GARCIA — GARCGILASO DE LA VEGA
champätre, pour la contemplation triste et solitaire. Ses poésies ne respirent que tendresses 8t langueurs amoureuses, paix du village, heures charmantes, écoulées sous les ombrages silencieux et frais. Toutes, elles révèlent la douceur plaintive du caractère le plus tendre; et cependant lisez sa vie. ]] entre de bonne heure dans les armées de Charles-Quint, fait un long séjour en Italie, voyage en Allemagne pour son maître, porte les arines dans la guerre du Milanais en 1521, et assiste à la bataille de Pavie, eù l’on remarque la fougue impétueuse de sa valeur. En 1523 il sert dans le corps espagnol qui, joint à l’armée impériale, se distingue par sa bravoure contre les Turcs, Charles-Quint jette les yeux sur ce vaillant Jeune homme, et le décore, à Vienne, de la croix de Saint-Jacques. Bientôt, pour que rien ne. manque au roman du poëte-soldat, le monarque s’éprend de la maitresse d’un cousin de Garcilaso, on plutôt, selon quelques historiens, le cousin du poëte essaye de supplanter le monarque amoureux, offre sa main à la favorite, et parvient à
| lui plaire. Placé entre son parent et son souverain, Garci-
laso embrasse la cause du plus faible, et conspire contre les
: amours de l’empereur. Charles-Quint l'apprend : on ne par-
donne pas les crimes de ce genre. Le cousin est exilé ; Garcilaso est relégué dans une île du Danube. C’est là, dans cette solitude, qu’il prête pour la première fois l'oreille anx douces inspirations de la muse. Rien de plus touchant que la cancione où il déplore son malheur : les charmes de la contrée qu’arrose le divin fleuve (Danubio, rio divino) le consolent cependant et l’inspirent,.
Cet exil n’est pas de longue durée. En 1535 il fait partie de l'expédition que Charles-Quint entreprend contre Tunis; blessé au bras, il vient prendre quelque repos à Naples et en Sicile. Tous ses loisirs, il les voue à la poésie: l’étuda &e Pétrarque et de Sannazar charme sa convalescence, ct cette année voit éclore quelques-unes de ses «œuvres le plus justement adimirées. Mais à peine guéri, ce jeune homme, qui vient de maudire en vers harmonieux les travaux et les fatigues de la guerre, ce poëte bucolique, dont l'imagination a créé pour son usage une Arcadie romanesque, une région de paix éternelle et d'amour sans regrets, ressaisit l’épée et l’arquebuse. Dès l’année 1536 on le voit entrer en France avec l’armée impériale,et commander trente cumpagnies de fantassins espagnols. La mort l’attendait devant Marseille. Une vieille tour, bâtie par les Maures, celle de Muy, près de Fréjus, arrête longtemps farmée castillane. Un groupe de paysans provençaux s’y tient enfermé; de là ils inquiètent, par de vives et fréquentes sorties, les troupes impériales. L'empereur donne ordre d'enlever la tour Garcilaso s’avance la lance au poing: une grêle de pierres l’accueille ; à peine a-t-il posé le pied sur l'échelle, qu’il tombe en arrière, renversé par un quartier de roche. Blessé à la tête, on le transporte à Nice, et vingt-quatre jours après il expire : c'était en novembre 1536. Le poëte soldat n’avait que trentetrois ans. Cette mort glorieuse toucha l’empereur, qui jugea Garcilaso digne d’une hécatombe sanglante. La tour fut emportée, et vingt-huit paysans, débris d’une garnison de cinquante hommes, furent pendus aux créneaux. Le fils unique de Garcilaso et de dona Hélène de Zuniga, dame aragonaise, qu’il avait épousée à vingt-cinq ans, suivit la même route héroïque. Il mourut en 1569, comme son père, à la fleur de l’âge, les armes à la main, dans un combat contre les Hollandais.
Garcilaso a fait époque. Ilmarqueune pruase distincte de la littérature espagnole. C’est de lui que datent, à lui que se rapportent tous les écrivains souples et savants qui ont cherché le mérite de la forme et greffé l'élégance de Virgile ou la grâce harmonieuse de Pétrarque sur la vigoureuse végétation de l'Espagne primitive. Fils de limitation italienne, Garcilaso a civilisé la ferveur sauvage et passionnée de son pays. Les Italiens furent pour lui ce que les classiques romains el grecs avaient été pour l'Italie moderne. Ce n’est point un réformateur, ainsi que les critiques l'ont appelé, c'est un civilisateur Philarôte Onasces.