BIBLIOTHEQUE NATIONALE
se rappelant les noms des victoires qui les avaient procurés à la France.
Pendant la Restauration de nombreuses acquisitions vinrent se classer de nouveau dans les galeries de la Bibliothèque Nationale, Citons, parmi les plus importantes, les manuscrits autographes de La Porte du Theïil, Millin, Visconti, les pièces du duc de Mortemart sur l’histoire de France et du père Llorente sur l’inquisition d’Espagne, de curieux monuments rapportés d'Égypte par M. Caillaud, des médailles de MM. Cousinery, Rollin, Cadalvène, et une partie de la précieuse collection de M. Allier de Hauteroche.
En 1831, la Bibliothèque eut de nouveau à regretter le second vol fait dans son cabinet des antiques, malheur à jamais funeste aux sciences historiques, et dont la perte a justement retenti dans le monde savant, Ce vol, commis durant la nuit du 5 au 6 novembre, enleva à l'archéologie des moyens nombreux d'instruction, à l'étude de l’art de précieux modèles, et à la France un capital considérable. Dès avant le jour, les conservateurs, avertis de ce désastre, se rendirent en toute hâte au cabinet et trouvèrent toutes les armoires ouvertes ; une partie des montres placées sur le bureau étaient forcées, et un grand nombre de tablettes et de cartons avaient été entassés ou jetés pêle-mêle sur le parquet ; quelques-uns de ces cartons étaient encore chargés de médailles d’or ou de bijoux, que les malfaiteurs n’avaient pas eu le temps d’emporter. Après de longues recherches, la police parvint enfin à découvrir leurs traces, et, sur la déclaration de l’an d’eux, une partie de ces richesses fut repèchée au fond de la Seine; l’autre avait été fondue.
Parmi les dernières acquisitions faites par la Bibliothèque, il faut encore citer la collection d’antiquités du général Guilleminot, les médailles de la Bactriane offertes par le général Allard, des antiquités du cabinet Durand, du prince de Canino, des manuserits autographes de Champollion jeune, un précieux manuscrit du code Théodosien, un autre des frères Pithou, une grande partie de la riche collection de la duchesse de Berry.
Les bâtiments de la Bibliothèque Nationale ont à l’extérieur l'aspect le plus déplorable. A l’intérieur les proportions en sont vicieuses et manquent de symétrie. Une partie de la cour est convertie en jardin, dans lequel se trouve un jet d’eau. On y voit aussi une%tatue de Char les V. Près du jardin, et au pied de l'escalier qui conduit à la salle de lecture, est située la salle du Zodiaque, ornée du fameux zodiaque de Dendérah et de curiosités égyptiennes. Cette salle sert à des cours. Le reste du rez-de-chaussée est occupé par des bureaux. En entrant, un large escalier précédé d’un vestibule conduit au premier étage : le grand espace qu'il occupe et sa rampe de fer, citée comme un des plus beaux travaux de ce genre, attirent l'attention des visiteurs. Sur le mur on voit une grande tapisserie donnée
par M. Jubinal et provenant du château de Bayard ; on sup-
pose qu’elle a appartenu au célèbre chevalier de ce nom. De cet escalier on entre dans une galerie divisée en plusieurs salles, dans lesquelles est exposée, sous des montres, une curieuse collection d’incunables et de chefs-d’œuvre typographiques. Ces salles sont ornées de la statue en bronze de Voltaire par Houdon, et du plan en relief des pyramides d'Égypte par le colonel Grobert. Au bout de cette galerie se trouve le cabinet des antiques, dont nous reparlerons, et en retour d’équerre une grande salle ornée du Parnasse français de Titon du Tillet, pièce de bronze où figurent les poëtes français les plus connus depuis la Re-
. naissance. Des deux côtés sont de charmantes petites tours
chinoises. Par un nouveau retour d’équerre on entre dans la -grande salle de lecture, laquelle communique avec la cour “par un autre esçalier. Derrière les bibliothécaires, une grande - salle renferme les deux grands globes de Coronelli. Un autre bâtiment, faisant le quatrième côté du parallélogramme.
DICT. DE LA CONVERS. — T. Ill,
ramène sur le grand escalier; une partie seülement de ce dernier bâtiment est publique, et conduit au département des manuscrits. On y voit une cuve de porphyre, qui était jadis dans l’église de Saint-Denis, et dans laquelle on dit que Clovis reçut le baptême des mains de saint Remy.
Les murs de ces diverses galeries sont garnis d’armoires remplies de livres. De belles et larges croisées s'ouvrent sur la cour, Les imprimés de la Bibliothèque Nationale ne s’élèvent pas à moins de 600,000 volumes, sans compter un pareil nombre au moins de brochures et pièces fugitives. Chaque année ce fonds s’augmente d’un exemplaire de chacun des ouvrages nouveaux et des éditions nouvelles et des opuscules publiés en France pendant l’année, soit d'environ 6,000 volumes ou brochures, et de 3,000 volumes publiés à l'étranger. C’est la plus belle collection des produits de limprimerie qui existe dans le monde.
Département des manuscrits. L'entrée de ce département est à gauche du grand escalier des imprimés; mais il communique aussi avec les livres par une pièce du premier étage. L’escalier particulier est étroit et d'assez mauvaise apparence; il conduit à une grande et belle suite de salles où on a réuni la plus belle collection de manuscrits de tout âge, de tout genre et de toutes langues. En entrant, l’on trouve trois grandes pièces dont les plafonds sont peints à fresque. Ils représentent différents sujets, et la plupart sont des fleurs, des oiseaux, des paysages, etc., que l’on croit avoir été peints par des élèves de Romanelli, d’après les cartons de ce maître. La cinquième pièce est une grande et superbe galerie, dite Mazarine, de 45 mètres 50 centim. de longueur, sur 7 mètres 20 centim. de largeur. Elle à fait partie des appartements du cardinal &ont elle porte le nom, à l’époque où il habitait cet hôtel. Huit croisées en voussure éclairent cette salle dans sa longueur, et en face de chacune d’elles était une niche en coquilles décorée de paysages peints par Grimaldi Bolognèse ; mais elles sont maintenant masquées par des corps de tablettes couverts de manuscrits. Le plafond en voûte est très-beau, il a été peint à fresque, en 1651, par Romanelli, qui y a représenté divers sujets de la Fable. Dans celte galerie, on a exposé dans des montres vitrées des manuscrits chinois, persans, anciens et modernes, éthiopiens, birmans, turcs, arabes, etc., et plusieurs autres des différents siècles du moyen âge, depuis le septième jusques et y compris le seizième siècle ; des écritures autographes en grand nombre, celles, entre autres, d’Agnès Sorel et de Molière, des lettres d'Henri {V à Sully, de Voltaire, J.-J. Rousseau, Boileau, Corneille, Racine, mesdames de La Vallière, Maintenon et Sévigné ; des manuscrits de Fénelon, Bossuet, Montesquieu, Pascal et saint Vincent de Paul. A l'extrémité nord de la galerie Mazarine est l’ancienne chambre à coucher du cardinal, occupée par la réunion des manuscrits orientaux. Viennent ensuite de nombreux manuscrits grecs et latins. L’ensemble de cette collection enfin ne s’élève pas à moins de 85,000 volumes, sans compter environ un million de pièces et documents historiques, dont un grand nombre sont du plus haut intérêt.
Département des médailles et antiques. L'origine de son établissement remonte à Henri IV. Ce roi choisit le gentilhomme provençal Bagarris pour former ce cabinet. Louis XIV , après l’avoir considérablement enrichi, le fit transporter au Louvre; plus tard, on le plaça près de la Bibliothèque, pour le mettre plus en sûreté. On y réunit plus tard le cabinet de Caylus, riche d’un nombre prodigieux de monuments en marbre, bronze, etc. De Boze, Barthélemy et Millin ont à jamais illustré leurs noms par les services rendus à ce cabinet, et leur mémoire sera toujours chère aux antiquatres. L'entrée est au bout de la première galerie des imprimés. Dans la salle où le puplic est admis, une infinité d'objets curieux sont exposés sous verre ou à nu, Des deux côtés de cette salle sont des tableaux de
Natoire et Van Loo, représentant Apollon et les Muses; les dessus de porte sont de Boucher. Les pierres gravées sont rangées dans des montres ; l’une est garnie de scarabées égyptiens, étrusques et grecs; ceux des Égyptiens sont les plus anciens exemples connus de la gravure sur pierre fine. Dans une autre montre se trouvent des camées représentant dessujetsreligieux gravés pendantle moyen âge; des portraits de rois et autres personnages illustres, tels que Charles IT d'Angleterre, Cromwell, Marie Stuart, Henri IV, Élisabeth d'Angleterre, Louis XII, Anne d'Autriche, Louis XIIT, Louis XIV, Richelieu, Mazarin, Louis XV , Charles-Quint ; les portraits de madame de Pompadour et de Laure et Pétrarque, ete. Des empereurs et différents personnages romains sont figurés sur les camées rangés dans une troisième montre, parmi lesquels quelques-uns se distinguent surtout par la finesse du travail et la beauté de la matière. On ne peut se dispenser de citer l’Apothéose de Germanicus, sardonyx à trois couches, conservée pendant plus de sept cents ans par les bénédictins de Saint-Évre de Toul. Ces religieux avaient cru que ce camée représentait saint Jean enlevé par un aigle et couronné par un ange ; mais lorsqu'ils connurent son véritable sujet, ils l’offrirent au roi en 1684, Une quatrième montre est aussi remplie par des camées représentant des personnages romains, Agrippine, la vestale Néria, Claude, etc. Nous prenons ici le mot camée dans son acception générale, indiquant à la fois, quoique abusivement, les pierres gravées en relief et celles qui le sont en creux, qui se nomment proprement inéailles.
Le casque, le bouclier, l'épée et deux masses d'armes qui ont appartenu à François I°", sont appendus dans le cabinet des antiques# qui possédait aussi l’épée de ville de
Henri IV, ornée de camées, et son épée de chasse, portant !
un pistolet. L'épée de ville avait été tirée du cabinet, lorsque les commissaires nommés par le peuple pour parcourir la Bibliothèque pendant la révolution de Juillet vinrent chercher des armes pour l'insurrection. Cette épée fut fidèlement rendue quelques jours après par les personnes qui l’avaient emportée en présence des conservateurs. Le cabinet des antiques possède encore le fauteuil dit de Dagobert, autrefois conservé à Saint-Denis. Les quatre pieds sont d’un travail meilleur que le reste de ce meuble ; il ressemble assez à la chaise curule des Romains; il fut transporté à Boulogne pour la distribution des croix de la Légion d'Honneur faite par l'Empereur; il servit encore à Napoléon lors de la cérémonie du Champ de mai, en 1815. D’autres montres vitrées contiennent encore des camées et des intailles, sur la plus grande partie desquels sont figurés les dieux du paganisme; puis des pierres gravées représentant des princes de l'antiquité et du moyen âge. Parmi les objets antiques de premier ordre, on remarque le plus grand camée connu : il vient de la Sainte-Chapelle, où on le conservait à cause de son sujet, que l'on croyait être le triomphe &e Joseph. 11 fut apporté en France par Baudouin II, qui vint, en 1224, implorer le secours de saint Louis pour recouvrer Constantinople; et il fut donné à la Sainte-Chapelle par Charles V. Ce monument, d’un prix inestimable, nous offre l’apothéose d’Auguste, dans sa partie supérieure; et dans la ligne du milieu, Tibère sur son trône, Agrippine près de lui, ete. Volé en 1804, il perdit alors sa monture gothique en forme de reliquaire. Des vases, des boucliers, des armures, enrichissent encore ce cabinet.
Dans d’autres montres vitrées sont placées les premières monnaies de Rome; des objets antiques, tels que aiguilles, dés, stylets, un coin à frapper les monnaies, etc., des colliers, des chaînes, des bagues et autres ornements; des médailles, soit des empereurs romains, soit de la Grèce, de l'Asie Mineure, quelques-unes du moyen âge, et les médailles modernes les plus récemment frappées. D’autres curiosités complètent encore ce tresor.
Les médailles sont divisées en deux classes principales,