Caperonnier, Gail, Abel Rémusat, de Chézy, Dacier, Sylvestre de Sacy, Jomard, Hase, Letronne, Magnin, Naudet,Reinaud, Paulin Pris, etc., etc.
D’autres bibliothèques de Paris ont eu Barbier et Beuchot pour bibliothécaires. Dans les départements se sont fait connaître l'abbé Saas, à Rouen; Laire, à Toulouse; Gabriel Peignot, à Vesoul; Delandine, à Lyon; Weiss, à Besançon; A. Leglay, à Valenciennes, etc., etc.; à l'étranger, en Allemagne, l’abbé Denis Lembecius, Chmel, Endlicher, à Vienne ; Reuss, à Gœttingue; Wilken, à Berlin; Falkenstein, Ébert, Græsse, à Dresde; en Suisse, Sinner, Sene-
bier ; en Italie, Léon Allatius , les Assemani, l’abbé Morelli, Magliabecchi, Angelo Mai; à Londres, Panizzi; au Brésil,
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monsignor Vidigal, mort évêque et bibliothécaire de Rio de Janeiro, etc.
La science du bibliothécaire devrait être pour ainsi dire universelle : Parent, dans son Essai sur la Bibliographie, trace ainsi les devoirs de ce fonctionnaire :.« Le bibliothécaire doit être exempt de préjugés politiques et religieux ; il n’est le prêtre d’aucun culte, le ministre d'aucune secte, l'initié d'aucune coterie, le partisan idolâtre d'aucun système. Il se doit au public, et surtout à la foule des vrais amateurs, qui trouveront en lui une bibliothèque parlante, qui tireront plus de secours de sa vaste et complaisante érudition que de ses registres d'ordre. II se doit à une jeunesse studieuse, curieuse et avide d'instruction, pour qui il sera un guide sûr, qui la conduira aux sources les plus pures. Il dit être pour les professeurs des écoles publiques un confrère utile, un ami éclairé, un conseil permanent, qui, de concert avec eux, travaillera au succès de l’instruction publique. » Ce n’est donc pas saus raison que l’on compare le bibliothécaire ignorant à l’eunuque chargé de la garde du sérail. C’est un bibliothécaire de cette espèce qui, trouvant un livre hébreu, le porta ainsi sur son catalogue : « Z{em, un livre dont le commencement est à la fin. » L’académicien et ambassadeur Guill, Bautru, ayant visité la bibliothèque de l’Escurial, dont le bibliothécaire était si ignorant qu’il ne connaissait pas même la plupart des livres de sa collection, dit au roi d’Espagne qu'il devrait donner l'administration de ses finances à son bibliothécaire de PEscurial. Le roi en demanda la raison : « C’est, lui répondit Bautru, parce qu’il n’a jamais touché à ce que Votre Majesté lui a confié. » Si l’on veut, au contraire, citer le modèle du bibliothécaire, pour la science, le zèle, l’obligeance et le dévouement le plus complet et le plus désintéressé, tout le monde nommera le vénérable Van Praet, dont les vieux habitués de la Bibliothèque Nationale n’ont pas perdu et ne perdront jamais le souvenir.