GENÈVE
e mal : en effet, les uns, les citoyens et les bourgeois, prenaient seuls part aux affaires publiques, et les autres, les Aabilants et les natifs, n'avaient que le droit d’habitation, supportaient une partie des charges de l'État, ne pouvaient pas exercer certaines professions, et restaient tout-àfait étrangers à l'administration. Ces diverses classes de citoyens avaient toutes des sujets de mécontentement, et le petit conseil profita de la diversité de leurs intérêts pour se maintenir longtemps dans la jouissance de ses priviléges. Enfin, en 1781, on en vint à une rupture éclatante; mais la France, la Savoie et Berne, firent avancer des troupes contre Genève; les citoyens qui s'étaient emparés du gouvernement capitulèrent; les trois puissances rétablirent l’ancienne constitution; plusieurs familles de représentants s’expatrièrent alors, et s’en allèrent porter leur industrie à | Constance, à Neufchâtel, en Angleterre ou en Amérique. En 1789, une nouvelle constitution ayant étendu les droits des bourgeois, et les ayant déterminés d’une manière plus | précise, la plupart des exilés revinrent; mais la révolution | française ne tarda point à faire sentir sa funeste influence : pendant la terreur, en 1793, de mauvais citoyens, soutenus | par le comité de salut public de Paris, commirent à Genève | les mêmes horreurs qui se commettaient alors dans toute ) la France. Plusieurs citoyens recommandables furent mis à | mort, d’autres furent dépouillés de leur fortune en toutou en | partie, et un grand nombre furent bannis. A ces temps d’orages succéda un intervalle de repos, pendant lequel le Directoire français inquiéta de toutes les manières les | Genevois pour les obliger à demander leur réunion à Ja | France. Enfin, les troupes de la république entrèrent à Genève, le 15 avril 1798; et cette ville, réunie à la France le 17 mai suivant, devint dès lors le chef-lieu du départe- | ment du Zéman.
Le 30 décembre 1813 elle ouvrit ses portes aux alliés et recouvra son indépendance; en 1815 elle fut agrégée à la Confédération Suisse, à titre de 22° canton; le congrès de Vienne et les traités de Paris et de Turin lui procurèrent un agrandissement de territoire par l’adjonction du petit pays de Gex, des villages de Versoy et de Carouge, et lui donnèrent unelibre communication avec la Suisse. Une nouvelle constitution, qui établissait l'égalité des droits de ous les citoyens, et qui donnait au gouvernement une forme représentative, fut préparée sous l'influence des puissances étrangères par une commission de citoyens genevois, et acceptée par la |nation au mois d’août 1814.
{ Aux termes de cette constitution de 1814, la puissance
législative était confiée à un conseil représentatif com posé de 278 membres, dont 30 sortaient chaque année. Les élections pour ce conseil élaient faites par un corps électoral dont faisaient partie tous les citoyens âgés d’au moins vingt-cinq ans et payant 25 florins d'impôt direct. Le conseil réprésentatif nommait le conseil d’État exécutif, composé de 4 syndics et de 24 autres membres, et investi du droit exclusif d'initiative en matière de législation. Une partie de )ces membres avaient même droit de séance et voix délibérative dans les tribunaux. Le conseil d’État pouvait aussi décider en dernier ressort sur certaines questions administratives, et être lout à la fois juge et partie dans sa propre cause, quand il estimait qu’on avait manqué au respect qui lui était dû. Enfin, la constitution consacrait formellement la liberté de la presse, mais en même temps investissait le conseil représentatif du droit d’en limiter l’exercice. On comprend qu'avec ses tendances restrictives et conservatricesune telle constitution devait amener bien des conflits et provoquer de vives résistances ; et pour qu’elle pût demeurer aussi longtemps en vigueur, il fallut que les hommes qu’elle investissait des pouvoirs fissent preuve de l'esprit le plus conihant et de libéralisme dans la direction des rapports politiues du canton avec la Confédération. Mais par la fondation un comilé radical, qui eut lieu le 3 mars 1841, l'opposition trouva le moyen d'organiser sa résistance et de donner de MW'unité à ses cfforts jusque alors divisés, Dans une assemblée
populaire tenue .e 18 octobre de la même année, qui se prononça en faveur de la suppression des couvents décrétée par le gouvernement du canton d’Argovie, il fut aussi question des vices de la constitution. A une pétition que lui adressa le comité pour réclamer d'importantes réformes, le conseil d'État ne répondit que d’une façon évasive, renvoyant la question à l'examen du conseil représentatif dans sa plus prochaine session, tandis que l’opposition réclamait la convocation extraordinaire d’un conseil constituant. Quand les représentants se réunirent, le 22 novembre, le conseil d'Etat avait convoqué la milice; mais peu d'hommes se rendirent à son appel, et ils se dispersèrent bientôt en présence de la foule demandant à grands cris la convocation d’une assemblée constituante. Sous la pression de ces menaçantes démonstrations, le conseil céda. Enfin, le 7 juin 1842, sur 11,500 citoyens ayant le droit de voter, plus de la moitié adoptèrent la constitution nouvelle, qui fut acceptée à une grande majorité.
Cette constitution neuvelle ‘divisa la ville en quatre arrondissements électoraux, et le reste du canton en six, les uns et les autres chargés de choisir, au prorata du chiffre de leur population respective, 176 membres d’un conseil représentatif se renouvelant tous les deux ans par tiers, et participant au droit d'initiative en matière de législation. Ensuite, le nombre des membres du conseil d’État élus pour six ans fut réduit à 13; la ville obtint un conseil municipal propre, et l'administration de l’Église protestante fut confiée à la Compagnie des pasteurs déjà existante, ainsi qu’à un consistoire composé pour un tiers d’ecclésiastiques et pour les deux autres tiers de laïcs ; ce dernier chargé en outre de nommer aux fonctions ecclésiastiques vacantes. Mais alors les conservateurs étant parvenus à obtenir la majorité dans le conseil de constitution, dans le conseil représentatif et dans le conseil d’État, tandis que les radicaux restaient les plus nombreux dans le conseil municipal, de nouvelles collisions s’ensuivirent; et le 13 février 1843 éclata une insurrection armée ayant pour but l'établissement d’un gouvernement provisoire. Mais cette fois les milices de la ville ef° de la campagne se réunirent en assez grand nombre pour que force restât à l’autorité; et le gouvernement ayant proclamé le lendemain une amnistie générale, les insurgés mirent bas les armes. Ensuite, le 12 janvier 1844, le grand conseil se prononca en faveur de l'introduction du jury , de sorte que pour l’adoption de cette utile institution c’est le canton de Genève qui a donné l'exemple à tous les autres cantons.
Lorsqu’en 1846 surgit la question du sonderbund, le conseil d’État crut pouvoir se maintenir dans une politique de temporisation à laquelle se rallia aussi la majorité du conseil représentatif, Mais l’assemblée populaire tenue le 5 octobre protesta contre cette attitude; les mécontents s’emparèrent du faubourg Saint-Gervais, qui fut attaqué le 7 octobre par les troupes du gouvernement; le combat devait recommencer le lendemain lorsque le conseil résigna ses pouvoirs. Le 25 on procéda à l'élection d’un nouveau gra nd conseil, composé de 90 membres seul: ment, et c’est de ses délibérations qu'est sortie la constitution encore en vigueur aujourd’hui, constitution démocratique dans toutes ses dispositions.
Malgré l'essor considérable que prit Genève sous le gouvernement du parti radic:l, une opposition, formée du parti conservateur et d’autres éléments, triompha aux élections de 1853. Mais en 1855 Fazy et son parti revinrent au pouvoir. C-pendant le mécontentement s’accrut à propos de la partialité de Fazy, de sa gestion financière, de Son alliance avec les Catholiques ; un nouveau parti se constitua sous le nom d’indépendants. Ces derniers recoururent aux armes le 21 août 1864; la Confédération fut forcée d'intervenir et imposa à Genève l'occupation fédérale pendant une année. En 1865 les élections pour le renouvellement du conseil d’État et en 1868 celles du grandconseil donnèrent la victoire aux indépendants,
GENEVE, chef-lieu du canton du même nom, sur le lac de Genève, à l'endroit où le Rhône en sort , la plus penplée, ‘ais non pas la plus grande ville de la Suisse, comptait en 1870 46,774 habitants, et 68,165 en comptant ceux des communes limitrophes. Elle est bien bâtie, et jouit d’une grande prospérité , à cause de son commerce et de son industrie. Le Rhône sépare Genève en trois parties inégales, unies par des ponts. L'ile qu’il forme en sortant du Léman ne contient guère qu’un millier d'habitants. Une machine hydraulique , placée dans cette île, alimente les fontaines du haut de la ville comme celles du bas. Le plus beau quartier est la ville haute, ou vieille ville, où l’on remarque surtout la Grande Rue à cause de sa largeur etde riches magasins dont elle est bordée; cependant le grand centre d'activité du commerce est dans la partie basse de Ja ville, le long des bords du Rhône. Le Malard, Le Bourg de Four et la place Saint-Pierre sont ses places publiques les plus vastes. La situation de Genève est une des plus belles qu’on puisse voir en Europe. Elle occupe une colline, qui du côté du nord-est domine le lac Léman, et du côté du sud-est la vaste pliine qui s'étend entre les monts de Salève, de Sion et du Jura. A l’époque la plus florissante de son commerce, on y comptait sept cents maîtres horlogers, occupant environ 6,000 ouvriers; mais depuis ce chiffre a diminué de moitié. Les joailliers et les bijoutier de Genève livrent à la circulation des produits parfaitement fabriqués. Cette ville possède aussi des manufactures de toiles perses, de draps et d’étoffes de laine, de mousseline, de galons d’or et d'argent, de soieries et de porcelaine. Sa situation avantageuse sur le lac y favorise le commerce de transit, et le voisinage de la frontière de France le commerce de contrebande. La population ne brille pas moins par son instruction que par son patriotisme ; et c’est merveille de voir comment des associations particulières, telles que la Société de Lecture et bien d’autres encore, suppléent largement à l'insuffisance des ressources publiques pour favoriser la propagation de l'instruction dans toutes les classes de la population. L'université fondée à Genève en 1368 fut réorganisée en 1538, par Calvin et par Théodore de Bèze. 11 en dépend une bibliothèque de 50,000 volumes avec de précieux manuscrits, un muséum d'histoire nalurelle contenant la collection minéralogique de Saussure, l'herbier de Haïler et le cabinet de physique de Pictet, enfin l’observatoire, créé en 1829. Nombreuses sont les institutions de charité que possède la ville de Genève ; les voyageurs vont aussi visiter le Pénitencier, maison de travail et de correction fondée en 1820 sur le modèle de l'établissement de New-York. En fait de curiosités à voir, tant à Genève que dans les environs, 11 faut citer la maison où naquit Rousseau, la maison et le tombeau de Calvin, l'église cathédrale de Saint-Pierre, sur l'emplacement de laquelle s’elevait au temps des Romains un temple consacré à Apollon, l'hôtel de ville, l'hôtel Eynard, la salle des élections, les ponts suspendus ; Ferney, célèbre par le long séjour qu'y fit Voltaire, les glaciers de Chamouny, situés à une journée de Genève , etc. Le 23 août 1835 les catholiques ont été autorisés à célébrer publiquement leur culte à Ge- 1ève; ils y possèdent trois églises, Le culte français réformé en a sept; les chapelles des protestants dissidents y sont très-nombreuses , et l’on y a ouvert en 1873 une chapelle consacrée aux vieux-catholiques. La ville s'est beaucoup cmbhellie dans ces derniers temps ; on y a percé des boulevards et des jardins publics, et ses remparts n'existent plus, Un réseau de chemins de fer la met en communication avec les pays voisins.
Le duc de Brunswick, qui est mort dans cette ville en septembre 1573, lui a légué toute sa fortune, s’élevant à plus de 20 millions.
GENÈVE (Lac de). Le lac de Genève ou lac Léman, en latin lacus Lemanus où genevensis, a la forme d’un croissant (chancré vers l'extrémité méridionale de sa circonférence intérieure; sa plus grande longueur est de