GÉOMÉTRIE
sans recourir aux calculs souvent compliqués de la géométrie analytique ou de la géométrie transcendante, aborde les mêmes sujets : elle se distingue de la géométrie élémentaire par l'introduction des signes et des imaginaires, et aussi par un principe de dualité qui lui permet de dédnire des propositions concernant des droites de celles qui concernent des points, et réciproquement.
C’est à Hérodote que remonte la tradition qui attribue l'invention de la géométrie aux Egyptiens; Thalès (639- 548 av. J.C.) l’importa en Grèce, et l’enrichit de plusieurs découvertes. Pythagore, né environ 580 ans avant J.C., trouva, dit-on, la proposition du carré de l’hypoténuse, et aussi la propriété qu'ont ie cercle et la sphère d’être des maxima parmi les figures de même périmètre ou de même surface, premier germe de la doctrine des isopérimètres. Hippocrate de Chio, quadrateur deslunules, précéda Platon, qui donna une solution très-simple du fameux problème de la duplication du cube; deux des disciples de Platon, Menechme et Eudoxe de Cnide, traitèrent le même sujet; Architas, dont Platon avait suivi les leçons, en avait précédemment donné une solution purement spéculative, mais remarquable en ce qu’il faisait usage d’une courbe à double courbure. La solution de Platon est le premier exemple de la construction mécanique d’un problème de géométrie. C’est encore dans l'école de Platon que furent développées les principales propriétés des sections coniques : Aristée écrivit sur ce sujet cinq livres, qui ne nous sont pas parvenus. A peu près à la même époque, Dinostrate découvrit la quad ratrice qui porte son nom, quoique Proclus en accorde linvention à Hippias, géomètre et philosophe contemporain de Platon. C’est encore à ces premiers temps de la géométrie qu’il faut rapporter les travaux de Perseus sur des courbes classées aujourd’hui dans les lignes du quatrième degré, et dont il donna une théorie purement géométrique.
Euclide, qui vivait environ cinquante ans après Platon, composa ses Éléments. Hippocrate de Chio, Léon, Theudius de Magnésie, Hermotime de Colophon, l’avaient précédé dans cette voie, maïs sans arriver à la perfection d’Euclide, qui ajouta aux découvertes d'Eudoxe et de Thœætète. Le géomètre d'Alexandrie introduisit dans les éléments la méthode appelée réduction à l'absurde. Euclide avait aussi écrit le livre des Données, quatre livres sur les sections comiques, deux livres sur les lieux à la surface, trois livres sur les porismes.
La plus belle époque de la géométrie chez les Anciens est celle d'A rchimède et d'Apolloniusde Perge. La quadrature de laparabole par Archimède est la première quadrature rigoureuse d’un espace compris entre une courbeet des lignes droites. Archimède traita également les spirales; il donna le centre de gravité d’un secteur parabolique quelconque; les volumes des segments des sphéroïdes et des conoïdes paraboliques et hyperboliques ; une approximation du rapport de la circonférence au diamètre. I1 se servit des procédés qui constituent la méthode d’exhaustion.
Apollonius fit un traité en huit livres sur les sections coniques. Il les considéra le premier, dans un cône obiique quelconque à base circulaire, et leur donna les noms d'ellipse, hyperbole et parabole. On trouve dans son traité les plus belles propriétés de ces courbes, telles que celles des foyers, desdiamètres conjugués, des as ym ptotes, etc. Les 23 premières propositions du livre IV sont relatives à la division harmonique des lignes droites menées dans le plan d’upe conique. Apollonius traita également des maximaæ et minima. 11 appliqua la géométrie à l'astronomie, et c’est peut-être à lui que l'on doit la théorie desépicy cles.
Ératosthène, contemporain d’Archimède et d’Apollonius, inventa pour la solution de la question des deux moyennes proportionnelles, l'instrument appelé mésolabe, qu'il décrit dans une lettre adressée au roi Ptolémée, où il fait l'histoire du problème de la duvlication du cube,
GÉOMÉTRIE — GÉOPHAGES
L epoque qui suivit Apollonius et Archimède fut celle des grands progrès de l'astronomie. C’est vers ce but que se tournèrent les esprits des géomètres. On peut citer Nicomède {150 ans avant J.-C.), inventeur de la conchoïde; le célèbre Hip par que; Geminus (100 ans avant J.-C.), auteur d’un ouvrage sur diverses courbes, entre autres sur l'hélice; Théodose (100 ans avant J.-C.), auteur des Sphériques ; Ménélaüs (80 ans après J.-C. ), qui traita le même sujet que Théodose, et fit avancer la trigonométrie sphérique; Ptolémée, non moins savant géomètre qu'illustre astronome, etc. On le voit, les Grecs continuaient à cultiver la géométrie sous la domination romaine. Quant aux Romains, ils ne se distinguèrent pas dans cette science. Vers la fin du quatrième siècle, P a p p us rassembla une foule de découvertes importantes dans ses Collections mathémaliques. Au milieu du siècle suivant, Proclus, chef de l’école platonicienne d'Athènes, commenta Euclide. Parmi les autres commentateurs ayant rendu de véritables services à la géométrie, il faut mettre au premier rang Eutocius, qui vivait en 540.
Au moyen âge, la géométrie fut, comme toutes les autres sciences, couverte d’un voile épais. La bibliothèque d’Alexandrie était détruite. Les Arabes ne purent même nous conserver intactes les connaissances acquises par les Grecs. La géométrie ne reprit naissance qu'avec Viète et Képler. La fameuse règle donnée par Guldin fut bientôt effacée par la méthode que Ca valleri publia sous le titre de Géométrie des indivisibles. Presque au même instant, Descartes, Fermat et Roberval abordaient le problème des tangentes. Pascal, démontrant rigoureusement la méthode de Cavalleri, donna les propriétés de la -cycloide; il découvrit son hexagramme mystique. Desargues écrivit sur les coniques. Grégoire de Saint- Vincent appliqua, comme Cavalleri et Roberval, mais d’une "manière qui lui était propre, les méthodes d’Archimède pour la quadrature des espaces curvilignes ; c’est à lui que l’on doit les propriétés remarquables des espaces hyperboliques entre les asymptotes, qui sont les logarithmes des abscisses.
En 1637, Descartes avait ouvert à la géométrie une ère nouvelle. Sluze (1623-1685) et Hudde (1640-1704) perfectionnèrent ses méthodes. De Witt simplifia la théorie analytique des lieux géométriques. Wallis écrivit le premiers traité analytique des sections coniques, suivant les doctrines üe la géométrie de Descartes. Huyghens, van Heuraet et Neil furent également les promoteurs de sa méthode. Huyghens rectifia la cissoïde, détermina les surfaces des conoides paraboliques et hyperboliques, donna des théorèmes curieux sur la logarithmique, résolut le problème de la chainette posé par Galilée, etc.
Cependant Barrow, perfectionnant la méthode des tangentes de Fermat, avait imaginé son triangle différentiel. L’Arilhmétique des infinis de Wallis fut appliquée aux figures géométriques par Mercator, Brouncker, Jacques Gregori,Huyghens et quelques autres. Une révolution nouelle, dont Lei bnitz et Newton se disputent la gloire, eut pour résultat la création du calcul différentiel, avec lequel apparurent Maclaurin, Cotes, les Bern oulli, Euler, Clairaut, Cramer, Waring, Halley, Tschirnhausen, ete., pendant que De La Hire continuait à cultiver la méthode des anciens, objet des spéculations de Mathieu Stewart et de Robert Simson. La fin du siècle dernier vit briller parmi les géomètres D'Alembert, Lagrange, Lambert. Carnot <tMonge ouvrirent à la science de nouveaux horizons. La géométrie, transformée par eux, a été cultivée avec succès par Legendre, Laplace, Poisson, Hachette, Brianchon, et lest encore par MM. Poinsot, Gergonne, Poncelcet, Quételet, Chasles, Cauchy, Charles Dupin, etc. .… La géométrie occupe dans le livre de Montucla la place importante à laquelle elle avait droit. Depuis, elle a eu son histoire spéciale dans le savant ouvrage que M. Chasles a publié sous le titre modeste d'A perçu historiquesur l'origine et le développement des méthodes en géométrie, etc. (Paris, 1837, in-4°). E. MERLIEUX. ,
DICY. DE LA CONVERS, — T, x,
GÉOMÉTRIE ANALYTIQUE. Voyez GÉOMÉTRIE et APPLICATION.
GEOMETRIE DESCRIPTIVE. Monge a donné ce nom à une partie de la géométrie, ou plutôt à une application de quelques-uns de ses principes, dent l’objet est de représenter sur un plan, surface à deux dimensions, les corps qui en ont trois. En d’autres termes, la géométrie descriptive réunit dans une figure plane tous les éléments nécessaires pour faire connaître la forme et la position d’une figure quelconque dans l’espace, Elle permet de résoudre par des constructions planes les problênes de la géométrie à trois dimensions. Elle s'applique continuellement à la coupe des pierres, à la charpente, à la perspective, à la construction des reliefs, à la détermination des ombres; le percement des routes et des canaux dans les pays accidentés, les constructions navales, la direction des mines souterraines, le défilement dans la science des fortifications, empruntent également son secours. Certains procédés de la géométrie descriptive étaient donc connus avant Monge; Philibert Delorme, Mathurin Jousse, le P. Deran, Delarue, avaient même écrit sur ce sujets Desargues avait ramené les différentes questions traitées par eux à des principes communs; Frézier avait suivi la même voie; mais ce fut Monge qui le premier rattacha toutes ces questions à un petit nombre d'opérations abstraites et élémentaires, et les présenta dans un traité spécial et sous le titre particulier de Géométrie descriptive, leur donnant un caractère de doctrine indépendant des pratiques d’où il les fit sortir.
Les principes de Ia géométrie descriptive sont ceux du livre des plans de la géométrie élémentaire. On représente toutes les figures géométriques par leurs projections orthogonales sur deux plans rectangulaires, dont l’intersection reçoit le nom de ligne deterre, On distingue ces plans de projection l’un de l’autre par les dénominations souvent arbitraires de plan horizontal et de plan vertical. Enfin on suppose que celui-ci ait tourné autour de la ligne de terre et soit venu s'appliquer sur le plan horizontal, qui renferme alors les projections horizontales et verticales de tous les points de l’espace. Les problèmes sont donc ramenés à des constructions planes.
Telle est la méthode de Monge. On peut la modifier de di verses manières, soit en remplaçant les projections orthogonales par d’autres, soit en ne conservant qu’une seule projection avec quelque autre donnée qui supplée à la seconde, etc. E. MERLIEUXx.
GÉOMYS (de yñ, terre, et uÿs, rat), genre de mam, mifères rongeurs, dont, suivant Cuvier, on ne connaît qu’une espèce, de la taille du rat, à pelage gris roussâtre, à queue nue, de moitié plus courte que le corps. Elle habite ds RER profonds, dans l’intérieur de l’Amérique du
ord.
GEOPHAGES (de y3, terre, et péyw, je mange ), c'est à-dire mangeurs de terre. On a donné ce nom à cerlaines peuplades qu’on a vues, dans les moments de disette, avaler une quantité plus ou moins considérable de terre. Cette terre est-elle un aliment véritable, comme se le figurent les misérables qui s’en remplissent l'estomac, ainsi que A boldt le rapporte des Otomaques. L'usage de ces peuplades semble d’abord soutenir cette opinion ; mais en examinant la chose de plus près, on voit bientôt le merveilleux d’une terre immédiatement nourrissante faire place à une assez triste réalité : les géophages n’avalent de la terre que quand ils n’ont rien de plus nutritif ; la terre dont ils sont censés se nourrir n’est que de l'argile; cette argile, légèrement détrempée, ne les nourrit pas, mais en chargeant et en occupant l'estomac, elle étouffe en quelque sorte ses cris, sans réparer les forces. Réduits à cette prétendue nourriture, les géophages ne manquent pas de mourir de faim. A éet égard, les sauvages ne sont pas plus privilégiés que les habitants des pays civilisés, dans lesquels on trouve de temps en tempe des exemples de géophagie, parmi les hommes obligés de
l vivre hors du commerce de leurs semblables, et réduits à
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calmer, de quelque manière que ce soit, le sentiment de la grande faim qui les tourmente.
La géophagie se rencontre encore dans certaines maladies nerveuses qui dépravent le goût et font rechercher comme aliment savoureux des mets extraordinaires ; il n’est pas rare alors de rencontrer des malades qui avalent de la terre et de l'argile avec avidité,
GÉOPITHEQUES (de yñ, terre, et xtônxos, singe). Voyez Since.
GEORAMA (de yà, terre, et ôpaua, vue), c’est-à-dire vue de la terre. Le but de ce spectacle n’est point de nous montrer la terre étalée comme sur une carte ni de nous l'offrir comme sur les globes de nos cabinets de physique et de nos observatoires. Le géorama présente la terre à contre-sens : c’est le monde renversé. Le spectateur est dans l’intérieur du globe, et la terre se déroule sous ses pieds, s’arrondit autour de lui et sur sa tête; les parois du globe montrent tous les accidents que l’on voit à la surface de la terre : les montagnes se dressent, les vallées se creusent, les fleuves serpentent en longs rubans, les volcans vomissent des flammes, Delanglard, inventeur du premier géorama, ouvert à Paris en 1823, avait fait construire un vaste globe de plus de 30 mètres de circonférence, dans l'intérieur duquel on pénétrait par un escalier conduisant à deux galeries circulaires, d’où le spectateur avait la vue entière des continents et des mers; celles-ci étaient représentées par une toile vernissée au travers de laquelle pénétrait la lumière qui éclairait l’intérieur et les parties vpaques représentant en couleur la carte de diverses régions de la terre. L'établissement de Delanglard périt faute d’encouragement, Charles-Auguste Guérin reconstruisit un géorama en 1844, sur les mêmes principes, aux Champs-Élysées. Seulement, au lieu de deux galeries, il n’y en avait qu’une, placée à la hanteur de l'équateur et à laquelle on parvenaïit par un double escalier. Une carcasse en fer formée par les méridiens et les parallèles avait été recouverte d’une vaste enveloppe de calicot vernissé sur laquelle était appliquée une carte exécutée à l’aquarelle. Ce nouveau géorama n’eut aussi que quelques années de durée.
On a encore donné le nom de géorama à une sorte de carte en relief du globe terrestre exécutée sur un vaste terrain, comme celui qu'avait dressé le géographe Sanis au château de Montrouge. L. Louver.
GEORGES (Saint), de yewpyés, cultivateur, ordinairement appelé le chevalier saint Georges, était, suivant la légende, un prince de Cappadoce, qui vivait vers le milieu du troisième siècle et souffrit le martyre à l’époque de la grande persécution des chrétiens, sous Dioclétien. Son exploit le plus fameux est la victoire qu'il remporta sur le dragon (ou encore le crocodile) qui menaçait d’avaler une fille du roi appelé Aja. É
Cette légende, originaire de l'Orient, fut rapportée en Occident par les croisés, qui ne tardèrent pas à représenter sur leurs bannières le chevalier saint Georges transperçant ie dragon, monstre emblématique par lequel ils entendaient désigner les musulmans qu’ils étaient allés combattre. La puissance merveilleuse qu’on attribuait à cette bannière détermina le grand prince de Moscou et plus tard l’empire russe à placer au centre de leur écusson le chevalier saint Georges occupé à terrasser le dragon. Les Anglais et les Génois l’adoptèrent également pour patron; au quatorzième siècle, la noblesse de Franconie forma une confrérie particulière sous l’invocation de ce saint, et ayant pour but de combattre les mécréants; exemple imité plus tard par la noblesse de Souabe, Au quinzième siècle, le droit de porter la bannière de saint Georges fut l’objet d’une longue contestation entre ces deux confréries ; contestation à laquelle on ne put mettre un terme qu’en décidant que chacune des deux aurait le droit de la porter à son tour. L'Église célèbre la mémoire de saint Georges le 13 avril.
Un ordre de chevalerie, dit de Sain/-Georges, institué vers l'an 1448, par l'empereur Frédéric IT, en l'honneur de
— GEORGES
Dieu, de la très-sainte Vierge, de la foi catholique et de 12 maison d'Autriche, confirmé par le pape Paul II, avait pour siége la ville de Mublstædt, en Carinthie. En entrant dans l’ordre, les chevaliers faisaient vœu d’obéissance et de chasteté, et de défendre les frontières de l’Empire contre les irru ption des Turcs. Ils jouissaient d’ailleurs des mêmes droits et prérogatives que les chevaliers de l’ordre Teutonique. Le costume particulier de l’ordre consistait en un grand snanteau blanc , sur lequel était brodé une croix rouge. Sous le règne de Maximilien il subit une grande décadence , et ne tarda point à disparaître. Son principal couvent fut attribué en 1598 à l’ordre des Jésuites en toute propriété; et les autres biens furent réunis au domaine impérial. En revanche, l’ordre de Saint-Georges fleurit encore de nos jours en Bavière, où, dit-on, il fut fondé par les ducs Othon III et Eckhard, aux premiers temps des croisades. Après deux éclipses successives, il fut renouvelé en 1729 par l'électeur Charles-Albert (plus tard empereur d'Allemagne, sous le nom de Charles IV), qui lui donna laqualification de protecteur de l’immaculée conception de la très-sainte Vierge. Le pape Benoît XIV confirma cet ordre, et lui accorda divers priviléges. Quand la ligne bavaroïse vint à s’éteindre, l’électeur palatin Charles-Théodore l’adopta en 1778, pour constituer désormais un ordre de Bavière. Afin d’y être admis , il faut préalablement faire preuve de seize quartiers de noblesse. Le costume en est d’une grande richesse. Le grandmaître porte un manteau de velours bleu de ciel magnifique-
ment brodé en argent. Le manteau des autres officiers de l'ordre est plus court que celui du grand-maitre et seulement brodé en soie blanche. La croix de l’ordre, bleu de ciel par devant et rouge par derrière, représente la Vierge Marie, assise sur une lune au milieu des nuages. Aux quatre pointes de la croix se trouvent les lettres V. [. B. I. ( Virgini immaculalæ Bavaria immaculata). Au revers est représenté le dragon terrassé par saint Georges, avec les quatres lettres J. U. P.F,. (Justus ut palma florebit). Les jours fériés par l'ordre sont le 24 avril, jour anniversaire de sa fondation, et le 8 décembre, fôte de l’?mmaculée Conception. Cet ordre de chevalerie est hiérarchiquement le second de la Bavière.
En Kussie, l’impératrice Catherine IX institua, le 28 novembre 1796, un ordre mililaire de Saint-Georges, dont les membres reçoivent des pensions, variant de quotité sui, vant les classes entre lesquelles il est partagé.
Le feu roi de Hanovre, ErnestAuguste, institua également dans son royaume, le 1°" janvier 1839, un ordre civil et militaire de Saint-Georges.
GEORGES LE SYNCLLLE, historien grec, qui florissait vers la fir du huitième siècle et dont on a unechronographie allant jusqu’à l’an 294 de notre ère ; ouvrage que Théophraste l’Isaurien continua jusqu’à l’an 813, Comme la Chronique d’Eusèbe, la chronographie de Georges le Syncelle parait avoir été faite d’après l'ouvrage de Jules Africain. Ce sur-
nom de Ze Syncelle a été donné à cet historien parce qu'il
remplissait à Constantinople les fonctions de syncelle, ou clere qui habitait la même cellule que le patriarche et qui était chargé de l'accompagner partout.
GEORGES PHRANZA ou PHRANTZES, historien by.
zantin, né en 1401, à Constantinople, remplit divers emplois à la cour de l’empereur Michel Paléologue, Pris par les Tures en 1453, il fut vendu par eux comme esclave, puis mis en liberté, et mourut dans un couvent à Corfou, On « de lui une Chronique de Constantinople allant de 1259 à 1477.
GEORGES PISIDA ou PISIDÈS, auteur d'un poëme jambique sur la création du monde, jadis célèbre sous le titre de Héranicron, mais oublié aujourd'hui, et dont il ne nous reste plus que quelques centaines de vers, était diacre, et remplissait les fonctions de gardien des chartes et de ré-
férendaire de l’église de Constantinople. 11 florissait vers »
l'an 630. On a aussi de lui un récit de l'£Expédition d'Hé-
raclius contre les Perses, un poëme Sur la vanité de
La vie et divers autres ouvrages qui ont été recueillis dans
GEORGES
ta belle collection connue sous le nomde Bysantine. Comme poëte, Georges Pisidès jouit de son temps d'une grande réputation; mais il y alongtemps que personne ne le lit plus.
GEORGES DE TRÉBIZONDE, écrivain grec, né en 1396, en Crète, qui se disait de Trébizonde parce que c'était la patrie de ses ancèlres, vint en Italie vers l’an 1420 , à époque de la tenue du concile de Florence, lorsqu'il était question de la réunion de l'Église grecque à l'Église latine. 11 s'établit d’abord à Venise, où il enseigna la langue grecque, la philosophie et la rhétorique ; puis il passa à Rome, où l’appelait le pape Eugène IV, qui le chargea de traduire divers ouvrages grecs en langue latine. Mais il s’acquitta avec assez peu de soin de cette mission, dans l'exécution de laquelle Valla et Th. Gaza ne tardèrent pas à le sur passer. C’est ainsi qu'on a de lui, entre autres, une traduction des Problèmes ct de la Rhélorique d’Aristote , et de PAImageste de Ptolémée. Mais c’est moins comme traducteur que comme défenseur du philosophe de Stagyre et de ses idées qu’il s’est fait un nom. Péripatéticien ardent el convaincu , il écrivit force dissertations remplies de fiel et d’aigreur contre ceux de ses contemporains qui en philosophie prenaient fait et cause pour Platon contre Aristote. Sa polémique dégénéra en personnalités tellement blessantes, que le pape Nicolas V, son protecteur, tout partisan d’Aristote qu’il était en secret, dut blâmer l’exagération de son zèle. L'un de ses plus redoutables adversaires fut le cardinal Bessarion, qui le réfuta en le désignant sous le nom de calomniateur de Platon. Le fait est que dans sa traduction des livres de Platon Georges de Trébizonde s'était permis d’étranges licences, ajoutant au texte ou le modifiant, suivant qu’il convenait à ses idées particulières. Il mourut à Rome, en 1486, en proie à une misère profonde.
GEORGES ou GEORGE. Quatre princes de ce nom ont régné en Grande-Bretagne et en même temps en Hanovre.
GEORGES 1I*, roi de la Grande-Bretagne (1714 à 1727) et électeur de Hanovre à partir de 1698, naquit à Hanovre, le 28 mai 1660. Il eut pour père Ernest-Auguste, duc de Brunswick-Lunebourg, devenu plus tard électeur de Hanovre, et pour mère la spirituelle Sophie, pelite-fille du roi Jacques If* d'Angleterre par sa fille Élisabeth, mariée au malheureux électeur palatin Frédéric. En 1682 Georges 1°° épousa Sophie-Dorothée, fille du dernier duc de Celle; mariage qui, en 1705, fit de lui l'héritier des possessions de la maison de Lunebourg-Celle. Cette union, de laquelle naquit Georges IT et Sophie, mère de Frédéric le Grand, fut des plus malheureuses. En eflet, ce prince vécut tout d’abord avec une extrême liberté, et sa femme se laissa aller à commettre des imprudences par suite desquelles elle fut condamnée, en 1694, à une détention que Varrêt déclarait devoir être perpétuelle. En 1698 Georges succéda à son père en qualité d’électeur.
Eu vertu de l’acte de succession protestante de 1701 , la succession au trône de la Grande-Bretagne et de l’Irlande, dans le cas où la reine Anne mourrait sans laisser de postérité, avait été assurée à l'électrice Sophie de Hanovre, en sa qualité de petite-fille de Jacques 1°, ainsi qu’à sa descendance protestante. Mais cette princesse mourut le 8 juin 1714; et la reine l'ayant suivie neuf semaines plus tard dans la tombe (12 août 1714), le lendemain même l’électeur, en sa qualité de fils aîné de Sophie, fut proclamé roi de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, quoiqu'il n’eût encore jamais mis le pied en Angleterre. Ce fut seulement le 14 septembre que Georges I** quitta son château de Herrenhausen, près de Hanovre, pour se rendre dans ses nouveaux États, où il débarqua le 29 du même mois. Le 1° octobre il fit son entrée solennelle à Londres, et son couronnement eut lieu le 31 du même mois. Aussitôt après son arrivée, il renvoya le ministère tory présidé par lord Oxford, parce que ce parti lui était hostile; et le parti whig, qui lui était dévoué, arriva à la direction des affaires sous la présidence de Walpole. Georges prononça en même temps la dissolu- | lon du parlement, où Je parti Lory était en forte majorité : et
le 58 mars 1715 il en ouvrit un nouveau, dans lequel la majorité était whig. Les persécutions dont le ministère {ory fut l'objet, sous prétexte des conditions auxquelles il avait signé la paix d’Utrecht, et d'autres mesures illégales et oppressives, provoquèrent une coalition des tories et des jacobites; et des mouvements insurrectionnels ne tardèrent point à éclater en Angleterre et en Écosse. Au mois de dé-
| cembre 1715, le prétendant Jacques III parut en Écosse,
où le comte Karr avait réuni une armée, et s’y fit proclanier roi des trois royaumes. Georges ayant obtenu du parlement non-seulement la suspension de l’habeas corpus, mais encore des subsides considérables, n'eut pas de peine à réprimer cette dangereuse levée de boucliers, et à cette occasion il déploya la plus grande sévérité. Pour conserver la chambre des communes qui lui était toute dévouée, il fit passer en 1716 un bill qui fixait à sept années la durée, jusque alors triennale, des parlements ; et en même temps il donna plus de force à l’autorité royale par l'entretien d’une armée permanente. A la suite d’un voyage fait à Hanovre en 1716, il fit effacer de l'acte de succession la gênante clause aux termes de laquelle le roi ne pouvait pas quitter le sol anglais sans l’assentiment préalable du parlement. 11 s’attacha ensuite à défendre sa jeune royauté contre les intrigues des jacobites à l'étranger. Au mois de janvier 1717 il conclut avec la France et la Hollande une triple alliance, en même temps qu’une alliance défensive avec l’empereur. Déterminé surtout par les intrigues du cardinal Alberoni, premier ministre en Espagne, il prit part en 1717 à la guerre qui éclata entre l'Espagne et l'Autriche au sujet de la Sardaigne; résolution qui eut pour résultat la destruction complète des forces navales de 1 Espagne en même temps qu’un accroissement considérable de la puissance maritime de l’Angleterre, et en 1719 l’accession de l'Espagne au fameux traité de la quadruple alliance. Par la politique qu’il suivit, tant à l’intérieur qu’à l'extérieur, Georges était bientôt parvenu à exercer une prépondérance telle qu'il put dès lors peser avec beaucoup de profit personnel sur toutes les affaires du nord de l’Europe. A l’instigation de la Russie et de la Prusse, il conclut avec la Saxe et le Danemark un traité aux termes duquel les principautés de Brême et de Verden, enlevées aux Suédois par les Danois, lui furent cédées, moyennant six tonneaux d’or, pour étre désormais réunies au Hanovre. Par son habileté diplomatique, il lui fut aisé de terminer les différends survenus parmi les puissances du Nord, surtout après la mort de Charles XII, roi de Suède. Tout en s’occupant ainsi de politique étrangère, Georges 1°", secondé par son ministre Walpole, s’éfforça de diminuer la dette, dès lors toujours croissante, de l'Angleterre. La première mesure à laquelle il eut recours à cet effet fut d’en réduire l’intéret de 8 à 5 pour 100 par an; ensuite il accueillit et mit à exécution un projet présenté par sir John Blunt, directeur de la Compagnie de la mer du Sud. Ce projet, qui offrait beaucoup d’analogie avec le système financier introduit en France par Law, aboutit aux mêmes résultats. En 1722, informé par le duc d'Orléans, régent de France, d'une conspiration jacobite tramée contre lui par les principaux membres de l’aristocratie anglaise , il en profita pour décourager cette orgueilleuse noblesse à force d’incarcérations et de confscations ; tontefois, un seul individu, l'avocat Layer, paya de sa vie sa participation à ce complot. Par suite d’un traitf secret conclu, en 1725, à Vienne entre l'Espagne et l’Au
triche, et en vertu duquel la seconde de ces puissances promettait à la première la restitution de Gibraltar et de Minorque, Georges L°* conclut, le 3 septembre 1725, à Herrenhausen, avec la France et la Prusse, un traité d'alliance auquel accédèrent plusieurs autres princes allemands. L'Europe presque {out entière prit parti pour l’un ou l’autre des intérêts en présence; et Georges 1° fit les préparatifs les plus formidables pour dégager Gibraltar, déjà bloqué par les forces espagnoles, Mais le cardinal de Fléury réussit, en 1726, à faire signer à Paris les préliminaires d’une paix
dont Georges 1°" ne devait pas voir s’accomplir la ratification (voyez GRANDE-BRETAGNE). Il mourut pendant une tournée qu'il était allé faire dans ses États Allemands, frappé d’apoplexie foudroyante, le 22 juin 1727, à Osnabruck, et fut enterré à Hanovre. Bien qu’il n’eût jamais pu s’habifuer aux mœurs de l'Angleterre ni à sa langue, à ce point qu’il ne pouvait se faire comprendre de son premier ministre Walpole qu’en lui parlant en fort mauvais latin, il avait fini, grâce aux qualités élevées qui le distinguaient, par acquérir amour et l’estime de la nation anglaise, laquelle avait cependant beaucoup de peine à lui pardonner ses maftresses et surtout ses voyages si fréquents en Hanovre. Heureux dans ses entreprises à l'extérieur, il triompha des partis à l’intérieur par sa loyauté et son esprit de conciliation. Dans sa vie privée , il était fort parcimonieux. GEORGES II (AuGusTe), roi de la Grande-Bretagne et d’Irlande, électeur de Hanovre (1727 à 1760), fils et successeur du précédent, naquit à Hanovre, le 30 octobre 1783, et lors de l’accession de sa maison au trône d'Angleterre reçut le titre de princé de Galles et de comte de Chester. La dureté extrême avec laquelle son père le traita constamment lui valut de bonne heure les sympathies de la nation anglaise. Sans doute il n'avait ni les grandes qualités ni la rare habileté politique de son père; mais ses intentions étaient excellentes, il avait beaucoup de fermeté dans le fère, et il sut se composer un ministère d'hommes sages etdévoués. Dès 1708 il avait fait preuve de bravoure et d’esprit militaire dans la guerre des Pays-Bas, sous Marlborough. Cependant, pendant les douze premières années de son règne il s’efforça de maintenir l’état de paix ; politique qui eut les conséquences les plus favorables pour le développement de la prospérité de ses États. En 1739 il se vit dans la nécessité d'envoyer une flotte considérable dans la Méditerranée pour contraindre l'Espagne à consentir à la liberté du commerce dans les mers de l'Amérique. A cette guerre, au total assez peu heureuse, vinrent se joindre les embarras de la succession d'Autriche, En 1741 Georges II s’engagea vis à vis Marie-Thérèse à maintenir la pragmatique-sanction, obtint du parlement des subsides considérables, et prit ensuite lui-même les armes, La victoire de Dettingen,qu’ilremporta le 27 juin 1743 sur les Français, sauva peut-être l’impératrice de sa ruine. En 1746, lors de la levée de boucliers, du parti jacobite et de la descente en Écosse du jeune prétendant Charles-Édouard, le roi fit preuve d’une grande résolution. A la suite de la bataille de Culloden, son fils le duc de Cumberland ayant déployé une rigueur extrême dans la recherche et la poursuite des jacobites, Georges II désapprouva ces vengeances inutiles et odieuses, et s’efforça d’en réparer les résultats, Après la paix conclue à Aix-la-Chapelie en 1748, il s’attacha à rétablir les finances ruinées ; mais bientôt la querelle survenue entre la France et l’Angleterre au sujet de la délimitation de leurs frontières respectives en Amérique provoqua de nouvelles hostilités, par suite desquelles il fut amené à prendre part à la guerre de sept ans dans l'intérêt de Frédéric 11. 11 n’en vit pas la fin, et mourut subitement, le 25 octobre 1760, à Kensington (voyez GRANDE-BRETAGNE). La nation le regretta. En Angleterre on ne le désignait le plus ordinairement que sous le nom de Z’honnéte homme, et force était à ses ennemis eux-mêmes de rendre hommage à sa sévère loyauté et à sa sage prudence. Sa politique, comme celle de son père, eut constamment pour but de rendre l'Angleterre la terreur des autres nations par ses forces navales et de devenir lui-même l'arbitre de la paix en Europe. Comme son père aussi, il avait pour le Hanovre une prédilection particulière, préjudiciable aux intérêts de l'Angleterre. II n'avait pas le goût des lettres et des sciences; mais ce qui prouve bien qu'il savait les apprécier, c’est la fondation de l’université de Gæœttingue, qu'il ordonna en 1734 ; trois ans plus tard, cette institution était en pleine activité, C’est à lui aussi qu’on doit la fondation du British Museum. En 1705, À avait épousé la princesse Caroline, fille du margrave Jean-Frédéric d’Ans-
GEORGES
pach, femme distinguée à tous égards, qui exerça constamment sur lui la plus grande influence, mais qui mourut dès 1737, Huit enfants naquirent de ce mariage, I1 vécut dans une désunion extrême avec son fils aîné, Frédéric Louis, prince de Galles, qui mourut avant lui, en 1751.
[ GEORGES III, roi de la Grande-Bretagne et d’Irlande (1760 à 1820), jusqu’en 1815 électeur et ensuite roi de Hanovre, né le 24 mai 1738, était le petit-fils du précédent. et le fils du prince de Galles, Frédéric-Louis, et de la princesse Auguste, fille du duc Frédéric II de Saxe-Gotha.
I perdit son père à l’âge de douze ans, et, placé sous la tutelle |
de sa mère, qui dès sa première jeunesse lui inculqua les maximes du pouvoir absolu, il ent pour gouverneur lord Bute, homme qui sans caractère public exerça toute sa vie, dans l'ombre du cabinet, une influense souveraine sur les affaires. Son éducation, qui répondait aussi peu à ses heureuses. dispositions naturelles qu’au rôle qu'il était appelé à remplir un jour, fut restreinte à quelques détails d'histoire, encore limités à tels et tels pays, et on les lui fit puiser aux sources les moins suspectes de vérité et d'indépendance. Plus tard il y joignit la connaissance assez imparfaite de la langue française, celle de la langue allemande et une teintion de l'italien, Il se passionna, dit-on, vers cette époque pour la culture des beaux-arts, tout-à-fait négligée jusquealors dans sa famille; et cette circonstance intéressa en faveur du jeune prince. Généralement on est porté à attendre davantage d’un prince qui protège les arts et qui arrive au trône avec le culte de quelques sentiments élevés. L’isolement presque claustral dans lequel il vécut pendant sa jeunesse développa en lui une extrême opiniâtreté de caractère, qui n’influa pas peu sur les luttes si longues et si périlleuses où il engagea la couronne pendant son règne et qui en définitive agrandirent tant sa puissance. Quand il monta sur le trône, en octobre 1760, il était âgé de vingt-deux ans. L'année d’après, il épousa la princesse Charlotte de Mecklembourg-Strelitz. Le premier usage qu’il fit de sa puissance fut: de proclamer l’inamovibilité des juges et l'indépendance absolue des élections ; ce furent là deux mesures qui lui concilièrent au plus haut degré les sympathies de l'opinion publique. Le parlement lui accorda une liste civile de 800,000 liv. st. et douze millions de livres sterling pour la continuation de la guerre de sept ans, qui prit à ce moment la tournure la plus favorable pour l'Angleterre. Les possessions françaises de l’Inde et de l'Amérique du Nord, entre autres le Canada, tombèrent au pouvoir des Anglais; et dans la guerre faite à l'Espagne à partir de 1762, on s’empara de. l'ile de Cuba en même temps qu'on faisait des prises immenses, Toutefois, les armes victorieuses de la Grande-Bretagne, qui portaient la terreur jusqu’au fond des deux Indes, réussirent assez mal sur le continent. Pendant ce temps-là lord Bute avait remplacé Chatam à la direction des affaires ; et ce fut par son influence que, le 10 février 1763, fut signée la paix de Paris, au vif mécontentement du peuple anglais, qui en trouva les conditions onéreuses et nullement en proportion avec l'importance de ses succès sur mer, La conclusion de ce traité, la constante tendance de Georges III à l’absolutisme politique et les atteintes profondes portées par ce prince aux liberiés publiques sous l’influence de son ancien gouverneur et favori, ne tardèrent pas à les rendre l’un et l’autre fort. impopulaires. 11 parut alors contre le roi et lord Bute une foule de pamphlets où l’on réelamait une réforme parlementaire, et dont les plus remarquables furent ceux de Wilkes. et les célèbres Lettres de Junius. L'arrestation illégale de Wilkes et son expulsion du parlement allumèrent dans la Cité un esprit de mutinerie et de sédition qui en vint un jour jusqu’à promener sous les fenêtres du roi. une charrette sur laquelle était représenté le supplice de Charles L*", Georges IL] refusa de faire la moindre concession au peuple irrité, et celui-ci mit plusieurs fois, à cette époque, en péril sa couronne. Réduit là, ce prince élouffa dans le sang toutes les résistances qu’on lui suscita, quelque juste et légal qu’en fût le principe, I lutta même contre le parlement, qui vou
GEORGES
jait lui imposer des ministres; mais cette lutte dévoila la pensée du gouvernement et l’avilit. Ce fut encore lopiniâtreté qn'il mit, sous l'administration de lord North, à établir dans les colonies anglaises de l'Amérique septentrionale un nouveau système fiscal qui provoqua dans cet hémisphère une guerre dont le résultat pour l'Angleterre fut les dures conditions de la paix de 1783 et la reconnaissance de l’indépendance des Etats-Unis de l'Amérique du Nord (voyez Érars-Unis). À cette occasion le mécontentement populaire ne se fit pas seulement jour dans le parlement au moyen d’une violente opposition, dont Burke était le chef, mais encore en {780 par une menagçante révolte, commencée par lord Gordon, et pendant laquelle le roi courut maintes fois le danger de perdre la vie. A partir de septembre 1783, Georges LIL eut dans le jeune William Pitt un prudent interprète de sa politique, quoique lord Bute et la reine continuassent toujours à exercer une puissante influence sur ses déterminations.
Dès 1765 on avait pu remarquer chez le roi quelques traces passagères d’aliénation mentale. En 1787, au retour des eaux de Cheltenham, les symptômes se représentèrent avec une gravité nouvelle. On appela sa maladie fièvre de cerveau, et le célèbre Willis fut chargé de la traîter. Dans une telle situation, où il y avait forcément interruption de l'exercice des droits de la royauté, le parti de l'opposition voulut faire déférer la régence au prince de Galles, en sa qualité de plus proche héritier de la couronne, dans l'espoir que de l’accession aux affaires de ce prince, qui avait consfamment montré de l'hostilité aux hommes dont son père était entouré, résulterait un changement de ministère et de système politique. Mais Pitt, qui partageait avec la reine la direction suprême du gouvernement, chercha à éluder la question de la régence, et présenta au parlement un acte particulier et transitoire, que l'assemblée adopta effectivement, mais qu'il n’y eut pas lieu de mettre à exécution parce qu’en février 1789 on vint annoncer que le traitement du docteur Willis avait été couronné d’un complet succès, et que le roi avait entièrement recouvré l’usage de la raison. La joie du peuple fut sans bornes, quand il apprit cette guérison, qui ne devait pas tarder à exercer une si décisive influence sur la marche générale des événements politiques en Europe. La révolution française, dont le contrecoup se fit violemment sentir aussi en Angleterre, trouva dans le roi Georges III et son ministre Pitt ses adversaires les plus irnplacables et les plus énergiques (voyez GRANDE-BRETA- GnE). L’opiniâtreté sans bornes de Georges, qui heureusement se trouva d'accord avec les instincts et les intérêts de la nation, influa puissamment sur la destinée de Napoléon en particulier, Pour comprimer à l’intérieur l’agitation démocratique , le gouvernement fit adopter par la législature en 1793 le bill relatif anx étrangers (alien-bill) et le treacherous-correspondence -bill; et l’année suivante, indépendamment de divers statuts ayant pour but la sécurité personnelle du monarque, on vota la suspension de l’habeas corpus act ; mesures qui enlevaient à la constitution britannique son caractère éminemment libéral et toute puissance à l'opposition parlementaire. La malheureuse Jrlande eut surtout à souffrir de la politique absolue de Georges IT; aussi éfait-elle à chaque instant prête à se jeter dans les bras de la France. Enfin , à la suite des mesures les plus sévères et même les plus sanglantes, l'union définitive de Pirlande avec la Grande-Bretagne fut législativement opérée en 1800; mais le roi, anglican zélé, ne pet jamais prendre sur lui de consentir à l'abolition du serment prescrit par Pacte du test, quoique Pitt eût formellement promis l’émancipation politique des catholiques. L'impopularité de Georges IIL dans les classes inférieures provoqua contre sa personne un grand nombre d’attentats, qui lui fournirent Poccasion de montrer toujours le plus grand calme uni à un rare Courage, Sans que jamais on pût remarquer chez lui la moindre pensée de vengeancè personnelle. En 1786, une folle , appelée Marguerite Nicholsen, le frappa d’un coup de
couteau au moment où il se disposait à monter en voiture: en 1796, comme il se rendait au parlement, la foule accueillit le cortége royal à coups de pierres ; et en 1800 un certain Hatfeld, que le jury déclara également atteint d’aliénation mentale, tira en plein théâtre un coup de pistolet sur la loge royale.
Dans sa vie privée, Georges III meña toujours une cenduite exemplaire, La régularité de ses mœurs était extrême ; aussi bon époux que bon père, il aimait à vivre de la vie intime de la famille; et les travaux de l’agriculture formaient la plus douce de ses récréations aux heures de repos qu'il pouvait gagner sur les devoirs de la royauté. A partir de 1804, son état mental éprouva de fréquentes rechutes, et vers la fin de 1810 sa raison s’éteignit complétement; de sorte qu'il fallut alors renoncer pour lui à tout espoir de guérison. En conséquence, le 10 janvier 1811, le parlement déclara le prince de Galles régent du royaume pendant la maladie d, son père, qui fut confié aux soins et à la surveillance de la reine sa femme et du duc d’York.
Georges III vécut encore dix années. 11 passa cette triste et dernière partie de sa vie dans son palais de Windsor, dont il avait de tout temps affectionné le séjour, séparé de sa cour et même de sa famille; et pour comble d’infortune, à la perte de sa raison était venue s’ajouter vérs la fin de son existence une cécité complète. Dans les premiers temps on le retenait renfermé dans une chambre à coucher; mais cette mesure lui causait un vif chagrin, et influait de la manière la plus fâcheuse sur sa santé. Il fallut enfin lui rendre la jouissance de ses spacieux appartements ; on les disposa toutefois de manière à ce qu’en marchant aucun objet ne pût le blesser. Pour cela on fit garnir de coussins moelleux les murs, les portes, les meubles et jusqu'aux parquets des salles qui lui étaient rendues. Une solitude complète régnait dans ces appartements, éclairés seulement par quelques faibles rayons du jour, et dans cette demi-obscurité l'ombre du vieux malade rappelait involontairement à la pensée de ceux qui le voyaient l’image du roi Lear. Il s'était laissé croître une longue barbe, qui lui retombait sur la poitrine ; ses cheveux avaient entièrement blanchi. La musique exerçait encore une influence visiblement agréable sur les traits de ce prince. Et ce léger remède, ce vain palliatif contre de si déplorables maux, n’était pas non plus négligé! Un vieux serviteur, up compagnon de l'enfance de Georges IIT, exécutait devant lui, et à des moments assez rapprochés, les airs qu'il avait aimés et chantés autrefois; on le surprit quelquefois à en fredonner quelques sons.
Lorsque sous les voûtes noires du vieux Windsor on était témoin de cette fin d’une existence royale, du terme d’une longue vie, de cette fin d’un règne illustre, et qu’on se rappelait les vertus de celui qui était là errant, les différentes secousses de la couronne sur son front, et qu’on voyait après nombre d'années les soins toujours pieux de quelques vieux serviteurs, on était touché par une scène aussi belle que rare dans la demeure des princes; et puis aussi on était involontairement remué devant ces vains restes d’un souverain fort ordinaire, mais qui pourtant avait voulu Pitt au pouvoir, qui l’y avait maintenu malgré sa propre desaffection , lui ce Pitt, ce représentant actif, grand, infernal des vieilles idées, leur dernier génie et le seul homme qui tint Bonaparte en échec,
Georges III mourut le 29 janvier 1820 , dans sa quatrevingt-deuxième année, après un règne de soixante ans, pendant la durée duquel la puissance britannique prit dans toutes les directions le plus menaçant accroissement. La perte des colonies de l'Amérique du Nord fut amplement compensée par l'acquisition de soixante millions de sujets dans les Indes orientales, les plus riches et peut être les plus belles contrées du globe, par l’adjonction aux possessions de l’Angleterre du Cap de Bonne-Espérance, de Malte, de l’ile Maurice, des îles loniennes. Le système politique intérieur suivi par ce prince, ou plutôt par ses ministres, a été l'objet des plus vives et des plus justes censures. 11 eut constamment
pour objet d'étendre de plus en plus, au moyen d’une corruption éhontée, l'influence ministérielle dans les chambres. Six parlements différents furent convoqués sous ce règne, au début duquel la chambre haute ne comptait pas plus de 180 membres, tandis qu’à la fin de ce même règne ce nombre atteignait déjà le chiffre de 580 ; comme il est facile de le penser, tous ces pairs de création récente furent à peu près invariablement choisis parmi les créatures de la famille régnante.
Georges III eut de sa femme Sophie-Charlotte (morte seulement deux années avant lui, le 17 novembre 1818) sept fils : 1° Georges-Frédéric Auguste, qui régna après lui sous le nom de Georges IV; 2° Frédéric, due d'York; 3° Guillaume-Henri, duc de Clarence, qui régna plus tard sous le nom de Guillaume 1V; 4° Edouard-Auguste, duc de Kent, père de la princesse qui règne aujourd’hui en Angleterre sous le nom de Victoria; 5° Ærnest-Auguste, duc de Cumberland, devenu plus tard roi de Hanovre ; 6° Auguste-Frédéric, duc de Sussex ; 7° Adolphe-Frédéric, duc de Cambridge; et six filles. La paix intérieure de sa famille fut plusieurs fois troublée par les différends survenus entre le prince et la princesse de Galles. Il travailla inutilement à rétablir l'harmonie entre les deux époux; mais il paraissait pencher pour sa belle-fille, et s'était ouvertement déclaré son protecteur. En 1829 une statue équestre a été érigée à ce prince sur une hauteur qui domine Windsor. Consultez Aïkin, Annals of the reign of King George III (2 vol, 1820); Hughes, History of England, fromthe accession of George III (7 vol., 1836); Brougham, His-
torical Sketch of Statesmen who flourished iñ the time of
George 1II (1839.) Frédéric Fayor. ]
GEORGES IV (FRÉDÉRIC-AUGUSTE ), roi de la Grande-Bretagne, d’Irlande et de Hanovre (1820-1830), fils du précédent, né le 12 août 1762, porta d’abord le titre de prince de Galles. Doué des plus heureuses dispositions de lesprit et d’une remarquable beauté physique, il reçut avec une excellente et sévère éducation uneinstruction solide. Échappé à la surveillance de ses maîtres et de ses gouverneurs, il montra toutefois combien peu il avait profité de leurs leçons; et celui qui devait être un jour appelé à gouverner une grande nation mit toute son ambition à passer pour le type le plus accompli de l'élégance et du bon goût, ce qui ne l'emipêcha pas toutefois de se jeter dans des débauches de tous genres. Dès l’âge de dix-huit ans il conçut une violente passion pour une jeune et belle actrice, mistriss Robinson ; retenu dans une de ses résidences, il employa Fox pour captiver le cœur de la jolie actrice; cetui-ci réussit dans la honteuse mission qu’il n'avait pas rougi d’accepter, et mistriss Robinson reçut pendant quelque temps les hommages publics du prince de Galles. Maïs une courte possession suffit pour amortir la passion de Georges, et il abandonna en proie à la misère celle qui avait été l’objet de son premier amour,
Oisif, prodigue, débauché, joueur, parieur, avide de jouissances dégradantes , pour répéter les qualifications sévères d’une biographie anglaise, Georges avait déjà dépenséen moins de quatre années depuis sa majorité, outre une somme annuelle de 2,500,000 fr., et 3,000,000 votés pour son premier établissement par le parlement, 4,841,200 fr. de son revenu particulier ; il avait de plus contracté pour 4,020,100 fr. de dettes. Le prince de Galles, fidèle à ce système convenu d'opposition que semblent avoir adopté tous les fits de monarques constitutionnels, affectait de se placer au premier rang des défenseurs des libertés nationales. Fox, Burke et Shéridan étaient de sa société intime. Georges profita de cette position qu’il s'était faite pour demander au parlement, où ses amis whigs le soutenaient, des millions pour payer ses créanciers, ses maîtresses, et fournir à ses besoins immenses et 4 ses plaisirs, Le roi augmenta alors sa pension de 250,000 1r.; mais l’hénitier présomptif n'en continua pas moins à mener une vie scandaleuse, A loccasion d’une course de chevaux, dans laquelle il était intéressé, il fut ac-
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cusé publiquement de friponnerie ; la presse anglaïse tout entière se leva pour le blâämer, et un journal, Le Monde (World), s'écria : « Que pouvons-nous attendre dus fripon sur lé trône? » Une liaison sérieuse que Georges avait contractée avec mistriss Fitz-Herbert occupa longtemps l'attention publique; on prétendit même que le prince avait été jusqu’à l’épouser, et un pamphlet qu'on Ini attribua le donnaït à entendre : les documents auxquels nous avons puisé pour cette biographie nous ont confirmé ce fait. Georges a été réellement marié secrètement à lady Fitz-Herbert ; ce mariage a été conclu devant l’église catho: lique , à laquelle appartenait cette dame, ce qui, d’après les lois anglaises, aurait fait déchoir le prince héréditaire de ses droits à la couronne, Aussi Georges ne se fit-il pas scrupule de nier cette union; Fox et Shéridan suivirent sincèrement son exemple, et le premier ne lui pardonna jamais de lavoir trompé à cet égard. Pressé par le besoin d’argent, accablé de dettes, Georges se décida en 1796, malgré ce mariage, à épouser sa cousine la princesse Caroline de Brunswick; mais cette union n’exerça aucune influence sur sa conduite. Il ne rougit pas d'introduire auprès de la princesse son épouse deux de ses anciennes passions; au bout de quelques mois, il avait même déjà cessé de la voir pour vivre de nouveau avec ses maîtresses.
Le prince de Galles avait eu l’humiliation de voir son frère, le duc d’York, commander des armées, tandis que lui demeurait simple colonel d’un régiment de dragons. En 1805, quand l'expédition de Boulogne menaçait l’Angleterre d'une ruine complète, il se décida à demander au roi un avancement en harmonie avec sa qualité de prince royal; mais Georges III se refusa constamment à accéder aux vœux de son fils aîné. Lorsqu’en 1811 il fut appelé à la régence, il était déjà usé par les excès de touts genres auxquels il s’était livré ; il accepta les hommes et les doctrines politiques contre lesquels il avait toujours protesté jusque là. Prince régent, il oublia tous les principes et tous les amis du prince de Galles, et laissa, dans son ingratitude, Shéridan, qui avait pour lui sacrifié jusqu’à son honneur, expirer sur un misérable grabat. Georges avait besoin de repos ; aussi s’abandonna-t-il aveuglément à ceux qui avaient la direction du gouvernement ; la table, les femmes et le jeu, étaient devenus pour lui des habitudes enracinées. Sa régence fut signalée par une grande misère dans le peuple; les dragons et les échafauds apaisèrent les mouvements auxquels Ja faim poussait ce queles ministres appelaient la canaille anglaise. On connaît assez quelle fut envers Napoléon la conduite de celui auquel il venait se confier comme au plus constant et au plus généreux de ses ennemis. Les six fameux actes contre la presse , contre la liberté du commerce, les associations populaires, les attroupements, les pétitions et les adresses; les troubles incessants de l’Irlande, le scandaleux procès intenté à sa femme la princesse Caroline sont les faits les plus remarquables de la régence de Georges.
A la mort de son père, le 29 janvier 1820, Georges prit le titre deroi, ets’abandonna, comme il l'avait fait jusque là à la direction de l’aristocatie. Le roi Georges IV, en montant sur le trône, y apporta ses goûts de débauches , ses monstrueux caprices et l'exemple de tous les genres de vices. La nation eut à supporter les dépenses ruineuses des frais de son sacre, qui eut lieu le 19 juillet 1821, à Westminster, des constructions qu'il avait la manie d'élever ; la liberté de la presse fut étouffée par des jurys composés par les ministres, et si le roi ne chercha pas à la détruire entièrement, c’est qu'il eraignit pour sa couronne, Il voyageait en Écosse, lorsqu'il y reçut la nouvelle du suicide de Castlereagh; et aussitôt il s'empressa de revenir à Londres. I fit alors partir le duc de Wellington pour le congrès de Vérone, en même temps qu'afin de témoigner de quelque condescendance pour lesréclamations unanimes de l'opinion publique, il confiait à Canning le ministère des affaires étrangères. Peu de temps après Robinson fut nommé ministre des finances, et Hu skis son ministre du commerce;