‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 22 sur 552 · FROMENT · texte numérisé non relu

FROMENT

19° Froment trémois, sans barbes. Ne diffère du froment d'automne à épis dorés que parce qu'on le sème au printemps, etqu’il devient par conséquent moins gros. 13° Froment de Phalsbourg. Ne diffère du précédent que par son chaume grêle; cultivé à Phalsbourg, mêlé avec le suivant, 14° Froment d'Alsace. Épi court, roux, quadrilatéral ; chaume creux ; grains pelits ; semé au printemps ; cultivé en Alsace. À

Races à épis velus, garnis de barbes. 15° Froment gris de souris. Épi étroit, d’un gris bleuâtre; grains gros et bombés ; chaume plein; barbes noires, grises ou cendrées ; cultivé en Anjou. 16° Pétanielle roux , ou froment renflé, ou gros blé. Épi roux, court, presque carré ; barbes rousses ; grains gros, ternes, bombés ; chaume plein; cultivé en Gascogne : c’est le ériticum turgidum, Linné. 17° Pétanielle blanc. Diffère du précédent par son épi et ses barbes blanches ; glumelles ou balles entassées ; épi court; grains cornés; cultivé près d'Avignon, de Grenoble; on le nomme moutin blanc, blé d'abondance, ou quelquefois, mais à tort, blé du miracle : c’est le ériticum turgidum, Vill. 18° Froment de Barbarie. Épi barbu, gris, épais; grains cornés, un peu allongés ; chaume plein; barbes fort longues : rapporté de Barbarie par M. Desfontaines, et décrit par ce naturaliste sous lenom deérilicum durum.

Races à épis velus, dépourvus de barbes. 19° Froment grisätre. Epi velouté ; grains dorés, velus à un bout; chaume creux ; se cultive dans le pays d’Auge.

On ignore la patrie du ériticum salivum ; cependant on le croit originaire d'Asie, M. Dureau de La Malle pense qu'il est originaire des environs de Jérusalem, et qu'il y croît spontanément. On le sème en automne ou au printemps ; et dans ce dernier cas on le nomme froment marsais ou hlé trémois ; mais cette différence dans la culture ne provient point d'espèces différentes.

La deuxième espèce cultivée est le froment à épis rameux (triticum compositum , Linné), dans lequel beaucoup d'auteurs ne voient qu’une variété du ériticum sativum. Il s’en distingue cependant par son épi, rameux à sa base. On le croit originaire d'Égypte ou de, Barbarie. Il est cultivé quelquefois en Picardie.

La troisième espèce est le froment épeaulre (trilicum spella, Linné), ou simplement épeautre. CLARION.

Un grain de froment semé dans une terre profonde de jardin, bien fumée et de première qualité, peut porter 20, 30, 60 épis et plus, c’est-à-dire plusieurs centaines de grains : tel est le plus haut degré de fécondité dont cette plante soit susceptible. Mais on ne doit rien conclure de cette donnée pour les résultats de la culture du blé en grand , comme elle se fait aujourd’hui, puisque, déduction faite des grains qui se perdent, chaque grain ne donne communément que de 3 à 5 tiges surmontées chacune d’un épi, qui renferme 20 à 30 grains.

Les terres destinées à la culture du froment doivent être meubles à 15 ou 20 centimètres, pénétrées par les gaz atmosphériques et convenablement amendées : le nombre des labours, la quantité et la qualité des engrais nécessaires pour les amener à cet état, varient selon la nature du sol. Cinq labours sur jachères dans les terres les plus fortes, dont deux avant l’hiver , un au printemps et deux en automne ; trois dans celles qui sont plus légères; deux ou même un seul sur trèfle ou autres prairies artificielles; des roulages, des hersages , selon le besoin, pour diviser ou rapprocher les molécules terreuses; peu ou point de labours pendant les grandes chaleurs, car ilsont alors pour résultat la volatilisation de principes fécondants ; douze, quinze , vingt voitures de fumier ou autres engrais par hectare, préparés ou choisis selon la nature du sol, qu'ils doivent ameublir s’il est trop fort ou trop compacte, et rapprocher, s’il est trop meuble.

Pour semer, 1l ne suffit pas de choisir un froment dont les grains soient sains. réguliers, sans atteintes des insectes, sans mélange de mauvaises graines, il faut encore, pour le pré- |

server de la carie, lui faire subir une préparation, dont le mode varie selon les contrées : les deux qui sont les plus usitées sont le ckaul age et le vilriolage.Les cultivateurs qui ont voulu substituer le vitriol (sulfate de cuivre) à la chaux ont donné les motifs de leur préférence : « La chaux, ontils dit, n’agitquemécaniquement, et ne prévient pas toujours la carie ; le sulfate de cuivre, au contraire, agit chimiquement; le chaulage est une opération de trente-six heures, le vitriolage se faiten une demi-heure, et n’est point dangereux, comme on l’a prétendu, » Pour nous, nous sommes persuadé que ces deux préservatifs sont excellents, lorsqu'ils sont bien manipulés. Pour le vitriolage, le blé est jeté dans une solution de sulfate de cuivre (7 kilogrammes d’eau, 90 grammes de sulfate de cuivre pour un hectolitre), remué , écumé, puis, / après une demi-heure d'immersion, égoutté et séché pour l'usage.

Une terre de bonne qualité, nette et pourvue d'engrais, bien labourée, demande moins de semence qu'une terre médiocre, mauvaise et sans façons suffisantes; les grains semés en automne, qui peuvent être plus que décimés par la saison rigoureuse, doivent être jetés plus épais que les blés de mars : ces éléments et bier d'autres essentiellement variables dans la question de quantité rendent impossible toute détermination rigoureuse ; cependant on peut dire que 100 à 120 kilogrammes de beau froment suffisent pour un hectare deterre de qualité moyenne. L’habitude où sont Ja plupart de nos cultivateurs de semer trop épais est une des causes principales de l’exiguité des produits.

Des trois modes usités pour ensemencer, à la volée, au semoir, auplantoir , le plus répandu estle premier. Un labour peu profond, un hersage seul, recouvrent le blé. Le nombre, la profondeur et la direction des fossés et sillons d'écoulement pour les eaux, sont proportionnés à la nature du sol, à sa disposition et à la saison où se font les semailles,

Les semailles sont terminées : le cultivateur recevra t-il la juste récompense de ses travaux? IL ?’espère; mais bien des chances fâcheuses peuvent tromper cet espoir. Il a semé dans une terre rétentive et saturée d’eau : les grains pourrissent et lèvent mal. Tout s’est fait à souhait; le froment sort rapidement du sein de la terre, il a pris de la force : une gelée vive, alternant avec des dégels incomplets, tue les jeunes plantes ; des pluies prolongées pourrissent les racines. La récolte échappe-t-elle à ces premiers dangers, d’autres l’attendent : les mauvaises herbes étouffent-le bon grain, la pluie froide encore fait jaunir les tiges, ou bien, douce et chaude, elle développe les feuilles aux dépens des fruits ; la sécheresse arrête la végétation ; plus tard, elle amène une maturité trop rapide; les orages , la grêle, ravagent en quelques heures une contrée tout entière; des vents violents versent les tiges. Puis des quadrupèpes rongeurs, des insectes, des oiseaux, prennent leur part. Et quelle part souvent!

Le froment semé, de la fin d’août jusqu’en décembre, selon les localités, les saisons, etc., de la fin de février jusqu’en avril pour les semences du printemps, parvient à sa maturité en juin, juillet, août, septembre, plus tôt ou plus tard, selon les pays, les années, la nature des terres, etc. Les instruments qui servent à le récolter sont la faucille, la faux ordinaire, surmontée d’un râteau horizontal, et la faux flamande : ces deux derniers instruments, plusexpéditifs, sont maintenant les seuls employés dans les pays de grande culture, Le blé abattu reste plusieurs jours en javelles sur la terre, puis il est mis en gerbes au moyen de liens de paille, d’écorces d'arbres ou d'osier. Les blés versés au tiers ou à la moitié de leur maturité ne gagnent rien à rester sur pied : la paille se détériore et le grain se dessèche et se racornit. En conséquence, les cultivateurs n'hésitent pas à le couper encore vert, l'expérience ayant démontré qu'il achève mieux sa maturité en javelles.

Le blé en gerbes est rentré sur le soir, s’il est très - sec, et disposé en tas dans les granges ou çn meules, oùil se conserve très-bien d’une année à l’autre, Dans le midi, vu il s’échauffe facilement, on le bat ou dépique (voyez Bar-

TAGE) aussitôt après la moisson. Lorsqu'il est séparé des balles, on le dispose en tas dans les greniers, on la renferme dans des sacs, dans des tonneaux, dans des paniers de paille, dans des greniers souterrains ousilos : plus il à de dispositions aux maladies qui lui sont propres, à l'envahissement des insectes, plus il doit être exactement préservé du contact de l’air. P. GAUBERT.

FRONDE, FRONDEUR. La fronde est un instrument léger, formé de cuir et de cordes, servant à lancer au loin des pierres et même des balles, Il fut employé comme arme de toute antiquité ; mais on serait peu disposé à le croire susceptible de justesse, si le front de Goliath n’eût été atteint de la pierre lancée par David. Le mot frondeur rappelle les habitants des îles Baléares, les armées perses et carthaginoises, grecques et romaines. Xénophon dépeint les frondeurs comme étant pourvus, un jour d’action, d’un sac en cuir qu’ils portaient devant eux : c'était leur panetière, leur giberne. Quinte-Curce nous montre les frondeurs asiatiques portant leur fronde en manière de parure de tête, c'était leur coiffure. Les frondeurs ne lançaient d’abord que des pierres : c’est l’arme de Ja nature. A mesure du raffinement de l’art, ils jetèrent des projectiles de plomb, qu'on nommait glands ou olives ; plus tard, ils se servirent et de traits enflammés nommés aslioches, et de globules d’argile rougie au feu : c’étaient les grenades du temps. Les psilites grecs, devenus plus tard peltastes, combattaient la fronde à la main; mais leur arme prit diverses formes, maintenant mal connues : il y eut des frondes à bourse, des frondes à manche, des frondes d’Achaïe. Il y en avait qu’on appelait fustiballes, d’autres librilles, d’autres frondiballes : ces dernières étaient de grand modèle. Les repas des enfants des îles Baléares étaient la récompense de leur succès au tir de la fronde : une mère, dit Florus, ne permettait à son enfant d'autre mets que celui qu’il avait eu l'adresse d’atteindre avec le projectile de sa fronde. Les femmes ornaient de frondes leurs cheveux, et les hommes en avaient de trois calibres, pour proportionner le jet aux distances : l’une de ces trois frondes, suivant Diodore de Sicile, se portait en ceinture, l’autre en coiffure, la troisième à la main.

Les frondeurs romains se sont nommés accenses, addits, férenlaires, roraires, véliles. ls étaient d’abord en petit nombre ; ils s’accrarent ensuite, à mesure de la corruption de l’art et de l'augmentation des alliés, qui pour la plupart servaient comme frondeurs. Virgile et Végèce ne sont pas d’accord sur le maniement de la fronde; le poëte dépeint Mézence. imprimant à son arme une triple rotation; le tacticien affirme qu’il suffisait d’une seule circonvolution autour de la tête du frondeur; il prétend que la portée de l’objet lancé était de cinq à six cents pieds, mais cette portée semble exagérée; il est vrai que le pied romain était moins fort que le nôtre. 11 ne faut pas croire davantage au prétendu phénomène cité par Ovide et par bien d’autres encore, au dire desquels le plomb lancé par le frondeur était emporté par une impulsion si puissante, qu’il se fondait en l'air.

Les Franks ont fait eux-mêmes assez longtemps usage de la fronde, surtout dans les siéges, car au temps d’Agathias ils ne s’en servaient pas en rase campagne. Les frondeurs français mañiaient sous Philippe-Auguste une fronde nommée en latin funda, et plus tard en français fondelle. IL y avait dans les armées espagnoles en 1367 des frondeurs, Dans le siècle suivant, les défenseurs d'Orléans étaient armés de frondes à bâton, comme le témoignent les récils de ce siége. On commençait alors à essayer de projeter des grenades avec des frondes, mais le danger de ce mode y fit renoncer. Les Brelons sous Philippe de Valois, les Gascons sous Charles VII, combattaient encore à coups de fronde. La dernière fois que l’histoire mentionne des frondeurs français, c'est au siége de Sancerre : les protestants qui défendaient cette place furent tournés en dérision par les catholiques sous le titre d’arquebusiers de Sancerre, Le perfectionnement et l'usage plus général des armes à feu devaient entièrement discréditer la fronde en Europe, Ce-

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