‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 151 sur 552 · GAULOIS · texte numérisé non relu

GAULOIS

eux, était à peu près le même, au fond, que celui de leurs descendants. Braves, impétueux, actifs, loyaux et plus persévérants que leurs voisins du nord et de l’est, on retrouve dans le fond de leur cœur la sévérité et la pureté de mœurs qui leur faisaient mépriser les ignobles tyrans de Rome dégénérée. Leurs détracteurs mêmes s'accordent à louer en eux la frugalité, l'hospitalité, la bonté, la générosité, la fidélité , la justice, la franchise , l'intelligence, aptitude aux arts et aux sciences et l'horreur la plus insurmontable pour tous les vices déshonorants. Les écrivains auxquels nous empruntons cette nomenclature de qualités estimables sont César, Polybe, Ammien-Marcellin , Aristote, Strabon, Diodore, Plutarque , l’empereur Julien et Athénée,.

L’habillement des Gaulois consistait dans la saye, ou la blouse de nos jours. Elle était de toile, d'étoffe de laine, de pellelerie, ou en peau de mouton, selon la saison et la fortune. Suus la saye, ils portaient une tunique, ou chemise, ouverle par-devant, et qui descendait à moitié des cuisses. Un autre vêtement que les anciens attribuent positivement aux habitants de la Gaule Narbonnaise, et qu’avaient peutêtre adopté ceux de la Celtique, était la culotte longue ou braie, La coiffure des Gauiois était en temps de guerre un casque orné, pour les chefs, d’un aigle aux ailes éployées ; en temps de paix, un bonnet dont la forme variait. Pendant l'hiver ou le mauvais temps, ils portaient des manteaux (tabar), ou des surtouts à manches, et avec un capuchon {carachallamh) : c’est pour avoir adopté ce dernier que le fils de l’empereur Sévère reçut le surnom de Car ac al la. Pour chaussure, ils avaient des souliers à peu près de la forme des nôtres : c'était la caliga, qui donna son nom à Caligula. L'habillement des femmes, à peu près le même que celui des hommes, n’en différait que par la longueur de la tunique, qui descendait jusqu'aux talons, par un tablier qu’elles portaient sur la jupe, et par l’arrangement des cheveux. Les deux sexes aimaient beaucoup à se parer d’ornements, tels que colliers, bracelets, anneaux. Ces ornements, presque toujours en or, étaiest travaillés dans le pays même, avec assez d'élégance pour que les Romains en aient été fort avides, des colliers surtout, qui paraissent avoir été d’un usage assez commun dans les armées. Aucun monument historique m'indique par quelles cérémonies légales le mariage était consacré parmi les Gaulois. Ils brûlaient leurs morts, et célébraient les funérailles de leurs proches avec toute la magnificence possible. Grands chasseurs , ils élevaient pour cet usage des chiens assez renommés, dont Arrien fait l'éloge dans son traité de la chasse.

Les armes ordinaires des Gaulois étaientle bouclier, l'épée, la lance, la massue, les javelots, dont il y avait plusieurs espèces, l'arc et les flèches Mais leur bouclier avait le défaut d’être trop étroit, ce qui laissait une partie du corps à découvert, et leurs épées, longues, plates et émoussées, mal trempées même, ne pouvaient servir que du tranchant, et s’émoussaient contre une armure solide. Une des armes de jet dont ils se servaient portait lenom de gæzum (guasact, gusach); c’est la guisarme de notre ancienne milice. Nous avons peu de détails sur la manière dont ils faisaient la guerre, sur l'abondance et l’organisation de leurs armées. Il est évident qu'ils étaient inférieurs aux Romains pour l’organisation et la discipline militaire, pour l’ordonnance des armées, et même pour leur armement, beaucoup moins bien entendu. Sans celte infériorité, ils auraient été les vainqueurs du peuple-roi, au lieu d’être les vaincus : leur histoire le prouve suffisamment. Mais vouloir conclure de cette infériorité de tactique que les Gaulois aient été privés de toute idée de guerre, et aient combattu en cohueet sans aucune disposition, c’esttomber dans l’absurdité. L'ordre de bataille deBrennus à l’Allia ferait honneur à un général élevé à l'école moderne. Souvent César, dans ses Commentaires, loue la disposition des troupes et le génie militaire de ses adversaires. Il est également faux de dire que la principale force des armées gauloises fût dans la cavalerie, et que l'infanterie était méprisée. Partout nous voyons, au contraire, l’infante-

rie chez eux étre de beaucoup supérieure à la cavalerie,

et la: grande lutte des batailles reposer sur elle. I1 est

très-probable que les Gaulois, dans des temps reculés, ont

employé les chars de guerre, puisque les Bretons au temps

de César en faisaient encore usage; mais depuis longtemps

ceux du continent ne s’en servaient plus dans les armées. Ga‘! G. DE VAUDONCOURT.

Histoire (depuis la conquête romaine).

La Gaule, soumise par César et ayant besoin de se relever du désastre d’une guerre de dix ans, resta à peu près tranquille sous les cinq premiers empereurs; fournissant aux armées romaines de nombreuses cohortes auxiliaires, où la valeur gauloise, tempérée par la discipline et une tactique raisonnée, brilla dans tout son éclat. L'histoire les cite avec éloge dans la belle campagne de Drusus et de Germanicus. Le mouvement de Vindex et des légions gauloises qu’il avait remuées hâta la chute de Néron, et le désastre de cette armée, fruit de rivalités mal éteintes entre les peuples de la Gaule, ne fut qu’une suite de guerres civiles. Les légions du midi, surprises devant Besançon, furent vaincues par celles du nord. Déjà le droit de cité avaïil été accordé par Claude à la plus grande partie du peuple de la Gaule; étendu par Galba, ce droit fut confirmé par Vespasien, L'exercice du culte des druides fut alors prohibé, et la civilisation pénétra dès lors rapidement bien au delà des limites de l’ancienne Province, mais plus particulièrement dans les régions méridionales de la Gaule. La langue romaine se répandit en dehors des villes , et devint insensiblement, sous la dénomination de lingua romana rustica, celle des populations des campagnes, encore bien que des documents authentiques prouvent qu'à la fin du cinquième siècle elle n’avait point encore remplacé partout complétement l’ancienne langue celte ou gauloise. D’ailleurs , on vit dès lors les Gaulois partager avec les Romains toutes les charges de l’Empire, et concourir à l’organisation des légions parla même conscription que l’Italie. Lors de l’insurrection de Civilis, quelques peuples gaulois prirent seuls une part active à la lutte engagée pour les intérêts des Bataves. La grande majorité des nations gauloises restèrent fidèles à l’Empire. Les légions des deux Germanies étaient en grande partie composées de soldats gaulois, en particulier celles que Vitellius conduisit en Italie et celles qui étaient préposées à la garde du Rhin. Après Domitien surtout, la défense de la Gaule fut exclusivement, confiée à des troupes levées dans le pays. Les Gaulois fournissaient des contingents' dans toutes les autres provinces de l'Empire, et ils furent nécessairement chargés presque seuls de la défense de l’Italie , désarmée et avilic.

Les liens qui unissaient les Gaulois à la métropole n’étouffèrent cependant pas en eux le désir de l'indépendance nationale. Le nom d’Empire Romain était encore, il est vrai, un prestige auquel se rattachait l'idée de la domination du monde connu ; mais le secret de l'empire était révélé depuis la mort de Néron. On avait appris que les empereurs pouvaient se nommer hors de Rome : dès lors pourquoi la capitale ne pourrait-elle pas être également établie ailleurs ? La valeur des Gaulois, hautement avouée par les services qu’on leur demandait et qu'on tirait d’eux, la richesse de leur pays, qui égalait au moins celle de l'Italie, semblaient leur donner le droit de choisir l'empereur romain dans leur sein, et de le faire résider au milieu d’eux. C’est ainsi qu’ils soutinrent Albinus contre Septime-Sévère , et que la perte de la bataille de Lyon (193 de J.-C.) amena, de la part d’un vainqueur féroce et irrité, une sanglante réaction sur la Gaule. Plus tard, dégoûtés des mœurs vicieuses du jeune César Salonin, que Gallien son père avait établi pour les gouverner, ils s’en défirent et élurent à sa piace un empereur gaulois (260), l'illustre Posthumus, jugé par Valérien lui-même le plus digne de gouverner une nation vaillante et distinguée par la gravilé de ses mœurs. Posihumus, qui mérita d’être appelé le Resiqurateur des

Gaules, gouverna avec gloire sa’ patrie, l'Espagne et la Bretagne, vainquit et fit trembler les Germains, et périt après six ans de règne, assassiné par un ambitieux, qui essaya de lui succéder (266), mais dont les armées firent une prompte et sévère justice. Les deux Victorins et Marius ne régnèrent en tout qu’un an environ, et l'empire des Gaules passa au Gaulois Tetricus, auteur caché des intrigues qui l’y portèrent (267). Son caractère, sa conduite, sa cruauté et son avarice, l’exposèrent bientôt à la haine du peuple. Pour s’y soustraire, il trahit sa patrie. Aussitôt qu’Aurélien, vainqueur de Zénobié, put disposer de toutes les forces de l'Italie et de l'Orient, Tetricus l’appela lui-même Jans la Gaule, et lui ouvrit le passage des Alpes, en reculant devant Parmée romaine jusque dans les plaines de Châlons-sur- Marne. Là, l’irritation des légions gauloises le força de s’arrêter pour livrer bataille; mais dès le matin, sans faire aucune disposition de combat, le misérable passa à l'ennemi avec ses complices, à qui il avait confié les commandements les plus importants, Les légions gauloises, attaquées dans une position désavantageuse, disputèrent la victoire avec une valeur héroïque ; enfin elles succombèrent, et avec elle l'indépendance de leur patrie Le lâche Tetricus alla jouir en Italie des dépouilles de ses concitoyens.

En l’an 291 Probus parvint à comprimer la révolte de Bonosus et de Proculus; mais les désordres et la confusion générale provoqués par la mauvaise administration des représentants de l'autorité impériale et par les impitoyables exigences des agents du fisceurent pour résultat d’appauvrir les villes et de dévaster les campagnes, et provoquèrent à l'époque de Dioclétien la ligue des Bagaudes, composée des classes inférieures de la population, que la misère poussa à une insurrection, dont toute la cruauté de Maximien ne put venir à bout, et qui se reproduisil encore avec une vio. lence extrême au cinquième siècle. Au quatrième siècle, Julien, que Constance avait envoyé en Gaule en 355 avec le titre de césar, s’était efforcé de cicatriser les plaies du pays. Lui aussi il guerroya avec succès contre les Francs et les Alemans ; et ces derniers, après lui, furent encore battus par Valentinien 1° en 366 et par Gratien en 377. Mais les incessantes irruptions de ces peuples transformèrent à la longue en un vaste désert toute la contréelimitrophe du Rhin ; et dans le cours de ce même siècle les Francs prirent posses. sion du territoire gallo-romain au nord, etles Alemans à l’est (jusqu'aux Vosges). Sousle règne d'Hononus, vers la fin de l’année 406, la Gaule fut inondée par d'innombrables hordes de Vandales, de Suèves et d’Alains. Il n’en resta bientôt plus que des débris, notamment des Alains, la plus grande partie ayant poussé jusqu’en Espagne (409). Par contre, les Bourguignons s’y établirent d’une manière fixe, et des territoires qui leur avaient été assignés sur les bords du Rhin supérieur, s’étendirent jusqu’au Rhône et à la Durance, où ils fondèrent le royaume de Bourgogne. Une partie de l’Aquitaine en deçà des Pyrénées fut encore abandonnée aux Visigoths (voyez Gorus), qui lors de leur expédition en Espagne dévastèrent, en l’an 413, le midi de la Gaule; et leur roi Ataulf s’y fixa, à Tolosa. C’est avec leur secours qu’Aétius, général des armées de Valentinien IL, qui exerça encore une fois une prépondérante influence dans les intérêts de la puissance romaine et comprima l'insurrection de lArmorique, vainquit, en 451, aux champs Catalauniques, Attila, qui avait ravagé une grande partie de la contrée, Valentinien, après avoir fait assassiner Aétius en 454, périt lui-même de la même façon l’année suivante, Dans l’horrible confusion à laquelle le pays se trouva alors en proie, l’Arverne Avitus se fit proclamer empereur en Gaule ; mais il fut déposé par Ricimer dès l’an 426. Majorien, à qui celui-ci conféra la pourpre, rétablit encore une fois la tranquilité dans la Gaule, A sa chute, arrivée en l'an 461, l'empire des Visigoths sur la côte fut étendu jusqu’au Rhône, et bientôt après au nord jusqu'à la Loire, L’extrémité occidentale de la Gaule reçut de la Bretagne un accroissement de population celte, et se déclara indépendante (voyez BaerAGne), Enfin, en 486, le France

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