GENTILS — GÉNUFLEXION
au-dessus de la simple bourgeoisie. Du reste, la genéry ne jouit de priviléges particuliers d'aucune espèce, el ne constitue qu’une classification purement sociale.
GENTZ (Frépéric e), publiciste allemand, né en 1764, à Breslau, entra en 1802 dans les bureaux de la chancellerie de Vienne, et quand les Français marchèrent sur Ulm , fut envoyé en Saxe et de là au quartier général prussien, où, en 1806, il rédigea le manifeste de la Prusse contre la France. Plus tard il retourna à Vienne, où, en 1809 et en 1813, il fut encore chargé de la rédaction de divers manifestes du cabinet autrichien contre la France. Au congrès de Vienne, aux conférences ministérielles tenues à Paris en 1815, et plus tard aux congrès d’Aix-la-Chapelle, de Laybach et de Vérone, ce fut lui qu’on chargea d’en rédiger les protocoles. C’est dire que Gentz (né aussi roturier que pas un, maïs à qui l’empereur de Russie avait octroyé une savonnette à vi-
lain, qui vous en avait fait un gentilhomme) fut un des agents «
les plus actifs de la politique dont M. de Metternich a été si longtemps la personnification toute-puissante en Autriche, Ce ministre le chargea de la direction supérieure de Z'Observaleur autrichien, son Moniteur officiel, comme on sait. Il faut reconnaître d’ailleurs que Gentz avait un talent de style remarquable, beaucoup d'acquis, une rare sagacité, une grande expérience et une admirable intelligence des affaires. Nul mieux que lui ne savait tourner avec adresse les positions difficiles, dénaturer les faits, pallier les torts, en un mot mettre en pratique le fameux axiôme suivant lequel la parole n’a été donnée à l’homme que pour qu’il dissimulât sa pensée. Défenseur intrépide du trône et de l'autel, Gentz n’en était pas moins homme ; aussi dans les dernières années de sa vie, et même jusqu’à sa mort, arrivée le 9 juin 1832, entretint-il publiquement et assez grassement la danseuse Fanny Elssler.
Outre un grand nombre de traductions d'ouvrages politiques, anglais et français, on a de lui divers factums relatifs aux événements contemporains, ainsi que des considérations sur leurs causes et leurs résultats. Après sa mort, on a publié ses Œuvres choisies (5 vol., Stuttgard, 1836-1838 ).
GENUFLEXION, acte du culte religieux qui se fait
en fléchissant le genou. C’est une manière de s‘humnilier ou de s’abaisser devant les choses saintes, une espèce de révérence à laquelle se soumettent les ministres des auteis dans les cérémonies de l'église, et particulièrement en passant devant le saint-sacrement quand il est exposé. De tout temps, ce signe d’humilité a été d'usage dans la prière. A la consécration du temple de Jérusalem, Salomon fit sa prière à deux genoux et les mains étendues vers le ciel. Dans une cérémonie semblable, Ézéchias et les lévites se mirent à genoux pour louer et adorer Dieu; un officier d'Achab se mit à genoux devant le prophète Élie ; Jésus- Christ fit sa prière à genoux dans le Jardin des Olives, saint Paul fléchit les genoux devant saint Joseph. Ainsi, dit le père Rosweyd, jésuite, dans son Onomasticon, la génuflexion dans la prière est un usage très-ancien dans l’Église et même dans l'Ancien Testament. Saint Irénée, Tertullien et d’autres Pères nous apprennent que le dimanche el de-
puis Pâques jusqu’à la Pentecôte on s’abstenait de fléchir | les genoux ; on priait debout, en mémoire de la résurrec-.
tion de Jésus-Christ. Quelques auteurs prétendent que cela fut ainsi ordonné par le concile de Nicée. Les Éthiopiens, les Russes et les Juifs font leurs prières debout. Au huitième siècle, il y eut une secte d’agonycliles qui soutenaient que c'était une superstition de se mettre à genoux pour prier. Baronias remarque que les saints avaient porté si loin l’usage de la génuflexion, que quelques-uns avaient usé le plancher à l’endroit où ils se mettaient. Saint Jérôme et Eusèbe disent de saint Jacques le Mineur, évêque de Jérusalem, que ses genoux s'étaient endureis comme ceux d’un chameau, L'usage de la génuflexion passa d'Orient en Occident; Dioclétien l'y introduisit, et Constantin l’adopta. Plusieurs rois exigèrent qu’on fléchit les genoux en leur parlant, ou en les servant, Les députés des commuues ont parlé
GENUFLEXION — $SÉODÉSIE
À gettoux aux rois de France. Les vassaux ont rendu hommage à leurs seigneurs à genoux, et aujourd’hui même, dans uue grande partie de l'Amérique, les enfants et les esclaves implorent chaque matin à genoux la bénédiction de leurs pères et mères, de leurs maîtres et maîtresses. L'abbé J. Durcessis.
GÉOCENTRIQUE (de y#, terre, et xévrpov, centre) se dit du lieu qu’occupe une planète lorsqu'on considère sa position relativement à la terre. On considère une planète relativement à la terre 1° par rapport à la latitude, 2° par rapport à la longitude. La latitude géocentrique d'une planète est rhesurée par l’angle que formerait une ligne tirée de la planète à la terre, avec le plan de l’écliptique ou l’orbite terrestre. La Zongitude géocentrique est le lieu auquel répond la planète vue de la terre. TEYSSÈDRE.
GEODES, On rencontre assez fréquemment dans la nature des pierres arrondies ou ovoides dont la surface extérieure est couverte d’aspérités plus ou moins saillantes. Si on les brise, on trouve à l'intérieur une cavité plus ou moins spacieuse, dont les parois sont pour l’ordinaire tapissées de cristaux. On a donné à ces coques pierreuses le nom de géodes. La croûte extérieure des géodes est ordinairement siliceuse; mais les cristaux diffèrent selon les localités. On peut distinguer deux espèces de géodes : celles qui ont été formées par la voie ignée et celles qui ont été formées par la voie humide. Les premières se rencontrent dans les anciennes laves des volcans. Leur formation paraît facile à concevoir. On sait que les substances volcaniques sont toujours mêlées de différents gaz, et ce sont ces gaz qui occasionnent les soufflures qui se rencontrent dans les laves, les ponces, les scories volcaniques. Supposez qu’une certaine quantité de matière identique ou susceptible de s’unir par affinité vienne à se durcir dans un milieu qui lui permette de prendre une forme qui résulte des lois les plus générales de l’affinité, cette forme, sans qu'il soit ici besoin d’en développer les raisons, sera un sphéroïde plus ou moins parfait. Les fluides intérieurs, se réunissant par l'effet du rapprochement des parties solides, forment vers le centre un espace vide ou du moins rempli de substances vaporisées. Supposez encore que ces substances passent à l’état solide, elles tapisseront les parois intérieures de petits crisfaux : c’est là ce qui se voit le plus habituellement. Les géodes d’agate, que l’on trouve dans le pays de Deux-Ponts et aux environs d’Oberstein sont d’une grande beauté ; et ont quelquefois 0,33 de diamètre. On en trouve aussi dans les laves du Vicentin, qui sont très-petites et ne contiennent souvent qu’une goutte d’eau.
Les géodes que je crois formées par la voie humide sont plus nombreuses et plus variées. On en trouve dans les dépôts crétacés, dans les couches de carbonate calcaire, dans beaucoup de terrains métallifères, dans un grand nombre de roches, et souvent aussi parmi les cailloux roulés des terres alluviales. Dans les mines de Chessy, département du Rhône, on découvre assez fréquemment des géodes de cuivre carbonaté aussi précieuses par la beauté des cristaux que par Ja richesse des couleurs. Les couches crayeuses de l’ouest de la France contiennent des géodes d’un silex parfaitement . semblable au silex des pierres à fusil; en avançant vers V'intérieur de la pierre, on la voit passer à la calcédoine. N'ya dans les environs de Besançon des géodes siliceuses qui contiennent du soufre pulvérulent. Dans les mines d’asphalte qui sont sur les bords du Rhône, dans le département de l'Ain, il y a de petites géodes quartzeuses qui ne contiennent que de l’eau. C’est dans les montagnes granitiques que l oi rencontre les belles géodes qui renferment des crisfaux d'améthyste, Dans les montagnes de Saint-Innocent, près du lac du Bourget, en Savoie, il y à un grand nombre de géodes quartzeuses, que l’on trouve parmi les cailloux qui ont été détachés de la montagne, Après avoir fait beaucoup de recherches pour les voir en place, j'ai réussi à en découvrir un certain nombre dans la substance même des strates calcaires dont se compose la montagne. Ces pierres ,
DICT, DE LA CONVERS, — , x.
raboteuses, arrondies , sont tellement moulées dans la pâte du calcaire compacte, qu’elles y laissent une empreinte bien dessinée, quand on est parvenu à les extraire. La cavité intérieure contient des cristaux de chaux , tantôt cubiques, tantôt métastatiques. S'il n’y a pas de chaux, le quartz est terminé par des cristaux, ou passe à la calcédoine ou à l’opaline.
Beaucoup d’auteurs ont cru trouver des traces d’organisation dans les géodes des couches crayeuses, et les ont regardées comme un fossile, en attribuant le vide intérieur à la disparition de la substance animale. Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de faire ressortir tout ce qu'il y a d’invraisemblable dans ce système, mais seulement d'assurer que dans les centaines de géodes quartzeuses que j'ai examinées, brisées et vues dans toutes leurs parties, je n’ai pas trouvé la moindre apparence d'organisation animale. Quant au mode de leur formation, voici l’idée que je m’en suis faite, en ne l'appliquant cependant qu’à celles dont je viens de donner la description. Les strates jurassiques de la monfagne sont d’un calcaire légèrement argileux. 11 contient assez de silice pour rendre des étincelles sous le fer des tailleurs de pierre. Sa couleur est le gris jaunâtre ; les fossiles qu'il contient en abondance sont la gryphée, les bélemnites, les nautiles, les oursins et les ammonites. C’est pendant que le dépôt était récent, et les substances dans un état de mélange à peu près liquide, que se sont formées les géodes. Trois causes ont simultanément concouru à leur formation : le desséchement, le retrait et la loi puissante de l'assimilation. Par l’assimilation, les parties identiques répandues dans le fluide se sont recherchées dans leur sphère d'attraction, comme on le voit dans un grand nombre de produits chimiques, et se sont unies plus intimement à mesure que le principe humide a disparu. Le retrait a produit le vide intérieur. La portion de calcaire qui s’y est trouvée renfermée , de même qu’une portion de celle qui a été repoussée par la substance quartzeuse de la géode, a formé les cristaux de chaux qui tapissent pour lordinaire l’intérieur des géodes. Je ne vois pas pourquoi cette théorie ne pourrait pas s'appliquer aux géodes siliceuses qui se.rencontrent dans les couches crayeuses de l’ouest de la France, et même à beaucoup d’autres.
, . L'abbé RENDU , évêque d’Anvecy.
GÉODESIE (de yñ, terre, et üxiw, je divise ). Au siècle dernier, ce mot était encore généralement regardé comme synonyme d’arpentage. La science moderne l’emploie dans un sens beaucoup plus étendu : la géodésie est aujourd’hui cette partie de la géométrie pratique, qui a pour objet la mesure de la terre et de ses parties, la détermination de sa forme, celledes arcs de méridiens, de parallèles, etc. « Les opérations géodésiques, dit Puissant, sont donc celles par lesquelles on détermine les positions respectives des principaux lieux d’un pays dont on se propose de lever la carte. L'ensemble de ces opérations forme ce que l’on appellé un canevas trigonométrique, parce que les positions dont il s’agit représentent les sommets des angles des triangles qui, par leur enchaînement, composant un réseau continu dans tous les sens » (voyez TRIANGULATION ).
Les progrès des méthodes trigonométriques ont eu une grande influence sur la géodésie : on peut en donner pour exemple la belle théorie donnée par Legendre pour la résolution des triangles sphériques très-peu courbes. L’invention du cercle répétiteur et le perfectionnemené général de nos instruments d’optique permettent d'obtenir des résultats de la plus grande exaetitude. Avant même que les méthodes de calcul et les instruments que nous venons de signaler fussent connus, Bouguer et les autres académiciens français chargés de la mesure des trois premiers degrés au Pérou avaient trouvé seulement 0%, 65 de différence entre la mesure et le calcul, sur la dernière base déduite d’une série de 28 triangles étendus sur un arc de plus de 350,000 mètres. Delambre et Méchaïin n’ont pas trouvé une ditfférence de 0,33 dans la longueur de la base de Perpignan,
conclue de celle de Melun par une chaine de 60 triangles, quoique la distance de ces deux bases surpasse 900,000 mè tres. E. MERLIEUX.
GEOFFRIN ( Manie-TnéRèse RODET, M°°}, naquit à Paris, le 2 juin 1699, et mourut dans le mois d’octobre de l’année 1777, Elle était fille d’un valet de chambre de la dauphine , et épousa , à quinze ans, un des fondateurs de la manufacture de glaces du faubourg Saint-Antoine. La fortuue de son mari pouvait s’élèver à 40,000 livres de rente; tout en l'accroissant par l’ordre et l’économie, elle en fit l'emploi le plus honorable.
On doit avoir peine à comprendre, de nos jours, la réputation de M®° Geoffrin, et s'étonner que des gens de leftres tels que Thomas, D'Alembert, Morellet, La Harpe, Suard, Delille, aient célébré son nora dans leurs écrits. Pour imériter de semblables panégyristes, quels ouvrages a produits Me Geoffrin? Aucun : nous n'avons d'elle que quelques fragments et quelques lettres; et encore, avant d’arriver au prote, ces opuscules ont-ils eu besoin qu'une main complaisante corrigeât les nombreuses fautes d'orthographe qui s’y trouvaient. « M°® Geoffrin, dit Marmontel, écrivait en femme mal élevée et qui s’en vantait. » Ses seules qualités à louer, c’est la finesse des aperçus et la justesse des pensées. Mais ce n’est point à cela que M”* Geoffrin a dû son illustration. Son plus grand mérite, son seul mérite littéraire, fut d’être une excellente maitresse de maison. C’est là un mérite fort ignoré aujourd’hui, et qui doit nous paraître ridicule, mais fort goûté au dix-septième et au dixhuitième siècle. Les habitudes littéraires de notre époque ont changé; les gens de lettres ne forment plus une corporation comme jadis : l'indifférence a fermé ces cénacles, ces salles à manger, ces salons, ces boudoirs, où s’agitaient jadis les questions littéraires.
M€ Geoffrin possédait au plus haut degré toutes les qualités nécessaires pour cette position. Amie des lettres et des arts, douée d’un jugement exquis, qui remplaçait chez elle l'étude, elle prit au sérieux, comme il le fallait, son rôle de maitresse de maison, et elle en fit l’occupation de toute sa vie. Elle le continua jusqu’à la vieillesse la plus avancée. Assise dans un fauteuil, les mains presque recouvertes de longues manches plates, elle faisait les honneurs de son salon toujours avec grâce, dirigeant la conversation, accordant, pour ainsi dire, la parole à tour de rôle, et cherchant à faire briller les mérites de chacun dans tout leur jour, Ses soins ne s’arrôtaient pas là : elle aida souvent de sa bourse et de son crédit les artistes et les gens de lettres en les mettant en rapport avec les grands. Aussi ses salons eurent-ils une si grande vogue, que les étrangers croyaient n’avoir pas vu Paris entièrement s'ils n’avaient passé une soirée chez Me Geoffrin. Tous lés voyageurs illustres, et même des princes, visitèrent M"° Gcoffrin, dont le nom alors était européen. Elle füt l’amie du comte Stanislas Poniatowski, qui monta plus tard sur le trône ; et leur intimité devint telle, qu’il l’appelait sa mère. Aussi, lorsqu'il fut nommé roi, lui écrivit-il : « Maman, votre fils est roi », en l’engageant à venir à Varsovie, M® Geoffrin, bien qu’âgée de soixantejeize ans, entreprit ce voyage, où elle recueillit partout d’hoorables marques de distinction. De retour à Paris, elle Jouvrit ses salons ; mais à la suite d’une maladie, et par les avis de personnes timorées, elle éconduisit les encyclopédistes, qui ne lui gardèrent pas rancune; car elle obtint les éloges de tous ceux qui l'avaient connue. Quelle vie plus fétée et plus heureuse que celle de M"° Geoffrin ! Rien n'en altéra la limpidité; car elle avait pris pour maxime de conduite de conserver toujours le plus grand calme et la plus parfaite modération, ce qui fit dire qu'elle n’aimait rien passionnément, pas même la vertu, Jonciènes,
GEOFFROI 1-V, comtes d'Anjou, Voyez Ansou,
GEOFFROL, ducs de Bretagne.
GEOFFROI 1€, fils de Conan, comte de Bretagne, succéda à son père en 992 : il prit le titre de duc de Bretagne. I convoitait les États du comte de Nantes, et lui fit une