GÉRONTE — GERS
des anciens. Ils furent supprimés dans la suite et remplacés par les Éphores, dont la cruelle sévérité affaiblit l'autorité royale et prépara la chute de la république de Lacédémone,
Géronte est aussi le nom que se donnaient les moines pour sattirer plus de respect, dans les premiers siècles du christianisme, et l’on appelle Gérontique un livre célèbre parmi les Grecs, qui contient la vie des Pères du désert, et qui a été traduit en latin.
C’est en raison de la signification littérale du mot géronte, que les auteurs comiques français ont donné ce nom à un personnage qu’ils n'ont pas trouvé dans les auteurs grecs et latins ; mais en adoptant le nom de Géronte, ils en ont totalement dénaturé le caractère. Autant les Gérontes sparfiates étaient respectables, autant le Géronte de notre comédie est voué au ridicule. C’est pour l'ordinaire un vieillard dur, avare, entêté, et pourtant d’un esprit très-borné, crédule à l'excès et facile à tromper. Ce personnage ressemble beaucoup à ceux de Cassandre et de Pantalon, qui nous sont venus de l'Italie. Mais ces derniers sont généralement plus bêtes et moins méchants. Rotrou paraît être le premier de nos auteurs dramatiques qui ait introduit sur la scène française le personnage de Géronte dans sa comédie La Sœur, en 1647; illui a conservé une sorte d’origine orientale, en le faisant arriver de Constantinople, sous le costume turc. Mais c’est Molière qui à fixé le caractère de Géronte dans son Médecin malgré lui etses Fourberies de Scapin, en 1666 et1671; etRegnard l'a employé avec succès dans Ze Joueur, dans Le Retour imprévu, et surtout dans le Légataire.
GÉRONTOCRATIE (du grec yépwv, yépovros, géronte, et xpéroc, pouvoir), mot nouveau, introduit dans le langage politique, et emprunté à la langue grecque. Il signifie littéralement gouvernement des vieillards. On est convaincu de nos jours que la sagesse et la maturité du talent sont le privilége exclusif de la jeunesse; les idées sont si bien arrêtées à cet égard, que, dans nos assemblées délibérantes, on a longtemps entendu des orateurs en cheveux blancs, lorsqu'ils ne portaient pas perruque, déblatérer intrépidement contre la gérontocratie, en d’autres termes contre le gouvernement des ganaches, ou des vieillards. Pendant plus de trente ans, ils ont répété les mêmes déclamations, sans paraître se douter que, le temps ayant marché aussi pour eux, ils se trouvaient compris, tous les premiers, dans l’ostracisme qu'ils prononçaient contre les anciens assez osés pour croire qu'ils pouvaient être encore utiles à leurs pays. Ce que c’est que la force de l'habitude! Orateurs et auditeurs, personne ne riait, Et pourtant, la gérontocratie est aussi vieille que le monde : vous la retrouvez sous la tente des patriarches, dans les législations de Minos et de Lÿcurgue, en Crète comme à Sparte, dans le sénat de Rome, dont les membres se nommaient Patres, dans le bilçar , conseil des vieillards, chez les Cantabres, dans les tribus arabes, chez des peuplades du Nouveau -Monde, dans le Conseil des Anciens du Directoire, dans le sénat de nos deux empires, dans le senior, seigneur, dans la maire, maïeur, #ajor nalu, alderman, ete,, etc. « Rien, a dit Montesquieu, n’entretient plus les mœurs et les lois qu’une extrême subordination des jeunes gens aux vieillards. »
GERS (l’£rgicius des Romains). Cette rivière, qui donne Son nom à‘ lun de nos départements, le traverse dans sa partie centrale et y a presque tout son cours, qui est de 130 kilomètres. Sa source se trouve dans le département des Hautes-Pyrénées, près de Lannemazan, et son embouchure dans celui de Lot-et-Garonne, à 7 kilomètres d’Agen, au sud.
GERS (Département du). L’un des quatre formés de la Gascogne, il est borné au nord par le département de Lot-et-Garonne et partie de celui des Landes, à l’est par ceux de Tarn-et-Garonne et de la Haute-Garonne, au sud par la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées, à l’ouest par les Basses-Pyrénées et les Landes,
Divisé en 5 arrondissements, dont les chefs-lieux sont Auch, Condom, Lectoure, Lombez et Mirande, 29 cantons
et 466 communes, il compte 295,692 habitants. 11 envoie six députés à l’Assemblée, est compris dans Ja treizième division militaire, le diocèse d’Auch, l'académie de Toulouse, et le ressort de la cour d'appel d’Agen. On y compte 1 lycée, 1 collége, 10 institutions secondaires libres, 773 écoles primaires et 13 salles d’asile. Le recensement de 1866 constatait que 119,735 personnes seulement savaient lire et écrire.
Sa superlicie totale, d’après le cadastre, est de 628,031 hectares, dont 339,598 en terres labourables; 93,967 en vignes; 62,560 en prés; 60,618 en bois; 45,733 en landes et bruyères; etc. D’après l'enquête de 1862, la valeurdes cultures était estimée à plus de 115 millions ; on y comptail 265,000 moutons, 155,393 bœufs, 60,000 porcs, 26,781 chevaux, änes ou mulets. L'industrie y est très-peu active. C’est le département qui consomme le moins de houille.
Ce département, qui repose sur les dernières pentes des Pyrénées , est couvert de chaînes de collines peu élevées, et disposées comme les branches d’un éventail ouvert. Cette disposition se fait remarquer d’une manière bien plus frappante dans ses principales rivières. Les unes, telles que la Baïse, le Gers, la Gimone, la Save, le traversent dans toute sa largeur; les autres, telles que la Losse , l’Adour, PArros, la Midouze, la Douze, n’y ont qu’une partie de leur cours. La Baïse est la seule qui soit navigable, et encore est-ce sur une très-petite étendue. Le nord-ouest du département, qui participe un peu de la nature des landes, renferme un assez grand nombre d’étangs. Le sol des collines et des coteaux est peu fertile; mais celui des terres qui s’étendent à leur base donne de bonnes récoltes de blé, de maïs, d’orge, d'avoine, d’épeautre, de légumes et de lin, ainsi que d’excellents fruits. Au reste, l’agriculture est assez avancée Les pâturages naturels y sont excellents et nourrissent des bêtes à cornes d’une petite espèce, beaucoup de moutons, peu de chevaux, très-petits et pleins de vigueur, des ânes et des mulets en grande quantité. On élève aussi quantité de volailles et surtout d’oies et de canards. Les énormes foies de canard entrent dans la confection de pâtés renommés. Les produits des vignobles sont médiocres et presque tous convertis en eau-de-vie , bien connue sous le nom d’eau-de vie d'Armagnac. Parmi le peu de vins qui méritent une mention particulière sont ceux de Mazère et de Vertus.
Les principales essences des bois sont le sapin et le chêne.
La masse la plus remarquable est la forêt de Grésigne. Le gibier n° est pas très-commun, et le poisson ne se trouve avec quelque abondance que dans les étangs.
L'exploitation minérale y est presque nulle. Cependant on
signale dans quelques localités des mines de fer et d’autres de plomb aurifère et argentifère. On exploite dans un grand nombre d’endroits le plâtré, la pierre à chaux, les terres à potier, à brique et à foulon, de beaux marbres, de la pierre à bâtir, de la marne. Il existe en outre quelques mines de houille. Il y a des sources minérales en plusieurs endroits, notamment à Castéra, à Barbotant et à Encausse.
L'industrie manufacturière y est peu développée. Ses principales branches sont la minoterie, la tannerie et la préparation des conserves de volailles. On y trouve encore des scieries de planches, quelques fabriques de toile, de cotonnades, de rubans de fil, quelques verreries, faienceries et poteries. Les eaux-de-vie, la laine, les plumes, le blé, les bêtes à cornes, les mulets, les vins, sont les principaux objets qui alimentent le commerce.
2 chemins de fer, 8 routes nationales, 22 départementales, 2,712 chemins vicinaux sillonnent ce département, dont le chef-lieu est Auch. Les endroils principaux sont
en outre : Condom; Lectoure; Mirande, sur la rive gauche de la Baïse, avec 4,010 habitants et une coutellerie renommée. Elle est petite, bien percée, et assez régulicrement bâtie. C'était jadis une ville forte; il ne reste plus de ses fortifications qu’un vieux château en ruines; Lombez, sur la riveagauche de la Save, avec 1,714 habitants, qui doit son existence à une abbaye de l’ordre de Saint-Augus-
tin dont Jean XXII fit ensuite un évêché: l'le-Jourdain, petite ville, avec 4,954 habitants, ainsi appelée de sa situalion dans une île de la Save , et du nom d’un de ses comtes, qui se la fit confisquer par Charles le Bel, en 1324; Vic-Fezensac ou Vic-sur-Losse , ancienne capitale du comté de Fezensac, sur la rive gauche de Ja Losse. Elle a deux fabriques de crème de tartre et 4,111 habitants; Fleurance, sur la rive gauche du Gers, avec 4,516 habitants; son commerce consiste surtout en plumes d'oies ; Eauze, sur la Gélize, avec 4,397 habitants : c’est l’ancienne Elusa des Romains; elle fut depuis chef-lieu du pays d’Ausan. Elle a été saccagée par les Goths et les Sarrasins. L'emplacement de l’ancienne ville porte le nom de la Ciutat. On cite encore : Montréal; Casaubon; Aignan; Mauvesin; Segun; Nogaro; Samatan ; etc.
GERSAU, petit village de 1,725 âmes environ, situé au bas du versant méridional du Righi et sur les bords du lac de Lucerne, était autrefois la plus petite des républiques de l’Europe , et comme telle alliée à la confédération Suisse. En 1390, Gersau se racheta de son seigneur, Moos de Lucerne, et avec l'appui des trois cantons et de Lucerne il réussit à couserver son indépendance jusqu’en 1798, époque à laquelle la Suisse subit une transformation politique et où il fut'incorporé dans le canton de Lucerne. Il dépend aujourd’hui du canton de Schwytz.
GERSON (Jean CHARLIER, dit), célèbre chancelier de l’église et de l’université de Paris, surnommé Le docteur évangélique et très-chrétien, fut un de ces hommes privilégiés qui formulent en eux toute la pensée d’un siècle. Né le 14 décembre 1363, d’une famille de cultivateurs, au hameau de Gerson, près de Rhetel , dans le diocèse de Reims, il était l’aîné de douze enfants; trois de ses frères et quatre de ses sœurs se vouèrent à la vie religieuse, et ses parents sacrifièrent une partie de leur héritage pour lui faire apprendre la sainte Écriture. Alquatorze ans, ils l’envoyèrent au collége de Navarre, où il fit ses études sous Gilles Deschamps et Pierre d’Aïlly. Au bout de cinq ans, après avoir été reçu licencié ès arts, il se livra avec tant d’ardeur à la théologie, que, quoique simple bachelier, il fut, dans la controverse au sujet. de l’immaculée conception de la Vierge, choisi par l’université pour faire partie de la députation qu’elle envoyait à Avignon auprès du pape. Promu, à son retour, en 1392, au grade de docteur en théologie, il devint curé de Saint-Jean en Grève, et trois ans après chancelier de l’université de Paris, en remplacement de son maître Pierre d’Ailly, appelé successivement aux évèchés du Puy et de Cambray. 11 se voua dès lors tout entier à la réforme des études théologiques. Il avait été nommé par le duc de Bourgogne , dont il était aumônier, doyen du chapitre de Bruges. Des idées de démission lui vinrent à l’esprit pendant une retraite qu’il y fit; mais il était trop nécessaire à l’Église : il céda aux supplications qui lui furent adressées, et ne quitta pas son poste, Enfin, la fuite de Benoît XIII, le 12 mars 1403, le ramena à Paris,
Un schisme désolait alors l'Église ; et la mort d’Innocent II n'avait pu y mettre un terme. Les premiers théologiens de l'époque demandaient à hauts cris la réunion dun concile général. Gerson joint sa puissante voix à celles de ces hommes d'élite, et le concileest convoqué à Pise. Le chancelier de l’université de Paris s’y rend comme un des députés de ce corps; cependant, l'assemblée trompa l'espoir de la chrétienté, qui n’y gagna que d’avoir trois papes au lieu de deux. 1] fallut réunir un nouveau concile à Constance; mais la réforme n’en sortit pas davantage, et tout le fruit que l’Église en retira, ce fut de n’avoir plus enfin qu’un chef unique, Ce fut là que Gerson prononça son célèbre discours de la supériorité des conciles généraux sur le pape, qui eut un si grand retentissement au aedans et au dehors de l’assemblée, Il fut avec d’Ailly l'inspiration, la lumière, l'âme de ces grandes assises de la chrétienté . il prêchait ou discutait le Jour, il écrivait la nuit; il semblait se multiplier; son zctivité tenait du prodige,