GARDE NATIONALE
cavalerie furent acheminés vers Paris et Versailles ; des camps d'observation établis aux portes de La capitale, avec une artillerie formidable. L'Assemblée eonstituante ne pouvait se dissimuler les dangers éminents d’ane pareille situation. L'appel à la force pouvait plonger la France enlière dans les malheurs de la guerre civile. C’est alors que la pensée de la garde nationale surgit dans l'esprit des ciloyens, à Paris surtout, où le danger apparaissait plus imminent. Dès le 8 juillet 1789 Mirabeau proposait aux législateurs de voter l'établissement à Paris d'une garde bourgeoise. Cette première proposition n’eut pas de suite au sein du corps législatif; mais elle allait porter ses fruits dans la capitale. Le 11 juillet le comité des électeurs de Paris, puissance politique improvisée à la vue du danger public, demande à l’Assemblée constituante l'institution de la garde bourgeoise qu'avait proposée Mirabeau : la demande est prise en considération. Le 12 lecomité des électeurs, forcé d'agir par les demandes réitérées du peuple de la capitale, ordonne qu’on délivre des armes aux citoyens. Le même jour une députation de l’Assemblée constituante va demander au roi l'établissement de la garde bourgeoise; le roi refuse. « Pendant qu’on faisait parler le roi, ainsi ledit Bailly dans ses Mémoires, les citoyens de Paris, recouvrant leur droit naturel et émancipés par le besoin, se donnaient cette garde qu’on leur refusait.» L'Assemblée, apprenant la réponse du monarque, déclare, le 13 juillet ques effrayée des suites funestes que peut entraîner la réponse du roi, elle ne cessera pas d’insister sur l'éloignement des troupes extraordinairement assemblées près de Paris et de Versailles, et sur l’établissement des gardes bourgeoises ». Le même jour les électeurs de Paris, devançant toujours le pouvoir législatif, votent la formation d’une milice parisienne, forte de 16 légions, subdivisées en 60 bataillons. Cette garde se forme, et prend les couleurs rouge et bleu de la ville avec le blanc du drapeau royal; les Parisiens nomment M. de La Salle commandant en chef de leur garde civique improvisée.
Le 14 juillet Louis XVI accepte, comme un fait accompli, l'institution de cette garde, qui vingt-quatre heures après son institution produisait une révolution immense en face de l’armée régulière. Le roi déclare le soir même qu’il mettra des officiers généraux à sa tête : il n’était plus temps! Le 15 une députation de l’Assemblée constituante est envoyée au peuple de Paris : on y comptait Bailly, Lafayette, Sieyès, etc. Arrivée à V’hôtel de ville, le comité des électeurs nomme par acclamation Bailly maire de Paris, et La Fayettecommandant de la garde parisienne. Le roi n’osa ni désapprouver ni régulariser par un acte officiel] cette usurpation de pouvoirs. Les vainqueurs venaient de se donner un chef civil et un chef militaire : il subit l’un et l’autre comme une nécessité, Les gardes bourgeoises des diverses villes du royaume s’établirent rapidement après Je 14 juillet, à l'exemple de la garde parisienne. Enfin, quand cette institulion fut devenue générale, elle reçut le nom de garde nationate, nom qu’elle a conservé depuis cette époque.
L'Assemblée constituante attendit jusqu’en octobre 1791 pour produire la loi d’orga nisation des gardes nationales, Cette loi ne laissa au roi la nomination d’aucun officier, ni la moindre intervention dans leur choix. Déjà la fougue des passions révolutionnaires était empreinte dans la devise donnée aux drapeaux de cette garde : La liberté, ou la mort !La Fayette cessa de commander la gardenationale parisienne pour passer au comman dement de l’armée du Nord, 11 eut la douleur de laisser se produire la journée du 20 juin; toutefois il refusa d'en accepter la responsabilité. La révolution du 10 août ne lui laissa d'autre ressource que la fuite, La garde nationale n'avait plus de force morale. Elle ne prit pas les armes pour arrêter dès Je premier cri des victimes les longs assassinats de septembre 1792. Elle les prit le 21 janvier 1793, mais pour border la haie jusqu’au pied d’un échafaud. Elle ne prit pas les armes pour renverser la tyrannie de la Terreur;
DICT, DE LA CONVERS, == T, X
mais elle les prit quand la Terreur expirait et quand le régime plus doux du Directoire allait commencer : c'etait au profit d’une contre-révolution insensée qu’au 13 vendémiaire on égarait son courage. Après ses défaites, on lui retira ses canons, ceux qui, trois ans auparavant, avaient fait feu sur les Tuileries. Trois ans plus tard, la révolution du 18 brumaire an vus s’accomplit, par l'attentat de la troupe régulière. Bientôt après, le premier consul, lex-général du 13 vendémiaire, fit cesser de fait, et par son pouvoir arbitraire, l'existence de la garde nationale. Quand il la rétablit à Paris, sous l'Empire, ce fut en se réservant la totalité des nominations aux places d'officiers. 11 faut être juste envers cette nouvelle garde nationale; elle fut patriotique , vaillante, humaine; elle se couvrit de gloire en protégeant la sûreté de la capitale, lors des invasions de 1814 et de 1815. Le gouvernement de Louis XVIII n’osa pas la dissoudre en 1814. Ce gouvernement, qui avait laissé impunément outrager et mettre en queston la charte, voulut en vain la placer sous la protection de la garde nationale lorsque Napoléon revenait de l'ile d’Elbe : il était trop tard. La garde nationale pensait comme le peuple et l’armée ; elle subit le même entrainement patriotique. À la seconde restauration, la garde nationale n'eut d’autres sympathies que celles de la France, d’autre vœu que celui de la patrie. Lorsqu'un ministère, lentraîné par le funeste cénie de la contre-révolution, devint insupportable à la France, celle de Paris fit entendre à Charles X, en pleine revue, les cris d’à bas les ministres ! cris que la discipline militaire réprouve à coup sûr, mais que la politique ne devrait jamais attendre et surtout jamais braver. Le gouvernement de Charles X crut avoir montré sa force en prononçant avec colère la dissolution de la garde nationale parisienne : ce fut la cause de sa perte.
Le second jour des combats de juillet 1830, le 28, les citoyens, réunis en foule à leurs mairies respectives, se constituèrent, comme en 1789, pour défendre la patrie, en gardes nationales régulières. Les troupes de ligne, qui jusqu’à ce moment avaient refusé de reconnaître des combattants isolés, reconnurent les citoyens régulièrement conduits par des officiers citoyens, pour la protection des lois. Elles gardèrent leurs postes, afin de rester fidèles à la religion du drapeau; mais elles refusèrent de tirer sur la garde nationale. Après la victoire, le commandement de la garde nationale fut confié au général La Fayette, qui crut devoir, de sa pleine autorité, remettre en vigueur la loi de 1791, en attendant la loi organique promise par la charte revisée en 1830. Les travaux législatifs qu’exigea cette loï durèrent près de six mois. Au commencement de la monarchie constitutionnelle, la garde nationale du département de la Seine rendit de nombreux services. Avec un dévouement, avec un courage admirables, sans qu’elle oubliât jamais la modération, la prudence et l'humanité qui conviennent essentiellement à la force civique, cette garde héroïque sauva la paix de la France, l'édifice de nos lois et la cause sacrée de la civilisation. A tous ces titres, elle s’acquit des droits immortels à l'admiration, à la reconnaissance de tous les bons citoyens. C’est principalement sous les ordres du maréchal comte de Lobau qu’elle remporta ses plus belles victoires sur l'anarchie et conserva son admirable discipline. Baron Charles Dupin,
Membre de l’Académie des Sciences.
Les banquets réformistes trouvèrent en 1848 de nom breux partisans dans les rangs de la garde nationale parisienne. Mais en criant Vive La réforme! la plupart des soldats-citoyens étaient loin de se douter qu'ils criaient Vive la république ! Après larévolution de Février, l’ouyrier, l’artisan accourut en foule se faire inscrire sur les registres de la garde nationale; mais en même temps le bourgeois, ancien garde national, vit avec douleur le gouvernement provisoire supprimer les compagnies d'élite de grenadiers et de voltigeurs, et il en résulta, le 16 mars, une ridicule et impuissante manifestation, dite des bon:
nets à poil. Bientôt des événements plus graves vinrent occuper la milice parisienne, qui se signala dans les journées de mai et de juin. L'Assemblée législative promul gua, le 26 juin 1851, une loi qui organisait la garde na tionale dans toute la France, par communes dans les débartements, par arrondissements municipaux à Paris; maïs en vertu d’un décret de Louis-Napoléon, rendu le 11 janvier 1852, les gardes nationales furent dissoutes dans {toute l'étendue du territoire français, et réorganisées sur des bases nouvelles, dans les localités où leur concours était jugé nécessaire à la défense de l’ordre public.
Durant tout l'empire, la garde nationale ne se trouva plus mêlée aux événements politiques. À Paris elle ne conserva que deux postes : l’un à l'hôtel de ville, l’autre à son état-major, place Vendôme; encore fut-elle dispensée du service de nuit. Le commandement surérieur des gardes nationales de la Seine avait été confié, en 1851, peu avant le coup d'État, au général de Lawæstine; celui-ci fut remplacé en 1863 par le général Mellinet, auquel succéda en 1869 le général d’Autemarre d’Ervillé. Des pétitions ayant Cemandé, en 1866, la réorganisation de la garde nationale et l'admission de tous les citoyens dans ses rangs, le Sénat y répondit par l’ordre du jour; il donna pour principal motif que la loi du 13 juin 1851 et le décret du 11 janvier 1852 avaient eu précisément pour but de n’admettre dans la garde nationale que des éoyens offrant des garanties d'ordre et de considération, que ces précautions étaient indispensables pour en faire une garantie, non contre le pouvoir, mais contre l'insurrection. Le 10 janvier 1870, MM. Ernest Picard et Jules Favre proposèrent au Corps législatif l’'abrogation du décret du 11 janvier 1852 et la mise en vigueur de la loi du 28 juin 1831. Cette proposition ne fut même pas discutée; mais après la déclaration de guerre à la Prusse, une proposition analogue fut déposée, le 16 juillet, par M. Latour du Moulin et plusieurs autres membres du tiers-parti. Le gouvernement, par l’organe de M. Émile Ollivier, répondit qu’il n’avait pas besoin d’une loi nouvelle pour organiser la garde nationale sur les points où il le jugerait nécessaire. Pourtant la gravité des événements devint telle qu’à la suite d’une loi votée à l'unanimité, le ministre de l’intérieur, par une circulaire “en date du 13 août, prescrivit aux préfets de hâter la réorganisation de la garde nationale sédentaire, d’y appeler tous les citoyens de vingt et un à cinquante ans qui n'étaient compris ni dans l’armée ni dans la garde nationale mobile, de faire procéder à l’éection des officiers, et d'adopter un uniforme très-simple, qui pourrait consister en une blouse, avec signes distinctifs aux parements et au collet. Une loi, votée le 30 août, étendit aux gardes nationaux sédentaires le bénéfice des lois récompensant par des pensions les hommes blessés au service du pays, et allonant des pensions aux veuves ou aux enfants de ceux qui séraient morts dans des circonstances de guerre; elle assurait également aux gardes nationaux décorés ou médaillés pour faits militaires les mêmes avantages qu'aux soldats de l’armée,
Après la révolution du 4 séptembre, à laquelle la garde nationale prit une part importante, lé gouvernement de la défense maïntint les 60 bataillons existants, ordonna la formation de 60 bataillons nouveaux, comprenant chacun 1,500 hommes et 8 compagnies, et prescrivit l'élection immédiate des officiers. 11 déeida en même temps que l’uniformité de la tenue ne serait plus obligatoire, et recommanda seulement le type désigné sous le nom dé vareuse. Le général de La Motterouge avait succédé, le 2 septembre, au général d’Autemarre, en qualité dé commandant en chef; il fut remplacé, le 9 du même mois, par M. Tamisier. Le 13, on ajouta {8 bataillons sup: lémentaires, ce qui porta la garde nationale de la Seine à 138 bataillons, organisés et armés. Il y avait parmi les chefs de ces bataillons des noms déjà connus , et d’autres devenus plus tard fameux à différents titres : de Brancion,