GÉNÉRALE — GÉNÉRALISATION
cutendre. Voici comment s'exprime à ce sujet le Code Pénal de l’armée : « Tout militaire, ou autre individu employé au service de l’armée, qui, lorsque la générale aura élé battue, ne se sera pas rendu à son posle, sera pour la première fois puni d’un mois de prison; pour la deuxième, de trois mois, et destitué de son grade ou emploi. Le simple soldat, dans ce second cas, sera puni de six mois de prison ; dans le cas d’une seconde récidive , il sera puni de deux ans de fer. » Des peines également très-sévères sont réservées aux individus qui feraient battre la générale sans y être autorisés.
GÉNÉRALISATION, GÉNÉRALITÉ. Ces termes, qui émanent du mot genre, en latin genus, du grec yevväw, expriment une sorte de génération intellectuelle. C’est donc ici que commence véritablement le travail de la pensée humaine, laquelle nous distingue de la simple animalité, En effet, l'animal, quelque intelligent qu’on le reconnaisse, le chien, l'éléphant, le singe, non-seulement ressentent comme pous , par leurs organes des sens, des impressions, ou les images des objets extérieurs ; maisils en ont des souvenirs, ils se représentent des idées, même en l’absence des corps qui les ont produites. Cependant, rien ne prouve qu'ils sachent en abstraire des généralités. Ils peuvent bien, par exemple, avoir connaissance de tels ou tels hommes comme individus , mais non pas s'élever à la conception abstraite de l'humanité, à la généralisation de la nature de l’homme. Ils ne sortent jamais de l’ordre physique ou matériel ; ils ne créent point ainsi des essences génériques, parce qu’ils ne montrent nullement la faculté de coordonner les rapports d’analogie entre les diverses qualités des êtres. Les idiots, les enfants en bas âge sont réduits encore à cet état d'animalité qui ne leur permet de saisir que des individualités ou de simples faits, sans les comprendre sous un principe commun.
Les véritables généralisations ne sont point des opérations sicommunes de l'esprit humain, et elles n’appartiennent qu’à un certain ordre d’intelligences réfléchies et méditatives. Rarement les hommes dans les usages de la vie s'occupent de généraliser et de systématiser leurs connaissances sous des principes larges qui les embrassent d’après leurs analogies plus ou moins étroites. Il faut, pour atteindre ce but élevé, avoir longuement comparé les objets les plus divers et observé les liens par lesquelsils s’entretiennent ou se rattachent. Un exemple, le plus illustre detous peutêtre, fera comprendre toute la portée de la véritable généralisation. Certes, un paysan peut voir, comme Newton , une pomme tomber d’un arbre. Ce simple résultat de la pesanteur des corps vers le centre de notre sphère terrestre n’est qu'un fait vulgaire, auquel le commun des hommes ne prête aucune attention. Pour Isaac Newton, c’est l’origine de la plus vaste des généralisations. Il en tire la loi de lagravitation universelle.
On comprend donc que toutes les découvertes dans les sciences et la philosophie dérivent souvent de ces généralisations, ou d'applications dun fait à d’autres analogues. Ainsi, James Watt a su tirer parti de la force de la vapeur de la marmite de Papin en l’appliquant à une multitude d’autres opérations. Déjà Camerarius et Vaillant avaient remarqué des sexes dans les plantes, mais il appartenait à Vesprit perspicace de Linné de généraliser ce fait dans tout le règne végétal, par sa dissertation Sponsalia plantarum et par son ingénieux système sexuel. C’est donc par la comparalson attentive des faits analogues qu’on parvient à dé-
| couvrir le lien secret qui les associe, l'harmonie qui les fait jouer de concert. Mais si ces faits rapprochés entre eux ne se trouvent rattachés que par une méthode factice, ou par des apparences mal fondées, on n'arrive, à l’aide de ces généralisations forcées, qu’à construire une hypothèse frage, que le moindre effort de raisonnement renverse, ou que brisent des observations plus véridiques. Le moyen intermédiaire des généralisations consiste done dans l’analogie. Tout git séparé, ou plutôt épars et désordonné, lorsque l'esprit
n’entrevoit pas la liaison des effets à leurs causes et la concaténation des vérités à leur plus haute origine dans le grand univers. Mais cette généralisation vaste ne s’acquiert qu’à l'aide d'observations longues et multipliées par la force de la méditation. C’est par celle-ci que l'intelligence humaine s’est exhaussée jusqu'au trône de la Divinité.
Les esprits généralisateurs sont les plus profonds, parce qu’il cherchent les causes des choses': sapientia est per causas scire. Lors même qu’ils ne peuvent les trouver ou qu’elles sont supérieures à l’entendement humain , ils aspirent toujours vers ce but; ils ne rencontrent parfois que des vues partielles, des fragments précieux d’une loi inconnue, et comme des rayons de l’immortelle Divinité qui les illumine. Mais dans ces généralisations il y a les germes des découvertes les plus magnifiques de la nature, parce que la nature est conséquente dans ses œuvres et le produit d’une suprême intelligence. Généraliser est alors entrer dans les voies de la Divinité; c’est s’imprégner en quelque manière de sa sagesse et du vrai génie, toutes les fois qu’on écoute ses inspirations pures et natives. Cependant, il n’y faut mêler ni ces opinions basses de l’animalité, ni ces vues étroites de l’égoisme, qui se rattachent à des particularités périssables. Elles constituent dès lors ces systèmes faux, ces théories sans base solide qu’ont élevés les philosophes. De là résulte aussi le discrédit de ces généralités vagues, incomplètes, incohérentes, que souvent chacun débite, faute de notions exactes, précises, approfondies , et qui semblent tout dire en mapprenant rien. Néanmoins la tendance à généraliser est l’apanage de la raison humaine, une propriété philosophique appartenant à l’être supérieur, au roi de la création sur ce globe. Il contemple les choses de plus haut que lesbrutes. Dans la philosophie et les hautes sciences, il faut que l'esprit s’élance vers des considérations générales, universelles. Il rapproche les faits et les compare, afin d’étreindre les causes, de saisir l’ensemble d’un coup d'œil, de s’élever jusqu'aux cieux sur cette mystérieuse échelle de Jacob. Telles sont aussi les inspirations que les poëtes reçoivent au sommet de l’Olympe, puisqu'on ne saurait généraliser les idées ni agrandir le tableau de limagination, sans embrasser un champ plus vaste et dérober à cette source sacrée le feu céleste. L'homme alors n’est, par son intelligence, qu’un rayon émané de l’essence divine. Par cette lumière de vérité qui lui fait dévoiler les harmonies de tous les êtres, il participe à la puissance créatrice; il pénètre dans les secrets de la majesté infinie qui préside à cet univers.
Mais, puisque Dieu même est la source primordiale des êtres, puisqu'il déposa sur notre front cette éclatante auréole du génie, ne peut-on pas dire, avec Platon, que l’intelligence humaine, infusée dans nos corps, possède essentiellement en réalité toutes les vérités communes, dont nos études spéciales ne sont que des particularités. Ensuite, celles-ci tendent à s'ouvrir, à se développer, parce qu’elles trouvent dans l’âme humaine les linéaments originaux de ces conceptions générales qui y gisaient enfouies, comme des germes. N’est-il pas vrai d'affirmer que toutes les vérités générales sont ainsi recélées dans notre nature intellectuelle, et qu’il ne fant que des circonstances favorables pour les en faire sortir? Donc, ce n’est point le travail de la combinaison:et de la volonté humaine qui crée arbitrairement les vérites générales; elles existaient, soit dans la réalité des choses du monde, soit dans la constitution de notre esprit
Il existe deux sortes d'esprits, les diviseurs et les concentrateurs. Les premiers s'attachent constamment à saisir les différences entre tous les objets; ils en signalent les spécialités caractéristiques ; ils écartent, ils dissocient, ils analysent, ils dissèquent les parties. Autant ils gagnent en science de détail, autant ils perdent en vues d’ensemble. Au contraire, les esprits généralisateurs peuvent avoir le défaut de négliger les faits d'observation, pour construire en l'air des théories brillantes : ces deux extrômes deviennent également vicieux dans leurs résultats, Les uns abu-
sent de la synthèse comme les autres dissolvent trop par l'analyse; c’est pourquoi il faut employer les deux méthodes et contrôler l’une par l’autre. L'analyse chimique, qui décompose les matières organiques sans pouvoir tes reconstituer, et l'analyse morale qui éteint par ses subtiles arguties les plus nobles sentiments du cœur humain, seraient des armes pernicieuses si la nature réparatrice no venait pas reconstruire, dans la source inépuisable de la vie, les êtres physiques et moraux. L'homme isole et Dieu rassemble; il procrée, lorsque nous détruisons . aussi, nous marchons vers la mort, tandis qu'il est l’élernelle source des existences. k J.-J. Vire.
GÉNÉRALITÉS, grandes divisions territoriales de l’ancienne France, adoptées pour l’admmnistration générale des impôts. On n’en comptait que quatre vers le milieu du quatorzième siècle : 1° la Langue d'Oc; 2° la Langue d’Oil ; 3° la Normandie; 4° le pays d’outre Seine. Les généralités, telles qu’elles existaient avant 1789, furent organisées en 1551. La forme d'administration resta la même. Il n’y ent plus de changements que dans le nombre, qui s’accrut avec le royaume. Les généralités se distinguaient en pays d'états et en pays d'élections. Le nombre des généralités pays d'états était de sept, celles des pays d’élections de vingt, celles des pays conquis, y compris l'ile de Corse, de sept ; en tout, vingt-quatre. Chaque généralité se subdivisait en élections. Quelques provinces classées dans la dénomination de pays conquis avaient conservé leurs états.Les généralités pays d'élections établies les premières, en 1551, sous le règne d'Henri II, étaient celles de Paris, Châlonssur-Marne, Amiens, Rouen, Caen, Grenoble , Bourges , Tours, Poitiers, Riom, Lyon et Bordeaux. Sous CharlesIX, en septembre 1573, furent établies les généralités d’Orléans et de Limoges ; sous Henri III, en septembre 1587, celles de Moulins; celle de Soissons sous Henri IV, en 1595. La généralité établie à Grenoble, en 1551, et supprimée depuis, fut rétablie sous Louis XIII en 1627 ; Alençon, en mai 1636; Montauban, en 1635; Metz, en 1661; Lille, en septembre 1691 ;La Rochelle, en 1694; Besançon, en février 1696 ; Auch, sous Louis XV, en 1716. Les généralités pays d’élats étaient Toulouse, Montpellier, Aix, Rennes, Pau, Dijon et l’île de Corse ; les généralités pays conquis, les trois évêchés (Metz, Toul et Verdun), l’Alsace, le Roussillon, lArtois, la Flandre et la Franche-Comté. Durey de (l'Yonne). GÉNÉRATEUR, GÉNÉRATRICE, celui, celle qui engendre. On appelle principe génér ateur celui d’où découlent un grand nombre de vérités, de conséquences importantes. En géométrie, générateur se dit de ce qui par son mouvement engendre quelque ligne, quelque surface, quelque solide : Point générateur d'une ligne; ligne génératrice d’une surface ; surface génératrice d’un solide. Employé substantivement, générateur se dit de la partie dune chaudière à vapeur, où se forme la vapeur. GÉNÉRATION. On entend par génération la faculté que possède un être vivant de produire d’autres êtres semblables à lui; on donne aussi ce nom à l’acte en vertu duquel a lieu cette reproduction. Cette faculté n’appartient qu'aux êtres organisés, eux dont la vie est plus ou moins indépendante des lois générales de la matière. Ces êtres sont divisés en une multitude presque innombrable de types distincts, et ce sont ces types primitifs et inaltérables qui se reproduisent indéfiniment au moyen de la génération. L'individu périt et l'espèce se perpétue, la vie individuelle n’a qu'un temps, celle de l’espèce n’a pas de limites, Pour chaque espèce, la vie éprouve un nombre incalculable de transmissions suecessives, sans cesser un seul instant d'exister; et c'est au moyen de la génération que se succèdent des familles différentes, composées d'individus toujours semblables, C’est là un phénomène plus réel et tout aussi merveilleux que celui du phénix qui renait de ses cendres. La nature semble avoir attaché peu d'importance à l'existence des individus, l'espèce seule importait à ses vues; c’est à la conservation de l’es-