GÉNÉRATION — GÉNÉRATIONS SPONTANÉES
temps modernes s’est enrichie d'un grand nombre de faits nouveaux et qu’elle est parvenue à soulever un coin du voile qui cache le mystère de la reproduction des êtres; mais on est loin de l'avoir dévoilé tout entier, et jamais sans doute la nature ne laissera découvrir aux hommes son secret le plus impénétrable. D' Isidore Bourpon.
Par extension, génération signifie la chose engendrée, la postérité, les descendants : La génération de Noé; ou chaque filiation ou descendance de père à fils : Depuis Hugues Capet jusqu’à Louis IX , il y a huit générations. La chronologie n'a quelquefois pas d’autres guides pour établir les dates des faits anciens; les auteurs grecs qui
comptent par générations font varier la valeur de cette
unité de vingt-sept à trente-trois ans ( voyez CYCLE). Génération se dit aussi de la réunion, de la collection de tous les individus du même âge, vivant dans le même temps : La génération présente, les générations futures. vÆ GENERATION DES IDÉES. On nomme ainsi en psychologie un phénomène intellectuel, consistant en ce qu’une idée en procrée, en engendre une autre, sans que cette transmission opérée la première conserve aucune relation avec la seconde, laquelle, à son tour, peut en engendrer une troisième dans les mêmes circonstances et aux mêmes conditions; ainsi de suite, autant que la pensée humaine peut s'étendre sans s’affaiblir. Za génération des idées difière de l'association des idées en ce que, dans cette dernière opération de l'esprit, les idées, loin de rester indépendantes, leur révolution accomplie, ainsi que dans la ‘première , s'unissent, au contraire, de telle sorte, qu’elles se présentent ensuite toujours ensemble à l’esprit, comme si elles ne formaient qu’une seule et même idée.
GENERATIONS SPONTANÉES. Dans les changements que subit la matière, les corps qui naissent au milieu de la corruption ou des fermentations proviennentils d’une transformation directe de leurs éléments ou du développement d’un germe qui y est apporté ? La première opinion constilue ce qu’on appelle l’hé{érogénie ou la génération spontanée; ja seconde constitue la panspermie. Pour les panspermistes il n’y a pas de générations spontanées, il n’y à pas de génération sans la présente d’un germe, qui peut être apporté par l’atmosphère, où il en existe des quantités innombr. bles. Pour les hétérogénistes
| les êtres vivants peuvent sortir d’une transformation na- | {urelle, sans filiation directe. On comprend l'émotion sou- | levée par ces problèmes dans le monde de la science et | de la philosophie; chacun y a vu le triomphe des idées | spiritualistes ou matérialistes. « Cependant, dit M. De- | hérain, les partisans actuels de l’hélérosénie ne cherchent | pas à démontrer qu'une matière inerte peut s’organiser et | vivre, mais ils pensent seulement qu’une matière ayant | appartenu à un être vivant conserve, après la dissolution | de l'organisme qui la renfermait, une certaine vie latente, |} qui peut apparaître de nouveau sous une forme plus ou moins compliquée. »
Un fait aussi ancien que le monde, remarqué sans doute dès les temps les plus reculés, c’est la rapidité surprenante avec laquelle se développent des myriades d’animalcules dans les liquides laissés au contact de l'air, sur la viande, sur toutes les substances d’origine animale ou végétale en décomposition. Chez les anciens, on l’expliquait par une sorte d’axiome qui ne trouvait pas de contradicteurs et que l’on formulait ainsi : « La corruption d’une chose est la naissance d’une autre. » Ainsi, Aristote avance que les aphies, sorte de très-petits poissons, naissent du limon de la mer. Hérodote fait naître les rats qui infe-tent l'Égypte du limon de ce même Nil, d’où Moïse avait fait naître des grenouilles et des moucherons. Plutarque nous conte, dans la vie de Cléomène , « comment des bœufs quand ils viennent à se pourrir, engendrent des abeilles ; des chevaux, des mouches-guêpes; et, semblablement,
L des ânes, quand ils viennent aussi à putréfaction, des es- Carbots : ainsi, les corps des hommes, quand la liqueur
de la moelle vi nt à se fondre et à se figer ensemble audedans, produisent des serpents. » Qui ne connaît l’h'stoire d’Aristée avec son taureau pourri, auquel Virgile fait produire aussi des abeilles! Le vulgaire croit encore queles vers nai-sent de la pourriture, et qu’un champignon sort de la terre ou du fumier par hasard.
Harvey donna le premier coup aux idées traditionnelles, et avanca que les animaux et les plantes sortaient tous d'un germe ayant la constitution et la nature d’un œuf, mais sans affirmer qu'ils dérivassent forcément de parents. Francesco Redi, qui vivait à la même époque, affirma au
| contraire que toute matière vivante sort d’une matière vi-
vante préexistante, Leuwenhoëk, Swammerdam, Vallisnieri, Réaumur , concoururent par leurs recherches à détruire la croyance à la génération spontanée. Cette croyance toutelois ne resta pas sans défenseurs. Elle fut soutenue notamment par Nredham, dont les expériences aboutirent à la naissance d’animalcules dans un vase clos et chauffé. Spallanzani contesta les résultats obtenus par Needham, et soutint que sans doute il n'avait pas empêché tout accès de l’air, ou n'avait pas assez chauflé pour détruire les germes. Recommençant expérience lui-même, il souda les ballons à la lampe et les chauffa dans l’eau bouillante pendant trois quarts d'heure; aucun animalcule n’apparut. Maïs on pouvait lui objecter qu’il avait cuit la matière, et détruit par là même ses propriétés. Le docteur Schwann construisit, en 1837 , un appareil dans lequel les matières putrescibles, d’abord portées à l’ébullition, afin de tuer les germes qu'elles peuvent renfermer, étaient ensuite soumises à l’action d’un courant d’air préalablement élevé à la tempéralure de 3000; jamais il ne se produisit de fermentation ni de putréfaction. MM. Diesch et Schræder eurent l’idée, en 1854, d’interposer entre la liqueur fermentescible et l'atmosphère de l’ouate de coton, con:tituant un filtre d’une extrème délicatesse; il ny eut pas non plus développement d'êtres oryanisés.
En 1859, M. Pouchet, directeur du muséum de Rouen, annonça à l’Académie des sciences de Paris qu'il venait de coustater des faits nouveaux, démontrant, selon lui, la génératior spontanée. Ayant chauffe du foin dans une (tuve jusqu’à la température de 110° pendant une demi-heure, il Vavait introduit dans un air arlificiel obtenu en mélangeant de l’oxygène pur avec de l’azote pur, et l'avait fait infuser dans une eau distillée artifi. ielle préparée en combinant l’oxygène et l'hydrogène. Or, ce liquide s’était peuplé de nombreux infusoires. 1! concluait que ces infusoires ne pouvaient provenir de germes, puisque l’air et l’eau étaient obtenus directement avec leurs principes élémentaires, et que tous les germes contenus dans le foin avaient dû être tués par la température de 110°. L'Académie n’adinit pas la conclusion de M. Pouchet , et répondit ne pouvoir rien déduire de son exptrience, si ce n’est que la tem pérature de 110° ne suffit pas pour désorganiser les germe ; conterus dans le foin. On put se convaincre en effet que des grains de froment exposés à cette température dans uneétuve ne perdent pas leur faculté germinalive. Le plus zélé contradicteur de M. Pouchet et de la génération spontance fut M. Pasteur, qui ramena tous les phénomènes de ce genre à la présence d'êtres microscopiques, végétaux ou animaux, amenés par l'air dans les liqueurs fermentescibles. 11 s’occupa d’abord de montrer les germes atmosphériques. Après avoir disposé dans des tubes du coton-poudre dont les fibres e1 trelacées y formaient un réseau serré, il y appela un courant d’air à l’aide d’un écoulement d’eau. Dissolvant ensuite le coton-poudre dans un mélange d’alcool et d’éther, il reconnut, outre les débris divers du corps dissous, des spores, des corpuscules arrondis, évidemment crganisés. Il comp'éla cette expérience par des expériences nombreuses faites sur des infusions où tous les germes avaient été lués préalablement, an moyen de l’ébullition, Les infusions restèrent stériles tant qu’il ne permit pas à l'air ordinaire de pénétrer, ou qu’a-
vant de l’y amener il le fit passer par un filtre de coton retenant les germes atmosphériques. M. Pasteur pouvait - donc se croire viciorieux ; mais M. Pouchet ct d’autres partisans des générations spontanées firent, à leur tour, des expériences qui donnèrent, en certains cas, des résultats contradictoires. Une véritable lutte s’engagea, pleine de passions, de défis, d’affirmations et de déngations. ! e baron Liebig prit parti contre M. Pasteur; il en futde même de M. Frémy. Ce dernier toutefois repoussa l’idée des générations spontanées, si on l’applique à la production d’un être organisé, même le plus simplo, avec des éléments qui ne possèdent pas la force vitale ; il émit l’hypothèse de corps hémi-organisés, pouvant, comme la graine sèche, se maintenir longtemps dans un état d’immobilité organique, mais pouvant en sortir et fournir aux dépens de leur propre substance tous les éléments de l’organisation sous l’empire de certaines circonstances. L'Académie des sciences s’est prononcée à plusieurs reprises contre les £énérations spontanées; on ne peut dire cependant que le débat ait été définitivement terminé par ses décisions.
GENERAUX (États). Voyez ÉTATS GÉNÉRAUX.
GENES (en italien Genovu), grande et belle ville d’ftalie, sur la Méditerranée, à 160 kilom. sud de Turin età 480 nord-ouest de Rome, est le chef-lieu de la province du même nom (ancien duché de Génes).
Le navigateur qui dans la Méditerranée cingle droit au nord, en côtoyant les Îles de Sardaigne et de Corse, voit la chaîne des Apennins se recourber vess l'intérieur du continent, etrenfermer dans une enceinte demi-circulairele vaste golfe ligurien appelé aussi Golfe de Cénes. À mesure qu’il approche, l’immense amphithéâtre formé par les flancs de la montagne se dessine plus nettement à ses regards. Ce sont des collines, des vallons charmants, des rocherschangés en terre par la puissance de l’art. De brillants édifices, entremêlés de bosquets et de jardins élégants, descendent de terrasse en terrasse jusqu’au bas de la montagne, et semblent se presser les uns sur les autres, en s’approchant des rivages Ce la mer. Au fond du golfe, et entre deux petites rivières, on voit comme sortir des flots une forêt d’aiguilles étincelantes : c’est là que se trouve la Citédes Palais. C’est Genova la Superba, Gênes la Supcrbe, la Riche; elle est fière enco:e de son antiquité, de ses victoires et de l'empire qu’elle exerça autrefois sur les mers. Les marbres précieux de ses milliers de colonnes, deses frontispices, de ses portiques élevés, ses riches églises, suffiraient pour attester qu’elle fut l’un des gouffres de la fortune du monde. Rivale de Venise par la richesse de ses constructions, elle l’est de Naples par la beauté de son site, Il y a dans les constructions de Gênes du goût, de la noblesse et de l’elégance,
Jusqu’aux envahissements de la république française, et ensuite de l'Empire , Gênes avait été capitale et souveraine d’un petit État, qui s'étendait le long de la Méditerranée depuis le Var juqu’à la Magre. Il était connu sous le nom de République ou Rivière de Génes. Quand, en 1797, elle fut asservie à la république française, on jui donna le nom de République ligurienne, parce que son territoire ‘aisait partie du pays habité par les anciens Liguriens.
L'histoire de Gênes, comme beaucoup d’autres, commence par des récits fabuleux , et présente beaucoup d'incertitude, Ce qu’il y a de plus sûr, c'est qu'après avoir fait partie des conquêtes de Rome , ainsi que le restant de l’Italie , ele passa sous l’empire des Lombards, qui plus tard accupèrent toute la Gaule cisalpine. Dès le commencement du septième siècle, l'Italie, presque abandonnée par les faibles empereurs d'Orient à la fureur des barbares qui l'infestaient, sentit la nécessité de chercher d’autres protecteurs : c’est aux Français que les pontifes romains s’adressèrent, Pepin je Bref et ensuite Charlemagne délrent les Lombards, et en récompense devinrent empereurs d'Occident, Gênes et les Pays qui l’environnent furent soumis à leur puissance, et BoUvVérnés par un comte, Après avoir passé de ia domination