BIBLIOTHÈQUES RURALES — BIBLIQUE
dont les rayons de leurs bibliothèques sont chargés, et
qui ne sont lus que par un petit nombre de lecteurs. Il semblerait que la centralisation, dont on ne peut d’ailleurs
contester les avantages politiques, ait fait refluer au cœur le sang de la France, en appauvrissant les extrémités. Aucun point lumineux ne s'élève au milieu des provinces, comme ces phares littéraires et scientifiques des cités de second ordre qui éclairent l'Allemagne, Nos chefs-lieux d’arrondissement possèdent à peine de chétives bibliothèques, meublées la plupart de livres ramassés cà et là, ou expédiés sur la recommandation de n'importe qui par le ministre de l’instruction publique, livres qu'on donne parce qu'on n’a pu les vendre. Elles sont même remplies à moitié de romans, de quelques voyages illustrés, d'histoires naturelles, de Flores et de livres dits amusants , les seuls que les oisifs des petites villes daignent parcourir lorsqu'ils veulent bien se donner la peine d'ouvrir un volume pendant un demiquart d'heure. Quant aux artisans, ils travaillent toute la semaine; les jours de fête ils vont au bal et au cabaret, Ils ne mettent jamais les pieds dans la bibliothèque dite publique, et la plupart ne savent pas même qu’il en existe une, ni où elle est. Et d’ailleurs elle n’est pas ouverte le dimanche. Mais il n'existe pas de bibliothèque dans les campagnes. Ici, ce n’est point sous la même forme qu’elles pourraient se produire, car il n’y à pas de local pour recevoir les lecteurs ; à peine y en a-t-il un, fort encombré, fort exigu, pour la tenue des écoles et des séances du conseil municipal, La bibliothèque des campagnes consiste dans une armoire vermoulue qui renferme les cartons du cadastre, les circulaires des préfets rongées par les souris, les numéros dépareillés du Bulletin des Lois, le registre des actes de l’état civil, qui souvent n’est pas en meilleur état, et les délibérations de la mairie. Des livres, il n’y en a point : qui les achèterait ? qui les garderait ? qui les lirait?
Ce n’est pas que l’on n'ait souvent songé à en établir, mais jusqu'ici l'on à échoué. D'où cela vient-il ? Ne seraitce pas peut-être de ce que, lorsqu'on se propose d'organiser un établissement populaire, il faut travailler sérieusement pour le peuple, et non pour soi? Il ne faut pas l’endoctriner par surprise au profit de ses théories, de ses croyances ou de ses opinions. Le peuple s'aperçoit tout de suite de vos ruses, et il s'éloigne. C’est pour cela, en grande partie, que les bibliothèques rurales n’ont pu réussir. Les uns voulaient Jui distribuer des contes de Berquin, où l’on ne voit figurer que des bergers la houlelte à la main et des bergères avec des rubans roses. Les autres exprimaient dans de peliis traités abstraits la quintessence de leurs problèmes scientifiques, ornés d’un jargon incompréhensible. Ceux-ci spéeulaient, en façon de libraires, sur la vente de leurs drogues bibliographiques ; ceux-là distribuaient des catalogues de livres purement ascéiiques ; d’autres enfin n’auraient pas été fâchés d’insinuer le désir et limitation de leurs utopies plus ou moins sociales. Chacun de ces entrepreneurs ne songeait absolument qu’à soi, et les communes rurales n'étaient pour eux que des unités ou des chiffres qu’ils groupaient très-artistement au profit de leurs systèmes ou de leur bourse, de leur bourse surtout, selon le précepte ordinaire du siècle. Le peuple des campagnes n’a pris confiance ni aux uns ni aux autres. Il résiste à tout ce qui lui est imposé, et il ne veut servir d’instrument à personne. Il faut lui exposer ce qu’il y a de mieux à faire et le laisser faire, lui donner à choisir et le laisser choisir, et, en un mot, ne forcer ni ses goûts ni sa volonté. Timo.
Quoique l'institution des bibliothèques populaires laisse encore beaucoup à désirer, elle a fait pourtant des progrès considérables depuis le temps où M. de Cormenin tenait ce langage. En 1860, ure circulaire de M. Rouland, alors ministre de l'instruction publique, invita les préfets à faire tous leurs efforts pour obtenir des conseils municipaux qu'une bibliothèque füt établie dans chaque école communale, et
placée sous la garde de l'instifuteur. JT promettait, comm encouragement, des envois de livres à celles des communes qui justifieraient de la possession d’un corps de bibliothèque pour les renfermer. A la fin de 1863, le nombre des volumes envoyés montait déjà à plus de 250,000. On avait adopté la proportion suivante : 80 volumes pour les communes au dessous de 500 habitants, 100 pour les communes de 500 à 1,000, et 120 pour les communes de 1,000 habitants ou au-dessus. La moitié des ouvrages donnés étaient, dans la plupart des cas, relatifs à l'agriculture; le reste comprenait des livres d'histoire, de littérature, de droit usuel, d’arithmétique et de sciences naturelles. Un arrêté, en date du 1°** juin 1862, portait que ces bibliothèques seraient à la fois populaires et scolaires : comme bibliothèques populaires, elles devaient faire le prêt des livres aux familles, et, en échange, on demanderait aux familles aisées de souscrire un abonnement; comme bibliothèques scolaires, elles devaient fournir les livres de classe aux enfants qui en manquaient, mais en prenant soin de ne pas les laïsser sortir de l’école, ni détériorer à plaisir. En outre, l'arrêté prescrivait les moyens d'assurer à ces bibliothèques des ressources régulières et permanentes, soit dans les fonds spéciaux votés par les communes, soit dans les abonnements souscrits. Au 1° janvier 1865, il y avait 4,833 bibliothèques communales organisées conformément à l'arrêté ministériel ; au 1€’ janvier 1866, il y en avait 7,789, disposant de 473,779 volumes. En 1864-1865, elles avaient prêté aux familles 170,267 volumes, et 450,962 en 1865-1866. Les années suivantes , de nouveaux progrès furent accomplis. L'œuvre, arrêtée par la guerre de 1870-1871, a été reprise activement ; mais on reste bien loin encore des 50,000 bibliothèques, réclamées par les 50,000 écoles communales de la France. Tout en rendant justice aux efforts de l’administration, il ne faut pas oublier ce que l’on doit à l'initiative privée, et surtout à la société Franklin fondée en 1861, à Paris, pour provoquer la création de bibliothèques populaires dans toute la France.
BIBLIQUE (Archéologie). C’est la science qui traite des antiquités, de la constitution, des mœurs et des usages des peuples parmi lesquels naquirent les ouvrages bibliques ou bien auxquels ils ont rapport. La connaissance de l’archéologie biblique est de toute nécessité pour bien comprendre l’Écriture, attendu que seule elle peut donner l’interprétation d’un grand nombre de passages de la Bible.
Quoique les antiquités du peuple hébreu en composent la partie la plus essentielle, elle n’en doit pas moins s'occuper des peuplades sémitiques de même origine, dont il est fait mention dans la Bible. Toutefois, il est généralement d'usage de ne rattacher qu'incidemment à l’archéologie hébraïque ce qui regarde les autres peuples.
Les sources principales de l'archéologie biblique sont VAncien et le Nouveau Testament. On trouve en outre de précieux renseignements à cet égard dans les ouvrages de Josèphe sur les Antiquilés juives et sur la guerre de Judée, de même que dans ceux de Philon. Les autres sources sont les livres religieux postérieurs des Juifs, le Talmud et les rabbins, mais dont il ne faut accueillir le témoignage qu'avec une réserve extrême; enfin les écrivains grecs, romains et arabes, de même que les monuments de l'art et les relations des voyageurs. Thomas Goodwin, dans son ouvrage intitulé : Moses et Aaron S. civiles el ecclesiastici Ritus Antiquilatum hebraicarum (Oxford, 1616), est le premier écrivain moderne qui ait fait de l'archéologie biblique l’objet spécial de ses investigations. Nous mentionnerons encore parmi ceux qui se sont occupés de cette science : Archéologie Biblique (5 vol.; Vienne, 1796-1805); Winer, Dictionnaire biblique (3° édit., Leipzig, 1847). .
BIBLIQUE (Géographie), science qui traite de Ja constitution physique des contrées qui furent le théâtre des événements racontés dans les saintes Écritures, c’est-
à-dire des faits dont se compose l'histoire du peuple juif, ainsi que de la fondation et de la propagation du christianisme; elle décrit la Palestine, mais elle fournit en même temps des renseignements sur les contrées avoisinantes et sur les provinces de l'empire romain où le christianisme trouva accès à l’époque des Apôtres. Les sources de la géographie biblique sont, indépendamment des livres de la Bible, les ouvrages de Josèphe, les géographes et les historiens grecs et romains, les Pères de l'Église (dont l'ouvrage le plus important sous ce rapport est l’'Onomasticon Urbium et Locorum Scripturæ Sacræ, traduit par saint Jérôme du grec en latin); enfin les historiens des Croisades, les ouvrages historiques et géographiques des Arabes, ainsi que les ouvrages des voyageurs modernes. Les meilleurs guides à suivre pour l'étude de la géographie biblique sont : la Description de la Palestine, par le Hollandais Bachiene ; la Géographie biblique, par un autre Hollandais, Hamelsveld; la Géographie biblique de Bellermann (2° édit. ; Erfurt, 1804), et {a Palestine, par Raumer (3° édit.; Leipzig, 1851).
BIBLIQUE (Histoire). Autrefois on désignait particulièrement ainsi l'exposition historique des récits contenus dans la Bible. On distingue cette exposition de l’histoire du peuple hébreu, en ce qu’elle comprend en même temps l'histoire primitive de l'humanité, l’histoire des autres peuples dont il est fait mention dans la Bible, enfin l’histoire de Jésus-Christ et des premiers temps chrétiens, tandis qu’elle néglige les périodes de l’histoire du peuple hébreu dont il n’est pas fait mention dans la Bible. Les premiers écrivains qui s’en occupèrent ne la présentèrent guère que comme une sèche introduction à l’histoire de l’Église chrétienne. D’autres en mirent plus en relief le côté pratique, et présentèrent les personnages bibliques comme autant de modèles à suivre. C’est là ce qu'ont fait Hess, dans son Histoire des Israélites avant la venue de Jésus-Christ (12 volumes, Zurich, 1776-1788); Niemeyer, dans sa Caractérislique de la Bible ( 5 vol., Halle, 1732; nouvelle édition 1832), et Greiling, dans sa Vie de Jésus de Nazareth (Halle, 1813), ainsi que dans ses Femmes de la Bible (2 vol., Halle, 1815). L'histoire de la Bible fut traitée à l’aide d’autres sources par Prideaux (4 vol., Londres, 1725) ; par Shuckford (Londres, 1728-1738, 3 vol.) ; par Lardner (4 vol., Londres, 1764), et par G.-L. Bauer (2 vol., Nuremberg, 1804), dont l'ouvrage, demeuré inachevé, ne va que jusqu’à l'exil de Babylone, Les premiers écrivains qui se sont occupés de l’histoire biblique prirent tous pour point de départ la maxime que toutes les autres sources historiques sont inférieures à la Bible. 11 en résulte que leurs ouvrages ne sauraient prétendre à une véritable valeur historique, sans compter qu'ils omettent à dessein les périodes historiques des peuples quand par hasard il n’en est pas fait mention dans la Bible, Une histoire biblique au point de vue de la science actuelle serait une entreprise d’une difficulté extrême, parce que les investigations historiques sur les livres bibliques eux-mêmes ne sont pas près d’être terminées.
BIBLIQUE (Littérature), et mieux Æistoire bibliographique des saintes Écritures. Les Allemands appellent ainsi la science qui soumet à l’examen de la critique l’histoire des différents livres de la Bible en particulier, et aussi celle de toute la collection. Elle se divise naturellement en histoire générale et en histoire particulière : l’une qui s'occupe de l'état intellectuel et littéraire, de la langue et de l'écriture du peuple hébreu dans ses diverses périodes, de la collection, de son ordre et de l'importance ecclésiastique des livres bibliques comme formant un tout, le canon, des destinées du texte original, des modifications qu'il a subies, des moyens de le rétablir dans sa pureté primitive, des différents manuscrits, des anciennes traductions et des autres moyens servant à l'interprétation de l'Écriture; l'autre qui traite des renseignements sur les auteurs des différents livres,