GASCONISME -— GASSENDI
un Gascon du cortége trébucha et tomba. Comme on lui démandait s’il ne s'était point fait mal, il répondit gaiement, en se relevant : Au contraire. Cette réponse fit beaucoup rire la cour. Les uns disaient que c'était une gasconnade, les autres un gasconisme : c’était l’un et l’autre. En Gascogne, un curé dira qu’il a épousé mademoiselle une telle, pour dire qu'il la mariée. Nous n’en finirions pas si nous suivions ce bon Desgrouais dans sa croisade contre le gasconisme; mais il à eu beau faire, le gasconisme est resté sur pied comme un fruit du pays.
GASPARD. Voyez Craver, Hauser, Ducner, etc.
GASPARIN (Trowas-AucusriN DE), général de brigade et membre de la Convention nationale, né à Orange, en 1750, d’une branche cadette d’une famille noble corse, celle des Gaspardi, branche devenue protestante par suite du mariage d’un de ses membres avec l’une des filles du célèbre agronome Olivier de Serres, était capitaine au régiment de Picardie en 1789, lorsque éclata la Révolution, dont il embrassa les doctrines avec enthousiasme. Élu membre de l'Assemblée, où il rendit de grands services comme membre du comité militaire, il fut encore chargé par les citoyens du département des Bouches-du-Rhône de les représenter à la Convention, où, dans le procès de Louis XVI, il vota la mort sans sursis. Envoyé à quelque temps de là en mission à l’armée du nord, il s’y trouvait lorsque Dumouriez passa à l'ennemi avec le jeune duc de Chartres, fils d’Égalité, et il prit immédiatement toutes les mesures que réclamait la gravité des circonstances. De là il fut successivement envoyé en mission en Vendée, à l’armée des Alpes et à Marseille, d’où il se rendit à Toulon. Sa présence au célèbre siége de cette ville, et la part importante qu'il prit àla direction des opéra: tions qui eurent pour résultat de la reprendre sur les Anglais, sont incontestablement la partie la plus saillante de sa vie. C’est alors en effet que, devinant l’homme supérieur dans un jeune lieutenant-colonel d'artillerie, récemment arrivé de Paris pour prendre le commandement de l'artillerie devant là place assiégée, il aplanit toutes les difficultés et tous les obstacles que la routine et l'ignorance opposaient à ses plans hardis, complétement différents de ceux qui avaient été précédemment arrêtés par le comité de salut public. La prise de Toulon fut le résultat de la noble et intelligente confiance qu’il eut dans le génie encore inconnu de Bonaparte ; et celüi-ci n’oublia non plus jamais que c'était à Gasparin qu'il était redevable du commencement de sa haute fortune. Gasparin d’ailleurs n’avait pas eu la satisfaction d'assister au triomphe de son jeune protégé. Atteint d’une fluxion de poitrine avant la fin même du siége, on dut le ramener à Orange, où il mourut sans avoir pu apprendre que Toulon eût été évacué par l’armée anglaise. A Sainte- Hélène, Napoléon légua une somme de cent mille francs aux héritiers du représentant Gasparin, qui, dit-il dans son testament, « l’avait mis, par sa protection, à l'abri des persécutions de l'ignorance des états-majors qui commandaient l’armée de Toulon avant l’arrivée de Dugom-. mier.
GASPARIN (ADRIEN-ÉTIENNE-PIERRE, comte DE), fils du précédent, ex-pair de France, membre l’Académie des Sciences, etc., est né à Orange, en 1783, et embrassa d’abord la Carrière militaire, Attaché à l'état-major de Murat, grand-duc de Berg, dans la campagne de Pologne (1806), une infirmité, contractée au service, le forca de renoncer à l'avenir brillant qui s’ouvrait devant lui. Retiré alors dans le sein de sa fainille, il se livra à l'étude des sciences naturelles, et de nombreux mémoires, adressés à l'Académie des Sciences, lui assurèrent un Yang distingué parmi les savants contemporains. Louis-Philippe lui ouvrit la carrière administrative en le nommant préfet, d’abord à Montbrison, puis à Grenoble (1830) et à Lyon (1823), à la suite de la seconde insurrection qui avait éclaté dans cette ville, Les services qu’il rendit dans ces circonstances au gouvernement royal et à la cause de l'ordre public furent récompensés l’année suivante par la paitie. En 1835 il fut appelé à remplir les fonctions de sous-
secrétaire d'État de l’intérieur, au moment où se constitue le cabinet présidé par M. de Broglie; et lors de la formmation du minisère du 6 septembre 1836, il accepta Le pertefeuille de l’intérieur, L'avénement du ministère Molé Je fit rentrer dans la vie privée, qu’il ne quitta qu’en 1839 pour remplir par intérim les fonctions de ministre de lagriculture et du commerce. Rendu définitivement à l'étude par la création du ministère du 1% mars 1840, il reprit alors ses travaux scientifiques, et parmi les ouvrages dont on lui est redevable, nons nous contenterons de citer son excellent Cours d'Agriculture pratique (Paris, 1845, 6 vol. in-8°), En 1848, il fut chargé d'organiser, en qualité de commissaire du gouvernement, l'institut agronomique de Versailles, qui fut fermé en 1852. Atteint d’apoplexie en 1856, il se relira dans sa ville natale, el y mourut le 7 septembre 1862. C'est là qu’on lui a élevé une statue en bronze par souscription publique.
GASPARIN (AGÉNOR-ÉTIENNE, comte pe), fils du précédent, naquit le 10 juillet 1810, à Orange. Député de Bastia (1842-1846), il se montra zélé conservateur et en même temps partisan de la liberté de conscience, En 1853, on le vit S’associer aux efforts d’un comité anglo français, pour obtenir du grand-duc de Toscane la grâce des époux Madiaï, condamnés à mort pour avoir essayé de faire des recrues aux doctrines du protestantisme. Parmi ses nom breux écrits, nous citerons : Zsclavage et traite (1838), Christianisme et paganisme (1850, 2 vol.), des Tables tournantes, du surnaturel et des esprits (1851, 2 vol.), le Bonheur (1863), etc. IL est mort le 14 mai 1871, à Genève.
Sa femme, Valérie Boissrer, née vers 1815, à Genève, a été jugée en ces termes par Sainte-Beuve : « Un caracère énergique de calviniste à demi émancipée, poétique, très-croyante toujours, fervente, même précheuse, mais ouverte à toules les impressions, ayant sa paletie à elle, près de sa bible. Elle ne trouve rien de trop france à son gré; elle cherche les notes aiguës, vibrantes, stridentes même, si elles rendert leur effet. Elle a une langue rude et forte, avec une pointe d’étramgeté. » On a de Mme de Gasparin : le Maringe au point de vue chrétien (1842), et Il y a des pauvres à Paris et ailleurs (1846), qui ont obtenu le prix Montyon; Livre pour les femmes mariées (1845), Journal d'un Voyage au Levant (1849, 3 vol.), les Corporations monastiques au sein du protestantisme (1855, 3 vol.), les Horizons célestes (1859), Les Tristesses humaines (1863), Au bord de la mer (1866), A travers les Espagnes (1868), etc.
GASSENDI (Pierre GASSEND connu sous le nom de)»
naquit le 22 janvier 1592, à Chantersier, près de Digne. Enfant encore, on le vit se lever pendant les nuits pour
épier le cours des astres et méditer l’ordre des cieux. Disposé à l’éloquence comme à l’astronomie, on ie vit prècher de petits sermons, quitter son lit pour aller, à la lueur de la lampe de l’église, étudier seul les lecons que lui donnait la curé de son village. Souvent il ne prenait pas quatre heures de repos. Tant de persévérance et d’ardeur, tant de dispositions extraordinaires devaient amener des résultats extraordinaires aussi. En effet, quand l’évêque de Digne, Antoine de Boulogne, vint à Chantersier, le jeune Gassendi, qui n'avait que dix ans, le harangua en latin avec tant de grâce et de vivacité, que le prélat, surpris, s’éeria : « Cet enfant sera un jour la merveille de son siècle ! » Gassendi, noble disciple de Bacon, devait réhabiliter la morale des axciens, si injustement attaquée et méconnue : il devait amener en France une philosophie dont on a, sans raison, attribué la création à Locke et à Condillac. Ses parents, bons et honnètes paysans de la Provence, charmés de voir tant d’espérances rayonner sur la tête de leur fils, l'envoyèrent au collée de Digne faire ses humanités. Ses progrès furent si remarquables, qu’on ne lappelait que le petit docteur ; il composa à cette époque des espèces de comé dies, mêlées de prose et de vers, que les jeunes écoliers ré.
sént au carnaval chez les principaux habitants de la ville.
Cependant Gassendi avait terminé sa philosophie, et il était retourné chez ses parents sans avoir rien décidé sur son avenir. Cette incertitude ne fut pas de longue durée. La chaire de rhétorique de Digne était mise au concours; Gassendi prend part à la lutte, triomphe, et bientôt il est proclamé professeur dans ce collége, où quelques mois auparavant il était encore élève. Il n'avait que seize ans. Ce fut au grand regret de la ville qu’un an après il quitta sa place pour aller à Aix étudier la théologie. Cinq ans d’un travail assidu lui permirent d'apprendre l’hébreu, le grec, et de commenter l’Æcriture Sainte. Son éloquence dans la chaire lui fit obteniralors la {héologale de Forcalquier. Mais comme sa prébende n’était pas suffisante , le parlement lui accorda 400 livres pour son entretien. Peu de temps après, il occupa la même place à Digne, ce qui le contraignit à prendre, en 1614, le bonnet de docteur dans l’université d'Avignon. Un concours s’étant ouvert deux ans après pour les chaires de philosophie et de théologie, Gassendi les obtint toutes deux ; il joignit au succès la générosité, et céda bientôt la chaire-de théologie à son ancien professeur. Les arguties, les misérables subtilités de l’école, offraient trop d’antipathie à l'esprit élevé, à la puissante raison de Gassendi; cependant il reçut les ordres en 1617. Dans ce siècle, l’état ecclésiastique était presque le seul qui convenait à l'homme de mérite sans fortune; il lui servait d’arbre contre la persécution, et donnait du poids à sa parole, Son génie léleva au-dessus de la profession, et la philosophie rendit le prêtre vertueux. Érudit plein de goût, penseur profond, Gassendi appela! le premier l'attention des savants sur le système corpusculaire, redevenu l’une des bases de la physique moderne. Nourri de la morale des sages de l'antiquité, il la mit à la portée de ses contemporains, et la fit sucer comme un lait salutaire à l’élite de la société, qui essayait alors de se débarasser des langes de son enfance gothique. Gassendi s'était surtout livré à l’étude du système d’'Épicure, dontil réhabilita la morale. Il aimait la poésie, et l'interprète du philosophe athénien, le plus hardi, le sublime des poètes, Lu crèce, devint son auteur de prédilection.
Selon l'avis de ses amis Peyresse et Gautier, le jeune professeur, renonçant à sa chaire en 1622, voulut se retirer à Digne, pour desservir son bénéfice. Mais un procès qu’eut alors à soutenir son chapitre le força de fixer pendant quelque temps son séjour à Grenoble. C’est là qu’il publiales Exercilationes adversus Aristolelem, ouvrage hardi, écrit d’un style vif et mordant, qui remua le monde savantet annonça à la France un profond penseur et un grand philosophe. Ce début indiquait une noble ardeur pour la recherche de la vérité; et on lisait dans la préface ces lignes, admirables, toutes empreintes de conviction et de candeur philosophique : « Je prends Dieu à témoin que j'ai un grand zèle pour découvrir la vérité. Eh, comment ne désirerais-je pas la connaître, moi qui suis dans la joie de mon cœur lorsque je trouve quelque chose de vrai ! » Aussitôt que son livre parut (1624), Gassendi quitta Grenoble pour Paris, On croit que ce fut à l’occasion de la prévôté de Digne, que le chapitre lui avait conférée en son absence, et que lui disputait Blaise Ausset. Après un séjour de quelques mois à Paris, il revint à Digne, puis retourna encore à Paris, visita les Pays- Bas, la Hollande, et se lia avec une foule de savants, La grande admiration de Gassendi pour Galilée établit bientôt entre eux une correspondance active , qu’on aime à relire; mais son amitié avec Descartes dura peu. Le philosophe épicurien attaqua, il est vrai, le premier, l’auteur du Discours sur la méthode; mais Descartes, oubliant toutes les convenances, jeta du haut de son orgueilleux dédain les premières injures à son adversaire. Il s’ensuivit une longue polémique, qui donna à la France et au monde savant le plus affligeant spectacle. Heureusement le cardinal d’Estrées parvint à les réconcilier .