‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 157 sur 552 · GAUTIER — GAVARNI · texte numérisé non relu

GAUTIER — GAVARNI

cieux du sens des paroles qu'ils modulent, se jouent des difficultés de l'exécution, et les multiplient pour avoir le plaisir de les vaincre. Il laisserait un nom respecté si, la pensée faisant défaut, le style suffisait seul à défendre les œuvres littéraires contre les flots envahissants de l'oubli,

GAUTIER GARGUILLE, acteur célèbre sous le règne de Louis XIII. 11 conspla le public des halles et du Pont-Neuf de la perte de Tabarin, et fit les délices des laquais, des oisifs, des écoliers, des bourgeois, gens peu difliciles en fait d’atticisme. Son véritable nom élait Hugues Guéru ou Guérin; il était natif de Caen, et forma ayec Gros Guillaume et Turlupin un trio de comédiens d’assez bas étage, mais maîtres passés dans l’art de désopiler la rate. Malheureusement les saillies de Gautier Garguille sont d’une crudité rabelaisienne , qui nous met dans l'impossibilité absolue d’enrapportericilemoindre échantillon. Ce farceur voulut être poète : il le fut, mais ses vers présentent à qui voudrait les ciler tout autant de difficultés que sa prose. Il nous reste de lui un petil volume de Chansons, dont lédition originale yit le jour à Paris, en 1632 ; elle fut reproduite en 1686, 1639 el 1643. Il en existe une réimpression faite à Paris en 1758, et à laquelle on a donné, par motif de prudence, la rubrique de Londres, 1658.

Gautier Garguille excellait, ainsi que sescamarades Turlupin et Gros Guillaume, à imiter l'accent gascon. Ilavait commencé par être garçon boulanger a Paris, dans le faubourg Saint-Laurent. Liés d'amitié, mais sans aucune espèce d'études, tous trois s’imaginèrent un beau jour de jouer la comédie, et louèrent à cet effet un petit jeu de paume silué près de l’'Estrapade , et qu’ils eurent bientôt transformé en une manière de thé âtre. « Ils jouaient, rapporte Dufaure, depuis une heure jusqu’à deux, des Scènes qu’on appelait {urlupinades, pour la somme de deux sols six deniers par personne. Gautier Garouille représentait ordinairement le rôle de maître d'école, ceux de savant : et de maître de la maison. Turlupin jouait les valets, les filous, etc., et Gros Guillaume faisait le sentencieux.

Le succès toujours croissant du petitthéatre enfumé de V’Estrapade finit par exciler la jalousie des comédiens de l'hôtel de Bourgogne, qui se plaignirent au cardinal] de Richelieu des fâcheux résultats qu'avait pour eux cette concurrence. Avant de les condamner, Richelieu voulut les entendre, rit et fut désarmé. Les trois farceurs, au lieu dese voir enlever la faculté dereparaitresurleurs tréteaux, furent, au contraire, appelés à faire désormais partie de la troupe de l'hôtel de Bourgogne. Gautier Garguille jouait loujours avec un masque, et sous le même costume.

Sa manière originale de chanter étail ce qui attirait le plus de spectateurs à Gautier Garguille; hors du théâtre il était estimé, et on le recevait dans les meilleures sociètés de Paris. Il mourut, en 1634, à l’âge de soixante ans ; sa veuve, fille de Tabarin, se remaria à un gentilhomme de Normandie,

GAVARNI (Sozrice - Guizauus CHEVALIER, dit PauL). 11 est né à Paris, en 1801. D'abord mécanicien, ce fut seulement vers 1835 qu’il commença à dessiner des gravures de mode; son crayon léger et facile le plaça aussitôt au premier rang dans celte humbie sphère. Mais il n'était pas homme à y rester, et bientôt il publia, dans le journal intitulé Les Gens du Monde, dont il était le directeur , une série de compositions lithographiées de son invention, qu'il continua plus tard dans Le Charivari. 11 y avait dans ces petits dessins une rare fraîcheur d'idées, une originalité d’es= prit incroyable ; la touche en était si spirituelle , la gaieté y éclatait si franche et si aimable, que leur vogue fut immense, universelle, et que le nom de Gavarni devint populaire d’ems blée. Représentant des scènes de la nature la plus diverse, les dessins de Gayvarni sont une véritable lanterne magique, qui nous montre sous toutes ses faces et dans tous ses replis la physionomie actuelle du monde parisien, les joies et les miscres, les passions et les fantaisies de celle société

frivole et charmante. « Dans vingt-cinq ans, dit M. Théophile | Gautier, ce sera par Gavarni qu'on apprendra l’existence des duchesses de la rue du Helder, des lorettes, des étudiants. » Quoiqu'il travaille avec la plus grande facilité, ils’astreint toujours scrupuleusement à la réalite ; pas un détail, même indiqué par le trait le plus fugitif, qui ne soit juste et | vrai; ses personnages ont toujours la mise qui leur convient. | Au nombre de ses dessins, nous nous bornerons à citer les © séries suivantes, composées chacune denombreux sujets : Les * Lorettes; Les Actrices ; Les Coulisses; Les Fashionables; À Les Gentitshommes bourgeois; Les Artistes; Les Elu- “ diants de Paris; Les Débardeurs; Les Plaisirs champétres; Les Bals masqués ; Le Carnaval; Les Souvenirs ! du bal Chicard; Les Souvenirs du Carnaval ; La Vie de 0 jeune homme; Patois de Paris; Balivernes parisiennes ; * Clichy; Les Enfants terribles, une de ses premières créations ; les Parents terribles ; Les Fourberies de femmes; | La Politique des femmes; Les Maris vengés ; Les Nuances du sentiment; Les Rêves; Les Petits Jeux de Société; Les Pelits Malheurs du Bonheur; Les Impressions de |ménage ; Les Interjeclions; Les Traductions en langue | vulgaire, elc.

Chacune de ces mille compositions est un vaudeville, une | comédie, une farce, un tableau de genre, une nouvelle, un roman de mœurs dans toute l’acception du mot. Ce sont # de petits chefs-d’œuvre sans prétention, comme tous les chefs-d’œuvre, L'artiste nous transporte toujours au milieu même de l’action, et nous laisse deviner le restant du drame, dont nous ne voyons qu'un fragment, uné scène. À chacun | de ses dessins il à eu soin d'ajouter une courte légende, qui éclaire complétement la situation représentée; et ces épigraphes, écrites dans le pathos le plus réjouissant, trahissent | parfois une incroyable connaissance du cœur humain. On y trouve des mots d’une profondeur qui fait frissonner ; on ne sait pas vraiment si c’est le texte qui illustre le dessin : ou si c’est le dessin qui illustre le texte. On a comparé Gavarni à Molière; le plus souvent une telle comparaison porte malheur à ceux qui en sont l’objet; Gavarni pour- 1tant n’en a pas été accablé; que peut-on dire de plus pour faire son éloge?

Gavarni est psychologiste comme Hogarth; mais ce n’est pas un moraliste à la façon de l’auteur anglais. Il ne prèche pas, il décrit, il prend le monde tel qu'il est; en déroulant devant le spectateur son épopée infinie des ridi- |cules et des travers de l’homme, il n’est jamais indigné, ‘emphatique, déclamatoire, mais il a toujours un trait, un bon mot, un mot vif, une épigramme ; il sourit même plu- L10t qu'il ne raille.

En 1849 Gavarni alla habiter l'Angleterre; son Séjour dans ce pays eut une grande influence sur son talent. Toujours poétique et profond, il semble avoir perdu sa gaieté | au spectacle des misères de Londres. En 1852 il reçut la croix d'honneur. Sur là fin de sa carrière il quitla ses | crayons, s’adonnà aux mathématiques pures, ét envoya la Solution de problèmes difficiles à l'Académie des Sciences, | 11 est mort le 23 novembre 1866, à Auteuil. , Ce que l’œuvre de Gavarni a Surtout de remarquable , c'est que dans ses innombrables compositions 6h n’en L trouverait peut-être pas deux qui $e ressemblent. L'étude | constante de la nature lui 4 permis de varier ses types à infini, La masse d'esprit et de gaieté que Gaÿarni a dépensée çà et là dans les journaux, les revues, les livrés illustrés, est réellement prodigieuse. Ses dessins , Si un intrépide amateur s’avisait de vouloir les collestionner, feraient plus dé trente in-folios. I] en à paru un choix gravé sur bois, avec un texte par J. Janin, Théophile Gautier, Balzac, etc., sous le titre d'Œuvres choisies de Gavarni (Paris, 1845, 14 volumes ). Une autre collection est.intitulée, Perles et Parures, par Gavarni (2 vol. 1850) ; une dernière, qui a eu moins de succès, à pour titre : Les Propos de Thomas Fireloque (Paris, 1853). Il à aussi illustré un grand nombre d'ouvrages , entre autres Le Juif-Errañt d'Eugène

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