GERLE — GERMAIN
révélée, On jui donnait les qualifications bizarres de Hère de Dieu et de nouvelle Ève. Cette femme proclamait comme prophètes de sa religion Robespierre, qui ne l'y avait point autorisée, et dom Gerle, qui s’y prétait complaisamment, Dom Gerle et d’autres personnages, que l’on supposait d’un rang très-élevé, assistaient aux conciliabules dans un taudis de la rue Contrescarpe, à l’extrémité du faubourg Saint- Jacques. 11 avait recueilli dans Isaïe plusieurs fragments qui lui semblaient annoncer l’'avénement de la Mère de Dieu. I avait aussi adressé à Catherine Théot une pièce, moitié mystique, moitié galante, où se trouvaient ces deux vers :
Ni culte, ni prêtres, niroi, Car la nouvelle Éve, c’est toi.
Vadier présenta à la Convention un fougueux rapport contre Catherine Théot, dom Gerle et leurs adhérents, qu’il fit décréter d'accusation, Il les présentait comme agents d’une vaste conspiration, dont faisaient partie le baron de Batz, soi-disant émissaire de Pitt et Cobourg, la duchesse de Bourbon , la marquise de Chastenai, Lamothe, médecin du duc d'Orléans, le ceièbre Bergasse et, qui le croirait? le pape Jui-même. Catherine Théot mourut, cinq semaines après, à la Conciergerie, au moment de comparaître devant le redoutable tribunal.
La pensée secrète de Vadier, d’Amar et des autres membres du comité de sûreté générale, était de présenter ces sectaires comme des séides de Robespierre, qui n'aurait pas été fâché de matérialiser sous des formes positives le culte de l'Être suprême, dont il voulait se proclamer le souverain pontife. Robespierre dénonça le rapport de Vadier, et la discussion qui en avait été la suite, comme une farce ridicule. Payan, agent national, déclara à la Commune que les poursuites contre la Mère de Dieu étaient une tentative contre-révolutionnaire. Vadier en fit d’amers reproches à Robespierre, dans l’orageuse séance du 9 thermidor. Il en résulta qu'après cette journée dom Gerle obtint pas sa liberté. Il était encore enfermé à la prison dite de l’Egulité, dans le collége Du Plessis, lors du célèbre rapport de Courtois à la Convention, en date du 16 nivôse an mx (6 janvier 1795). On trouve dans les pièces jointes à ce rapport un mémoire apologétique fort curieux de dom Gerle, et dont aucune biographie n’a parlé. Nous en extrayons les passages suivants : « J’ai été arrêté chez Catherine Théot le 28 floréal (17 juin 1794) par Senart et Héron (agents du comité de sûreté générale), avec grand éclat dans le quartier. Je connaissais cette femme depuis plus de deux ans , et le matin, quand je sortais , j’entrais chez elle pour lui dire bonjour ; jy restais une grande heure, et me retirais. Quand il m’arrivait d’apercevoir du monGe, je m’en retournais. Voilà comment se faisaient mes visites. L'occasion de la connaissance de cette femme, la voici : Déclaré apostat par le général de mon ci-devant ordre, j'entendis parler d’une femme qui combattait depuis nombre d’années la doctrine des prétres et leur présageait leur chute prochaine. Je voulus la connaître. J’ai trouvé en elle un mélange de vrai et de faux, comme nous le voyons partout et dans tout. Pour ce qui est de ces puérilités de baisers des sept dons, du sucement de menton, etc., cela est si ridicule que je n’ai rien à réponûre : je me réduis à dire que quand j'y allais, je la baisais, ou au front, ou sur les joues, voilà tout ; s’il y en a davanlage pour les autres, cela les regarde. Suivant Vadier, cette Eve que j'ai célébrée dans mes vers est Théot, tandis que je les appliquais à la Vérité, comme devant nous donner une nouvelle vie. J'ai recueilli quelques versets d’Isaie concernant l’uxifé de Dieu, et cela dans un temps où la nation voulait déclarer qu’elle reconnaissait l’Être suprême. Je crois en Dieu seul, j'aime mes semblables : voilà non fanatisme. Je prie ceux qui liront ce petit exposé de considérer qu’une conduite un peu imprudente, dans laquelle il n’y a pas eu l'ombre dé conspiration, m'a occasionné bien des tourments ; bientôt sept mois de prison, avec des accompagnements épouvantables, la vue d’une mort certaine
pendant plus de quarante jours, une véritable agonie de quarante-huit heures au Luxembourg, les horreurs da mon séjour à la Conciergerie, la plus grande confusion lors de mon transfèrement au Plessis. Je les prie de juger mains tenant si, après une telle correction, il y a du danger à m rendre la liberté, »
Dom Gerle vit enfin tomber ses fers. Sous le Directoire, il remplissait au ministère de l’intérieur une place de rédacteur de correspondance dans le bureau qui s’occupait plus spécialement de la propagation de la secte des théophilanthropes. Il est mort depuis dans la plus profonde obseurité, BRETON.
GERMAIN. On appelle frères germains, sœurs germaines, ceux qui sontnés du même père et de la même mère, par opposition aux consanguins et aux wlérins. On nomme cousins germains les enfants de deux frères ou sœurs; les enfants de ceux-ci sont dits cousins issus de germains.
GERMAIN (Saint), évêque d'Auxerre, naquit vers l'an 380, d'une famille noble de celte cité. Après avoir fait ses premières études dans les Gaules, il étudia le droit à Rome, et y plaida avec distinction. Il épousa dans cette ville une femme de haute naissance, et se produisit à la cour de l’empereur Honorius. Son mérite le fit élever à différents postes honorables, puis au gouvernement de la province d'Auxerre, ce qui le ramena dans sa patrie. Sans être vicieux, Germain n'avait pas les vertus qu’il fit paraître dans la suite : il aimait passionnément la chasse, et se plaisait à suspendre aux branches d’un arbre, au milieu de la ville , les têtes des animaux qu'il tuait, parade que les fidèles voyaient avec peine, parce qu’ils y trouvaient une imitation des usages païens. Amator, évêque d'Auxerre, lui adressa à cet égard des représentations inutiles ; il fit même couper l'arbre sujet de scandale, et s’attira ainsi l’animadversion de Germain. Rien n’annonçait alors dans le chasseur vaniteux un futur apôtre. Cependant Amator, qui vieillissait, désirait en faire son successeur. 11 demanda, dans ce but, à Jules, préfet des Gaules, l'autorisation de l’admettre au nombre des clercs; et l'ayant obtenue, il assembla le peuple à l'église, en fit fermer les portes, se saisit de Germain, et lui donna la tonsure avec l’habit clérical, sans qu’il osât opposer la moindre résistance, Amator étant mort en 418, le clergé et le peuple mirent Germain à sa place. Dès lors ce ne ful plus le même homme : on le vit renoncer au luxe qu'il avait étalé jusque là, donner tous ses biens aux pauvres, ou en doter les églises de son diocèse, se condamner à la vie la plus austère, porter habituellement le cilice, se nourrir de pain d'orge, se couvrir de vêtements grossiers, s'appliquer enfin à donner l’exemple de toutes les vertus. :
L'hérésie de Pélage, née à Rome, au commencement du cinquième siècle, faisait de rapides progrès dans la Grande-Bretagne, patrie de l’hérésiarque. A la prière des fidèles du pays, le pape Célestin chargea l’évêque d'Auxerre d'aller la combattre; et les prélats des Gaules lui adjoignirent saint Loup, évé que de Troyes. Les deux missionnaires partirent en 429. Leur prédication fut couronnée de succès : les hérétiques, confondus en plus d’une occasion, furent réduits au silence. De retour à Auxerre, Germain trouva son diocèse écrasé d'impôts : il se rendit à Arles, auprès d’Auxiliaris, préfet des Gaules, pour en demander la diminution, qui lui fut accordée. Il fit un nouveau voyage dans la Grande-Bretagne, quelques années après, pour achever d'y détruire le pélagianisme, qui y avait reparu, et coupa court au retour de l’erreur en don: nant au clergé les moyens de s’instruire dans les écoles publiques qu'il fonda. Les Armoricains, qui s'étaient révoltés, implorerent sa protection contre les vexations d'Éocarie, roi des Alains, qui s'était fait l'instrument de la vengeance des Romains. L’évéque mit tout en œuvre pour fléchir le roi barbare; ne pouvant y réussir, il osa saisir la bride de son cheval et l'arrêter à la tête de son armée. Eocaric, étonné d’une telle hardiesse, consentil à épargner le pays, si les rebelles obtenaient grâce de l’empereur. Germain n'hésila
pas à entreprendre le voyage de Ravenne pour aller la demander lui-même à Valentinien HI. L'accueil bienveillant qu'il reçut de ce prince lui faisait espérer le succès de sa médiation, lorsque les Armoricains se révoltèrent pour la seconde fois. Lui-même mourut peu de jours après, à Ravenne, le 31 juillet 448. Son corps fut ramené pompeusement à Auxerre, aux frais de l’empereur. La vie du sant a été écrite par Constance, prêtre de Lyon, qui était presque son contemporain. L'abbé C. BANDEVILLE.
GERMAIN (Saint), évêque de Paris, naquit à Autun, vers l'an 496. Un saint prêtre, Scopilion, lui donna, avec les leçons de piété, la connaissance des lettres, Agrippin, son évêque, le fit entrer dans le clergé, l’ordonna diacre, prétre, et le successeur d’ Agrippin lui confia ladirection du monastère de Saint-Symnphorien d’Autun. Eusèbe, évêque de Paris, étant mort, on lui donna Germain pour successeur, en 555. Simplicité de mœurs, austérité de vie, piété fervente, zèle prudent, fermeté sage, charité sans bornes, libérälité inépuisable, telles furent les vertus du nouveau prélat. Elles le firent aimer de Childebert, roi de Paris, qui le chargea de la distribution de ses aumônes. «Ne cessez point de donner, lui disait le prince ; j’espère que la Providence me four nira des fonds dont la source ne tarira pas. » Il s’occupait aussi avec ardeur du rachat des captifs. 11 fit pour les funérailles de Childebert la délicace d’une église que celuici avait fait bâtir, sous l’invocation de saint Vincent, et qu’il avait décorée avec magnificence pour y placer l’étole du saint diacre, qu’il avait obtenue de l’évêque de Saragosse, Pour desservir cette église, le même prince avait fondé un monastère, qu’il avait doté d’une assez vaste étendue de terrain : ce monastère et la plus grande partie des terres qui en formaient la dotation devinrent plus tard l’abbaye et le faubourg de Saint-Germain. Le saint prélat fut également vénéré de Clotaire, qui régna à Paris, après Childebert, Mais sous les successeurs de Clotaire ses avis étaient trop sages pour être écoutés. Il fut obligé d’excommunier Carihert pour ses honteux débordements; il s’interposa vainement entre les deux frères Sigebert et Chilpérie, pour faire cesser leurs dissensions et prévenir la guerre civile ; il essaya tout aussi inutilement d'arrêter le premier, qui courait assiéger le second à Tournay. « Si vous pardonnez, lui disait-il, vous reviendrez vainqueur ; mais si vous voulez ôter la vie à votre frére, la justice de Dieu vous frappera, et la mort vous empéchera d’exécuter votre dessein. » Eneffet, la mort de Sigebert, assassiné dans sa route par ordre de Frédégonde, délivra Chilpérie de sa rivalité. Saint Germain, après avoir assisté à plusieurs conciles, mourut en mai 576, et fut enterré près de l’église de Saint-Vincent, où ses reliques furent transférées en 754. Dom Martène a publié, d’après d'anciens manuscrits, un ouvrage de saint Germain , qui a pour titre Explication de la Liturgie, ouvrage plein de détails curieux sur les cérémonies qui étaient alors en usage.
L'abbé C. BANDEVILLE,
GERMAINS. Voyez GERMANIE.
GERMANDREE, genre de plantes de la famille deslabiées. Ce genre est composé d'herbes, d’arbustes, et même d’arbrisseaux, dont les feuilles sont opposées et les fleurs axillaires ou terminales ; ces dernières ont un calice monophylle persistant, à cinq dents, une corolle monopétale à ‘eux lèvres, l’une supérieure, fendue profondément, l’autre Aférieure, à trois lobes, dont le moyen est plus grand que les deux autres ; les étamines sont saillantes, didynames ; au centre des ovaires, qui sont au nombre de quatre, comme les étamines, se trouve un style tiliforme de la longueur de ces dernières, terminé par un stigmate bifide ; dans le fond du calice, on voit quatre graines nues. On en connait plus de quatre-vingts espèces, qui croissent dans les lieux incultes , Piérreux et montagneux de l’Europe méridionale, Les principales sont : la germandrée d'Espagne (teucrium fruticans), que lon cultive dans les jardins comme plante d'ornement; la germandrée musquée ou ivette musquée (teucrium iva), remarquable parce Que toute + pliante pos-