‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 109 sur 552 · GARAT — GARCIA · texte numérisé non relu

GARAT — GARCIA

Toule relation avait cessé entre Garat et son père, lorsque le eomte d'Artois fit un voyage à Bordeaux : son secrétaire l’accompagna , et chanta dans un concert donné au bénéfice de son ancien maître Beck. Garat s’y surpassa, et

finit par attendrir celui qui n'avait pas voulu lui pardonner jusque alors. Le père, entrainé par les accents mélodieux de

son fils, l'embrassa, et devint l’un de ses plus zélésadmirateurs,

| De retour à Paris, Garat y trouva la troupe italienne connue

sous le nom de éroupe de Monsieur : elle y avait débuté en 1789. Mandini, Viganoni, MM"** Morichelli, Banti, chanteurs admirables, y brillaient au premier rang. Garat, mieux qu'un autre, pouvait apprécier leur mérite. Sa mémoire nusicale était prodigieuse : il savait non-seulement les mor- “eaux qu'ils chantaient, maisil retenait encore les inflexions, ws fioritures de chaque phrase. Indépendamment de son génie pour l’embellissement du chant, il s’'emparait à linstant et pour toujours de tout ce qui était bon.

Jusqu'à la révolution, Garat n’avait été qu'amateur : Ja perte de sa fortune le lança parmi les artistes. Pendant le temps de la terreur, il voulut passer en Angleterre avec Rode : leur vaisseau, emporté parles vents, alla aborder à Hambourg, où d'excellents concerts offrirent des ressources

| aux virtuoses voyageurs. Garat revint en France vers la fin

de 1794, etse fit entendre aux concerts du théâtre Feydeau, aux concerts de la salle Cléry : partout on laccueillit avec des transports d'enthousiasme. Professeur au Conservatoire,

| Garat y forma des chanteurs pour tous nos théâtres et même

pour les théâtres étrangers. Doué d’une chaleur entrainante et de la faculté si rare de communiquer ses prapres sensations, il a su, mieux qu'aucun autre, exciter l'émulation des élèves , faire naïtre en eux le sentiment du beau, et leur inspirer la confiance du talent. Roland, Nourrit père, Despéramons, Ponchard, Levasseur, Rigaut, MM** Barbier-Valbonne, Branchu, Philis, Duret, Boulanger, Rigaut, Duchamp, et beaucoup d’autres chanteurs, furent élèves de Garat, et lui ont dû la plus grande partie de leurs succès.

La voix de Garat était un ténor élevé, dans le genre de celui de Rubini, moins volumineux pourtant, Il chantait des airs de basse d’une manière très-satisfaisante. Son exécution, pleine de feu, de verve et de vivacité, savait se plier à tous les genres de composition, et donner à chaque ouvrage la couleur et le caractère les plus convenables : entraînant dans le pathétique, élégant, spirituel dans le demicaractère, d’un comique parfait dans le style bouffe, il a composé des romances et des pièces fugitives qu’il chantait à ravir, et dont le succès a été merveilleux, telles que Le Ménestrel, Bélisaire, Je t'aime tant !, ete. C’est lui qui a fait connaître à la France la musique de Mozart, en exécutant d’unc inauière enchanteresse, etavec ceite fougue, ce feu, dont on n’avait pas d’idée encore : Fin cl’han dalvino, Non so più cosa son, Non più andrai, etc. Il excellait à chanter la rmusiqne simple et sévère de Gluck. Il n’était pas lecteur déterminé, ce qui fit dire à Legros : « Quel dommage que Garat chante sans musique! — Sans musique! s’écria Sacchini, Garat est la musique même. »

Dans les dernières années de sa vie, il perdit sa voix : il en fut affligé sensiblement. Le souvenir de sa renommée, loin de charmer sa vieillesse, était un tourment pour lui : il était encore avide des succès qu’il ne pouvait plus obtenir. JL cherchait à se faire illusion et chantait encore; mais il n'était plus que l'ombre de lui-même. L'aspect d’un beau talent dans la décrépitude n’inspirait plus que de la pitié à ses amis. 11 s’en aperçut eufin. La conviction qu'il ne vivait que par le passé altéra sa santé, et finit par lui donner la mort, le 1** mars 1823, à l’âge de cinquante-neuf ans. Ainsi se termina la carrière d’un des chanteurs les plus parfaits qu'il y ait eu. Une éducation forte, comme celle qu’on recevait autrefois dans les écoles d'Italie, n’avait point dirigé ses premiers pas : il ne dut son talent qu’à ses propres observations, à son génie. CASTIL-BLAZE.

- GARAVAGLIA (Giovira), l’un des plus habiles gra-

veurs des temps modernes, naquit le 18 mars 1790, à Pavle, et dès sa plus tendre enfance dessina sous la direction du professeur Faustin Anderloni, qu’à l’âge de seize ans il se trouva en état de pouvoir seconder pour la gravure deg grandes planches anatomiques de Scarpa. Heureux des grandes dispositions qu'annonçait un élève à qui il portait une tendre amitié, Anderloni envoya en 1808 le jeune Garavaglia à Milan, où il lui fournit des moyens de subsistance, et où son protégé put suivre les leçons de Longhi. Sur les premiers ouvrages que Garavaglia exécuta dans cette ville, il y en eut déjà deux de couronnés par l’Académie : La Fille d'Herodias, d'après Luini, et Horatius Cocles. La sainte Famille d'après Raphael, qu'il termina à l’âge de vingt-trois ans, après son retour à Pavie, obtint aussi le même honneur. I] grava en outre les portraits d’un grand nombre de personnages célèbres, soit par leur naissance, soit par la gloire des armes ou par leur génie, et au premier rang desquels il faut c‘ter Charles-Quint. Il exécuta ensuite pour Luigi Bardi le Da 4d du Guerchin et L'Enfant Jésus de Maratta. A l’âge de vit #trois ans il commença la Rencontre de Jacob et de Raa 8 d’après Appiani, et développa dans ce travail une telle ha le leté de gravure et une telle grâce de dessin que cet ouvra 8 serait peut-être celui qu’on préférerait dans toute son œuvre, s’il n'avait pas fait paraître presqu’en même temps La Madonne à la chaise d’après Raphael, œuvre encore plus remarquable, et qui ne le cède en rien à tout ce que Morghen a pu graver de mieux. Un autre chef-d'œuvre de cet artiste est sa Beatrice Cenci d’après Guido Reni, dont la tête est d'une admirable expression. En 1833, Garavaglia succéda à Morghen comme professeur de gravure à l’Académie de Florence ; mais il mourut dès le 27 avril 1835.

GARAY (JEAN), l'un des meilleurs poëtes hongrois, né

en 1812, à Szekssard, dans le comitat de Tolna, fit ses études à partir de 1829, à Funfkirchen, puis à Pesth, où plus tard il obtint à la bibliothèque de la province un petit emploi qui lui permit tout au moins de se livrer sans préoccupations d’avenir à son goût pour la poésie. Préparé par une sérieuse étude des classiques allemands, et excité par les énergiques poésies de Vœrœsmarty, il fit paraitre en 1834 son poëme héroïque Csatar, dont le succès fut des plus encourageants. 11 donna ensuite à de très-courts intervalles les uns des autres plusieurs drames, dont les sujets sont généralement empruntés à l’histoire, et parmi lesquels on remarque surtout Arbocz (1837) et Bathory Erszebet (1840). De 1834 à 1836, l’un des collaborateurs du Regelæ, et de 1838 à 1839 rédacteur en chef du Hirnok de Pesth, Garay enrichit en outre un grand nombre d’autres journaux et recueils périodiques hongrois de ses productions lyriques. Il excelle surtout dans la ballade, comme le prouve le cycle de ballades historiques qu’on a de lui sous le titre d’Arpadok (Pesth, 1847 ; 2° édit. 1848). Ses poésies lyriques, Balatoni Kagylok (1843), sont aussi fort remarquables. Son dernier ou vrage est un poëme épique, dont saint Ladislas est le héros (1850). En 1843 il aété fait un recueil de ses poésies, et en 1853, une édition complète de ses œuvres. Garay est mort le 5 novembre 1853.

GARCETTES, cordes faites de fil de caret ou bitord par un agencement alternatif de brins en nombre impair ; elles n’ont jamais plus de 2 mètres à 2 mètres 30 de long. Elles servent à prendre des ris (diminuer l'ampleur des voiles, lorsqu'il fait trop de vent), ou à marier (fixer, attacher) le tournevire (petit cordage) au câble quand on lève l'ancre. La garcette de tournevire est d'égaie grosseur ; inais les garcettes de ris sont plus grosses au milieu qu'aux deux bouts, comme elles sont d’inégale grandeur. Daus les anciens usages de pénalité maritime, la garcette était l'instrument avec lequel on frappait sur le dos nu des matelots qui avaient encouru un châtiment (voyez BoutINE).

GARCIA (ManueL), chanteur célèbre et compositeur habile, né en 1779, à Séville, mort à Paris, en 1832, acquit comme chanteur une grande et juste réputation sur les

| théâtres de Cadix et de Madrid, et vint en 1808 à Paris, où

ü se fit entendre avec le plus grand succès à l'Opéra italien. En 1811 il alla en Italie, à Rome et à Naples, où il ne fut pas äccueilli avec moins de faveur, et où il étudia la théorie de l’art du chant. Après avoir de 1816 à 1824 alternativement résidé à Londres et à Paris, où, indépendamment de ses travanx comme chanteur, il donnait encore beaucoup de leçons de chant, il partit pour New-York avec une troupe d'opéra qu’il avait formée lui-même, et qui se composait en partie des membres de sa famille, et de là se rendit à Mexico. Au moment de s’en retourner en Europe, il fut attaqué eu ja route de la Vera-Cruz, par des brigands qui lui enlevèrent tout le fruit de ses travaux ; et à son retour à Paris, il se vit obligé de rouvrir ses cours de chant. Quelques essais tentés pour se faire de nouveau entendre sur le théâtre le convainquirent de l’insuffisance de sa voix, amenée par l’âge; et à partir de ce moment il se borna à composer et à faire des élèves. Dans le nombre nous citerons Nourrit, M°° Méric-Lalande, et surtout sa fille aînée, Marie (voyez MALIBRAN). Manuel Garcia a hien moins de réputation comme compositeur que comme chanteur; et cependant quelques-uns de ses ouvrages ont obtenu un veritable succès, par exemple : El Poeta Calculista et IL Califo di Bagdad.

GARCIA (M°° PAULINE VIARDOT), fille cadette de Manuel Garcia, née en 1821, à Paris, accompagna ses parents à Londres, à New-York et à Mexico, mais ne reçut que beaucoup plus tard, à Paris et à Bruxelles, sa véritable éducation musicale. Son père voulait faire d’elle nne pianiste, et elle ne tarda pas à devenir de première force sur l’instrument qu’on lui faisait apprendre. Mais, comme sa sœur aînée , elle faisait preuve de tant de dispositions pour tous les arts en général, qu’il était bien difficile de préciser sa vocation particulière. C’est ainsi qu’à une facilité extrême pour apprendre les langues étrangères, elle joignait des dis positions plus étonnantes encore pour le dessin et une facilité vraiment extraordinaire pour le portrait, faisant de mémoire et d’une ressemblance frappante ceux de gens qu’elle n’avait vus qu’une fois. Ce ne fut que plns tard que se délermina son talent comme cantatrice, et il parvint en peu de temps à toute sa maturité. En 1838 elle entreprit avec son beau-frère Bériot un voyage artistique en Allemagne ; et l’année suivante elle alla à Londres, où elle produisit une si vive sensation, qu’elle céda aux offres qui lui étaient faites de toutes parts, et renonça à sa résolution de rester cantatrice de salon, pour monter sur la scène, où elle débuta par le rôle de Desdemona. Un succès d’enthousiasme l’y accueillit. Depuis ce moment son nom est un de ceux qui ont le privilége d'attirer la foule, et les représentations qu’elle a données à Paris et à Saint-Petersbourg ont rappelé la plus belle époque de la carrière théâtrale de sa sœur, En 1840 elle épousa à Paris M, Viardot, qui venail de quitter la direction de la scène des Italiens, où elle avai obtenu des succès. Parmi ses créations on cite surtout celle de Fidès dans Le Prophèle, qu’elle a joué avec le plus grand succès à l'Opéra de Paris.

Son frère aîné, Manuel Garcia, né à Naples, en 1813, s’est fait, à l'instar de son père, une réputation comme chanteur et comme professeur de chant, à Paris.

GARCILASO DE LA VEGA, nom que le public et la postérité ont imposé à Garcias-Laso, prince des lyriques espagnols.

Il naquit à Tolède, vers 1503. Son père était conseiller d'Etat de Ferdinand le Cathoïque et son ambassadeur près de Léon X. Sa mère était dona Sancha, dame de Bertres, terre considérable appartenant à la vieille maison des Guzmans Quant à leur fils, fondateur d’une nouvelle écoïe poétique, il'a tenu l’épée toute sa vie, et n’a pourtant chanté que les douceurs du repos. Il quittait la mêlée ardente, rentrait dans sa tente, et, déposant son épée sanglanteet sa cuirasse meurtne, feuilletait Virgile et Pétrarque, et d’une main noircie par la poudre, traçait des vers délicieux et tendres, qui lui ont survécu, A lire ses œuvres, on le dirait né pour je bonheur

oo

Page 1