‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 137 sur 552 · C. FAxRoT · texte numérisé non relu

C. FAxRoT

Garus n’était ni médecin ni même apothicaire; c’était tout simplement un épicier de la bonne ville de Paris, qui, dans les premières années de la régence, s’avisa d’aller sur les brisées de messieurs de la Faculté, et se mit à débiter avec grand profit l’élixir auquel son nom est resté depuis. Comme il arrive presque toujours aux charlatans, il fit à ce métier-là une fortune immense, et devint une manière de personnage, qui plus tard, dans l’intérêt de l'humanité souffrante, traita avec le gouvernement de la vente de sa merveilleuse recetle, une fois qu’il l’eut bien exploitée.

Lors de la maladie à laquelle succomba, au château de La Muette, la duchesse de Berry, celte fille trop aimée du régent, on se décida à essayer de l’élixir de Garus quand la princesse se trouva une fois réduite à cette extrémité où, les médecins ne sachant plus que faire, on a recours à tout. Garus, mandé à La Muette, trouva la duchesse de Berry si mal, qu’il ne voulut répondre de rien, déclarant gravement qu’on l'avait appelé trop tard : ce qui assurément n’était pas d’un maladroit. Iladministra cependant à Ja malade son élixir, qui cette fois encore, comme toujours, fit merveille. Le docteur-épicier s'était retiré en recommandant bien que rien sans exception ne füt plus donné à la duchesse de Berry. Cependant Chirac, médecin ordinaire, désolé, nous apprend Saint-Simon, de voir un profane guérir ainsi à son nez et à sa barbe un sujet déclaré incurable, profita d’un instant où Garus s'était endormi sur un sopha, pour présenter à la patiente un purgatif que celle-ci avala sans défiance. On devine le reste. La princesse mourut, non pas des suites de sa maladie, dont Garus l'avait déjà aux trois quarts guérie avec son aamurable élixir, mais bien de celles du purgatif de cet affreux Chirac, dont l’austère ami du régent trace en maints endroits de ses Mémoires des portraits fort peu flattés. A l’en croire, Chirac, aurait ici conimis à dessein, et pour sauvegarder l'honneur de la Faculté, un véritable empoisonnement. Parlez-moi de la haine, et surtout de la haine d’un sage, pour vous noircir un homme !

GASCOGNE, ancienne province de France, située au midi, et comprise entreles Pyrénées au nord, laGuienne au sud, le Languedoc à l’est, et le golfe de l'Océan qui porte son nom, à l’ouest. Elle correspond à la troisième Aquitaine ou Novempopulanie de la Gaule romaine. C’est aux Vascons, peuple de lagrande confédération cantabrique, ou euscarienne, quihabitait, dans la haute Navarre, les environs de Pampelune , qu’elle doit sa dénomination actuelle, Vers le commencement du sixième siècle, refoulés dans les Pyrénées par les Goths, dontils repoussaient le joug, les Vascons franchirent cette immense barrière de l’Hispanie et de la Gaule, et se précipitèrent sur l'Aquitaine : ce n’était pas du reste leur première invasion dans ce pays. Les rois francs, qui s’attachaient à affermir leur autorité dans la Gaule méridionale, dirigèrent contre eux plusieurs expéditions. Nos armées furent souvent vancues par ce peuple belliqueux ;

mais, en 602, les deux frères Thierry de Bourgogne et Théodebert d’Austrasie, réunis contre les Vascons ou Euscariens, les défirent et les forcèrent à payer tribut. Un duc etdes com: tes leur furent imposés ; mais bientôt ils se révoltèrent, et reprirent ce cours depillages et de dévastations que les Francs avaient un moment interrompu; enfin, vers le commencement du septième siècle, ils s’établirent définitivement dans la Novempopulanie, qu’on commença alors d'appeler Vasconia ou improprement Gascogne , et s’allièrent avec les Aquitains, soulevés eux-mêmes contre ces conquérants germains qui de leurs capitales d’outre Loire prétendaient gouverner le midi de la Gaule. Ils figurèrent dans cette lutte longue et acharnée que soutinrent les ducs d'Aquitaine, Eudes, Hunald et Waiïfre, contre les princes carlovingiens. Ces montagnards alertes et intrépides formaient alors la principale force des armées aquitaniques.

Ce fut, à ce qu’il semble, vers le milieu du huitième siècle que la Gascogne se trouva distincte du reste de l'Aquitaine, et forma un gouvernement séparé. Charlemagne, qui avait achevé l’œuvre de ses ancêtres en affermissant la domination des Francs sur les deux versants des Pyrénées, donna pour chef à cette province un certain Lope ou Lopez, que nos chroniqueurs appellent Loup, et qui était neveu d’Hunald; par cette concession le conquérant crut sans doute s'attacher cette race ennemie; mais ses efforts furent vains, car un peu plus tard on voit un autre Lope, successeur de celuici, et qui avait passé ses jeunes ans à la cour du grand monarque, tourner ses armes contre lui et devenir l’auteur principal du fameux désastre de Roncevaux , où le héros de PArioste périt sous les traits et les masses de rocher des Euscariens. Charlemagne punit cruellement quelque temps après ce trait d’ingratitude : le duc des Vascons fut saisi par ses ordres et pendu. Adalrie, le troisième due de la même famille , eut une destinée toute semblable : il se révolta plusieurs fois contre les Francs, et subit enfin la mort comine le précédent. Alors, le pays fut pendant un demisiècle environ soumis à des ducs amovibles, désignés par les rois ; mais les Vascons, obéissant à cette antique race des ducs d'Aquitaine, qui avait si vaillamment combattu pour maintenir leur indépendance contre les hommes du nord, se soulevèrent de nouveau, et au milieu des troubles où l'empire des Francs était alors plongé, allèrent chercher en Espagne, pour régner sur eux, un Sanche Saucion, neveu d’Adalrie, qui avait des possessions en Navarre, Un peu plus tard, un autre Sanche, dit Mitara (homme du pays), issu de la même famille, devint leur duc de la même manière : celui-ci était contemporain de Charles le Chauve, qui consentit à son élévation et agrandit même le duché jusqu’à la Garonne. Bordeaux, qui avait depuis longtemps ses comtes particuliers, en fut alors la capitale, et la résidence des ducs. Le fleuve formait la limite entre la Gascogne et laGuienne, qui eut Poitiers pour capitale.

La série des ducs de Gascogne, dès lors régulièrement héréditaires, n’offre que peu de faits remarquables. A la fin du dixième siècle, le sixième, Guillanme-Sanche, fonde ou renouvelle l’abbaye de Saint-Séver, dont l'abbé, en qualité de viguier de Gascogne , reçut la prérogative de convoquer les états du duché, Elle lui fut accordée pour honorer l'Église en mémoire d’une victoire remportée sur les Normands, qui ravageaient alors la province. Le duc dit dans Jacharte de fondation, qui a été conservée, qu’il tient ses terres de Dieu par droit héréditaire, et qu’il a assemblé ses vassaux, les seigneurs de Bigorre, de Béarn, etc., pour les consulter, Cette pièce est souscrite d’un seul prélat, avec le titre d'évéque de Gascogne, ce qui prouve que, par suite des malheurs des temps, un seul des douze siéges épiscopaux de la province était alors rempli. Vers le milieu du onzièma siàcle, la race des dues s'étant éteinte, le duché passa à la maison des ducs de Guienno, En 1070, Gui ou Guillaume Geoffroy le conquit sur Bernard, comte d'Armagnac, qui s’en était emparé, et le réunit au duché de Guienne, dont il a depuis suivi les destinées, La Gascogne faisait

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