‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 216 sur 552 · GEORGES WEYMER — GÉORGIE · texte numérisé non relu

GEORGES WEYMER — GÉORGIE

| partie de l’Albanie. Sa superficie est d'environ 1300 [ny -

riamètres carrés, dont plus de 600 appartiennent à la Géorgie proprement dite, avec 1,142,611 habitants (1862), dont 577,000 environ de la race géorgienne proprement dite (y compris les Mingréliens et les Lases); le reste composé de Turkomans, d’Ossètes, d’Arméniens et de Juifs émi-” grés. Des cours d’eau qui l’arrosent, on ne peut guère mentionner que le Kour (le Xyros ou Cyrus des anciens), le seul qui soit navigable, et qui, après avoir reçu les eaux de l’Aras (l’Araxès des anciens), va se jeter dans la mer Caspienne, et le Rion ou Phase, important par les souvenirs de l’antiquité qu’il rappelle, et qui se jette dans la mer Noire. Le climat est au total tempéré et sain; mais d’une. chaleur étouffante et malsain dans les parties de la contrée les plus basses, notamment en Mingrélie et sur les côtes de la mer. La nature particulière de son sol fait de la Géorgie une des plus belles et des plus riches contrées de l'Asie. Ses. montagnes recèlent une foule de richesses métalliques et minérales , fort peu exploitées jusqu’à présent, il est vrai, et tout couvertes de forêts du plus beau bois de construction, La vigne et autres arbres fruitiers, ainsi que le cotonnier, y croissent spontanément ; le riz, le froment, l'orge, l’avoine, le maïs, le millet, lesorgho, leslentilles, le tabac, les fruits de toutes espèces, la garance, lechanvreet le lin viennent presque sans culture dans les fertiles plaines; et les vallées offrent les plus riches pâturages. Indépendamment d’une grande quantité d'espèces de petit gibier, on y trouve des cerfs, des daims, des sangliers , des renards et des chakals, Des abeilles sauvages confectionnent un miel doué de propriétésenivrantes ; on y rencontre aussi beaucoup deserpents | et d'animaux venimeux. L'industrie viticole, bien que les procédés en soient encore des plus arriérés, est la grande occupation des populations, qui s’'adonnent aussi à la sériciculture et à l’apiciculture; et cette dernière branche d’indus- | trie donne lieu à une production considérable d’excellent miel et de cire. L'élève du bétail y est tout aussi imparfaite !

que la culture de la vigne et des céréales , ou que la sériciculture et la culture des fruits en général. En fait de gros bétail, on y trouve aussi des buffles d’une race beaucoup plus vigoureuse que celle d’Italie, et qui, comme bêtes de somme et de trait, sont d’une grande utilité. En revanche, les habitants possèdent d'immenses troupeaux de moutons, appartenant pour la plupart à l'espèce désignée sous le nom de moutons à la queue grasse, dont la chair est délicieuse, mais ne produisant qu’une très-mauvaise laine, qu'on serait souvent tenté de prendre pour du crin. Avec le poil des » chèvres, qui y sont extrémement nombreuses , on fabrique des étoffes et plus particulièrement des manteaux. On y donne toujours beaucoup de soins à l'éducation des chevaux, quoique la race n’en soit pas trés-recherchée; ils sont petite de taille, mais solides à la fatigue. | Les Géorgiens appartiennent à la race caucasienne, et sont . célèbres pour leur beauté ; aussi, sous la domination mahométane, était-ce, après la Circassie, de la Géorgie qu'on tirait surtout les esclaves blancs qu’on envoyait dans les déserts de l'Asie et en Égypte. Quoique aussi heureuse- | ment doués par la nature du côté de l'intelligence qu'au . physique, la longue oppression sous laquelle ils ont gémi les a singulièrement dégradés sous le rapport intellectuel et plus encore sous celui de la moralité. Ils ont une noblesse particulière, qui autrefois opprimait beaucoup les classes populaires. En dépit de la longue domination et de la cruelle , tyrannie que firent peser sur eux les conquérants mahométans, ilssont demeurés fidèles à la religion chrétienne et à la communion grecque, quoiqu'il y ait eu parmi eux beauconp d’apostasies en faveur du mahométisme, qui n’a pas laissé que de faire quelques progrès parmi eux, puisque aujourd'hui près de la moitié des habitants de la Géorgie professent l'islamisme. Au total, on peut dire que la situation de toutes ces populations, encore bien que sous la domination russe elle se soit très-certainement améliorée quelque peu, est toujours encore fort misérable, Les différents métiers y sont encore

GEORGIE

dans l'enfance. Cependant ils font un commerce de transit assez considérable, qui a pour grand centre Tiflis, cheflieu de cette province. On peut encore mentioner Iélisabelhpol, ville de 17,000 habitants, aux environs de laquelle on trouve deux colonies allemandes, d'immenses ruines et la remarquable colonne de Schamkor.

L'histoire primitive des Géorgiens, qui font remonter leur origine jusqu'à TAargamos , arrière-petit-fils de Japhet, est complétement fabuleuse. Mtskhethos, qui, dit-on, fut le fondateur de Mtskhetha, ancienne capitale du pays, et dont on voit encore les ruines près de Tiflis, y joue un grand rôle. Leur histoire authentique ne commence qu'à l’époque du règne d'Alexandre, qui les subjugua; mais après la mort du conquérant macédonien, Pharnawas les affranchit du joug de l'étranger, et les constitua en royaume indépendant. C’est avec ce Pharnawas que commence la série âes Mephé, ou rois de Géorgie qui gouvernèrent ce pays pendant près de vingt-et-un siècles sans interruption, en formant diverses dynasties. Vers la fin du quatrième siècle de notre ère, le christianisme y pénétra, et peu à peu y remplaça l’ancienne religion du pays, qui vraisemblablement avait beaucoup d’analogie avec le culte du Mithra des Perses. Le christianisme établit naturellement de nombreux rapports entre la Géorgie et l’Empire d'Orient, avec lequel il combattit les irruptions des Sassanides. Après la destrucfion de l'empire des Sassanides par les Arabes, aux irruptions de ces envahisseurs ne tardèrent point à succéder, et avec plus de succès encore, celle des Persans. En effet, sous la dynastie des Bagratides, branche de la dynastie arménienne qui était montée sur le trône de Géorgie, cette contrée devint une des provinces de l'empire des Arabes ; et il n’y eut que des pays de montagnes où se réfugièrent les rois de Géorgie, qui réussirent à conserver une espèce d'indépendance. Sans doute à l’époque de la décadence du khalifat arabe, vers la fin du neuvième siècle, les Géorgiens réussirent à regagner temporairement leur indépendance; mais au dixième siècle ils devinrent encore tributaires des dynasties qui remplacèrent en Perse la domination des Arabes. Ce fut seulement sous le règne de Bagrat III, vers la fin du dixième siècle, qu'ils reconvrèrent leur indépendance, et ils la conservèrent jusqu’à l'époque de la domination des Mongols, au treizième siècle. C’est là l’époque la plus brillante de l’histoire de la Géorgie; en effet, bien que pendant cette période les *Géorgiens aient eu beaucoup à lutter et guerroyer contre les Seldjoucides, qui parfois les vainquirent et leur imposèrent tribut, l'avantage, en définitive, n’en resta pas moins de Jeur côté; et c’est aussi alors que le royaume de Géorgie eut ses plus grands rois, qui l’agrandirent et le portèrent au comble de ses prospérités et de son éclat. Les plus importants de ces princes furent David ITI (1089 à 1126), qui rappela en Géorgie les habitants, émigrés ailleurs, reconstruisit leurs villes et leurs villages détruits, recouvra Tiflis, vainquit les États mahométans limitrophes, battit les armées des Seldjoucides, conquit le Chirvan, une partie de l'Arménie et diverses autres contrées adjacentes, et étendit sa domination jusqu’à Trébizonde ; et la reine Thamar, autrement célèbre encore (1184-1206), qui régna sur toute la contrée s'étendant entre la mer Noire et la mer Caspienne, qui propagea le christianisme parmi les montagnards du Caucase, les soumit à sa puissanee, et rendit {ributaires un grand nombre de princes chrétiens et mahométans, Nous citerons encore son fils Georges IV (1206-1222), qui vainquit les Persans el en convertit en grand nombre au christianisme, et qui se mit en outre en rapport avec les princes et les chefs de croisés venus en Palestine, à l'effet de s’unir À eux pour refouler l'invasion de l'islamisme. Mais cette période de gloire pour la Géorgie dura peu, d’une part à cause des troubles intérieurs provoqués par l'usurpation et les mœurs dissolues de la reine Rousouddn (1223-1248), et de l'autre par suite des invasions, de plus en plus fréquentes, des Mon- Bols, qui finirent par complétement subjuguer la Géorgie, et l’incorporèrent à leur immense empire comme État vas-

DICT, DE LA CONVERS, = T, X

sal. La décadence de la puissance mongole vers le milieu du quatorzième siècle fournit, il est vrai, aux Géorgiens, sous le règne de leur roi Georges VI, une occasion de se rendre encore une fois indépendants; mais cette indépendance fut de courte durée, et dès la fin de ce même quatorzième siècle, la Géorgie passait sous les lois de Tamerlan.

Ce fut seulement dans les premières années du quinzième siècle que le roi Georges VII, qui s'était retiré dans les montagnes , réussit à expulser de nouveau les musulmans du pays et à y rétablir le christianisme. Mais son successeur, Alexandre I, commit la grande faute de partager son royaume entre ses trois fils. Wachthang eut pour sa part l’Iméreth (Imérétie), la Mingrelie et la Gourie; Demetrius ou Constantin, le Karthli (Karthalinie) , et Georges le Kacheth (Kachélie). Chacun de ces États, à son four, se subdivisa; et il y eut un moment où l’on ne comptait pas moins de vingt-six princes souverains en Géorgie.

A partir de l’époque où nous sommes arrivés, l’histoire de la Géorgie forme deux parties principales et bien distinctes : celle des deux États de Karthli et de Kacheth, situés à l'est, et celle des États de l’ouest. Dans les premiers, les rapports plus nombreux avec la Perse déterminèrent le courant commercial et politique ; et pareil résultat se produisit dans les seconds pour la Turquie, Dès les premières années du quinzième siècle, le Kacheth et le Karthli, déjà maintes fois réduits par les envahissements dessouverains de la Perse, passèrent complétement sous la domination persane. Les chahs de Perse firent lourdement peser leur autorité sur ces contrées, qui cependant souffrirent encore bien davantage des incessantes luttes et usurpations réciproques de leurs différents princes indigènes. Cependant, à cette époque où le Kacheth et le Karthli formaient deux États distincts vassaux de la Perse, il s’y développa peu à peu un élément qui devait y exercer plus tard une influence prépondérante, l'élément russe.

Dès lannés 1579 les Géorgiens, dans l'espoir de parvenir à secouer le joug des musulmans, recherchèrent l’alliance du tsar Jwan Wassiljewitch ; mais ils échouèrent dans leurs tentatives et leurs négeciations avec ce prince. Le tsar Fedor Iwanowitch au contraire, en 1585, prit formellement sous sa protection le roi de Kacheth, 4/exandre III. Plus tard, vers l’an 1660, le roi de Kacheth ÆHéraclius I épousa une fille du tsar Alexis. Les rapports avec la Russie devinrent encore plus intimes à la période suivante, qui commence” avec le roi Theimowraz II, lequel, en 1740, réunit les deux royaumes de Karthli et de Kacheth en un seul, et réussit à secouer presque complétement le joug de la Perse ; après quoi, son fils Héraclius fut formellement déclaré l'un des vassaux de Pempire de Russie, Il est vrai qu’en punition de cette défection le chah de Perse, Agh Mohammed, l’expulsa, en 1795, de ses Élats; mais l'intervention armée de la Russie les lui fit restituer. Toutefois, la situation du pays était devenue si précaire que Georges IX, successeur d’Héraclius, en fit formellement cession à l’empereur de Russie Paul 1°, par un traité signé le 5 décembre 1799. David fils de Georges, y demeura encore avec le titre de gouverneur russe jusqu’en 1802, époque où l’empereur Alexandre lincorpora à l’empire comme formant désormais une province russe, ef fit transférer les différents princes de la famille royale en Russie, où ils obtinrent des pensions et des grades dans l’armée russe.

Dans la Géorgie occidentale, la Mingrelie et la Gourie se séparèrent, dans la seconde moitié du quinzième siècle, de PImereth, qui demeura cependant l'État prédominant ct s’efforça de maintenir sa suzeraineté sur les Dadiäns de Mingrélie, de même quesurles Gouriele de Gourie, comme se qualifiaient les princes respectifs de chacun de ces deux États. Des guerres sans nombre furent le résultat des liens et des rapports si compliqués existant entreles différentes dynaslies qui laissèrent envahir le pays par les montagnards du Caucase et surtout par les Turcs. Ceux-ci s’emparèrent successivement de différentes parties du territoire, rendirent

tributaire toute la portion occidentale de la Géorgie, et y exercèrent longtemps une décisive influence. L'histoire particulière de cette contrée présente d’ailleurs à peu près les mêmes phases et les mêmes péripéties que celle de la Géorgie orientale ; et la grande lutte qui eut lieu vers le milieu du dix-septième siècle entre les dynasties de l’Iméreth et de la Mingrélie, lutte à laquelle les Turcs, les Persans et les Gouriele prirent part pour l’une ou l’autre des rivalités en présence, offre un lableau d’horreurs tel qu’en fournit rarement l’histoire. La Gourie, qui vers la fin du dix-septième siècle se trouvait encore dans des rapports de vassalité à l'égard des rois de l’Iméreth, se rendit indépendante au commencement du dix-huitième, grâce à l’appui de la Turquie, sous la protection de laquelle elle se plaça aussitôt ; mais vers le milieu dü dix-huitième siècle le roi d’Iméreth Salomon réussit encore à la replacer sous son autorité ; et ii continua d’en être ainsi jusqu’en 1801, époque ” où les Russes s’en emparèrent. Par un traité conclu en 1810, elle passa formellement sous la souveraineté russe. D’abord les Russes reconnurent le filsencore mineur laissé par le dernier Gouriel en qualité de prince vassal de l'empire ; mais en 1838, par suite des intrigues de sa mère et tutrice, So- Phie, qui s'était enfuie chez les Tures avec son fils, ils réunirent formellement ses États à l'empire russe. La Mingrélie, elle aussi, demeura vassale de l’Iméreth jusqu’en1803, époque où le Dadidn Georges se soumit comme vassal au sceptre de la Russie, qui lui reconnut, comme à ses successeurs, la jouissance de tous ses droits.

En Imérétie, principsle contrée de la Géorgie orientale, brilla, dans la seconde moitié du siècle dernier, un roi brave et généreux, Salomon Ier, qui, indigné du honteux tribut imposé par la Porte à ses prédécesseurs et consistant à lui fournir chaque année quarante jeunes garçons et quarante jeunes filles, prit les armes, et, secouru par la Russie, réussit, en 1774, à complétement affranchir son pays de la domination des Turcs. Malgré les services essentiels que la Russie lui avait rendus dans cette lutte, il refusa de reconnaître sa suzeraineté, Ce fut Salomon 11 qui le premier consentit à placer ses États dans des rapports de vassalité à l'égard de la Russie; mais, accusé d’avoir manqué à ses obligations, il fut arrêté à Tiflis, et ses États furent alors formellement incorporés à l'empire russe. C’est ainsi qu’à la suite de la guerre qui eut lieu en 1828 et 1829 entre la Russie et la Porte, toute la partie de la Géorgie jusque alors immédiatement soumise à la Turquie, après avoir été cédée à la première de ces puissances par la seconde, se trouve maintenant, avec la place forte d’Akhalzikh, placée sous la domination russe; et qu’elle fut alors réunie aux autres possessions transcaucasiennes de la Russie, pour former un gouvernement général, dont le titulaire cumule l'autorité militaire avec l’autorité civile, et exerce le commandement supérieur de toutes les forces russes dans le Causase, |

La langue des Géorgiens, rude, mais énergique et régulière, d’une construction toute particulière, compte cinq dialectes, et wappartient point à la famille des langues indo-germaniques. Elle possède une littérature qui ne laisse pas que d’avoir une certaine importance, qui date de l'introduction du christianisme dans ces contrées, et se compose en grande partie d'ouvrages de piété, de traductions de la Bible, des Pères de l'Église, de Platon, d’Aristote et de leurs commentateurs. En ce qui touche la littérature profane, laquelle fleurit plus particulièrement au dixseptième siècle, les poésies et les chroniques, notamment celles qui ont trait à l’histoire de l'Église, en constituent la partie la plus importante, La composition de quelques poëmes héroïques remonte jusqu'aux temps de la reine Thamar. Les ouvrages relatifs aux sciences sont encore bien moins nombreux, et, sauf quelques ouvrages historiques, insigniliants, 1} faut cependant reconnaître que dans ces derniers temps les Géorgiens ont commencé à {aire preuve de bien autrement de zèle et d'ardeur pour les

GÉORGIE — GÉORGINE

sciences que par le passé, et que sous la domination russe: l'état intellectuel du pays et son instruction générale se sont quelque peu améliorés. En revanche, on peut considérer comme une perteirréparable pour les lettres et les sciences géorgiennes le transfert qui eut lieu en 1807, à Pétersbourg, des archives et des trésors scientifiqnes et littéraires de la Géorgie. L'érudit qui possède le mieux de nos jours la connaissance de la langue, de la littérature et de l’histoire de la Géorgie est M. Brosset. On a de lui, outre une traduction de la Chronique de Géorgie (Paris, 1831), des Æléments de la Langue Giorgienne (Paris, 1837), nn Rapport sur un Voyage archéologique dans la Géorgie et dans l'Ar- Mménie exéculé en 1847 et 1848 (Saint-Pétersbourg, 1850- 1851), une Histoire de la Géorgie (tome I‘, Saint-Pétersbourg, 1850, avec textes géorgien et français — Voyez aussi Bodenstedt, Peuples du Caucase (Francfort, 1855, 2 vol.) et Haxthausen, La Transcaucasie (1856).

GEORGIE ou GEORGIA, l’un des États-Unis de l’Amérique du Nord, situé entre le 300 21’ et le 25° de latitude septentrionale, borné au nord par l’État de Tenessee et par celui de Ja Caroline du nord, au nord-est par la Caroline du sud, à l’est par l’océan Atlantique, au sud par la Floride, et à l’ouest par l’État d’Alabama, présente une superficie de 1,916 myriamètres carrés avec une population, en 1870, de 1,184,109 habitants, tous libres, répartie en 94 comtés. En 1800, la Géorzie ne comptait que 162,100 habitants, dont 29,264 esclaves. Elle reçut sa première constitution politique en 1777. Cet État envoie au congrès dix représentants. Ses principales productions sont le coton, le riz, le maïs, les céréales, le pastel, le tabac. Son industrie et son commerce ont eu, de même que sa population, un accroissement rapide. En 1860, sa fortune mobilière et immobilière s'élevait à près de 3 milliards et demi de fr., c’est-à-dire qu’il avait presque doublé depuis 1850. Le réseau de ses chemins de fer est le meilleur et le plus étendu qu’il y ait dans le sud.

Le territoire de la Géorgie faisait partie de {a Floride et de la Caroline; en 1732 il fut concédé à quelques riches propriélaires par Georges II et reçut le nom de ce monarque. En 1763 il fut organisé en une province, qui entra plus tard dans l'Union américaine. Comme tous les États à esclaves la Georgie adhéra, en 1861, à la rupture du parte fédéral et mit au service des confédérés 40 régiments de 1,000 hommes chacun. Elle avait échappé par sa situation aux désastres de la guerre lorsqu’en juillet 1864 le général Sherman l’envahit, la traversa d’un bout à l’autre et la força, en occupant Savannah, de faire sa soumission. Tous les esclaves furent aussitôt affranchis ; mais cet État fit jusqu’en 1871 une opposition ouverte à la politique suivie par le Congrès pour la reconstruction du Sid,

Savannah , ville de 25,000 habitants, bâtie au point où le fleuve du même nom se jette dans l’Atlanliqu®, est la ville la plus peuplée et en même temps le centre commercia] le plus important de cet Etat. La ville la plus considérable est ensuite Augus£a, avec 12,000 âmes, située également sur le Savannah. !

GÉORGIE (Nouvelle-). Voyez NouveLLE-GÉORGIE.

GÉORGIE MÉRIDIONALE, ile inhabitée, située à l'est de la Terre-de-Feu, à l'extrémité sud de l'océan Atlantique, par 200 long. O. et 540 latit. S., et visitée uniquement par des pêcheurs de baleines, Au sud-est de cette île on rencontre les Zles du Marquis de Traverse dont la plus grande a un volcan, ot la Terre de Sandwich, groupe d'iles presque constamment entourées de brouillards, qui sont traversées par des montagnes encore plus élevées que celles de la Nouvelle-Géorgie, et dont le climat est encore plus âpre.

GEORGINE, nom donné par Wildenow, en l'honneur de Georgi, professeur de botanique à Saint-Pétersbourg, à la plante que nous appelons en France Dahlia. La dénomination de géorgine a prévalu dans le nord de l'Europe et en Allemagne, parce qu'on a dit qu’elle aidait à établir une

GÉORGINE — GÉRA

distinction entre le dahlia et le dalea, genre de papilionacées.

GÉORGIQUES (du grec yñ, terre, ëpyov, œuvre). La poésie géorgique est, comme son nom l'indique, celle qui retrace les travaux de la terre. En Grèce, Hésiode, qui vivait, à ce qu’on croit, cent ans après la prise de Troie, écrivit, sous le titre Des Travaux et des Jours, un poème des champs. La description des cinq âges et l’immortelle fable de Pandore ont mis au rang des plus beaux présents que nous ait légués l'antiquité cet ouvrage didactique, où Virgile a puisé la première idée de ses Géorgiques. Démocrite, Xénophon, Aristote, Théophraste, ont aussi parlé de l’agriculture. A Rome, le sévère Caton composa sur les travaux de la campagne un livre imité après lui par le savant Varron. Dans l’ouvrage de Caton, on reconnaît que cet ennemi acharné de Carthage avait cultivé la terre avec amours il en parle en homme qui sait appliquer les maximes qu’il recommande comme des conquêtes de sa vieille expérience. Varron montre dans ses écrits plus de théorie que de pratique : ce savant homme recherche l’étymologie des mots, l'origine des usages et des choses, et nous donne un catalogue des auleurs qui ont avant lui traité de l’agriculture. L'ouvrage de Columelle, De Re Rustica, est le travail le plus complet que l'antiquité nous ait transmis sur ce sujet.

« Les Géorgiques de Virgile, dit Jacques Delille, ont toute la perfection que peut avoir un ouvrage écrit par le plus grand poëte de l'antiquité, dans l’âge où l'imagination est la plus vive, le jugement le plus formé, et toutes les facultés de l’esprit dans toute leur vigueur et dans leur entière maturité. » Virgile employa sept années à la composition de ce poëme, qu’il considérait comme son chef-d'œuvre. La traduction des Géorgiques, dans laquelle Frédéric IT voyait comme l'ouvrage le plus original de l’époque, passe aussi pour le chef-d'œuvre de Delille. L'étude des Géorgiques a inspiré au P. Vanière le Prædium Ruslicum. Le poëte toulousain ne sait pas rester dans de sages limites, et se préserver du défaut de la profusion ; mais son ouvrage respire l'amour de la campagne, et ne peut qu’en inspirer le goût aux lecteurs. René Rapin, de la compagnie de Jésus, publia, en 1665, le poème des Jardins, dont l’idée paraît lui avoir été fournie par les derniers vers du poëme des Géorgiques. Entre tous les ouvrages de ce poëte latin moderne, Les Jardins ont conservé le plus de réputation. Les Saisons de Thompson, composées de grands tableaux, font époque dans l’histoire de la poésie. A peine le chant de Z'Hiver parut, qu’il produisit une sensation extraordinaire; L'Été n’obtint pas moins de succès; enfin le poëême entier s'empara de l'admiration publique.

Après leur Thompson , mais à une grande distance de ce poëte, les Anglais citent avec plaisir Bloomfield, simple garçon tailleur, qui du fond d'une chétive boutique produisit un poëme intitulé Le Valet de Ferme, et où les quatre saisons forment aussi quatre chants. Ce fut vers la fin du dix-huitième siècle que Londres lut avec étonnement des vers élégants, harmonieux, pittoresques, pleins d’expression, composés par un jeune homme entouré d’artisans comme lui. L'ouvrage respirait surtout un amour vrai de la campagne, Quoique nous n’ayons rien d’égal à Thompson dans notre langue, on trouve cependant des traces de poésie géorgique dans Du Bartas, qui jeta des éclairs de génie parmi de grands et insupportables défauts. Saint-Lambert, poëte assez faible, mais vanté par toute l’école philosophique, dont il portait la bannière, a composé sur les saisons un poëme froid et sans couleur, dont Diderol, avec sa verve habituelle et son sentiment d'artiste, a fait une sage et mordante critique. Pourtant, quelques morceaux de cet ouvrage sont restés célèbres et ne périront pont. L'abbé Deiïlle, traducteur de Virgile, essaya de lutter avec son maître dans deux poëmes géorsiques, Les Jardins et L'Homme des Champs. Le premier de ces ouvrages, singu- Jièrement rabaissé par les aristarques, n'offre ni une belle

ordonnance, ni une vaste composition; la flamme du génie de Thompson ne brille nulle part dans ce travail, mais il est souvent riche de poésie, et contient des choses que la langue française revendiquera toujours comme des modèles de l’art d'écrire en vers. L'Homme des Champs qu'on aurait pu caractériser par ce titre : e Parisien aux Champs, n’est pas un ouvrage. On n’y sent nulle part cet amour vrai de la campagne, si fortement exprimé en Lucrèce, en Virgile, en Thompson. Comment a-t-il pu penser au Tytire des Bucoliques, au vieillard du Galèse, sans nous montrer le bonheur habitant dans une chaumière, environnée d’un jardin et bordée par une saussaie en fleurs. Le petit cullivateur, contemplant son petit domaine avec ravissement sur le déclin du jour, la famille contente qui couronne son foyer, la table qui rappelle à l’esprit celle de Philémon et de Baucis offrant l'hospitalité aux dieux, l'agneau chéri, la perdrix privée qui se réfugie auprès de Jupiter, la chèvre qui folâtre autour du plus petit enfant de la maison, les innocentes amours, la prière du soir, qui met la maison sous la garde du père commun de tous les hommes, voilà l’essence et les ornements du poëme géorgique. Tout cela manque dans l’œuvre de Delille; mais son talent s’y révèle par des beautés de style dignes des grands maîtres, et que lui seul pouvait prêter à notre langue.

Malgré le poème des Mois de Roucher, annoncé dans le temps comme une merveille dans le monde, et rabaissé depuis avec un excès d’injustice, nous n’avons pas de géorgiques dans notre langue. Le Verger de Fontanes, Les Fleurs de Castel, tous deux remarquables par le talent de la versification, Le Potager de Lalanne, appartiennent au genre géorgique. Les Italiens du seizième siècle, émules des Grecs et des Latins dans l’épopée et dans les compositions dramatiques, n’ont pas négligé le genre géorgique. Le joli poéme des Abeilles par Rucellai, imitation heureuse et libre du quatrième livre des Géorgiques de Virgile, est rempli d’idées ingénieuses et d’agréables images. Za Coltivazione, ou l’Agriculture, a placé le Florentin Alamanni au premier rang des poëtes de son pays. Ce poëme est l’un des plus vantés qui existent dans la langue italienne , mais ce n’est pas un de ceux qu'or lit le plus ; l’austérité du sujet et la trop grande fréquence des préceptes sont sans doute la cause de cette espèce d’indifférence.

À P.-F. Tissor, de l’Académie Française,

GEPIDES, peuplade germanique, de même origine que les Goths, et dont il est pour la première fois fait mention dans l’histoire vers l'an 280 de l’ère chrétienne. Partis des rives de la Vistule, ils s'étaient dirigés vers le sud et s’étaient d’abord fixés dans la partie septentrionale de la Pannonie, où ils avaient pour voisins à l’ouest les Visigoths des monts Carpathes et à l’est les Ostrogoths. Mais lorsqu'après la mort d’Aftila (453), de l'armée duquel ils avaient aussi fait partie, leur roi Aderich tenta pour la première fais de secouer le joug des Huus, ils s’établirent dans le pays d’où leur chef venait d’expulser leurs adversaires, c’est-àdire depuis la Theiss jusqu’au Danube, et même plus loin encore, jusqu’à la Drau et à la Save, où en 488 ils essayèe rent vainement à Sirmiuwm de barrer le passage aux Ostrogoths se dirigeant vers l'Italie. Leur empire fut détruit en Van 566 parles Lombards, leurs ennemis et leurs voisins occidentaux, lesquels, sous le commandement d’Alboin, s'étaient ligués contre eux avec les Avares, qui habitaient la contrée s'étendant à l’ouest de leur territoire. Cunimond, roi des Gépides, succomba dans la bataille avec un grand nombre de guerriers de sa nation. Ceux qui échappèrent au carnage, ou s’adjoignirent aux Lombards et les accompagnèrent dans leur expédition en Italie, ou, et ce fut le plus grand nombre, se confondirent avec les Avares, dont ils acceptèrent la domination.

GÉRA, seigneurie d'un revenu annuel d'environ 400,000 fr. et appartenant aujourd’hui au prince Hennt LXII de Reuss-Schleits-Géra-Lobenstein. Son territoire, dont l'étendue totale, y compris une enclave située à 36 ki-

loinètres plus loin, dans le territoire de Schleiz-Greitz et Lobenstein-Ebersdorf, peut être évaluée à 5 myriam. car., avec une population de 34,672 âmes; il est borné à l’est et à l’ouest par le pays de Saxe-Altenbourg, au sud par le pays de Saxe-Weimar, au nord par la Saxe prussienne.

Le chef-lieu, Géra, ville de 17,957 hab. (1871), située

sur les bords de l’Elster blanc, a été recons'ruite avec assez

de régularité, à la suite de deux incendies qui la détruisirent presque complétement, l’un en 1450 et l’autre en 1780. Les environs en sont fort agréables. Les rues sont droites etles places au nombre de six. On y remarque trois églises, le palais des princes de Reuss, une machine hydraulique et une usine à gaz. Siége du gouvernement commun aux possessions respectives de diverses branches de la maison de Reuss, de la cour de justice et de la diète, elle témoigne aussi d’un certain degré d’activité industrielle et possède dans ses murs des tanneries, des chamoïseries, des teintureries, des fabriques d'étoffes de laine et de coton, de voitures, de tabac, de savon, d’harmonicas , ainsi qu’un gymnase, un école d'industrie et un asile parfaitement organisé pour les enfants en bas âge. A peu de distance de la ville existe une assez importante manufacture de porcelaine.

GERAMB ( FenpiNann, baron pe), procureur général de l’ordre des Trappistes, descendait d’une ancienne famille hongroïse, et naquit à Lyon ,en 1770. Plusieurs duels qu'il eut à Vienne, et le zèle enthousiaste avec lequel, en 1805, il appela la jeunesse autrichienne aux armes contre les Français, témoignent du peu de dispositions qu’il eut d’abord pour la vie ascétique. Quand la terre manqua autour de lui pour combattre les Français et leur empereur, objet de sa haine toute particulière, il passa en Espagne, où il se remit à faire le coup de fusil au milieu des guérillas aux ordres des cortès, et ne les quitta que pour aller à Londres y réunir les moyens nécessaires pour continuer la lutte acharnée dont la Péninsule était alors le théâtre. Frappé, par suile de dettes qu’il contracta dans cette mission, d'une condamnation par corps, il résista pendant douze jours, dans une maison de campagne qu'il habitait, aux officiers de justice chargés d’exécuter le jugement; et il fallut recourir à l'emploi de la force pour l’expulser d’Angleterre en 1812. S’étant fait débarquer dans le petit port danois de Husum, il s’y vit arrêter par ordre de Napoléon, qui ne pouvait lui pardonner ses proclamations furibondes de 1807, et fut conduit à Paris, où, par une mesure de haute police, il subit une rigoureuse détention. On suppose que c’est en grande partie à la solitude à laquelle il fut alors condamné, et aussi aux entretiens de l’évêque de Troyes, qui partagea plus tard sa captivité, qu’il faut attribuer la direction religieuse, mais toujours exaltée, que prirent ses idées, Rendu à la liberté lors de la prise de Paris par les armées alliées, il se rendit en 1816 à Lyon, devenu le grand centre des intrigues ecclésiastiques qui signalèrent la Restauration, passa quinze mois au noviciat de la maison des Trappistes de cette ville, et fit ensuite ses vœux dans le couvent du Port du Salut, près de Laval. A cette occasion, il prit le nom de Père Marie-Joseph. Le zèle avec lequel il se soumit aux règles sévères de l’ordre dans lequel il venait d’entrer, le mit bientôt en grande considération parmi ses frères en religion, qui l'élurent procureur général, et en odeur de sainteté dans la gent dévote, dont il devint l’un des héros, La révolution de 1830 et les idées qu’elle fit prévaloir furens une grande douleur pour le révérend Père de Géramb, qui résolut de les expier en ajoutant encore à la rigueur des pénitences qu'il s’imposait. En 1831 il se décida à entreprendre le pèlerinage de la Terre Sainte, et à son retour il eut avec Méhémet-Ali un entretien très-remarquable, En 1837 il alla aussi à Rome présenter ses hommages au asnccesseur de saint Pierre; et depuis ce moment sa vie ne fut plus qu'un continuel va-et-vient entre la capitale du monde catholique et les diverses maisons de son ordre en Fraoce et en Allemagne. 11 se trouvait à Rome lorsque la mort vint l'y surprendre, le 15 mars 4848. On à de lui un

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